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Accueil du site > Actualités > Economie > La double illusion de la dévaluation de l’euro

La double illusion de la dévaluation de l’euro

Comme me l’a signalé un commentateur du blog, quelle suprise de lire sur le site de Debout la République une tribune de Dominique Jamet, « Déflation : dévaluer l’euro ou en sortir  ». Changement de ligne du mouvement ? Maladresse estivale ? Petit retour sur sur l’idée de la dévaluation de l’euro.

Une illusion économique
 
Dans cette tribune, Dominique Jamet écrit : « Le chef de l’Etat et le Premier Ministre ont le devoir d’obtenir une franche dévaluation de l’euro face au dollar. A défaut, pour éviter le piège mortel de la déflation qui se refermerait fatalement sur elle, la France serait dans l’obligation de sortir d’urgence de la zone euro  ». Il évoque la meilleure santé de ceux qui ont poussé le cours de leur monnaie à la baisse, comme Washington et Londres. Mais comme l’a bien noté Saul, en 2012, sur 66,9 milliards d’euros de déficit commercial, 41,9 milliards viennent de la zone euro, imperméables à toute dévaluation de l’euro. Et une bonne partie du reste du déficit vient des importations d’hydrocarbures, dont le prix augmenterait en cas de dévaluation de l’euro. Bref, le cours de l’euro seul est loin d’expliquer tous nos problèmes. En outre, il ne serait pas évident de pousser à la baisse la monnaie d’une zone économique qui dégage un fort excédent commercial (au contraire des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne).
 
Le caractère déflationniste de l’euro est multiple. Il vient de l’impossibité de monétiser la dette publique, au contraire des autres banques centrales. Et avoir une seule monnaie pousse inexorablement les pays à baisser les salaires pour gagner en compétitivité, comme je le pointais début 1997 : « En fait, la concurrence des politiques budgétaires pourrait entrainer des politiques déflationnistes ayant pour but d’avoir une moindre inflation. Car dans un système où il n’y a pas d’ajustement monétaire, tout point d’inflation en moins permet de gagner en compétitivité ad vitam aeternam. Les risques de politiques récessives et déflationnistes s’en trouveraient augmentés  ». Bref, à quoi servirait un euro 15% moins cher s’il était toujours impossible de monétiser la dette publique et si les mécanismes qui poussent les salaires à la baisse étaient toujours en place, avec un déficit commercial toujours aussi fort ?
 
Une illusion politique

Ce faisant, ce discours est une double faute politique. D’abord, il laisse penser qu’il serait possible de faire pression pour faire baisser la valeur de l’euro, comme Nicolas Sarkozy le laissait entendre en 2006-2007, puis à nouveau avant l’élection de 2012, est totalement illusoire. Les statuts actuels de la BCE ne permettent pas la moindre pression et poussent au contraire à des politiques de monnaie chère et déflationniste. Pire, toute la construction de l’euro est un cercle vicieux puisque la langueur économique de la zone euro limite les importations, gonfle les excédents et pousse donc l’euro à la hausse, pénalisant la croissance. En outre, l’Allemagne a intérêt à avoir un euro cher et comme elle est le créditeur de dernier ressort, c’est sa ligne qui s’impose. Bref, évoquer une dévaluation, c’est agiter un mirage.

La deuxième faute politique, c’est le manque de clarté de la ligne politique. Alors que DLR avait pris position pour un démontage sans condition et unilatéral de la monnaie unique, il est curieux de sembler faire un pas en arrière pour prendre une position intermédiaire, qui a été celle du MRC de Jean-Pierre Chevènement alors même qu’il semble aujourd’hui se faire plus radical. La monnaie unique, qu’elle soit chère ou non, est un cancer pour les pays européens qui l’ont adopté. Certes, ce cancer peut être légèrement adouci si l’euro est moins cher, mais cela ne changera pas l’issue fatale. L’idée même d’uniformisation des pays européens doit être combattue sans faille et ne doit pas sembler pouvoir être soldée pour un mirage. Le combat contre la monnaie unique est fondamental et il ne faut pas reculer sur le sujet.
 
Maladresse estivale ? Volonté de tenir un discours plus compatible avec celui de l’UMP ? Difficile de savoir ce qu’il y a derrière de cette tribune. Mais l’idée de la dévaluation de l’euro, n’est ni crédible, ni suffisante. En aucun cas elle ne doit se substituer au retour à des monnaies nationales.

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13 réactions à cet article    


  • Jeff Parrot Jeff Parrot 22 août 2014 11:31

    la déflation vient aussi du vieillissement de la population, le japon a connu ce problème


    • Peretz1 Peretz1 23 août 2014 11:26

      Pas encore de vieillissement en France. D’autre part ce facteur influence le long terme. Or nous sommes dans le moyen terme, et même le court terme sous certains aspects. La dévaluation aurait une influence probable mais à moyen terme, entre les pays du nord et du sud de l’U.E. En général l’ensemble des mesures prises et à prendre le sont dans n’importe quel ordre et insuffisantes quantitativement. Nos économistes et conseillers des dirigeants sont nuls car insuffisamment formatés au monétarisme.


    • claude-michel claude-michel 22 août 2014 12:36

      Article terrible de désinformation sur l’euro...Propagande de droite typique pour rester dans l’UE et continuer à plumer les peuples...Notre pays se meurt mais certain trouve normal de rester dans cette secte Européenne pour finir le travail de la disparition de la France...

      Un manque total de respect de votre pays et de ses habitants...

      • Irina leroyer Irina leroyer 23 août 2014 01:25

        vous n’y etes pas du tout : 1 € = 6,56 Frf


        revenir au franc ne changerait rien, cela agraverait encore la situation car une dévaluation du francs augmenterai notre dette.
        le fond du problème, c’est l’inaptocratie !

        Il faut distinguer les hommes politiques, qui ont un pouvoir apparent (comme Flamby ou Sarko), des membres de la fonction publique, qui ont le pouvoir effectif comme une sorte de néo Nomenklatura.

        L’état peut être assimilé à une entreprise qui n’a pas de finalité claire, et dont les « employés » (faute de concurrence et à cause de l’impuissance des « actionnaires »-citoyens) en viennent à servir non pas les individus (service public), mais eux-mêmes. C’est une oligarchie de hauts fonctionnaires qui détient alors le pouvoir réel ou règnent en maîtres le népotisme, la corruption et la cooptation ; de l’extérieur, leur action semblera relever de l’inaptocratie, car leur compétence se limitera à permettre au système de perdurer tel qu’il est, afin de continuer à favoriser leur caste. Tout homme politique qui se risquerait de s’opposer ou d’affronter cette nouvelle « NOMENKLATURA » serait immédiatement balayé !
        la marge de manœuvre de tout nouvel élu est donc extrêmement réduite....

        Irina

      • caillou40 caillou40 23 août 2014 09:32

        Par Irina leroyer....merci..je connais la conversion de la monnaie..et surtout je vois le mal qu’elle à fait depuis son arrivée chez nous...Si vous ne voyez pas dans quel état on se trouve...allez chez madame michu pour un cours d’économie.. !
        L’UE est notre mort... !


      • Peretz1 Peretz1 23 août 2014 11:30

        Exact, sauf en ce qui concerne la dette qu’ on pourrait parfaitement négliger si on nationalise une ou deux grandes banques, avec évidemment le retour au droit de battre monnaie.


      • Pascal L 22 août 2014 12:53

        Il n’est pas forcément nécessaire de sortir de l’Euro pour résoudre le problème. Il suffit juste de recréer une monnaie nationale. Le maintien de l’Euro à côté permet de créer une monnaie plus difficilement convertible sur laquelle la spéculation aura moins de prise. A l’heure des paiements électroniques, les problèmes d’utilisation conjointe de plusieurs monnaies sont grandement simplifiés. La Suisse avec le Franc Wir nous ont largement démontré qu’il était possible de travailler avec plusieurs monnaies et que ces monnaies jouaient un rôle régulateur l’une pour l’autre. Les mauvaises langues disent que la mauvaise monnaie chasse la bonne, ce qui est vrai mais à y regarder de plus près, c’est bien l’effet recherché.



        • Raymundo007 Raymundo007 22 août 2014 19:53

          Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué... smiley


        • Peretz1 Peretz1 23 août 2014 11:32

          D’accord pour deux monnaies nationales, l’une réelle et l’autre financière. C’est ce que j’ai proposé depuis longtemps.


        • straine straine 22 août 2014 22:35

          Les problèmes affichés sont justement les solutions pour pérenniser l’hégémonie atlantiste !


          • jeanaugustin 23 août 2014 10:32

            Oui, dévaluer n’est pas une solution. Il faut sortir du carcan de la monnaie unique pour retrouver une indépendance financière et ensuite rapidement veiller à un équilibre de la balance des échanges. Trop de commentateurs négligent les particularités des diverses modalités de la création monétaire scripturale qui bénéficient aux banques au détriment des états qui ont abandonné leur pouvoir régalien de création monétaire.


            • Parrhesia Parrhesia 23 août 2014 15:55

              Il faut maintenant arrêter de mettre la charrue avant les bœufs avec la question de la responsabilité de la monnaie dans l’évolution débile de notre économie européenne !

              Partout, toujours et en toutes circonstances la gestion de la monnaie reste un outil d’ajustement de la santé économique certes majeur. Mais en aucun cas la monnaie ne peut être tenue pour seule responsable d’un effondrement généralisé tel que le nôtre. Inversement, elle ne pourrait générer seule une résurrection économique dans un pays ou dans un ensemble de pays en voie de perdition !

              Le dollar fut-il le seul responsable du black Monday ? Certainement pas plus, qu’il ne fut le seul responsable de la reprise, qui, coïncidence sans doute, n’eut lieu qu’avec l’entrée en guerre des U.S.A. en… 1941 !!!

              Les monnaies européennes, Mark en tête, sont-elles responsables à elles seules de la crise européenne des années trente et surtout de la faillite allemande de 1930 qui nous amena un certain Adolf Hitler ?

              Le dollar organisa-t-il tout seul (et d’une seule main) l’abandon de l’étalon-or, abandon qui permet désormais à une certaine oligarchie de fabriquer sans contrôle et sans retenue une fausse monnaie portant le même nom, mais ne valant plus un kopeck ? Avec cette monnaie factice, la même oligarchie peut néanmoins tout acheter y compris des consciences !

              Aucun passage à aucune autre monnaie, ancienne, actuelle ou à venir, ne nous sauvera seul du cataclysme social (et de plus en plus probablement, militaire) qui nous guette !

              Pour nous sauver, et avant de bricoler la monnaie ou de sortir de l’euro, nous devons avant tout :

              1) Changer, par voie de récusation électorale implacable, les politiciens et les partis politiques qui nous ont amenés là où nous en sommes (c’est-à-dire tous les partis ayant été au pouvoir depuis 1974…sauf à avoir envie de faire rigoler tout le monde comme c’est aujourd’hui le cas avec notre équipe d’experts actuelle !) ! J’ajoute que « Changer par voie de récusation électorale implacable » est évidemment le contraire de « réélire bêtement les mêmes individus ad vitam aeternam », leur assurant ainsi une véritable rente de situation et la capacité de continuer à mal faire !

              2) Les remplacer par des gens témoignant de compétences et de conceptions de l’honnêteté et du respect humain un peu plus traditionnelles ! Cette nouvelle équipe devra avoir pour première mission de s’assurer de solides alliances politiques et économiques d’abord en Europe et ensuite dans le reste du monde... (Parce que seuls... je ne vous dis pas !)

              3) Contraindre les nouveaux (toujours par voie de récusation électorale implacable), à travailler au changement du système économique, au retour à la régulation des échanges internationaux et entre autre … à l’étalonnage des monnaies !!!

              Après, et après seulement, on pourra revenir discourir à perte de vue sur des histoires de monnaies, importantes certes, mais quand-même secondaires dans notre contexte !!!


              • kenique 25 août 2014 09:33

                « Les remplacer par des gens témoignant de compétences et de conceptions de l’honnêteté et du respect humain un peu plus traditionnelles ! »

                  Des noms !...

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