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La France et les TIC : « On fait les préliminaires, et on ne couche pas »

J’ai assisté récemment à la première université d’été de l’intelligence économique. J’en ai tiré quelques citations savoureuses, et beaucoup d’enseignements ...
"Comment avec tant d’atouts peut-on faire aussi mal ?"
"Qui veut tuer ma boite ? Comment va-t-il faire ? Ou se trouve-t-il ?"
"Les Français jouent à la belotte, les Américains au poker, et les chinois au Go".
"Surveiller comme les chinois, analyser comme les Français, agir comme les américains".
"On fait les préliminaires, et on ne couche pas".
"Ce n’est pas avec les meilleurs joueurs que l’on fait la meilleure équipe".
"Je monte un beau projet, je le passe à mon chef, qui le passe à son chef, qui le passe à son chef, et qui ... l’enterre".
"Il faut un combat de l’intelligence, qui passe par une éducation à l’information".

Les 2 et 3 octobre 2008 s’est tenu la 1ère Université d’Eté de l’Intelligence Economique, avec pour titre : "La France, l’Europe et les Etats francophones sont-ils des marchés conquis ?"

Organisé de main de maître par le Forum Francophone des Affaires, présidé par Stève GENTILI, et l’association Culture Economie Défense, présidée par Yves -Marie MORAY, le colloque s’est tenu dans le cadre prestigieux de l’Ecole Militaire. Les tables rondes se sont succédé durant un jour et demi, avec un large panel d’intervenants (45 exactement).

Voici quelques morceaux choisis relevé ça et là (je n’ai pu assister qu’à 3 tables-ronde sur 6). Je tiens à souligner que le texte ci-dessous n’engage que moi, et ne reflète que ma compréhension du discours des intervenants.
 

La première table ronde portait sur le thème : ENJEUX STRATEGIQUES DE LA FRANCOPHONIE ECONOMIQUE
 
Stève GENTILI (Président du Forum Francophone des Affaires et de la BRED) a rappelé qu’il y a 200 millions de francophones dans le monde. Loin d’être seulement affaire de culture, la francophonie est un voile qui cache un vrai combat, celui du développement des états concernés. Face au monde Anglo-Saxon, le monde francophone essaye de jouer ses cartes, et l’Intelligence Economique fournit une grille de lecture.
 
Jean-Claude MAGENDIE (Premier Président de la Cour d’Appel de Paris) est intervenu sur le droit français comme outil de défense économique. Le droit anglo-saxon, rappelle-t-il a été appuyé par des rouages puissants, notamment les grands cabinets internationaux d’avocats (sur les 100 plus grands cabinets, 98 sont de la « common law », et … 2 seulement du droit franco-germanique !). La bataille est similaire au niveau des normes comptables. Citant Orsenna « Le droit est à la société, ce que la grammaire est à une langue » il conclue qu’il y a une convergence dans la défense de la francophonie et du droit, qui sont liés à l’économie et la culture.
 
Benoît BATTISTELLI (Directeur Général de l’Institut National de la Propriété Industrielle - INPI) a fait la démonstration d’une réussite européenne trop souvent passée inaperçue : l’organisation européenne des brevets. La structure qui a en charge les brevets en Europe est devenue une référence mondiale, et est – du fait du rôle stratégique des brevets dans l’innovation- un vecteur d’influence.
 

La seconde table ronde avait pour thème : MONDIALISATION ET REFORME DE L’ETAT
Christian SAINT-ETIENNE (Professeur des Universités, membre du Conseil d’Analyse économique) a brossé un tableau de la France.
Au titre des éléments positifs, il a cité la bourse et une place financière qui lui semblent très solides. Il a été plus prolixe sur nos axes d’améliorations. Au premier rang desquels, il a cité notre faible croissance économique. Pour y remédier, il a évoqué les points suivants :

- une réforme de l’appareil d’Etat, de la sphère publique, et de la finance publique,

- un devoir de promotion de l’innovation,

- une réforme universitaire,

- un recalcul de l’âge de la retraite,

- la fin de l’ISF qui est destructeur de valeur.
Il a conclu que tant que l’on ne sera pas capable de toucher à ces vaches sacrées (recul de l’âge de retraite, ISF, …) nous n’aurons pas la croissance nécessaire. Le plus rageant est que l’on a tout pour réussir. Et le professeur de finir sur cette interrogation : « Comment avec tant d’atouts peut-on faire aussi mal ? »
 
Rémy PAUTRAT (Préfet, Président de l’Institut d’Etudes et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises - IERSE).
Ancien préfet à la carrière prestigieuse, M. Pautrat nous a avoué avoir été sensible en début de carrière aux paroles d’un patron de PME qui lui a dit se poser tous les matins les trois mêmes questions « Qui veut tuer ma boite ? Comment va-t-il faire ? Ou se trouve-t-il ? ». Cette phrase a depuis cristallisé pour ce grand serviteur de l’Etat un engagement fort au profit des entreprises françaises, et notamment des PME. Ce qui s’est notamment traduit, sur les territoires que le préfet à eu à administrer, par la mise en place de dynamiques d’intelligence économique (Normandie, Nord, Essonne).
Quatre éléments lui paraissent bien définir la société actuelle :

- la vitesse, qui imprègne tous les compartiments de la vie,

- l’économie de la connaissance,

- la guerre économique, qui régit le monde des affaires,

- la complexité, que l’on retrouve notamment dans les normes, le juridique, …
M. Pautrat a lui aussi évoqué les domaines où selon lui la France se débrouillait mal :

- l’influence. « Les Japonais (dit-il) ont plus de bureaux à Bruxelles que la France »,

- la sécurité économique,

- l’anticipation. La politique relève trop souvent du court termisme,

- le manque de culture de l’information,

- les partenariats public-privés,

- l’offensif. La France est trop axé sur le défensif. Il y a « trop de lignes Maginot ». Si vous proposez de l’offensif, explique-t-il « vous allez provoquer la suspicion ».
Ses deux recommandations majeures :

- L’Etat doit être stratège, doit être un « veilleur de l’avant ».

- L’Etat doit être un partenaire pour les entreprises, et doit développer les partenariats publics – privés.
 
Abdelmalek ALAOUI (Associé-gérant GLOBAL INTELLIGENCE PARTNERS, FFA Maroc).
M. Alaoui a commencé par une image que chacun pourra interpréter à sa guise : Dans le monde actuel « les Français jouent à la belotte, les Américains au poker, et les chinois au Go. »
Partant de cette image, le Maroc essaye d’avoir un positionnement hybride en reprenant les forces des grands modèles : « surveiller comme les chinois, analyser comme les Français, agir comme les américains ». C’est selon lui la recette du succès.
La politique d’Intelligence Economique du Maroc, a été développée à partir de la prise de conscience d’un problème (comme c’est souvent le cas en entreprise). L’un de ces événements a été la prise de conscience de la concurrence chinoise. M. Alaoui a raconté l’anecdote suivante : les services de l’Etat ont détecté trois containers remplis de babouche en provenance de Chine. Ces dernières étaient vendues 1,5 dollars pièce, alors que la production locale des artisans marocains l’est à 6 dollars ! Comme il le dit avec franchise et ne simplicité « nous n’avons rien vu venir ». Les services concernés de l’Etat marocain ont ensuite reconstitué le mécanisme : les Chinois installés au Maroc (au travers de restaurant ou de magasins) ont appris l’arabe, se sont « fondus » à la population, et ont appris le savoir-faire utile à la réalisation de babouche « made in Maroc ». Ce parangonnage* était le prélude à une conquête du marché marocain. Mais le danger ne résidait pas tant dans l’importation au Maroc de ces produits. Mais dans le sape d’un marché mondial pour ce type de chaussures, au détriment du royaume chérifien.
*Parangonnage est le mot d’ancien français qui signifie benchmarking. Compte tenu du thème de ce compte rendu (IE et Francophonie) je me devais d’éviter les anglicismes ;-)
 
 
Table ronde n°4 : INTELLIGENCE ECONOMIQUE ET TIC
 
Renaud FINAZ DE VILLAINE (Directeur marketing et communication de MICROPOLE-UNIVERS) a présenté un nombre impressionnant de moteur de recherche (parmi eux, Grokker, Ixquick, kartoo, Quintura, Searchcrystal, Xcavator, …). Les Français selon lui, se « débrouillent bien » dans certains compartiments du jeu (recherche, sémantique) mais sont inexistant dans les phases marketing et de commercialisation.
 
Jean-François MARCOTORCHINO (Directeur Scientifique THALES Communications, Directeur de Recherche et Professeur des Universités) a confirmé cette analyse en pointant sur les domaines d’excellence française, mais aussi sur les occasions manquées. L’avenir des moteurs sera selon lui, dans le multimodal avec des moteurs qui traiteront en même temps le texte, l’image et le son.
 
Claude MOLLY-MITTON (Responsable du pôle "veille et relations extérieures" au sein de l’AIFE, Membre permanent de l’Académie de l’IE) a complété ces vues, et s’est notamment étonné du paradoxe suivant : la domination de Google sur ses concurrents est plus importante en France qu’aux Etat-Unis : 90% de part de marché en France, contre 62% aux EU, alors même que la France a une production dynamique en la matière.
 
Peter van der LINDEN (chef de projet Quaero) a rappelé que le projet Européen Quaero ne se veut pas concurrent de Google. La puissance financière de Google est telle, qu’elle le met à l’abri de ses concurrents. D’ailleurs, ce que craint le plus l’ancienne strat-up de Mountain View, n’est pas le développement d’un concurrent frontal (type yahoo) mais l’apparition d’une technologie de rupture, comme celle qui à l’époque lui a permis de se développer. En effet, vers les années 2000, tous les grands de l’internet ne juraient que par les portails. Google a innové par son algorithme et par sa présentation (page de recherche) totalement dépouillée à l’opposé de la tendance de l’époque.
 
Jean-Pierre CORNIOU (Président de EDS CONSULTING France, membre du Conseil Stratégique des Technologies de l’Information auprès du Premier Ministre) a rappelé que les Français ont inventé l’ordinateur (André Truong), internet (Louis Pouzin ancien responsable du projet Cyclades), … et que nous n’en profitons pas. D’où cette formule qui a le mérite de frapper les esprits « On fait les préliminaires, et on ne couche pas » !!
M. Corniou nous a livré son diagnostic de la France :

- Il y a un très bon appareil de formation initial et supérieur. Même s’il y a des axes d’amélioration, avec notamment un meilleur apprentissage du partage. Il évoque cet adage du football « Ce n’est pas avec les meilleurs joueurs que l’on fait la meilleure équipe ».

- Il appui le constat que nous sommes mauvais en marketing. Nous avons une « incapacité à résister au marketing américain ». Nous faisons preuve d’un suivisme affligeant.

- Nous n’acceptons pas les innovations. « On travaille en 2008 comme on travaillait dans les années 80 ». La mortalité des projets d’innovation informatique en France est spectaculaire. Cela est du notamment au modèle très inerte de management de l’entreprise. Le processus malheureusement est le suivant dans nombre de société « je monte un beau projet, je le passe à mon chef, qui le passe à son chef, qui le passe à son chef, et qui ... l’enterre ». Le jeune ingénieur brillant à 20 ans, qui veut révolutionner le monde, devient à 50 ans patron de son entreprise, et ne fait plus que de la gestion des rivalités internes pour s’assurer de rester au sommet de la pyramide le plus longtemps possible.

- Il faut sortir du modèle de management passéiste. Il faut redevenir impertinent. Au XVIII ème siècle, la France est sortie des normes (système politique, religion, …). A cette époque nous avons « osé ».

- Il faut se départir de nos inhibition, il faut une hiérarchie plus horizontale, et mieux utiliser la force qu’offre la mobilité et la connectivité.
 
Je lui laisse le mot de la fin en guise de conclusion "Il faut un combat de l’intelligence, qui passe par une éducation à l’information".
 
Bravo pour ce colloque organisé par le FFA et le CED, et vivement la prochaine édition !!
 
Jérôme Bondu


Voir l’article sur mon blog avec les photos du colloque :
http://www.inter-ligere.net/article-23676568.html

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La France et les TIC : « On fait les préliminaires, et on ne couche pas »

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2 réactions à cet article    


  • Yannick Harrel Yannick Harrel 25 octobre 2008 22:39

    Bonjour,

    Il y a des colloques où l’on s’ennuie ferme mais heureusement il semble encore y avoir des perles comme celui dont vous nous relatez les saillies les plus marquantes.

    En tout cas constat très juste : la common law est en train de prendre inexorablement le pas sur le droit romano-germanique. Rien ne se fait vraiment par hasard, tout cela est la marque d’un lobbyisme réel sur les institutions internationales ou envers les élites de pays émergents.

    Merci aussi de confirmer que si les Français savent très bien confectionner des outils dans le domaine des NTIC, ils savent hélas très mal les vendre... Or, même mauvais les Américains (ou Anglo-saxons pour être plus large) sont redoutables en la matière et arrivent par une force de frappe conséquente à présenter leur production souvent comme plus innovante que la concurrence alors qu’il n’en est rien, et même parfois accuse un réel retard technologique !

    Cordialement


    • Jean-Pierre HAMON 19 novembre 2008 18:23

      Le ton est recommandé : « Il faut devenir impertinent ».
      Alors dans la foulée du titre on peut ajouter une petite précision, ‘’non seulement on ne couche pas’’ mais on n’est même pas ‘’Voyeur‘’ ! Puisque depuis 8 ans, le giganesque programme américain PP « The Transformation », conduisant le modèle « Workforce for the 21st Century », ne fait l’objet d’aucuns partages dans notre petit monde des IT et de l’IE. Le 1er mai 2008 à Los Angeles, pendant que nous chômions, avait lieu le coup d’envoi officiel du Cloud computing sous l’égide Sam Palmisano et Eric Schmidt devant un parterre de 1 200 chefs d’entreprises (les 10 premiers PDG pèsent plus de 500 Md$). A ce jour, cette grand mess dédiée aux 30 prochaines années n’a fait l’objet d’aucune communication française ni professionnelle ni universitaire !

      Est-ce vraiment la seule condition nécessaire ou suffisante de devenir impertinent pour comprendre ce que nous avons tous sous les yeux ?

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