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Accueil du site > Actualités > Economie > La fable du « ruissellement »

La fable du « ruissellement »

Cette vielle théorie, chère aux libéraux et aux capitalistes de tout crin, qui voudrait que « plus les riches s’enrichiront, moins les pauvres le seront  », le débordement de la richesse leur étant bénéfique, a fait son temps…

Cette théorie aurait été imaginée par un certain Will Rogers, acteur dans de nombreux westerns, qui déclara, au sujet des baisses d’impôts décidées par le Gouvernement d’Herbert Hoover, en 1928 : «  on a mis tout l’argent en haut de l’échelle, en espérant qu’il finisse par ruisseler vers les nécessiteux. Monsieur Hoover (…) ne savait pas que l’argent ruisselle toujours vers le haut  ». lien

On sait aujourd’hui, et depuis un certain temps, ce qu’il en est, puisque la France d’aujourd’hui regorge de riches de plus en plus riches, des pauvres toujours plus pauvres, entrainant dans leur chute la classe moyenne.

L’année 2013 a été l’occasion de faire ce constat accablant, révélé en juillet 2013 par la revue Challenges publiant le classement des 500 plus grosses fortunes de France (lien) prouvant que l’écart entre riches et pauvres n’en finit pas de se creuser, illustré par le film de Michel Munz « ah ! Si j’étais riche  » : dans un échange savoureux : « finalement, quand on est riche, ça ne s’arrête jamais ? Rassurez-vous, c’est pareil quand on est pauvre ». lien  

Aujourd’hui, 500 français se partagent un gâteau de 350 milliards, et 2013 compte 10 milliardaires de plus qu’en 2012, portant leur nombre à 55…

Si la moitié du patrimoine des 500 plus grosses fortunes françaises était distribués aux 2,7 millions d’enfants qui vivent dans les familles pauvres, ils recevraient chacun 61 000 euros.

En 1996, le capital des 10 français les plus riches représentaient 25% du patrimoine des 500 plus grosses fortunes…en 2013, il en représente 40%...

Etonnante situation sous une présidence se prétendant socialiste, avec à la tête de l’état un homme qui affirmait, droit dans ses bottes, avant son investiture : «  mon adversaire, c’est le monde de la Finance  ». lien

On ne demande qu’à le croire, mais quasi au 1/3  de son mandat, on serait en droit de douter de la parole présidentielle.

Rien ne l’empêche aujourd’hui de légiférer sur la séparation des banques de dépôt, et des banques d’affaires…ni de décider, comme il le voulait, une échelle de salaire qui ne dépasse pas de 1 à 20 alors qu’elle est aujourd’hui de 1 à 400lien

Et quid de la taxe à 75% sur les plus hauts salaires, de la fin des stock-options, de la limitation des bonus, du plafonnement des rémunérations des dirigeants des entreprises publiques, et de l’encadrement de celles des patrons d’entreprises privées ?

On attend en vain des idées neuves, comme celle de mettre en place un revenu de base, quasi seule solution pour remettre l’égalité, la fraternité, au cœur de la République, faisant reculer la misère, et relancer la consommation.

Il voulait renégocier le traité européen, mais a finalement abandonner l’idée…

Pourtant récemment, une grande avancée aurait été réalisée au niveau bancaire européen, s’il faut en croire Michel Barnier ou Pierre Moscovici, évoquant l’un après l’autre « un changement révolutionnaire dans le secteur financier européen" et « un accord historique » affirmant que l’Europe vient de prendre une décision capitale, destinée, parait-il à organiser le contrôle des banques…

C’est sans compter sur l’analyse lucide qu’a fait le 23 décembre, l’économiste (et jésuite) Gaël Giraud, chercheur en économie au CNRS, et auteur de « lire l’économie » (éditions de l’atelier-prix lycéen du livre).

Il a qualifié cet accord « d’union de façade qui ne garantit aucune sécurité pour le secteur bancaire européen  ».

En principe cet accord devait casser le lien entre les banques et les états, afin de ne pas faire payer les erreurs des banques aux contribuables comme ça a été le cas jusqu’à présent, et même si un fond européen de résolution des banques a été décidé, « ça n’est pas suffisant » a-t-il déclaré.

Ce fond sera, dans 10 ans, à la hauteur de 55 milliards d’euros, et même si la somme parait considérable, elle est largement insuffisante.

Comme le rappelle l’économiste, l’actif au bilan de BNP-Paribas, c’est plus de 2000 milliards aujourd’hui, et lors de l’épisode Dexia, la France avait mis en garantie plus de 80 milliards…quant au fond de résolution français il ne contient que 2 ridicules milliards, et si la loi bancaire envisagée par Moscovici prévoit de le faire monter à 20 milliards c'est seulement dans 10 ans, donc beaucoup trop tard… si des problèmes surgissent, ce qui est probable, les citoyens seront une fois de plus mis à contribution.

Comme les banques savent qu’en cas de pépin, ce seront de nouveau les contribuables qui seront mobilisé pour les sauver, elles ont tout fait pour limiter le montant de l’accord.

De plus, cette loi protège les créanciers et les actionnaires, puisqu’elle fixe pour leur éventuelle contribution un plafond de 8% sur le passif de la banque, et comme les fonds de résolution sont trop modestes, c’est une fois de plus le contribuable qui sera sollicité.

L’objectif de cette loi était donc bon, mais le résultat final est pour le moins décevant, malgré les félicitations que se sont partagés les décideurs européens.

De plus, ce nouveau choix donne a la Banque Centrale Européenne, la mission de superviser les banques européennes, et pour Gaël Giraud, avant tout ça, il aurait fallu mettre en place toute une série de réformes.

S’il est évident qu’il faudrait avancer vers un véritable fédéralisme européen, aujourd’hui on retire aux états le contrôle de leur secteur bancaire, on le donne à la BCE, qui n’a pas de mandat démocratique, qui est très soumise à la pression et aux lobbys bancaires, et qui va devoir constamment arbitrer entre sa fonction de régulatrice de l’inflation, et sa fonction de supervision du secteur bancaire, se décrédibilisant en ayant ses deux mandats.

Aujourd’hui donc, cet accord dépossède les états d’un droit de regard légitime sur leurs secteurs bancaires, mais aussi de tous les attributs de leur souveraineté.

Giraud rappelle qu’une banque ne dira jamais quand elle va mal, tout comme la BCE, car si elle refusait l’opacité, elle pourrait mettre en faillite une partie du secteur bancaire européen…comme le dit avec humour l’économiste, « le ciel est bleu même quand il pleut  », ajoutant que les stress test mis en place par la BCE ne sont pas crédibles, et qu’ils seront calibré, afin que la casse soit minimale, ce qui permettra d’épargner les banques françaises et allemandes, les pertes n’étant déclarées que pour les pays déjà naufragés comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal... lien

Pas étonnant dès lors que les bonnets rouges en France et les fourches en Italie soient de sortie…

Car si la naissances des bonnets rouges à une origine au départ plutôt corporative, le peuple des Fourches italien rassemble maintenant des chômeurs, des étudiants, des syndicats, alors qu’à sa création en Sicile en 2012, ce n’était qu’un mouvement corporatiste, dans lequel on ne trouvait que des agriculteurs, des pécheurs, et des routiers en colère contre l’austérité du gouvernement de technocrates de Mario Monti. lien

Ce « mouvement des fourches » prend de l’ampleur, multiplie les manifestations, et promet de marcher sur Rome en 2014, soutenu qu’il est par le « mouvement 5 étoiles  », lequel avait crée la surprise lors des dernières élections, emportant un joli nombre de sièges.

En France, on le sait, les bonnets rouges ont été à l’origine lancés en Bretagne pour lutter contre l’écotaxe, voulue par de pseudo-écolos, en manque d’imagination, portés par la volonté de pénaliser les poids lourds, sans imaginer une seconde qu’elle n’enlèverait que peu de camions sur les routes, et qu’au final, c’est le consommateur qui serait pénalisé.

Alors, en 2014, allons-nous assister à la mutation de ce mouvement, tout comme en Italie, puisque récemment Christian Troadec, l’un des leaders, maire de Carhaix et animateur du festival des vieilles charrues, à décidé de rejoindre la lutte de Notre Dame des Landes ? lien

En tout cas, devant l’acharnement d’Ayrault à imposer son inutile et dévastateur aéroport à NDDL (lien) il ne serait pas impossible que la colère se propage…d’autant que les grands projets inutiles, comme le « Lyon Turin » et d’autres, se multiplient, avec l’accord du premier personnage de l’état. lien

Alors si Hollande n’est pas le Père Noel que l’on attendait pour la France, braqué sur son illusoire inversion de courbes du chômage (lien) on sait au moins qu’il est le Père Noel de sa bonne ville de Tulle, qui constate que, depuis 2012, les subventions pleuvent généreusement. lien

Devant l’exaspération citoyenne de voir appliquer de mauvaises solutions à des problèmes réels, ces colères ne devraient pas être une surprise.

En continuant d’augmenter les taxes, impôt injuste puisqu’il pénalise toujours plus les pauvres, François Hollande ne semble pas avoir dans sa boite à outils ni les moyens de réparer les erreurs commises…ni les outils pour combattre celui qu’il prétend désigner comme son adversaire… le monde de la finance…

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles  ».

L’image illustrant l’article vient de « herboyves.blogspot.fr »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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188 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 27 décembre 2013 10:08

    Les riches deviennent encore plus riches parce que les pauvres deviennent encore plus pauvre voila la réalité, comme les riches contrôlent le pouvoir les gouvernements les entreprises, la police les milices, les médias et l’armée les pauvres sont contraints de se la jouer Cosette autrement c’’est le bain de sang  smiley ....


    • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 10:26

      zygzornifle

      êtes vous convaincu que le « bain de sang » soit inévitable ?
      l’histoire nous a montré qu’il était possible que le peuple reprenne le pouvoir sans en arriver à ces extrémités...mais à l’évidence, elles peuvent se produire.

    • T.REX T.REX 28 décembre 2013 15:58

      Bonjour Olivier,

      J’ai bien suivi ta démonstration jusqu’à ce que tu mélanges tout ! Que vient foutre l’écotaxe et l’aéroport de Nantes dans ce papier sur les banques et la finance ?? !!

      Si je partage l’opposition au projet de construction de l’Ayraultport pour des raisons écologiques
      je ne vois pas ce que tu reproches à l’écotaxe dont le but est de limiter les transports inutiles !?
      De la part d’un écolo militant je suis pour le moins surpris !
        
      Par ailleurs Es-tu sûr que le projet Lyon-Turin soit inutile ?


    • JL JL 27 décembre 2013 10:12

      En matière progrès industriel, il n’y a qu’une alternative : transformer les gains de productivité en augmentation de la production, ou bien en augmentation du temps libre. La première solution est dangereuse dans un monde de surproduction pour deux raisons : parce que l’appareil productif se cancérise et ruine son environnement ; et parce qu’elle induit de fait un système ploutocratique. La ploutocratie étant le gouvernement par les riches dont la seule justification serait la ridicule théorie de ruissellement.


      • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 10:28

        JL

        augmentation de temps libre, bien sur...mais pourtant, dans les projets gouvernementaux, il serait plutôt question d’allonger l’age de la retraite, d’allonger le temps de travail...non ?

      • JL JL 27 décembre 2013 11:17

        L’autre jour, avec philouie on parlait de non pensée néolibérale.

        J’ai trouvé ce lien, et cette intervention d’un pseudo Brutus, au sujet de la théorie du ruissellement, je cite :

        ’Il ne s’agit pas d’une « théorie ultralibérale », mais d’une thèse d’inspiration libérale qui trouve son bon sens quand on comprend que la monnaie n’a pas pour vocation à être stockée, et qu’inévitablement elle est injectée dans le circuit économique sous forme de consommation ou d’investissement. Le seul facteur qui pourrait perturber ce schéma est un manque de confiance dans l’économie qui verrait alors la monnaie sortir du circuit économique pour s’investir dans des actifs inertes tels que l’or ou les matières premières.’’

        Non pensée caractérisée ! En effet, pour une personne qui achète de l’or, il y a bien une personne qui le vend, non ? Et que fera cette personne, de l’argent reçu en échange de son or ? Je ne vois dans cette transaction, aucune sortie de monnaie du circuit économique !

        Le plus drôle, c’est que sur le site, cette réponse de Brutus était classée meilleure réponse à la question qui y était posée : ’’ La théorie ultralibérale du « ruissellement » a-t-elle jamais été vérifiée quelque part ?’’


      • JL JL 27 décembre 2013 11:22

        Au sujet des projets gouvernementaux : que voulez vous insinuer, Olivier ? Que le gouvernement est inféodé à cette théorie imbécile ? Pour ma part, je n’en ai jamais douté.

        Sur un autre fil, je rappelais ce matin, cette formule célèbre : ’’ La compréhension est une adéquation à nos intentions ’’.

        En l’occurrence, tous les dirigeants politiques malhonnêtes (je ne me permettrai pas ici de dire que c’est rédhibitoire) ne font pas autre chose : la théorie du ruissellement n’est comprise que par les riches.


      • JL JL 27 décembre 2013 17:48

        Le Socialisme de l’offre, cette stupidité absolue qui tient davantage de la théorie du ruissellement que de la politique industrielle, n’est qu’une redistribution à l’envers hypocrite.


      • diogene 27 décembre 2013 18:31

        @JL

        Il y a bien sûr ceux qui achètent de l’or en spéculant une hausse des cours, mais en général l’or s’achète pour être mis de coté en attendant des jours meilleurs et lorsque la confiance dans la monnaie papier et les banques est au plus bas.. Du moins pour ceux qui ne sont ni bijoutier ni dans le dentaire. C’est dans la crainte de l’avenir proche qu’on constitue les bas de laine
        Passée la 1ere transaction, une bonne partie de cet or sera donc retiré du circuit économique pour un certain temps.
        Pour être optimal, ledit circuit économique doit tout faire circuler.

        Ainsi, celui qui achète de l’or par crainte de l’avenir proche, retire une part du flux dans ce circuit.
        Mais tout ceci est assez normal en temps de crise. Ce qui l’est moins par contre, c’est d’injecter par milliers de milliards de la monnaie dans le circuit sans que cette monnaie ne corresponde à une quelconque richesse créée dans l’économie réelle. Cette monnaie est une monnaie de singe, pourtant elle permet de consommer des biens réels pendant un certain temps avant ... qu’elle n’explose comme une énorme bulle.
        Ce que font la FED (Usa), la BOJ (Japon), la banque d’angleterre et bien sûr la BCE avec ses LTRO.


      • Croa Croa 27 décembre 2013 18:47

        L’augmentation du temps libre est la seule solution raisonnable... Le problème c’est que la plouto-oligarchie qui dirige ce monde en veut toujours plus : Elle n’est pas raisonnable ! 

        La solution est évidente mais il faudra d’abord passer par l’élimination physique de ces gens !  smiley


      • JL JL 27 décembre 2013 22:37

        Diogène,

        l’un de nous deux a manqué une marche quelque part.

        Quand quelqu’un achète de l’or, il y a bien quelqu’un qui vend, non ? C’est un échange comme un autre, non ?

        Il n’y a pas que l’or qui change de main : l’argent de l’or aussi ! Quand j’achète du beurre, la crémière ne met pas l’argent du beurre au frigo ! Si l’acheteur d’or sort son argent du ’circuit économique’, où passe l’argent qu’a reçu le vendeur ? Il thésaurise ses billets ?

        La non réponse pertinente à cette question est bien le symptôme de la non pensée libérale.


      • JL JL 27 décembre 2013 22:49

        Diogène,

        ma question relative à la symétrie des avoirs et le fait qu’il n’y a pas de réponse cohérente met en évidence l’absurdité de l’énoncé de Brutus que j’avais donné en exemple, je le rappelle :

        ’’ (la théorie du ruissellement n’est pas une) « théorie ultralibérale », mais une thèse d’inspiration libérale qui trouve son bon sens quand on comprend que la monnaie n’a pas pour vocation à être stockée, et qu’inévitablement elle est injectée dans le circuit économique sous forme de consommation ou d’investissement. Le seul facteur qui pourrait perturber ce schéma est un manque de confiance dans l’économie qui verrait alors la monnaie sortir du circuit économique pour s’investir dans des actifs inertes tels que l’or ou les matières premières.’’.

        C’est pourquoi je dis que la théorie du ruissellement en particulier, et plus généralement le dogme néolibéral, est une non pensée.


      • julius 1ER 28 décembre 2013 09:39

         Le seul facteur qui pourrait perturber ce schéma est un manque de confiance dans l’économie qui verrait alors la monnaie sortir du circuit économique pour s’investir dans des actifs inertes tels que l’or ou les matières premières.


        eh bien, on est en plein dans ce schéma là ??????? jamais eu autant de spéculations sur les matières premières consommables, quand aux ventes d’or n’en parlons pas !!!!!!!!!!!!!! 

      • diogene 28 décembre 2013 09:51

        @LG

        Cela est vrai si, et seulement si, la valeur d’un produit est immuable.
        Mais la valeur d’un produit évolue sans cesse.
        C’est pour cela qu’il y a des spéculateurs, c’est à dire des gens qui parient à la hausse ou à la baisse de la dite valeur.
        La valeur évolue à la hausse lorsqu’il y a moins de disponibilité du produit, et à contrario, elle évolue à la baisse lorsque cette disponibilité est plus importante.
        L’or n’est pas une plaquette de beurre, il ne se consomme que très peu. Son rôle a longtemps été de servir de monnaie d’échange.
        Une monnaie placée dans un coffre ne circule plus ni ne s’échange contre biens ou services.
        Mais tout ceci n’a que peu d’importance et nous restons d’accord sur l’essentiel.
        Par exemple sur la "non pensée neolibérale et sa théorie du ruissellement.


      • JL JL 28 décembre 2013 10:30

        diogène,

        dont acte sur notre accord.

        Néanmoins, je persiste dans mon incompréhension, vous dites : ’’Une monnaie placée dans un coffre ne circule plus’’.

        Si j’achète un tableau de maître, il ne circule plus ; si j’achète une île, elle ne circulera pas davantage  ; etc.

        Ce que je soutiens, c’est que une transaction commerciale se concrétise par un échange de monnaie et d’un bien ou service, qu’importe la nature de ce bien et service. Donc, en aucun cas, la monnaie n’est sortie du circuit : il n’y a pas destruction de monnaie ; elle ne s’évaporer pas ; pas davantage que la belle au Bois dormant, elle ne roupille dans la jungle.

        Un jour, j’entendais un néconomiste détailler le patrimoine d’un homme politique : il déplorait le fait de n’y compter que des actifs immobiliers et autres valeurs sûres ou liquides, et pas d’actions ni titres : diriez que seul l’achat d’actions est un placement qui relève du circuit économique ? Non, assurément pas !

        Cette distinction entre l’achat d’or et les autres types d’achats me semble relever de la même non pensée - d’un même sophisme - que la distinction que font les zéconomistes libéraux font entre dépenses publiques et dépenses privées, entre le pouvoir d’achat des fonctionnaires et celui des salariés du privé, chose que se garde bien de faire le boulanger de mon quartier.

        ’’ il y a deux impensés dans l’idéologie libérale : Premièrement, ce sont les travailleurs du secteur capitaliste — et non pas les consommateurs — qui créent la valeur monétaire dont une partie sera accaparée par les capitalistes, et ce sont les travailleurs du secteur non marchand — et non pas les contribuables — qui créent la valeur monétaire des services non marchands … » sont effectués sur un produit intérieur brut (PIB) déjà augmenté du fruit de l’activité non marchande.’’ (Jean Marie Harribey)

        nb. C’est moi qui souligne.


      • diogene 28 décembre 2013 12:27

        @LG

        Je comprends tout à fait votre point de vue, même si je ne le partage qu’en partie.
        Cela mériterait débat mais ce serait hors sujet dans ce fil de discussion.
        Je suis tout à fait d’accord sur le fait que la richesse réelle c’est l’agriculteur qui la crée, de même que le plombier, l’infirmière, le facteur ou le commerçant (et tant d’autres). La monnaie (métal ou papier) ne sert que d’étalon à cette richesse. Elle n’est là que pour simplifier les échanges. Comme disait Keynes « la monnaie c’est le voile mis sur un troc ».
        Donc, effectivement, la richesse se créée en bas et irrigue en haut. Si il y a ruissellement, c’est vers le haut. Et c’est là qu’elle s’accumule.
        Certains parlent de créer une monnaie fondante pour, justement , limiter cette accumulation. D’autres suivent Keynes pour les mêmes motifs, dans son idée de Bancor. Toute ceci ne tend à rien d’autre qu’à limiter l’accumulation et la thésaurisation, donc à faire sortir la richesse des coffres..


      • JL JL 28 décembre 2013 14:05

        diogène,

        en effet, nous sommes hors sujet, mais un mot encore, si vous permettez.

        Ce ne sont pas les achats d’or qui ralentissent l’économie, c’est le ralentissement de l’économie qui provoque les achats d’or. Les achats d’or n’impactent pas plus l’économie que le font les achats (ventes) de devises : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. 


      • diogene 28 décembre 2013 15:44

        @LG

        Nous sommes d’accord, « Ce ne sont pas les achats d’or qui ralentissent l’économie, c’est le ralentissement de l’économie qui provoque les achats d’or. »

        Tout notre débat porte sur un sujet longtemps débattu entre les néo-classiques et les keynésiens.
        Les premiers, dont vous semblez adopter les vues, pensent que l’épargne est l’élément moteur de la croissance.
        Quelque chose comme : L’épargne crée la croissance qui à son tour favorise l’épargne. Cercle vertueux par excellence.

        Les seconds, vers lesquels je pencherais, pense que c’est l’investissements qui fait la croissance et donc que c’est lui le vrai moteur de la croissance.
        Quelque chose comme : l’investissement crée la croissance et par cela favorise l’épargne.

        Vieux débat en vérité et, comme je ne crois pas aux vérités taillées dans le marbre, je pense que les deux points de vue ne sont pas incompatibles.
        Question de dosage entre épargne et investissement, sûrement !

        Aussi n’est-ce pas là que je situe le problème mais plus dans cette intervention, de plus en plus manifeste, de la finance dans l’économie, et ces injections massives de monnaie n’ayant aucune réalité à travers des QE devenus permanents..


      • JL JL 28 décembre 2013 16:09

        diogène,

        si vous pensez que je suis séduit par la théorie néoclassique, alors c’est que je me suis mal exprimé.

        D’une part, je ne suis pas de ceux qui cherchent à donner une légitimité scientifique à l’économie, bien au contraire. Et je ne crois pas avoir dit quelque chose qui ressemble à cette croyance que l’épargne créerait la croissance. Et surtout, rien dans ce que j’ai pu dire ne vous permet de m’assimiler aux néolibéraux.

        D’autre part, je considère que keynésien ça n’a plus de sens aujourd’hui tant ce terme est dévoyé et cette politique devenue caduque. Le gouvernement socialiste actuel a même inventé ce concept monstrueux de socialisme de l’offre parce que, dans le contexte de la mondialisation libérale et du libre échange, une politique de la demande (augmentation du pouvoir d’achat des masses) est pire qu’inefficace : dangereuse pour la nation qui la pratique.


      • diogene 28 décembre 2013 18:50

        @LG

        J’ai parlé de néo-classique, Schumpeter ou Kondratief par exemple, pas de Hayek ou Friedman qui eux sont des néo-libéraux.
        Loin de moi l’idée de vous associer avec ces derniers.
        Je ne pense pas, non plus, que le keynésianisme soit vraiment adapté à notre époque car basé sur une croissance devenue hypothétique dans un monde où les ressources ne sont pas éternelles.
        D’autres pistes sont à trouver .


      • JL JL 28 décembre 2013 19:39

        diogène,

        pourquoi m’appelez vous LG ? Est-ce que vous ne confondez pas avec un autre  ?


      • colza 27 décembre 2013 10:50

        Le jour où l’on me prouvera que l’eau remonte de la mer vers les moindres ruisselets, je croirai à la théorie du ruissellement.

        En attendant, c’est bien en asséchant le pouvoir d’achat des plus modestes (encore que ça remonte de plus en plus vers les « un peu plus riches ») que les « vraiment très riches » augmentent encore leurs fortunes.
        Il n’y a qu’un gâteau et plus la part est grosse d’un côté, plus elle diminue de l’autre. smiley

        • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 11:52

          Colza

          merci...
          c’est frappé au coin du bon sens... ce bon sens qui manque tant à nos politiques...entourés d’énarques qui sont coupés de la réalité.

        • Le printemps arrive Le printemps arrive 28 décembre 2013 06:32

          « Le jour où l’on me prouvera que l’eau remonte de la mer vers les moindres ruisselets, je croirai à la théorie du ruissellement. »

          Par contre l’eau revient toujours dans ces moindres ruisselets par évaporation puis précipitations...

          Aura-t-on des orages ou une pluie fine bien distribuée sur l’ensemble du paysage afin que cela bénéficie à la nature dans son ensemble sans faire trop de dégâts ?


        • olivier cabanel olivier cabanel 28 décembre 2013 07:44

          le printemps arrive

          bravo pour cette jolie métaphore
          en effet c’est la question des dégâts qui est posée, et bien posée.
           smiley

        • julius 1ER 27 décembre 2013 10:58

           « celui qui rame dans le sens du courant fait rire les crocodiles »

          Merci Cabanel, j’ apprécie ton sens de la mesure et ta pondération car ce que tu dis là est malheureusement très juste, l’exemple de la ligne LYON-Turin en est une preuve patente, cette ligne peut-être un jour rentable mais pas avant 100 ans aussi il y a certainement d’autres investissements générateurs de richesses à réaliser avant cela ; la meilleure preuve en est le tracé TGV « Lyon - Genève » remis en état à partir d’une ancienne ligne à force de milliards, mais qui n’est pas du tout rentable dans l’immédiat !!!!!!!!

          • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 11:56

            Julius

            la contestation faite sur le Lyon Turin s’appuie sur deux rapports :
            l’un a été demandé par le gouvernement (mobilité 21 ou rapport Duron) le quel a conclu qu’il fallait mieux rénover l’existant, que d’aller gaspiller près de 30 milliard pour un projet qui ne sera jamais rentable
            l’autre émane de la cour des comptes, qui dit exactement la même chose,
            mais voila, ce gouvernement, comme le précédent, est autiste.
            tétu...et incohérent.


          • Croa Croa 27 décembre 2013 18:55

            Même pas, entretenir et améliorer que qui existe serait largement suffisant !
             Derrière « l’investissement » se trouve l’intérêt exclusif des fabricants de liquidités. Toujours plus d’investissements ou toujours plus de croissance, ce sont les mêmes idioties


          • Le printemps arrive Le printemps arrive 28 décembre 2013 06:39

            Si l’on fait de grands travaux, il faut des emprunts avec des intérêts à payer (si possible à vie)... il y a donc une rentabilité évidente.... pour les investisseurs*.

            * investisseurs = propriétaire de la bergerie,
            * bergers = état,
            * chiens de garde = média,
            * moutons = le reste


          • gaijin gaijin 27 décembre 2013 11:23

            ce n’est pas exactement que le ruissellement est faux mais en fait ils détournent un fleuve et laissent sortir un ruisseau ......
            en disant et encore soyez contents ça pourrait être pire .......


            • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 11:56

              gaijin

              belle image : le ruisseau et le fleuve.
              c’est tout à fait ça !
              merci d’y avoir pensé

            • AlainV AlainV 27 décembre 2013 18:57

              à Gaijin
              « ils détournent un fleuve et laissent sortir un ruisseau ...... »
              Et qui crée la valeur ? Les riches avec leur capital ? ou tous ceux qui travaillent avec leur cervelle, leur corps et leurs mains ?
              En réalité, les riches détournent tout le fruit du travail, sous prétexte qu’ils ont prêté de l’argent. C’est le monde à l’envers. Et ça leur convient, puisque personne ne se révolte et n’essaie véritablement de les arrêter. On les laisse même s’armer jusqu’aux dents et nous espionner, cf. article 20 de la loi de programmation militaire .
              Sur l’action de prédation des riches, voyez donc le livre de M. et Mme Pinçon, chercheurs eu CNRS, « La violence des riches ». C’est très documenté.


            • Croa Croa 27 décembre 2013 19:00

              Nous pourrions aussi dire que les liquidités monétaires ont des propriétés physiques particulières : Plus elles ruissellent, plus elles retournent à la source ! smiley


            • Croa Croa 27 décembre 2013 19:10

              Oups, smiley ! j’oubliais : Les ruisseaux ce sont les fuites. Sous-entendu  : « plus ça ruisselle plus il y aura quelques fuites de liquide pour les pauvres » !

              Sauf qu’ils font tout pour limiter les fuites justement ! smiley


            • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 19:19

              croa

              bien vu !
              ces fleuves de liquidités qui retournent à leurs sources...j’aime bien l’image.
              il ne reste plus qu’à puiser dans les nappes phréatiques.
              mais l’accès aux puits semble bien compliqué.
               smiley

            • julius 1ER 27 décembre 2013 11:24

              la duplicité de ce système qui devient vraiment exaspérant en France comme ailleurs, on là retrouve dans les actus en provenance du Japon aujourdhui où Tepco demande à l’état japonais une aide de 7,5 milliards d’euros ou de yens je ne sais plus afin d’indemniser les victimes de Fukushima, comme je sais que tu es branché la-dessus, la nouvelle va te faire plaisir......

              «  »Privatiser les profits et socialiser les pertes«  », c’est aussi un des aspects de la trop fameuse théorie du ruissellement.
              Je suis d’accord avec toi, avec Hollande il ne se passera rien, il n’est qu’un gestionnaire de crise et au 1/3 de son mandat, on n’a encore rien vu et on ne verra rien ce n’est pas un chef de guerre ou plutôt si, mais il se trompe de guerres, il se lance dans des opérations de police aussi inutiles que coûteuses dans les bourbiers africains pour redorer son blason( vieille technique éculée, Thatcher l’avait fait aux Malouines) mais sa guerre à la finance est au point
              mort, et comme tu le soulignes aucun projet qui aille dans le sens, de redonner un sens à l’économie moribonde, il est vrai que la mise en place d’un revenu citoyen pourrait redonner un coup de boost à l’économie, mais là on est dans le domaine de l’Utopie en ce moment.
              C’est sûr que au vu de la situation, il ne va faire que prélèvements sur prélèvements sans rien résoudre au contraire il ne va faire qu’aggraver la situation des plus précaires et cela va se payer très cher à terme...........je crois que l’on va assister à un embrasement général, je ne sais pas comment cela va démarrer, mais les récentes jacqueries dans l’ouest ne sont que des répétitions, du confit riches vs pauvres qui va bientôt commencer.

              • Croa Croa 27 décembre 2013 19:19

                à priori l’embrasement ne viendra qu’avec la crise. De plus en plus de gens savent que nous nous faisons rouler par une toute petite mafia (petite mais puissante) mais tant que ça fonctionne encore tant bien que mal personne n’ose vraiment bouger jusqu’à ce que tout s’écroule... Alors là smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley smiley ....


              • olivier cabanel olivier cabanel 27 décembre 2013 19:34

                Croa

                en effet, j’ai le sentiment qu’il ne faudrait pas grand chose pour que la situation évolue rapidement...
                il y a quelques sursauts, pour l’instant assez corporatistes...l’équi-taxe, l’écotaxe...etc
                mais si comme en italie, les choses se radicalisent, je vois assez bien ce qui pourrait se passer sous peu.
                on voit qu’en Espagne, la tentation du pouvoir de revenir à une époque bien triste...il serait question d’interdire l’avortement...
                en Italie, Berlusconi est dans une trappe, et le pouvoir en place a de la peine a trouver des alliances pour le garder...
                en Allemagne, l’illusoire victoire de Merckel n’a pas améliorer la détresse sociale du pays
                et en France, n’en parlons pas... quand un gouvernement joue la politique de l’autruche et s’emmêle les pinceaux dans une sombre histoire de redressement de courbes...
                il serait temps que les français quittent leurs pantoufles et partent en guerre contre tous les députés godillots.


              • olivier cabanel olivier cabanel 28 décembre 2013 07:45

                juilius 1er

                je partage complètement cette analyse 
                merci.
                 smiley

              • Pepe de Bienvenida (alternatif) 28 décembre 2013 10:31

                Non mais voous êtes encore en plein délire ! Si vous ne croyez peut-être plus au Père Noël, vous pensez pourtant que le peuple va se soulever et changer le monde. Pourquoi ? Parce que voilà plus de 200 ans, dans un environnement totalement étranger au nôtre, des êtres qui avaient quelques gènes communs avec nous l’ont fait ? Regardez atour de vous, et surtout écoutez : personne ne désire le changement profond de la société, chacun désire une amélioration personnelle de sa situation, point. Ceux qui se battent pour les autres, on peut les compter sur les doigts d’une main. Le monde ouvrier dont il restait des bribes dans mon enfance, ça n’existe plus, aujourd’hui c’est une horde d’individus sans lien social. Quant à la classe moyenne, tout ce qu’elle sait faire c’est voter, et le jour où elle en a marre elle vote pour le pire (Allemagne 33).
                Ce système, dirigé par une classe dont la solidarité repose sur des intérêts financiers communs, a donc de beaux jours devant lui. Ce qui n’empêchera en rien, pendant ce temps, les coqs de la politique de gonfler leur plumage et de drainer les voix des gogos insatisfaits.

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