Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > La grande dépression du XXIe siècle

La grande dépression du XXIe siècle

Le 27 novembre dernier, le professeur d’économie politique à l’Université d’Ottawa, Michel Chossudovsky, a donné une conférence au Centre Saint Pierre à Montréal, sur le thème : « La grande dépression du XXIe siècle ». Cette vision, sûrement réaliste, de cet éminent professeur, auteur notamment du best-seller « Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial » laisse assez perplexe et donne un peu froid dans le dos en prévision de l‘avenir « radieux » et tant espéré suite à l’arrivée du nouveau président Obama. Je vous livre ci-dessous quelques extraits que j’ai retranscrit :

Ce qui s’est passé ces derniers mois, dit-il, prend sa place dans une longue évolution....

Vers les années 70/80 : 1971, fin du système de Bretton Woods (période ou le dollar avait un rapport fixe avec l’or), c’est donc la fin du régime de taux de change fixe. …

C’est surtout début des années 80 (période Thatcher-Reagan) que l’on voit s’amorcer des transformations d’envergure avec une nouvelle gestion économique qui favorise la concentration du pouvoir industriel et bancaire et qui, du coup, commence à détruire tout le secteur de la petite et moyenne entreprise de l’économie régionale et l’on franchit une nouvelle étape vers la concentration du pouvoir économique. Tout cela se passe entre 80 et 87.…

En 1987 on a le premier effondrement financier de l’après guerre où les marchés boursiers s’effondrent de manière dramatique. Cette crise est le produit des mouvements spéculatifs et le produit d’un système financier informatisé où les transactions se font entièrement de manière électronique. (Le président de la fed de l’époque est aujourd’hui dans le gouvernement d’Obama car beaucoup de l’écurie Reagan et Clinton reviennent actuellement)….

En 1997 on a eu une crise qui annonçait celle qui arrive aujourd’hui ; c’était la crise dite asiatique....

En 1998 c’est l’effondrement du rouble qui entraîne une autre crise financière....

En janvier 1999 c’est l’effondrement du real brésilien ; une fois encore c’est une opération manipulée ou la fuite des devises étaient imposés au gouvernement brésilien. De nouveau intervention du FMI….

Tout ceci c’est fait dans le cadre de ce qu’on a appelé le Consensus de Washington (qui est aussi le consensus de Wall Street) qui correspond surtout à l’intervention des créanciers, de la privatisation, de la réduction des coûts de l’État etc. appliquée aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés. Ce Consensus de Washington est le produit d’une ingénierie financière qui avait soit-disant la mission de réduire le déficit mais qui avait surtout un autre objectif plus fondamental : mettre l’État à sac et privatiser l’infrastructure et les programmes sociaux….

1999 : c’est l’avant dernière année du gouvernement Clinton et le Congrès et le Sénat adoptent une loi, la Financial Services Modernization Act (FSMA ou loi de modernisation des services financiers) qui élimine une législation des années 30 (la Glass-Steagall Act de 1933) qui était une mesure du temps de Roosevelt dont le but était d’empêcher la spéculation et de séparer les banques commerciales des maisons de courtage et des banques d’affaire et d’ainsi maintenir une certaine cohérence dans l’octroi de crédits. Cette loi a permis des regroupements de ces services financiers pour former des conglomérats et maintenant on a des entités avec tous les instruments spéculatifs qui permettent de faire du profit avec la spéculation. Du fait de la grande baisse des taux d’intérêt des banques centrales, ces organismes peuvent facilement emprunter de l’argent pour spéculer (les taux d’intérêt du public sont bien sûr beaucoup plus élevés !). C’est cela en fait le but des baisses des taux d’intérêt des banques centrales….

Une chose absolument essentielle la dedans c’est qu’en 1999 les principaux architectes de cette législation, qui est vraiment la cause de cet effondrement financier, ce sont des individus qui sont directement liés aujourd’hui à la future équipe d’Obama…..

Donc l’équipe qui va prendre le pouvoir en janvier 2009, est composée en grande partie des architectes du désastre. Ceux qui ont conçus cette déréglementation et ceux qui ont préconisés les produits dérivés sont maintenant appelé par Obama pour proposer des solutions de rechange à cette crise !

De plus les pays du G20, à quelques exceptions près (dont la Chine et la Russie), sont partis prenante du Consensus de Washington, de telle sorte qu’on se trouve actuellement dans une impasse qui est bien plus grave que celle des années 30 car dans les années 30 il y avait une option keynésienne qui était celle du président Roosevelt qui consistait à désarmer un peu les marchés financiers et à introduire une réglementation des transactions spéculatives. Aujourd’hui par contre on a une situation où les principaux architectes de cette crise, qui sont des spéculateurs institutionnels viennent à être les décideurs de la future administration, avec la mission de trouver des solutions à la crise financière. En font notamment partie : Lawrence Summers(1), Paul Volker(2), Timothy Geithner(3), Jon Corzine(4)....

Par conséquent je crois qu’on s’en va vers un vide au niveau de la gestion et aucune solution de rechange ne va se développer de l’intérieur de cette administration ; du moins je n’en vois pas les contours....

Le raisonnement sous-jacent au discours économique néolibéral est souvent cynique et méprisant. À cet égard, le discours économique de Lawrence Summers se distingue. Il est connu chez les écologistes pour avoir proposé de déverser les déchets toxiques dans les pays du tiers monde, car, là-bas, les gens ont la vie plus courte et le coût de main-d’œuvre est extrêmement bas, ce qui signifie essentiellement que la valeur de marché des gens du tiers monde est très inférieure. Selon Summers, cela rend l’exportation des matières dangereuses vers les pays pauvres beaucoup plus « rentable »....

Voyez un peu le genre d’individus qui sont maintenant rattachés à ce nouveau gouvernement. Obama est une figure, et je ne pense pas qu’il ait un pouvoir quelconque. C’est une personnalité publique, c’est une image, c’est un point de rassemblement. Où sont « les candidats du Main Street » retenus par Obama ? C’est-à-dire, ceux qui obéissent aux intérêts des gens des quatre coins des États-Unis. Aucun leader du milieu communautaire ou représentant des travailleurs n’est sur la liste des postes clefs d’Obama. Son futur gouvernement sera la dictature des grandes banques…

Je voudrais aussi mentionner que la banque Federal Reserve Board of New York n’est pas une banque centrale publique mais privée. C’est juste un bureau avec un chairman mais l’émission monétaire et le contrôle su la création monétaire est du ressort des douze banques de la réserve fédérale qui sont toutes des banques privées. On ne dit pas qui sont les actionnaires mais il y a notamment la famille Rockefeller. Par conséquent lorsqu’on nomme un PDG de la principale puissance financière du pays on est entrain de mettre les banquiers à la tête de la gestion économique du pays et de la gestion de la crise. Du fait qu’on se trouve dans ces conditions, je crois qu’elles sont très très graves parce que on voit déjà des mises à pied dans presque tous les secteurs économiques, plus dans certains que dans d’autres ; le montant des dettes est absolument énorme, gonflé par le jeu des transactions des produits dérivés et la dette de l’État est à un niveau absolument diabolique également...

On peut s’attendre à plusieurs choses : d’abord effondrement des finances publiques et privatisation accéléré de l’État (tout est privatisable en dernière instance : jardins, garderies, routes etc) avec déconfiture dans les systèmes de santé et de l’éducation bien au-delà de ce qu’on a pu voir dans les dernières années ainsi que des coupures draconiennes des dépenses dans tous les secteurs. L’endettement va amener une plus grande emprise encore des créanciers sur l’appareil politique….

Du fait que toutes ces épargnes ont été confisqués, il va y avoir un plus grand appauvrissement notamment de tous les petits actionnaires qui vont voir leurs économies diminuer ou disparaître. Les fonds de pension sont en danger et c’est d’ailleurs dans fonds de pension de l’État qu’on va financer les opérations de sauvetage auprès des banques. Que vont faire les banques de cet argent consenti par l’État ? Ce n’est sûrement pas pour venir à la rescousse des gens qui ont une hypothèque à payer. Aucunement ; ils vont utiliser cet argent pour faire des acquisitions aussi bien dans le secteur financier que dans le secteur réel. Donc, pour faire leurs achats, les banques prennent l’argent des contribuables…..

C’est cela aujourd’hui la conjoncture : l’économie réelle est en banqueroute, les mises à pied ont des répercussions sur le pouvoir d’achat, la consommation baisse et à moins d’avoir un véritable changement en profondeur dans la gestion macro-économique, on s’en va vers l’appauvrissement d’importants secteurs de la population mondiale. Ce n’est pas nouveau, c’est l’accentuation d’un processus qui a déjà été entamé dans les années 80 mais qui a affecté surtout les pays en développement. C’est une forme de tiermondisation des soit-disant pays développés

Il faut nécessairement réfléchir sur les solutions de rechange. Une mesure très simple serait d’abord de geler tout l’appareillage spéculatif et des produits dérivés. En octobre, ils ont gelé les opérations à découvert, mais on les a ensuite rapidement rétablis. Tout le caractère criminel de cet appareillage financier qui vise l’appropriation de la richesse doit nécessairement être gelé, ce qui veut dire aussi les paradis fiscaux, mais bref, de geler les appareils spéculatifs, c’est quelque chose qui pourrait être accompli du jour au lendemain. …

Mais, tant que ce sont les banques et la classe financière dominante de Wall Street qui gère les affaires de l’État par l’entremise de présidents qui sont littéralement des figures qui ne changent rien à la dynamique du processus décisionnel rien ne pourra changer ; il faut que les gens s’organisent au niveau des communautés car on s’en va vers des luttes qui sont vraiment très significatives. Mais on s’aperçoit en même temps que la société est très désorganisée et dans un certain sens les mouvements progressistes sont parfois complices du pouvoir ; on le voit bien aux États-Unies avec Obama et cette nouvelle politique qui semble prête à fermer les yeux sur cette continuité qui s’amorce maintenant avec un nouveau gouvernement...

Notes provenant d’un article du professeur :
(1) Lawrence Summers a joué un rôle clef dans le lobbying au Congrès pour l’abrogation de la Glass Steagall Act. Sa nomination opportune au poste de secrétaire au Trésor par le président Clinton en 1999 a permis de forcer l’adoption de la Financial Services Modernization Act en novembre 1999. Au terme de son mandat à la tête des Finances, il est devenu président de l’université de Harvard (2001-2006).

(2) Paul Volker était président de la Réserve fédérale dans les années 1980 de l’ère Reagan. Il a joué un rôle central dans la mise en œuvre de la première phase de déréglementation financière, qui a favorisé la foule de faillites, fusions et acquisitions menant à la crise financière de 1987.

(3) Timothy Geithner est directeur général de la Banque de la Réserve fédérale de New York (FRBNY), la plus puissante institution financière privée d’Amérique. Il est aussi ancien fonctionnaire des Finances du gouvernement Clinton. Il a travaillé pour Kissinger Associates et fut aussi en poste au FMI. La FRBNY joue un rôle en coulisses dans la mise au point de la politique financière. Geithner agit pour le compte de puissants financiers derrière la FRBNY. Il est en plus membre du Council on Foreign Relations (CFR).

(4) Jon Corzine, aujourd’hui gouverneur du New Jersey, est un ancien directeur général de Goldman Sachs.

Espérant ne pas avoir trop déformé le discours original du professeur en n’en donnant que quelques extraits, je vous informe que vous pouvez écouter toute la conférence et lire plusieurs articles de Michel Chossudovsky sur le site : http://www.mondialisation.ca/index.php?context=home




Moyenne des avis sur cet article :  4.88/5   (34 votes)




Réagissez à l'article

20 réactions à cet article    


  • Forest Ent Forest Ent 6 janvier 2009 19:09

    La seule "solution" pour empêcher le naufrage de l’économie US est un retour brutal au protectionnisme :

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=47542

    Obama n’aura pas le choix. C’est exactement ainsi que le piège du "libre-échange" a fonctionné en 1930.


    • François M. 6 janvier 2009 19:46

      Le professeur Chossudovsky est vraiment excellent et si vous avez envie de l’entendre parler, ne manquez pas cette émission de radio web provenant de Montréal, Québec, qui présente une entrevue avec lui :

      Entrevue avec Michel Chossudovsky : les vrais artisans de la pire crise économique

      Vous pouvez aussi aussi trouver une autre vidéo de lui produite lors d’une conférence à propos de la crise économique. La vidéo se trouve au bas de l’article :

      Coup d’état monarchique et bancaire au Canada

      • Alpo47 Alpo47 7 janvier 2009 13:28

        Je suis d’accord avec l’auteur : Obama n’est pas le "sauveur" annoncé, mais un homme du "système". Sinon, il n’aurait eu aucune chance d’être élu. Lorsque l’on considère son équipe , on peut craindre qu’il n’y ait aucun espoir d’amélioration pour les américains, donc le monde entier.

        Il est également évident que cette crise a été amenée de longue date, provoquée devrais je dire. Et ce n’est pas fini, nos dirigeants, les USA en premier, vont nous emmener au "fond du trou", pour pouvoir ensuite nous présenter leur "solution" providentielle. En fait toute prête,depuis longtemps.

        Un facteur n’est cependant pas complètement maitrisable : La capacité de réaction des citoyens, notamment américains. Je pense que le désir de sécession du pouvoir central va se renforcer de la part des états, que les citoyens US, aussi "lobomotisés" par la presse, la télévision, le cinéma ..., qu’ils soient, finiront par réagir et se défendre contre l’instauration d’un pouvoir fasciste.

        Enfin, je l’espère pour eux .... et pour nous.


      • Deneb Deneb 7 janvier 2009 14:09

        alpo47 :citoyens US, aussi "lobomotisés" par la presse, la télévision, le cinéma ..., qu’ils soient, finiront par réagir

        la presse, la télé c’est du "has been". Dans quelqies années tout ça n’aura plus aucun impact - phagocité par internet. On commencera à s’informer pour de bon, et quand on s’en rendra compte qu’on nous a mené par le bout du nez, je ne donne pas chér du pouvoir des "puissants". Quand au cinéma, et la culture en général, elle se construira sur une autre base que la recherche du profit matériel.


      • Alpo47 Alpo47 7 janvier 2009 14:31

        Lorsque depuis 30 ans et plus, les "moovies" vous ont montré le "bon américain", sauveur du monde. Le super agent du FBI prêt à se sacrifier pour la veuve et l’orphelin et la géniale CIA qui agit partout pour défendre la "liberté" ... On n’est plus libre de ses pensées, on est "programmé.
        D’ailleurs, les feuilletons US vont jusqu’à passer un enregistrement pour indiquer quand il faut rire . Désolant.

        Je ne partage pas votre optimisme au sujet de l’ouverture permise par le web. Si elle est réelle jusqu’à présent, je suis tout à fait certain que les états sont en train d’organiser la riposte. La loi sur le délit d’outrage est peut être un premier pas. Le Net est en voie de contrôle.
        De toutes façons, la base d’inernet, les serveurs racine, sont aux USA.


      • Deneb Deneb 7 janvier 2009 14:51

        Alpo : Le Net est en voie de contrôle.

        Le Net est incontrollable parce qu’immatériel. Si l’on veut controler le web, il faut controler des milliards d’ordinateurs, c’est logistiquement impossible, sauf à mettre un flic derriere chaque habitant de la planete, et personne ne se laissera faire. Un bon système economique est celui basé sur la confiance et non pas sur la méfiance, si tout le monde ne l’a pas encore compris c’est parce que l’on nous empoisonne l’esprit afin de faire fonctionner l’industrie sécuritaire toute clinquante.


      • geko 7 janvier 2009 15:12

        "Si l’on veut controler le web, il faut controler des milliards d’ordinateurs"

        Non il suffit de contrôler les FAI ou les tuyaux !


      • Deneb Deneb 7 janvier 2009 16:09

        Plus jamais personne ne pourra empécher les ordinateurs d’echanger les données. Quelle que soit la repression, on trovera toujours un moyen, wi-fi ou les bons vieux modems dial-up s’il faut, mais on ne pet pas arreter un monstre en lui coupant la tête - dix autres repoussent aussitôt.


      • Daniel Roux Daniel R 6 janvier 2009 19:59

        L’article n’est pas facile à lire mais le fond pose question.

        Obama sera t-il le fossoyeur des espoirs d’une nouvelle génération d’américains ? C’est la thèse défendue. On a effectivement repris les mêmes. Est-ce pour continuer le travail de mise en charpie de l’utopie démocratique ? Quelle Société nous préparent-ils depuis 30 ans ? Quels en sont les théoriciens et les mécaniciens ?

        En France, nous avons un bricoleur casse-tout. Il ne nous déçoit pas, on savait ce qu’il valait mais la question reste posée : Comment est-il arrivé si haut malgré ses handicaps évidents ? 

        Qui étudiera et démontera sérieusement le mécanisme qui mène au pouvoir, élections après élections, des agents d’une clique anti-démocratique et mondialiste ?

        Précisions pour les grincheux : Il ne s’agit pas de dénoncer un complot, il s’agit de grosses affaires bien juteuses et bien réelles. Les hommes ou les familles derrière les politiques ne veulent plus laisser les électeurs - forcément manipulés et idiots - risquer de nuire aux investissements. Rappelez-vous l’affaire de l’AMI et voyez comment sont utilsés l’union européenne et les organismes type OMC.




        • John Lloyds John Lloyds 7 janvier 2009 00:17

          Chossudovsky n’est qu’une des nombreuses voix prédisant l’imminente grande déconfiture, qui commencera par l’effondrement du dollar :

          Willem Buiter  ; "There will, before long (my best guess is between two and five years from now) be a global dumping of US dollar assets, including US government assets"

          Pour Jim Rogers, c’est encore pire, c’est pour cet été : "get out of U.S. dollar holdings ... If you have dollars, I urge you to get out… That’s not a currency to own"

          Attachez vos ceintures, ça va secouer smiley


          • Üriniglirimirnäglü Üriniglirimirnäglü 7 janvier 2009 03:32

            Super article, vraiment.

            S’agissant de sa difficulté, quand même, il n’est pas si dur à comprendre car il est écrit en termes trés simples, non ?

            L’idéologie ultra-libérale est cynique et devrait être pour cela huée pour l’éternité.

            Elle est idiote, autiste et infantile, car elle n’accepte pas de considérer la réalité humaine. 

            Non, tous les êtres humains ne se positionnent pas de la même manière par rapport à ce qu’ils estiment constituer leur intérêt propre et comment ils cherchent à le satisfaire, tous n’ont pas le même profil, y compris parmi les chefs d’entreprises, le financiers, les hommes politiques. 

            Une partie des êtres humains préfère perdre un peu pour tenter de permettre à la situation de la majorité de leurs semblables de s’améliorer, tandis que d’autres appartiennent sans complexe au camp de ceux que ça ne gêne pas de gagner beaucoup en privant les autres, y compris des moyens de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires.

            Ce qui est mal fait, dans la vie, c’est que ce second profil, qui semble pourtant trés éloigné de celui du voisin, du collègue de travail, du gendre ou du compagnon idéal, est trés souvent celui qui est associé à la faculté de commandement. L’autorité et le leadership vont en effet souvent avec la recherche égoïste et égocentrique du profit personnel et du pouvoir, ainsi assez souvent qu’avec l’absence de principes et de considération pour les autres, surtout à l’égard de ceux qui risqueraient de devenir des concurrents sérieux dans la course aux ressources (nourriture, partenaires sexuels, argent, considération, pouvoir...).

            C’est ce qui explique en partie que des crapules puissent être réélues ou promues malgré leurs frasques et leur absence de qualités humaines.

            L’abnégation n’est pourtant peut-être pas si rare que ça chez les "leaders", mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’est certainement pas autant médiatisée, ni même considérée, que la capacité à réussir envers et contre les autres. En d’autres termes, la capacité à privilégier la réussite collective à sa propre réussite fait plus souvent l’objet de considérations "de façade" que d’une réelle promotion, notamment au sein des milieu les plus proches du pouvoir et même (surtout ?) dans ce qui pourrait paraître comme le "temple" du jeu collectif, à savoir l’entreprise.

            Au fond, cette qualité humaine, qu’on peut qualifier de générosité, est bien plus méprisée que louée, surtout quand il s’agit d’en considérer l’utilité et l’efficacité pour assurer et assumer un quelconque leadership. En réalité, qu’on le veuille ou non, générosité et altruisme riment pour beaucoup avec faiblesse et niaiserie. De deux candidats, le plus rusé, ou du moins celui qui apparaîtra comme tel, sera souvent le mieux considéré.

            Dans la mesure où, parallèlement, les personnes ayant un profil altruiste sont souvent parmi les moins enclines à se mettre en avant et à diriger les autres, souvent plus par éducation et par rejet des valeurs et "qualités" associées au leadership que par réelle incompétence, il est bien évidemment impossible d’envisager une correction spontanée de cette situation pourtant dommageable.

            Pourtant, les apports de certaines sciences humaines, notamment la psychologie et la sociologie des organisations, devraient permettre à tous, les égoistes, les altruistes et les autres, de comprendre et d’admettre certaines vérités humaines, scientifiquement démontrées, intangibles et transcendant les idéologies et les religions.

            La plus clairement intelligible des vérités, la plus simple à énoncer et la plus puissante est, à mon sens, le fait que le respect de l’autre est une, si ce n’est LA composante indispensable à placer au coeur de toutes les solutions destinées à organiser les conditions d’une vie meilleure pour le plus grand nombre et ce, dans quelque domaine de l’activité humaine que ce soit.

            Même si la promotion de la parité peut sembler prometteuse, en ce qu’elle promet une plus grande pénétration des valeurs dites féminines au sein des cercles de pouvoir, la société occidentale ne s’oriente cependant pas dans le sens d’un meilleur respect de cette vérité fondamentale.

            Sans doute parce qu’elle a vu le niveau général d’éducation de sa population s’élever, cette société a privilégié, bien au delà du raisonnable, le goût pour le dévoilement du "dessous des cartes" et la fascination pour les "égoûts de l’histoire", et négligé d’investir de manière raisonnée, efficace et réaliste dans la recherche du bonheur collectif. A cet égard, certaines doctrines, notamment celles de Machiavel ou de l’art de la guerre, semblent être, plus que jamais, des valeurs sûres, érigées en modèle, au départ dans l’entreprise et la politique, puis dans toute la société.

            Mais je pense qu’un point de rupture est en train d’être atteint, au delà duquel les forces centrifuges mises en mouvement par ces récentes évolutions sont telles que leur intensité fait courir un risque sérieux d’éclatement irrémédiable du collectif, mode d’organisation de la vie humaine, qui, tel un culte, ne tient sur le long terme que par la foi et la volonté collective et se meurt quand il commence à manquer de croyants.

            Aussi, il est urgent que ceux qui se reconnaissent dans l’énoncé du premier profil se convainquent du fait :

            -  qu’ils sont bien plus nombreux qu’ils ne le pensent à nourrir les mêmes aspirations de justice sociale ;

            - que le temps est désormais venu pour eux de considérer objectivement les connaissances, les méthodes et les moyens qui s’offrent à celui qui nourrit de tels espoirs pour lui permettre de tenter de faire évoluer les choses positivement ; connaissances, méthodes et moyens qui lui permettront d’exercer un leadership efficace et éclairé, sans être contraint de sombrer dans les travers et la facilité d’un machiavélisme contraire aux intérêts de chacun.

            Chaque année, lorsque vient le moment, qui pourrait être sinon parfois délicat, de remplir ma feuille d’impôt sur le revenu, chose que je fais généralement le soir, je tâche de me remémorer de quoi a été faite ma journée et les satisfactions de divers ordres qu’elle ma apportées.
            Lorsque j’ai terminé, je m’efforce alors de me représenter mentalement la quantité d’énergie et de stress qu’il m’aurait fallu déployer pour obtenir l’équivalent d’une seule de ces satisfactions, si j’avais vécu il y a 500 000 ans, c’est-à-dire bien avant l’invention de l’Etat et des impôts qui lui sont indissociablement liés.

            Faites cet exercice en pensant bien aux détails du contexte dans lequel s’est déroulé votre journée (la pluie, la température, le vent., les distances parcourues, les calories récoltées et celles qui ont été consommées...), vous verrez, vous aimerez le fait d’avoir des impôts à payer !

            Et s’agissant des titulaires de mandats publics, je verrais d’un bon oeil qu’il leur soit défendu à jamais de se présenter à une quelconque élection, dés lors qu’il est prouvé qu’ils ont sciemment trahi la confiance que les électeurs avaient placée en eux.
            Les promesses de campagne non tenues seraient ainsi sanctionnables par une exclusion définitive du jeu démocratique. La "dureté" de ce type de mesure est à mon sens le prix à payer pour disposer d’une démocratie réelle, stable et durable, seule gage d’une économie possédant les mêmes qualités.


            • bobbygre bobbygre 7 janvier 2009 15:42

              Excellent commentaire et propositions de bon sens que je partage totalement. Merci !


            • Pierre 7 janvier 2009 09:22

              Il y a un pays dont je suis de plus en plus regulierement en contact et qui me fait reflechir sur ce vers quoi tend les USA et l’Europe dans un second temps : L’Afrique du Sud.


              - Un pays qui a de tres nombreuses industries, variees, heritees de la periode de l’embargo economique durant l’apartheid.

              - Un pays ou il reside encore un ecart economique enorme entre les noirs et les blancs. Bien que dans mon propos ce n’est pas la couleur de peau dont je veux parler, mais de l’ecart entre la classe riche et la classe pauvre. L’Afrique du Sud c’est comme si les Europeens avait les chinois produisant a bas prix au coin de la rue (ou par exemple les americains avec les les mexicains). Bien sur les choses evoluent, les noirs ont acces aux postes des administrations de l’etat, mais ils peuvent pas procurer du travail pour tous ! L’economie privee reste majoritairement aux mains des riches blancs.

              Je sais que c’est caricatural, mais je me demande si ce n’est pas ce vers quoi les Banques au pouvoir au US veulent tendre, pour cela il leur faudra revenir au protectionisme, mais en meme temps il leur faut reduire drastiquement les couts salariaux de la main d’oeuvre dans leur propre pays.

              En mon sens L’afrique du sud n’est ni un pays developpe, ni un pays en voie de developpement, mais les deux a la fois. La notion de pays developpe et pays en voie de developpement deviendra inutile je pense.

              Je serais interesse par vos opinions, plus encore si vous connaissez mieux que moi l’Afrique du Sud.

              P.


              • pseudo 7 janvier 2009 10:02

                Nous sommes dans un monde globalisé, avec la mondialisation de la pauvreté. Nous sommes coresponsable en temps que consommateur par nos achats de produit issu de l’esclavage.
                Le processus est lancé il sera difficile de l’arrêter, sauf en nationalisant le système bancaire.
                Nous verrons le retour du servage voir de l’esclavage en Europe et aux états unis. L’ironie du sort veut que nous ayons profité et fermé les yeux sur l’esclavage en Chine, Asie, Afrique, Amérique du sud  (jouet, vêtement, produit exotique) pour que nous finissions esclave dans notre propre pays !


                • ddacoudre ddacoudre 7 janvier 2009 12:28

                  bonjour jipépack.

                  merci de me conforter sur un commentaire où j’avais indiqué cette absurde Obamania occidentale pour un leader qui ne pouvaient être porté que par les puisants de ce pays.

                  Ce que tu écris aurait du être le travail le travail des journalistes professionels, dont leur tâche est déclairer le public, sauf leurs intérêts étant extraimement liés aux puissants de ce monde ils préfèrent nous abreuver de faits divers émotionnels et peaples.

                  cordialement.


                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 7 janvier 2009 12:38

                    Bonjour confrère bordelais,
                    Pour un premier billet c’est ma foi fort réussi et intéressant
                    Bien cette idée d’énumérer les secousses, il y a eu aussi 1993, récession, 2001, récession aussi et des tas d’épisodes...

                    Et vous avez raison, il faut être lucide, le système est vérolé dans sa structure financière, il est adapté pour l’intérêt de l’hyperclasse et des classes supérieures. Les classes moyennes sont indispensables pour le faire fonctionner, et le reste du monde, c’est une variable d’ajustement, voilà mon avis, qui mériterait un livre entier

                    au plaisir de vous voir au café philo de Talence


                    • tonton max 7 janvier 2009 13:26

                      L’effondrement de l’économie réelle ne fait les intérêts de personne, pas même à terme, ceux des requins de la finance-casino.
                      Il faudra donc que dans la conscience des décideurs, l’intérêt de tout le monde au long terme prenne le dessus sur l’appât du gain facile et rapide.

                      Pas évident.... mais on a fait des progrès depuis 1929.

                      Non pas de la part du monde financier qui s’est à nouveau auto-piégé, mais des pouvoirs publics qui ont vigoureusement, rapidement et assez efficacement réagi en tenant compte des leçons du passé.

                      Le gros du krach banquaire a pu être évité, et la recession ne devrait pas dépasser 2009.
                      Par rapport à 1929, la différence est énorme.


                      • geko 7 janvier 2009 14:57

                        Pour l’instant les pouvoirs publics n’ont fait que réagir pour sauver les grandes fortunes ! Pour le reste ils n’ont fait que parler !


                      • DJ DemonAngel DJ DemonAngel 7 janvier 2009 18:30

                        Merci pour l’article . Si vous vous voulez en savoir un peu plus, aller donc lire ceci http://babylon-burning.blogspot.com/2009/01/la-nouvelle-administration-us-obama.html&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ; et puis cela http://babylon-burning.blogspot.com/2009/01/conflits-militaires-or-et-crises-de.html&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ;&nbsp ; Bref vous avez compris ! Merci ! Croire au père noél c’est bien mais le suivre dans ses exactions meurtrière no merci pas pour moi ! La "crise" n’est pas une catastrophe dut au hazard , mais bien au bon vouloir de nos gentis bergers des gouvernements mondiaux , continuons de suivre le troupeau et dirigeons nous vers l’abbattoir ! Sur ce bien le bonsoir ! REFUSE & RESIST NOW !!!


                        • Yann Takvorian 7 janvier 2009 20:22

                          Je n’y connais rien mais je peux voir deux clans :
                          1 - les catastrophistes
                          2 - les optimistes, jovialistes, nommez-les comme vous voulez

                          Les deux sont des "experts" du domaine.
                          Alors. Qui se trompe, qui dit vrai ? La réalité ne serait-elle pas entre les deux ?

                          Fin 2008, on nous a prédit une catastrophe, a faillite de l’industrie automobile et une Bourse au tapis.

                          Bon, la bourse a chuté mais elle remonte dès le lendemain du nouvel-an. L’industrie automobile semble survivre à coups de milliards mais n’est pas morte. La consommation a faiblit mais ne s’est pas écroulée. La montée du chômage est certaine mais les milliards gouvernementaux vont relancer l’emploi et limiter la casse.

                          Bref, entre les catastrophistes qui prédisent la fin du monde et les jovialistes qui tablent sur une reprise à l’été 2009, il y a une marge et l’économie réelle semble naviguer entre les deux. Aujourd’hui, personne n’a raison, personne n’a tort.

                          Je suis également l’actualité économie canadienne. Il semble que ce pays, aux portes de l’épicentre de la crise, avec des fondamentaux copiés sur les US, résiste. En fait, on a l’impression que le Canada sortira presque grandit de la Crise, que c’est le seul pays du monde qui rigolera alors que les autres pleureront.

                          Qui croire ? Que croire ?
                          Au final, je pense que personne n’a envie de perdre. La tendance malsaine au catastrophisme est légitime mais je ne crois pas à son issue. Ca va barbotter, monter, descendre, se stabiliser et tout repartira après quelques compteurs à zéro.

                          Tout le monde est pareillement dans la même merde. On divisera les dettes de tout le monde par 10 ou 100 et tout le monde sera content.

                          Ce sont juste des chiffres. Il n’y a rien de concret. Tout est virtuel.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès