• vendredi 19 mars 2010
  • Agoravox France Agoravox.com Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > La finance pascalienne
9%
Article intéressant ?
 
91%
(35 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Ecrire un commentaire
  • Marquer et partager

La finance pascalienne

A chaque jour son scandale – ou sa peine. On pensait que l’affaire Kerviel constituait un sommet dans l’ordre du dévoiement du capitalisme financier et de la perte de repères et de contrôles, mais l’affaire Madoff semble repousser les limites à tous points de vue. Elle illustre et résume ce que l’on pourrait qualifier de « finance pascalienne »

Bernard Madoff, 70 ans, était un financier réputé, vu comme un innovateur et un philanthrope, figure de proue de l’establishment du secteur ; il avait notamment dirigé le NASDAQ la bourse américaine des valeurs technologiques, et siégeait à son Conseil d’Administration. La SEC, le gendarme de la bourse aux Etats-Unis, l’avait même nommé en 2000 pour siéger au sein d’un conseil consultatif et sollicitait "fréquemment" ses conseils, selon le Wall Street Journal. Dès lors sa société d’investissement Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, fondée en 1960, pouvait compter parmi ses clients les plus grandes banques de la place comme BNP Paribas ou Natixis (apparemment dans tous les « bons coups » depuis 1 an) ainsi que des particuliers aussi célèbres que Elie Wiesel ou la famille Thyssen. Et puis surtout Madoff promettait à ses clients des rendements impressionnants – on évoque couramment le chiffre de 10% par an – ce qui apparemment ne se refusait pas.
 
Aussi lorsque jeudi dernier un communiqué conjoint du procureur Lev Dassin et de la police fédérale américaine (FBI), annonçait la découverte d’une gigantesque fraude opérée par Madoff, c’est une nouvelle déflagration qui a secoué le monde de la finance . En effet la fraude semble porter sur plus de 50 MM de dollars (près de 40 milliards d’euros). Si le montant de la fraude paraît incroyable, le schéma en est très simple, il s’agit du schéma de Ponzi, ou fraude pyramidale, du nom de Charles Ponzi, un financier italo-américain véreux qui dans les années 20 avait trompé des milliers d’épargnants en promettant des intérêts allant jusqu’à 40% en 90 jours.

Le principe simplifié de l’escroquerie est le suivant : on attire le maximum de clients en promettant des rendements inédits et on assure ces rendements avec l’argent déposé par les nouveaux clients. Le système tient tant que les souscripteurs ne viennent pas retirer massivement leurs avoirs. Comme le dit J.K Galbraith « La spéculation survient lorsque l’imagination se fixe sur quelque chose d’apparemment nouveau dans le domaine du commerce ou de la finance », ici la nouveauté tenait au fait que des rendements incroyables étaient promis par quelqu’un de prétenduement irréprochable.

Pourtant, les résultats des fonds gérés par Bernard Madoff suscitaient des doutes depuis plusieurs années. Dès 1999, un courtier d’une entreprise concurrente, Harry Markopolos, a envoyé une lettre à la Securities and Exchange Commission. Il qualifiait ces fonds de « plus grand montage Ponzi du monde », selon des documents obtenus par le Wall Street Journal. En 2005 Markopolos affirmait « "Bernie Madoff’s returns aren’t real and if they are real, then they would almost certainly have been generated by front-running customer order flow from the broker-dealer arm of Madoff Investment Securities LLC” en clair les rendements obtenus par Mr Madoff ne sont pas réels ou bien alors sont frauduleux.
 
Finalement une division de la SEC aurait ouvert une enquête en 2007, mais elle n’avait manifestement pas débouché sur des mises en accusation.
Le problème pour Mr Madoff c’est qu’avec un marché boursier en forte baisse, de l’ordre de 40% (-35% pour le Dow Jones, -43% pour le Nasdaq, -43% pour le CAC 40) depuis le début de l’année il s’est probablement retrouvé face à des demandes de retrait massives de la part de ses clients, demandes qu’il n’a pas pu honorer le contraignant à dévoiler la gigantesque fraude la semaine dernière.
 
Comme d’habitude le discours que l’on va entendre dans les prochains jours va consister à dire qu’il s’agit d’un acte frauduleux, non représentatif, œuvre d’un homme seul, très habile… En résumé le système n’est pas en cause. Or au contraire cette affaire illustre de façon magistrale les failles du système : une personnalité au cœur de la machine, reconnue et admirée, est capable de berner tout le monde pendant des dizaines d’années, y compris les plus grandes banques de la planète… aucun contrôle – que faisaient les cabinets d’audit, les experts comptables, la SEC ? – n’a révélé le pot aux roses,… personne – les gérants de fonds, les génies des mathématiques, les dirigeants d’institutions financières - ne s’interrogeait sur des rendements défiant toute expérience et tout modèle,… en somme tant que l’argent rentrait tout le monde fermait les yeux.

Au cœur du système il y a donc l’avidité, la recherche toujours plus effrénée du profit, au mépris des règles de prudence, de gestion des risques et du bon sens le plus basique. Au cœur du système il y a le pari que font les hommes et les institutions : si ça marche mon gain peut être immense, quasi infini, si je perds ma perte est limitée, circonscrite à ma mise initiale. Comme pour le pari pascalien qui vise à postuler l’existence de Dieu (pour simplifier : gain infini en cas de pari juste, perte finie en cas de pari infondé) la finance pascalienne est une pure spéculation – on n’insistera jamais assez sur l’étymologie de ce mot, qui est « speculus » en latin, c’est à dire miroir, la finance contemporaine est aussi une finance de miroir, de mimétisme, de comportements moutonniers – où le risque est perçu comme faible.

Pour tous les traders et banquiers de la planète, les schémas les plus osés et les plus improbables valent le coup puisqu’en dernier ressort il n’y a pas grand-chose à perdre. En cas de réussite le trader audacieux pourra prendre sa retraite à 35 ans, en cas d’échec il perdra son travail et encore pas toujours. En cas d’investissements hasardeux mais couronnés de succès la banque affichera des résultats records – ce qui est bon pour les actionnaires et les banquiers-, en cas de pertes le contribuable finira bien par payer les ardoises comme on le constate ces derniers mois.
 
En outre la finance pascalienne comme le pari du philisophe laisse les individus et les institutions seuls face au dilemme du pari. Personne n’est là pour dire la règle, l’ordre, la loi. L’auto-régulation individuelle, pour tenter un oxymore, ça ne marche pas.
En somme tant que la perte pour les joueurs de la finance pascalienne ne sera pas très importante, ce qui reviendrait par exemple à infliger des peines de prison à ceux qui volent des milliards comme on le fait pour ceux qui volent des voitures ou cambriolent des coffres-forts, il ne se passera rien.
 
Comme le dit à l’AFP un analyste souhaitant conserver l’anonymat."Il avait des positions officielles trop importantes pour ne pas inspirer confiance, tout ceci est très négatif pour l’image de Wall Street". Oui ceci est très négatif, d’autant plus que cela aura des effets bien au-delà de Wall Street, et il faut espérer que cela change enfin.

Au fait Bernard Madoff a été libéré jeudi soir après versement d’une caution de 10 millions de dollars ; il risque une amende de 5 millions de dollars mais surtout jusqu’à 20 ans de prison.

Documents joints à cet article

La finance pascalienne
yahoo

Mots-clés

Finances

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Obtenez votre badge pendant 6 mois.

Achat immédiat par SMS ou TEL
1
2
Envoyez CODE par SMS au 81038 3.00 € / SMS Appelez le 08 99 78 18 94 1.91 € / appel
3

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • vote :
    Par yoda (xxx.xxx.xxx.52) 16 décembre 2008 11:21
    yoda

    Oui le systeme de retraite par repartition est un exemple de chaine de Ponzi, MAIS A INTERET (ou profit) QUASI-NUL. Elle ne repose donc pas sur une croissance exponentielle des depots, et c’est donc la seule qui soit viable....
     smiley


  • vote :
    Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 16 décembre 2008 11:55
    Forest Ent

    "Ponzi scheme", "pyramide", "cavalerie", "bulle", "ingénierie financière"... ce sont des synonymes. Toute la finance de ces 15 dernières années était une pyramide.

    Il est curieux que celui-ci se soit laissé prendre. Il était si facile de plaider la crise et l’irresponsabilité, comme les autres. Ou bien de s’enfuir aux Caraïbes.

    Il n’aura pas longtemps le high-score à 10 K(erviel). Il y a beaucoup mieux en route dans les dérivés. Tout ça, c’est les hors d’oeuvre. Quiz : quel est l’encours en CDS sur la faillite de GM ?

  • vote :
    Par non666 (xxx.xxx.xxx.32) 16 décembre 2008 16:00
    non666

    Et oui JP doguet, vous ne semblez pas encore avoir compris a qui vous aviez affaire avec cette meute !

    Ceci dit Cette enieme affaire est trop enorme pour que tout ceci ne soit qu’une coincidence de plus.
    L’Humanité n’ayant pas voulu financer la guerre coloniale des etats unis, la facture par la ruine nous est livré en fin de mandat de Bush .
    Le dollar ne vaut plus rien et un gigantesque echantillon gratuit de ce qui va arriver si nous ne crachons pas au bassinet pour le soutenir , nous est livré.
    La TOTALITE des etablisements financiers US viennent en quelques semaines de nous livrer toutes leurs creances pourries, tous leurs deficits accumulés.

    Les autorités du marché de New york sont devenues , depuis quelques mois , par la grace de la fusion entre la bourse de Paris (+ benelux) et celle de New York, les notres.
    Du coup, comme par hasard, personne n’a verifié la solvabilité minimum des produits livrés.

    Qui croit encore au hasard ?

    Qui croit encore le gouvrnement français qui nous promettait que Kerviel allait servir d’exempleet que de nouveaux mecanismes etaient en place pour prevenir l’effondrement des banques  ?

    Effet levier
    + usurpation du capital des clients par les speculations des Banques
    + mondialisation des mecanismes de controle et des agences de ratings sous controle US
    + exportation des produits avariés US vers le reste du monde
    = Confiscation des epargnes du monde entier perdu dans le gouffre US.

    Et avec ça, ils vont nous demander de valider la nouvelle Europe qui n’est qu’une succursale d’un marché mondial sous controle yankee !



  • vote :
    Par ZEN (xxx.xxx.xxx.15) 16 décembre 2008 14:32
    ZEN

    Ne soyez pas si dur avec cet homme !
    L’intention était bonne et le produit étiqueté "éthique" smiley


     Bernard Madoff, l’homme aux investissements "de haute éthique" :
    "M. Madoff avait créé son propre fonds à l’âge de 22 ans, avec 5 000 dollars de mise personnelle. Réputé intuitif, ultrarapide mais aussi très "éthique", il avait fini par s’imposer dans la communauté financière. Il avait pris la présidence du Nasdaq après en avoir révolutionné le fonctionnement.Figure de la communauté juive new-yorkaise, le "génial" financier était très présent dans ses activités caritatives, académiques et culturelles, ainsi que dans l’organisation du soutien financier à Israël. Parmi les nombreux "amis" qui lui avaient confié la gestion de leur portefeuille, on trouve certains des plus riches juifs américains, de vieilles familles de Long Island et de Floride.Celles-ci étaient souvent démarchées par un "makher" – un terme yiddish pour désigner un homme important – qui leur vantait les mérites du fonds Madoff Investissement Securities et expliquait qu’il leur servirait d’intermédiaire auprès de l’influent "Mr Madoff".Pour vendre ses prestations et son fabuleux rendement garanti jusqu’à 11 % l’an, M. Madoff mettait en avant ses valeurs, notamment, comme l’écrit son site Internet, son "attachement à des principes d’échanges équitables et de haute éthique".Mais depuis plusieurs années, sa méthode d’investissement mystérieuse, et le personnage lui-même, faisaient l’objet de vilaines rumeurs..."

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login /mot de passe

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.

Faites un don

Réclame

Réclame

sondage

Que retenez-vous du premier tour des Régionales ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site optimisé pour le navigateur Firefox. - Un site Infovox Network