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La France et l’Allemagne à la recherche du capital risque

La France et l'Allemagne ont engagé des fonds publics pour soutenir l'innovation au sein de leurs territoires. Leur exemple révèle deux démarches différentes pour favoriser la libération des capitaux privés. Il permet d'aborder le choix auquel sont confrontés tous les États souhaitant encourager l'innovation entrepreneuriale. L'approche allemande et l'approche française demeurent cependant critiquables. 

 

 

1 L'objectif commun : le renouveau de l'économie

 

1.1 La stagnation actuelle comme signal du renouveau

Le Rapport annuel sur l’état de la France en 2014 débute par la mise en exergue des difficultés économiques du pays. Publié en décembre 2014 par la Conseil économique, social et environnemental, ce rapport part d'un constat : « La France pâtit d’un modèle économique trop dépendant des marchés financiers qui obère l’avenir. »1 La suite souligne le caractère discutable des politiques de rigueur pour la prospérité économique avant de concéder que « la stagnation de l’activité et le recul de l’emploi accentuent les difficultés des entreprises et plus largement de la population. »2

La raison principale du recul de l'emploi à un moment où les économies retrouvent la croissance est fortement discutée depuis deux ans. Le consensus indique que l'intégration de nouveaux outils technologiques au système économique mondial tend à rendre certains métiers obsolètes. Désormais l'emploi favorise les individus aux compétences spécialisées et surtout capables de s'adapter aux rapides changements induits par les innovations technologiques.

En juillet 2014, le magazine Foreign Affairs a offert une analyse édifiante de l'actuel mutation des économies.3La principale observation est que « dans le futur, les idées seront les véritables ressources limitées – plus limitées que la main d’œuvre et le capital. »4 Le futur se prépare maintenant.

1.2 Le renouveau sans le financement public

Les hauts nivaux de chômages et d'emplois précaires au sein de l'Union européenne signalent la justesse de l'analyse du magazine américain. En cette circonstance, l'objectif est de soutenir la production des idées et leur intégration dans le circuit marchand afin de « générer de la valeur économique et des emplois »5. Toutefois, l'emprise irrésistible de la finance sur les États membres de l'Union6 empêche ces derniers de mobiliser les capitaux suffisants pour soutenir efficacement l'innovation. La sollicitation des capitaux privés devient nécessaire.

 

 

2 Les choix formulés : l'investisseur individuel ou les sociétés d'investissement.

 

2.1 L'Allemagne en soutien aux investisseurs privés

En Allemagne, « sont soutenus les investisseurs privés (personnes physiques) qui achetent des parts de capital social de jeunes entreprises innovantes. […] Grâce à l'incitation financière de l'État fédéral, l'investisseur privé récupère 20% du prix engagé pour entrer au capital social ».7 Deux conditions opérationnelles sont à relever :

  1. « La participation au capital [doit durer] au moins trois ans »8 ;

  2. « L'investisseur doit mettre à disposition de l'entreprise au moins 10 000 euros. Si le paiement est échelonné en fonction d'objectifs à atteindre, chaque paiement doit valoir au moins 10 000 euros. »9

Le 14 février 2015, la page Facebook du magazine allemand Gründerszene diffusait un article10 indiquant que « jusqu'à présent, très peu [d'investisseurs] ont saisi l'offre de l'État fédéral. »11 Parmi les critiques laissées en commentaire, l'une constatait que « personne n'a encore eu l'idée d'investir cet argent [= l'incitation financiers de l'État] directement dans les startups ! »12

En effet, le but pour l'État est bel et bien de limiter l'investissement des deniers publics dans des entreprises naissantes, ayant peu ou pas encore de revenus et donc risquées du point de vue du retour sur investissement. Aux personnes privées de prendre les risques nécessaires pour préparer l'avenir.

L'attitude de l'État français est très similaire en ce qu'elle consiste à limiter l'exposition du financement public. Néanmoins, la démarche est différente.

2.2 La France en faveur des sociétés d'investissement

2.2.1 La limitation assumée du financement public

Dans le cadre du programme d'investissements d'avenir officiellement lancé par la « la loi de finances rectificative pour 2010 »13, l'État français a créé « l’Initiative French Tech comme un grand mouvement de mobilisation collective. »14 Le cœur de cette initiative est doté de 215 millions d'euros,15 soit environ 0,6 % des 35 milliards d'euros du programme d'investissements d'avenir. Là encore, l'objectif est clairement de limiter la dépense publique.

Sur les 215 millions d'euros, 200 millions sont destinés à cofinancer « des accélérateurs de startups privés. »16 L'appel à manifestation d'intérêts diffusé pour promouvoir ce dessein rappelle ce que le commentateur allemand avait constaté pour son propre pays : « Dans tous les cas, le Fonds French Tech Accélération […] n’a pas vocation à investir directement dans les startups accélérées. »17

2.2.2 L'avantage discret aux sociétés d'investissement

Au sujet des « structures éligibles au fonds French Tech Accélération », l'appel crée une distinction oiseuse entre les « accélérateurs, constitués en sociétés privées (« Sociétés d’accélération » ou « Sociétés ») » et les « fonds d’investissement intégrant dans leur stratégie une offre d’« accélération » de startups importante, par exemple en ayant constitué des partenariats avec des Sociétés d’accélération (« Fonds avec accélération »). »18 Les détails indiquent que la faveur est surtout accordée aux sociétés d'investissement. Cela est clair s'agissant des structures de type « Fonds avec accélération ».

Concernant les accélérateurs, « le Fonds French Tech Accélération (…) investit prioritairement des tickets à partir de 1 million d’euros (…) Le Fonds French Tech Accélération investit obligatoirement aux côtés de co-investisseurs privés (institutionnels, corporate, personnes physiques…) et dans les mêmes conditions (opération « pari passu »). Le financement public ne pourra pas représenter plus de 50% du tour de table. »19 Cela signifie que pour bénéficier du financement public, les dirigeants d'accélérateurs ne pourront pas se contenter de déposer un dossier. Ils devront également mobiliser des investisseurs privés capables d'engager au moins 1 million d'euros. Un tel capital suggère le recours inévitable à des personnes morales privées. Cela est d'autant plus probable si ce million d'euros est mis en rapport avec les 10 000 euros exigés par l'État fédéral allemand pour soutenir les personnes physiques désireuses d'investir dans des jeunes entreprises innovantes.

 

Le présent article est extrait de la lettre d'information -The Series- du 16 février 2015.

 

 

1FAUVEL Hélène. Rapport annuel sur l’état de la France en 2014 [en ligne]. Décembre 2014. Le Cese. p. 11 <http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Rapports/2014/2014_27_rapport_etat_france.pdf> consulté le 15 février 2015

2Ibidem

3BRYNJOLFSSON Erik, MCAFEE Andrew, SPENCE Michael. New World Order : Labor, Capital, and Ideas in the Power Law Economy [en ligne]. Juillet 2014. Foreign Affairs. <http://www.foreignaffairs.com/articles/141531/erik-brynjolfsson-andrew-mcafee-and-michael-spence/new-world-order?cid=emc-feb15promoc-content-012115&sp_mid=47856027&sp_rid=YWxhaW5wYXRyaWNrQG1lLmNvbQS2> consulté le 15 février 2015

4Ibidem

5LA FRENCH TECH. Appel à manifestation d’intérêts pour les investissements dans des structures d’accélération de la croissance de startups innovantes (« accélérateurs de startups ») [en ligne]. Gouvernement.fr. <http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2015/01/ami_french_tech_acceleration_0.pdf> consulté le 15 février 2015

6UMUCYO Alain-Patrick. II/ Les lobbyistes, opérateurs en territoires troubles. 1/2 : Les trois voies du lobbying [en ligne]. 1 novembre 2014. AgoraVox. <http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/ii-les-lobbyistes-operateurs-en-158821> consulté le 15 février 2015

7BUNDESAMT FÜR WIRTSCHAFT UND AUSFUHRKONTROLLE. INVEST – Zuschuss für Wagniskapital [en ligne]. Bafa. <http://www.bafa.de/bafa/de/wirtschaftsfoerderung/invest/> consulté le 15 février 2015

8Ibidem

9Ibidem

10GRÜNDERSZENE. Relativ zurückhaltend bisher, die Szene... [en ligne]. 14 février 2015. Facebook. <https://www.facebook.com/Gruenderszene/posts/10152612147970966> consulté le 16 février 2015

11HAHN Christopher. „INVEST-Zuschuss“137 Millionen Euro vom Staat warten immer noch auf Investoren und Gründer [en ligne]. 10 février 2015. Gründerszene. <http://www.gruenderszene.de/allgemein/invest-zuschuss-fuer-wagniskapital-137-millionen-euro-warten> consulté le 15 février 2015

12AXINIO.COM. Bei den Voraussetzungen ist es auch kein Wunder ! … [en ligne]. 14 février 2015. Facebook. Commentaire. <https://www.facebook.com/Gruenderszene/posts/10152612147970966> consulté le 16 février 2015

13BPIFRANCE. Investissements d'avenir – Programme [en ligne]. BpiFrance. <http://investissementsdavenir.bpifrance.fr/> consulté le 16 février 2015

14LA FRENCH TECH. Appel à manifestation d’intérêts pour les investissements dans des structures d’accélération de la croissance de startups innovantes (« accélérateurs de startups ») [en ligne]. Gouvernement.fr. <http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2015/01/ami_french_tech_acceleration_0.pdf> consulté le 15 février 2015

15Ibidem

16Ibidem

17Ibidem

18Ibidem

19Ibidem


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7 réactions à cet article    


  • christophe nicolas christophe nicolas 23 février 2015 20:32

    Ce n’est pas le capital le problème mais de posséder des concepts innovant et le le caractère du concepteur parce qu’il y a beaucoup de pays dans ce monde. Ainsi, Andréa Rossi et son système de fusion froide, après être passé en Italie puis en Grèce a fini aux Etats Unis... Ce n’est pas normal alors que les chercheurs italiens ont fait du bon boulot, que les Grecs aurait bien besoin d’un tel projet car Déflakion n’a pas l’air d’avancer que cela finisse aux USA sous la coupe de Wienerberger, multinationale Autrichienne.


    Le grand emprunt recherche n’a financé que des Titanics.

    Si des énergumènes bloquent tout, il y a deux choix, soit l’inventeur se casse soit les énergumènes sautent... le capital, il y en a partout, ce n’est pas ce qui manque.

    • ddacoudre ddacoudre 23 février 2015 22:27

      bonjour alain

      ça fait 30ans que des mesure sont prise pour aider l’investissement.

      La principale observation est que « dans le futur, les idées seront les véritables ressources limitées – plus limitées que la main d’œuvre et le capital.
      je suis d’accord que la main d’œuvre et le capital sont disponible avec 7millard d’individus et un capital qui se crée à la demande l’on n’est pas gêné aux entournure.par contre les idées dépendent de ceux que l’on apprend et plus l’on met de gens à apprendre plus l’on a de chances d’avoir des idées, sauf bien sur si l’on pense que les idées ne sont recevable que si elles coïncident avec une vision essentiellement productiviste comme cela est définit dans ce paragraphe.
      En cette circonstance, l’objectif est de soutenir la production des idées et leur intégration dans le circuit marchand afin de « générer de la valeur économique et des emplois »

      les entreprises n’ont pas vocation à créer des emplois, demain l’on aura pas besoin du travail de tout le monde, il faudra donc envisager une société ou le revenu ne se reçoit pas seulement du travail. tu vois ça c’est une idée qui ne peut pas germer dans une vision productiviste du monde comme le conçoivent les américains.http://ddacoudre.over-blog.com/pages/Remunerer-les-hommes-pour-apprendre-7538257.html cordialement.


      • Alain-Patrick Umucyo Alain-Patrick Umucyo 24 février 2015 11:49

        @ddacoudre
        Merci !


      • Pascal L 23 février 2015 22:47

        La création de valeur demande en général beaucoup de temps et génère de l’incertitude. Tout ce que les financiers n’aiment pas. Il n’y a donc aucune raison qu’ils utilisent l’argent disponible pour du vrai capital-risque alors qu’il existe des placements avec un retour rapide et pratiquement sans risque sur les marchés financiers.

        Avec le système financier actuel, la création de valeur n’est jamais compétitive face à la prédation.

        • fred.foyn Le p’tit Charles 24 février 2015 08:38

          Résultat des courses...L’Allemagne fait des bénéfices en milliards....et nous nous coulons.. ?

          Vous avez dit incompétent... !

          • Rmanal 24 février 2015 14:00

            Comme dit Pascal L, le problème de fond est que la taux de rentabilité du capital sur les marchés financier est supérieur à celui des entreprises. Si on rajoute à cela la notion de risque, qui irait investir dans une start up mis à part en espérant un retour court terme ? Et c’est bien le problème de nos banques aujourd’hui, ce que leur reproche les organisations patronales, c’est de ne pas soutenir l’investissement créatif d’entreprise. Et pourtant c’est bien à cela que sert une banque.


            • cyril 24 février 2015 19:12

              La question simple est la suivante : est-ce que le système capitaliste est viable ? Non !

              Le capitalisme de type fordiste est arrivé à sa borne historique fin années 60 début années 70. Production de masse et compromis capital-travail.

              Une relance néo keynésienne a alors été tentée par l’administration Nixon pour relancer la machine (taux d’intérêts bas et dette avec comme préalable des taux d’intérêts hauts pour attirer les capitaux étrangers, ceci avec comme présupposé le dollar comme monnaie marchandise délié de l’or afin de pouvoir mondialisé les échanges de capitaux et permettre aux USA de vivre à crédit ). Cela a fonctionné quelques temps. Mais la 3ème révolution technologique déjà en mise en oeuvre (information, communication) a augmenté significativement la productivité et donc sapé le travail vivant.

              Il n’y a que le travail vivant qui produit valeur et survaleur (microsoft par ex réalise ses profits grâce aux licence et au brevets) .

              La bulle internet a bien montré que les nouvelles technologies ne créent pas de valeur supplémentaire dans la globalité d’où l’éclatement de la bulle par manque de production de valeur réelle par rapport au potentiel envisagé !

              C’est pourquoi, les capitalistes se sont retournés sur une valeur bien plus prosaïque qui est l’immobilier (quand l’immobilier va tout va !) avec pléthores de produits financiers qui ont aussi permis de « garer » du capital fictif.

              Jusqu’à l’éclatement de la bulle via les subprimes

              Le contexte aujourd’hui est d’invoquer l’innovation et les nouvelles technologies afin d’essayer de trouver des porteurs d’espoir pour le capital fictif !

              Or, cette quête est vaine car comme dit plus haut, les nouvelles technologies ne permettront jamais de retrouver des masses de valeur comme du temps du fordisme triomphant !

              D’autre part, cette fuite en avant détruit inexorablement notre milieu naturel de vie, engendre des guerres, de la paupérisation.

              Que vous le vouliez ou non, le capitalisme se dirige vers son effondrement !

              La politique néolibérale ou la politique néokeynésienne ne changeront rien à l’affaire.

               Pour le p"tit charles : si l’Allemagne fait des bénéfices, c’est que les autres (proncipalement l’UE, lui achète à crédit ! Donc, l’ Allemagne n’est rein sans les autres et la dette ! Il ne s’agit pas d’incompétence, mais de politique !

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