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Accueil du site > Actualités > Economie > La flexicurité ne fait plus recette... en France

La flexicurité ne fait plus recette... en France

Encensé dans d’innombrables rapports et articles au cours de ces dernières années, le modèle danois de flexicurité est aujourd’hui superbement ignoré dans notre pays alors que le taux de chômage au Danemark n’a jamais été aussi bas (1,6 %). D’un côté, le gouvernement actuel fait mine de s’en inspirer, mais en prend au final l’exact contre-pied (fusion ANPE/Unedic, offre raisonnable d’emploi…), de l’autre le PS refuse d’en débattre (1).

Trois raisons peuvent être avancées pour expliquer ce constat :

1) Etant donné qu’il est impossible, pour d’évidentes raisons historiques et culturelles, d’importer le modèle clés en main, autant le mettre de côté… Doit-on pourtant rappeler que tous les membres de l’UE se sont mis d’accord, fin 2007, sur huit principes communs de flexicurité ?

2) Le modèle danois de marché de l’emploi est surfait : il n’y a qu’à consulter l’ouvrage de Jean-Luc Mélenchon (En quête de gauche, paru en 2007) pour s’en convaincre… Ou du moins le document anonyme qui circule sur le net et auquel il a largement eu recours pour parvenir à ce constat (2). En cause le nombre de personnes bénéficiant de dispositifs qui les excluraient opportunément du marché de l’emploi et donc éventuellement des statistiques du chômage. Avec des données remontant à 2004, donc ne prenant aucunement compte de la baisse significative de 67 % du nombre de chômeurs entre 2003 et 2007…

Qu’en est-il réellement ? Au mois d’août 2008, selon le ministère de l’Emploi, 242 000 personnes bénéficiaient d’une pension d’invalidité, 145 000 personnes d’une préretraite (et dont on estime que les deux tiers pourraient travailler) et 92 000 personnes étaient en arrêt maladie (chiffre deux fois supérieur au nombre de chômeurs). Si l’on ajoute les dispositifs secondaires restant ainsi que les demandeurs d’emploi en activation (stages, formations…), ce sont au final environ 700 000 personnes (soit près de 20 % de la population en âge de travailler) qui sont exclues du marché du travail (3).

Les limites du modèle sont certes ici touchées du doigt (surtout que ce chiffre est resté stable en dépit du manque de main-d’œuvre qui prévaut depuis 2006-2007), mais une comparaison des taux d’emploi de nos deux pays pour 2007 débouche sur une conclusion sans appel : 64,3 % pour la France, 77,1 % au Danemark… De plus, peut-on vraiment comparer le nombre de préretraités dans nos pays respectifs lorsque les deux systèmes sont différents et que l’âge pour en bénéficier n’est pas le même ? Doit-on rappeler qu’au Danemark l’âge légal de la retraite est de 65 ans ?

3) Le modèle reste quoi qu’on en dise méconnu. Pour preuve, les nombreuses annonces selon lesquelles la fusion ANPE/Unedic contribuerait à nous rapprocher de la flexicurité danoise…(4). Un fait en complète contradiction avec les déclarations de Xavier Bertrand sur le lancement d’une initiative publique de la part de la Commission européenne “afin de favoriser l’adhésion à ces principes et de sensibiliser les citoyens à la flexicurité, à la logique qui la sous-tend, à ses principales composantes et à ses conséquences.”…(5).

Le modèle danois est souvent réduit à un système mélangeant une dose de flexibilité (souhaitable pour les entreprises) et de sécurité (de généreuses allocations chômage). Une approche bien pratique qui permet de parler de flexicurité “à la française” lorsque des “réformettes” effleurent ces deux notions. Mais pas de quoi expliquer la baisse du taux de chômage de 12,8 % en 1993 à 1,6 % aujourd’hui…

Certains réfutent, peut-être à juste titre, ce dernier chiffre : en prenant en compte tous les bénéficiaires des allocations chômage, on parvient en effet à un taux de chômage “officieux” d’environ 5 % (6). Mais l’essentiel n’est-il pas ailleurs ? Plus que l’efficacité brute du modèle, ce sont en effet les principes qui sont à sa base dont il est nécessaire de s’inspirer.

1) Des allocations chômage relativement généreuses dont la durée de perception n’a de cesse de baisser (10 ans dans les années 90, sans doute 2 ans en 2009) et qui, couplées avec des règles souples d’embauche et de licenciement, expliquent la forte mobilité de la main-d’œuvre et le dynamisme du marché du travail qui en découle.

2) Une formation continue qui favorise l’adaptation du modèle aux impératifs de la mondialisation, ce qui est préférable à une protection improductive de secteurs de toute manière condamnés à la délocalisation (pas étonnant d’ailleurs que le débat soit inexistant sur ce thème, les Danois en étant les champions nordiques).

Rappelons que la formation continue est un droit (les conventions collectives prévoient un minimum de deux semaines par an et par employé) : le droit à une mobilité choisie, le droit de changer de secteur d’activité, le droit de devenir polyvalent et de s’épanouir sur le marché du travail. Rappelons également que 500 000 emplois restent non pourvus en France, un constat résultant également de l’inadéquation entre les qualifications des demandeurs et les offres proposées.

3) Un réel suivi des chômeurs, plutôt que la tentative, vouée à l’échec, d’approfondir la définition d’une offre “raisonnable” d’emploi pour le moins “irraisonnable” financièrement (7). C’est en tous les cas ce suivi des chômeurs qui semble être le facteur déterminant de la baisse du taux de chômage ces quinze dernières années.

4) Un taux d’emploi élevé, notamment pour les femmes et les seniors. N’est-il pas temps d’analyser les raisons d’une situation souhaitable car créatrice de valeur et susceptible d’assurer la pérennité des finances publiques ?

Finalement, la question est la suivante : voulons-nous, en termes d’emploi, suivre le “modèle” britannique, comme privilégié par le gouvernement actuel (basé sur des outils comme le détecteur de mensonge), ou tendre vers les principes rationnels du modèle danois ? Au Mouvement démocrate de faire le bon choix…

(1) “Lors du séminaire de préparation à la présidentielle (16 décembre), le créateur du blog “Gonordisk” s’est fait vivement renvoyer dans ses cordes par la direction du PS (blog militant)”, 31 juillet 2008 http://www.gonordisk.net/article-10570966.html

(2) http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm

(3) Konjuktur og Arbejdsmarked Uge 32, 4-8 août 2008, page 5

http://www.bm.dk/graphics/Dokumenter/Uge-reviews/2008/Konjunktur_og...

(4) Jean-Luc Bérard, directeur général de l’Unedic, “Ramener la durée moyenne du chômage à trois mois”, Les Echos, 6 décembre 2007 http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/12/06/300224330.htm ou encore Bernard Brunhes, spécialiste des relations sociales, Cabinet BPI “Les nouvelles mesures antichômage seront-elles efficaces ?” Capital page 76, juillet 2008.

(5) “La mission européenne pour la flexicurité présentée aux partenaires sociaux”, ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité”, 12 février 2008.

http://www.travail.gouv.fr/actualite-presse/communiques/mission-europeenne...

(6) Chiffre avancé par le CEPOS, groupe de réflexion danois d’orientation libérale. www.cepos.dk

(7) Rapport Besson “Accompagner vers l’emploi : les exemples de l’Allemagne, du Danemark et du Royaume-Uni”, juillet 2008. http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000461/0000.pdf


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20 réactions à cet article    


  • Yohan Yohan 23 septembre 2008 23:07

    C"est vrai qu’on en parle moins qu’il y a un an. Notez que l’on nous a gratifié de la moitié de la flexisécurité. devinez laquelle ?


    • donino30 donino30 24 septembre 2008 09:47

      Et ben voyons... on ne sait que pleurnicher dans ce pays c’est horripilant.


    • LaEr LaEr 24 septembre 2008 17:07

      Comme l’as dit VOTRE président de la république :
      "La France, tu l’aimes où tu la quittes"

      Si vous n’aimez pas le pays où "on ne sait que pleurnicher", faites vos valises, ou soyez constructif au débat.




    • donino30 donino30 24 septembre 2008 18:59

      Je n’ai pas attendu les "conseils" des loosers franchouillards pour faire mes valises. Quand je pense que certains osent employer ici le mot "débat", ils ne manquent vraiment pas d’air ! Continuez à pleurnicher, vous m’intéressez. Réellement. 


    • roberto 25 septembre 2008 10:16

      @ Donino :où que vous soyez avec vos valises ,restez-y !
      Pour ma part,je vois surtout des pleurnichards revenir d’expatriations...


    • karg se 23 septembre 2008 23:09

      L’article est bien, mais deux petits points me dérange :

      Pas débat sur la flexécurité au PS ? Quand on compte les gagnants/gagnants dans les discours de Royal on se demande bien où vous avez trouvez ça.

      Le mouvement démocrate... vous pensez vraiment que le MODEM, tenu ou fortement inspiré par des partisans affichés du protectionisme (Arthuis, Peyrelevade) va soutenir la flexécurité et l’ouverture indispensable qui doit l’accompagner ?



      • foufouille foufouille 24 septembre 2008 11:11

        ils sont la pour faire semblant de s’y opposer


      • donino30 donino30 24 septembre 2008 11:45

        " C’est en tous les cas ce suivi des chômeurs qui semble être le facteur déterminant de la baisse du taux de chômage ces quinze dernières années."

        Vraiment ? En lisant la première source de l’article fournie par l’auteur, je trouve ceci :

        "Au Danemark, en réintégrant les 268 300 faux inactifs (préretraités ...) dans la population active, celle-ci devenait 3 034 600 personnes et le taux de chômage réel 14,65 %."

        "
        En France en 2005, le nombre réel de chômeurs en équivalent temps plein était de 4 092 000, soit un taux de chômage réel de 14,53 % (compte tenu de la correction sur la population active)" 

        J’ai donc un peu de mal à comprendre en quoi le suivi du modèle danois est extraordinaire... Mais j’ai un esprit simple, les subtilités m’échappent souvent.


        • Courrier Danemark 24 septembre 2008 13:37

          Le document que je cite dans mon article est celui utilisé, sans aucune rigueur professionnelle, par Jean-Luc Mélenchon pour critiquer le "modèle" danois. C’est un document circulant sur le web et anonyme.
          Comme je le dis dans l’article, le véritable taux de chômage tourne plutôt vers les 5%, ce qui n’a rien à voir avec les 14,65% cité dans cette source...Et encore une fois, j’essaye d’élargir le débat en ne présentant pas uniquement la flexicurité en termes d’efficacité économique mais comme un ensemble plus complexe posant la question de savoir dans quel type de société nous désirons vivre.


        • foufouille foufouille 24 septembre 2008 13:55

          le taux de chomage officiel est un pourcentage politique
          il suffit de compter tous ceux qui pourraient travailler (hors retraite)
          et ds ce cas il est tres eleve


        • karg se 24 septembre 2008 15:29

          Quelque soit le taux de chômage politique, reste le taux d’activité qui lui est indiscutablement plus élevé. C’est ça la clef de la réflexion.


        • foufouille foufouille 24 septembre 2008 17:06

           la cas contraire ca serait bizarre
          toutefois on peut inclure les formations ds ce taux d’activite
          les chiffres officiels sont pas mal trafiques
          il suffit de regarder le nombre d’inscrits a l’anpe : en gros 4000 000


        • karg se 24 septembre 2008 18:04

          Ca veut pas forcément dire chômeurs, mais aussi en attente d’un meilleur emploi, par exemple d’un CDI ou d’un poste qui correspond mieux à sa formation. On peut très bien faire ça en France aussi.


        • donino30 donino30 24 septembre 2008 19:10

          Le taux d’activité est à mon avis aussi le moins artificiel des outils de comparaison. Mais si vous essayez de l’utiliser, vous allez voir sous peu une armada d’"experts" débarquer et crier au scandale en agitant la pyramide des ages pour expliquer les écarts. Sans compter en effet les différences d’âge de départ à la retraite. Bon courage...


        • foufouille foufouille 25 septembre 2008 08:19

          celui qui cherche un meilleur cdi ne s’incrit pas a l’anpe
          au dela de 78h par mois on est radie
          ensuite les rdv des bureaucrates ne sont negociable
          ceux qui s’y incrivent y sont vraiment obliger
          d’ailleurs un chomeur doit "chercher du travail a plein temps"


        • karg se 25 septembre 2008 12:45

          Ecoute j’ai eu des collègues qui bossait à 35h par semaine et qui était toujours "demandeur d’emploi" et inscrit à l’ANPE.


        • foufouille foufouille 25 septembre 2008 17:11

          vu les services chomeurs de l’ASSNPE pour les chomeurs, on parle pas du meme truc

          genre tu vas bosser aux vendanges avec une canne.........
          ils doivent avoir un service VIP tes "potes"


        • SALOMON2345 24 septembre 2008 12:01

          De même qu’être Maire de Neuilly ne confère pas par automatisme les qualités pour gouverner la FRANCE, comparer celle-ci au DANEMARK me semble - pour l’échelle de grandeur et toutes ses conséquences respectives - un peu fragile !
          Fragile comme il est souvent dit - par démagogie - prétendre être capable de gérer un pays comme une entreprise, alors que les buts et fonctions respectis de l’un comme de l’autre sont totalement différentes...
          Comparaison n’est pas raison...a dit un philosophe !


          • Courrier Danemark 25 septembre 2008 18:40

            Oui c’est vrai, la comparaison entre la France et le Danemark a des limites, dans la mesure où beaucoup de choses ne peuvent être transposées telles quelles...Mais comparer le Danemark à la France peut au moins servir à lancer des débats dans notre pays et c’est déjà pas mal. Et puis votre remarque va dans l’autre sens : si j’écris régulièrement des articles sur le Danemark, c’est aussi pour montrer que le gouvernement prétend s’en inspirer (fusion ANPE/UNEDIC, offre raisonnable d’emploi) alors qu’en fait il en prend l’exact contrepied.


          • TSS 24 septembre 2008 13:03

            comme c’est parti au niveau financier ,on aura bientôt plus à parler de flexisecurité ni de securité ,tout court ... !!!

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