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Accueil du site > Actualités > Economie > La difficile retraite... des bateaux

La difficile retraite... des bateaux

L’épopée du Clemenceau a montré que dans notre monde, il n’existe pas de filière professionnelle pour le démantèlement des bateaux qui ont terminé leur vie active. Et pourtant, pas moins de 700 bateaux par an arrivent en fin de vie. Qu’en fait-on ?

Première solution, les garder en service le plus longtemps possible. En effet, le prix du fret, en ce moment dans le monde, reste élevé, et il vaut mieux poursuivre leur exploitation que les vendre à la ferraille pour 300$/T à un démolisseur. Vous comprenez pourquoi les mers sont pleines de bateaux pourris. Et comme, dans ce marché globalisé, il existe de multiple pavillons de complaisance peu regardants sur la maintenance des bateaux, ça peut durer longtemps. D’ailleurs, les statistiques montrent qu’après avoir démoli 700 bateaux de commerce en 2002, nous sommes retombés à 200 seulement en 2005.

Deuxième solution, si les cours du fret diminuent trop, ou si le bateau n’est vraiment plus navigable, l’abandonner dans des cimetières plus ou moins sauvages. Il en existe des quantités dans le monde. Le maire de Brest lui-même n’est pas chaud du tout pour récupérer le Clémenceau le long de ses quais, de peur de le voir s’y transformer en épave permanente.

Troisième solution, "l’océaniser", c’est-à-dire le couler au large. J’ai cru comprendre que la méthode était maintenant interdite, mais peut-être ne s’agit-il que de la loi française, alors que celles de centaines d’Etats doivent être moins regardantes sur cette méthode. Comme nous sommes dans des eaux internationales et que les contrôles sont sans aucun doute extrêmement limités, il n’y a pas vraiment grand chose qui vous empêche de le faire. D’ailleurs, l’ancien porte-avion américain Oriskany, par exemple, est prévu devenir, après nettoyage approfondi, un récif artificiel au large de la Floride, après accord avec l’EPA américaine (agence pour la protection de l’environnement). Ce bateau de 32 000 tonnes, qui a servi en Corée et au Vietnam, sera le plus grand récif artificiel au monde. Il servira à une école de plongée. D’autres vieux bateaux sont utilisés comme brise-lame, comme à Brest.

Quatrième solution, le vendre à un ferrailleur qui le coupera en morceaux et en revendra les matériaux, et en particulier l’acier, pour la réutilisation. Comme il n’y pas grand chose à y gagner, les chantiers qui pratiquent ce démantèlement sont situés dans des pays à bas coût de main d’œuvre, Inde, Bangladesh, Pakistan ou Chine. Les conditions de travail y sont particulièrement mauvaises. C’est ce qui était prévu pour le Clémenceau, à ceci près que le bateau avait été partiellement désamianté et que le chantier indien qui avait pris le contrat s’était engagé sur les conditions de travail des ouvriers qui allaient effectuer ce démantèlement. D’une certaine manière, c’était la première fois qu’un tel luxe de précaution aurait été pris pour démanteler un vieux bateau. Vous savez ce qu’il en est advenu.

Rien donc de bien brillant n’existe actuellement au monde dans ce domaine. Pour rendre cette activité professionnelle, il faudrait rendre le ferraillage obligatoire. Malheureusement, les différences de législation et la globalisation du métier du transport maritime rendent illusoire de telles mesures. Il restera toujours un pavillon de complaisance qui ne voudra pas l’imposer.

Pourtant, l’Organisation internationale du travail, l’Organisation maritime internationale et le secrétariat de la Convention de Bâle (celle qui stipule que chaque pays doit gérer ses propres déchets) en discutent depuis un an. Leur groupe de travail a adopté une résolution qui demande la négociation d’un accord international qui fixe les règles sur le recyclage des navires et leur nettoyage avant démolition.

Il serait temps. Car très bientôt, en plus des 700 navires de commerce qui vont partir tous les ans à la ferraille, arriveront les 1200 pétroliers simple coque qui devront être désarmés d’ici 2010, plus tous les bateaux de guerre qui arrivent en fin de vie et ne peuvent être tous convertis en musées flottants. Problème majeur, tout de même : tous ces vieux bateaux utilisaient l’amiante...


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6 réactions à cet article    


  • jako (---.---.21.70) 15 mars 2006 10:02

    oui c’est un problème ces quelques tonnes de ferraille mais il ne faut pas pour autant occulter le problème bien plus crucial du recyclage général des déchets provenant de nos propres maison qui doivent représenter , à la louche, plusieurs Clemenceau rien que pour la France


    • Claude DP (---.---.97.129) 15 mars 2006 12:29

      Le recyclage des bateaux de plaisance et du ployester en général pose un problème au moins aussi complexe et qui commence cependant à être abordé. Il faudra probablement comme pour l’automobile, que les constructeurs de bateaux neufs soient associés à leur déconstruction.


      • jako (---.---.219.129) 15 mars 2006 22:39

        c’est plutot intrigant que ce sujet laisse moins de commentaires que le cpe


        • Imaginus (---.---.68.109) 19 mars 2006 10:15

          Non des methodes existent mais elles sont hors de prix.Ce qui est drole à l’heure actuelle c’est cette complaisance que l’on a vis a vis des industriels à fabriquer sans limitation de volume des melecules polluantes pour utilisés leurs propriétés intraseques alors que des alternatives propres existent depuis des decennies.

          Et ce n’est que le debut des emmerdements. Songez que dans moins d’une decennie à peine on va devoir commencer à dementeler les reacteurs nucleaires de nos centrales (pour un cout astronomique)et de nos navires.Les decennies a venir vont etre rock n roll je vous le garantie.


          • tierbasa (---.---.204.165) 15 octobre 2006 17:52

            il y a pourtant plein de gens qui seraient content de restaurer un bateaux pour peut qu’ont le leur donne


            • Romain (---.---.7.198) 9 janvier 2007 15:39

              Bonjour, j’effectue un mémoire sur ce sujet et j’aimerai prendre contact avec le rédacteur de cette article mais je ne sais pas comment faire, si quelqu’un pouvais m’aider...

              Cordialement

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