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La grippe espagnole

La chute des Bourses européennes la semaine dernière a une nouvelle fois servi d’indicateur au malaise persistant des marchés financiers. L’Espagne et l’Italie sont au cœur de la tourmente, la France les suit de près. L’incertitude liée aux élections françaises et grecques du 6 mai prochain n’est pas étrangère à la tension croissante. L’écart entre les taux allemands et les taux italiens et espagnols avoisine les 4%, les taux français eux-mêmes présentent un spread de 1,5% qui situe le pays entre l’Europe du Nord et le Club Med qu’elle rejoint progressivement.

Retour sur le LTRO
 
L’opération de liquidités de la BCE entre décembre et février a porté sur 1 000 milliards d’euros. Si on en écarte 500 millions de recyclage d’anciens prêts et 200 millions qui ont permis aux grandes banques européennes de s’assurer une marge de manœuvre (qu’ils ont replacée journellement à la BCE…) il reste au moins 300 millions d’euros qui sont la vraie raison de cette opération psychologique : colmater en urgence les failles espagnoles et italiennes pour avoir le temps d’écarter le péril grec.[1] Mission à peine accomplie, le péril renaît sous une forme très insidieuse : le monde financier est convaincu qu’il y a anguille sous roche : on n’a pas sorti la plupart des cadavres du placard espagnol, et en Italie le sauveur providentiel Monti a surtout joué de l’effet de manche.
 
Les taux espagnols à 10 ans ont passé ce lundi 16 avril la barre des 6%. Ceci n’est pas lié comme on dit aux difficultés de l’Espagne à tenir ses engagements budgétaires pour 2012 et 2013, mais beaucoup plus prosaïquement au fait que le système bancaire espagnol menace ruines. En bref, l’argent injecté par le LTRO a servi à camoufler des failles de manière illégale et frauduleuse (financement direct de la Dette par la BCE). Faute d’intervention rapide, ces failles vont s’élargir, ou, exprimé en langue de bois, cela donne : « Les chances que l'Espagne ait besoin de l'aide de l'Union européenne et/ou du Fonds monétaire international sont en train d'augmenter ».
 
L’Espagne doit passer un test important ce jeudi 19 avril avec une nouvelle émission d’emprunts d’État. Malgré la hausse des taux, l’émission de la semaine dernière n’a été souscrite que partiellement. La solution adoptée par les États dans ce contexte est toujours la même : depuis le début de l'année, le Trésor espagnol a privilégié les émissions de maturité courte afin de se caler sur celle des prêts à trois ans offerts par la BCE, d'attirer les investisseurs particuliers et de limiter les rendements offerts. « La part des émissions espagnoles entre 1 et 3 ans est passée de 19% au premier trimestre 2011 à 39% cette année ». Cela signifie que l’Espagne devra revenir de plus en plus souvent sur le marché, avec des montants de plus en plus importants, et générera une instabilité croissante.
 
Les élections, bon prétexte
 
Les mélenchonistes ont trouvé l’ennemi idéal sur lequel rejeter la faute de la Crise : la Finance et les Banques. Rien de plus naturel dans ce système que d’imaginer un vaste complot international qui va se déclencher au lendemain de l’élection présidentielle du 6 mai prochain. La situation actuelle prouve qu’il n’en est rien et que, quel que soit le résultat, la France va se retrouver très prochainement dans une très mauvaise pièce, dans la mesure précisément où ses banques se trouvent largement exposées aux risques espagnol et italien. La réalité est bien plus prosaïque : les taux d'intérêts des dettes publiques européennes retrouvent leur niveau de novembre 2011, l'accalmie aura duré quatre mois. Depuis l'été 2011, la BCE tient à bout de bras la zone euro. Sans les liquidités qu'elle fournit au système bancaire, l'échafaudage monétaire s'effondrerait dans un tohubohu indescriptible.
 
Dans ce contexte, une élection peut jouer un rôle central, car si l’élection législative en Grècele 6 mai prochain ne dégage pas une majorité favorable aux accords signés il y a un mois, quel sera le complot des marchés financiers ? Les deux partis de la coalition sortante ont perdu une bonne partie de leur poids dans la crise. Jusqu’où ira leur déconfiture ?
 
En France par contre, on suivra ces jours-ci avec attention l’évolution de la grippe espagnole, car une déstabilisation des marchés avant le second tour du 6 mai apparaît comme la dernière chance  de Sarkozy, qui n’a de ce fait là pas joué toutes ses cartes… Une victoire de la Gauche au second tour dans un tel contexte ne ferait évidemment que renforcer la tendance déjà marquée dès à présent de transformer le pays d’allié privilégié de l’Allemagne en champion des pays endettés. Les deux options sont possibles. Normale, une victoire de la Gauche. Surprenante, celle de la Droite, pour laquelle il faudrait que plus de 60% des indécis (1/3 des Français) se rallient à elle et renversent la tendance dominante depuis le début. Dans un contexte de crise, ce n’est pas impossible…

Les convoyeurs attendent
 
Voici l’Europe à nouveau dans sa situation véritable, telle Buridan, entre la politique de l'autruche menée par les colombes (qui souhaitent que la BCE poursuive le gonflement de la bulle financière) et la politique de la rigueur portée par l'Allemagne(un climat d'austérité qui ne fait qu'aggraver la situation, en faisant diminuer la dépense publique). Et ce, qui plus est, dans une situation de récession économique grandissante.
 
Nous allons donc tout droit vers une nouvelle phase dynamique de la construction européenne, car, comme le reconnaît un dirigeant européen : « Nous ne sommes capables de prendre de grandes décisions que le dos au mur, les pieds au bord du gouffre et le couteau sous la gorge. » 
 
Le mur, le gouffre ou le couteau  ? Vous avez le choix !
 
MALTAGLIATI


[1] Les banques espagnoles sont celles à qui la Banque centrale européenne a le plus prêté à l'occasion de son injection de liquidités à trois ans (LTRO) fin février. Elles auraient emprunté 36% des 529 milliards d'euros libérés par la BCE, contre 26% pour les banques italiennes, estime Padhraic Garvey, stratégiste taux chez ING, sur la base des données publiées dernièrement par les banques centrales nationales. A fin mars, le secteur bancaire espagnol avait emprunté un montant record de 316 milliards d'euros à la BCE, contre 172 milliards en février, avant la LTRO à trois ans. Les banques italiennes ont elles aussi profité des opérations de refinancement de la banque centrale. Le volume emprunté par ces dernières est passé de 194 milliards fin février à 270 milliards fin mars.

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9 réactions à cet article    


  • Yvance77 18 avril 2012 10:52

    Salut,

    Je suis souvent vos billets que je trouve bons dans l’ensemble... mais là, je vous cite :

    « Les mélenchonistes ont trouvé l’ennemi idéal sur lequel rejeter la faute de la Crise : la Finance et les Banques. Rien de plus naturel dans ce système que d’imaginer un vaste complot international qui va se déclencher au lendemain de l’élection présidentielle du 6 mai prochain. La situation actuelle prouve qu’il n’en est rien et que, quel que soit le résultat, la France va se retrouver très prochainement dans une très mauvaise pièce, dans la mesure précisément où ses banques se trouvent largement exposées aux risques espagnol et italien. »

    ... Permettez-moi de vous dire que vous pouvez aussi vous tromper.

    En effet, voyez ce que vient de faire la présidente Kirchner en Argentine, voyez aussi Chavez Morales, l’Islande, etc... tous ces pays ont tendu le doigt bien haut à la pensée friedmanienne qui sied si bien au F.M.I et dans bien des pays du G Vain !

    S’en portent-ils plus mal ? À l’évidence non ! Au contraire même, ils se réapproprient l’honneur du citoyen perdu.

    Dans bien des capitales, il n’y a peut-être pas complot, mais il existe un mot d’ordre pour que rien ne change, et pour que ce soit toujours les mêmes qui tirent les marrons du feu. Et, si tu dévies un peu la parole, il t’en cuira dans les pays de la liberté de ne pas exercer trop fort une opinion contre la doxa des gouvernants qui méritent le peloton.


    • maltagliati maltagliati 18 avril 2012 12:28

      Vous aurez remarqué que je prends mes distances tant par rapport à la politique « friedmanienne » comme vous dites (ou encore ultralibérale, ... austérité) que par rapport aux « keynesiens » qui prétendent trouver une solution dans la « socialisation » (colombes)
      Chavez, Kirchner, Morales and Melenchon Co, ce sont des effets de manche qui aboutissent au même résultat.
      Plutôt que de taper sur le peuple, on l’encense... c’est pour mieux te manger, mon enfant !
      C’est évidemment tout aussi difficile à comprendre que de réaliser que Jaurès le « pacifiste » a préparé à sa façon le massacre de 14 et qu’au soir de son enterrement tout son groupe parlementaire a voté les crédits de guerre.


    • John_John John_John 19 avril 2012 18:22

      Permettez de moi de vous dire que vous ne savez pas de quoi vous parlez.


      Milton Friedman était avant tout un humaniste, un libéral, et en aucun cas n’aurait approuvé l’expansion keynésienne actuelle, le renflouement des banques, et aurait tout à fait approuvé le refus des peuples de payer les erreurs des banques en vertu du principe de bon sens de responsabilité individuelle. 

      Friedman était contre l’euro, et il a non seulement prédit sa fin mais surtout qu’il constituerait un grave entorse à la démocratie. Il déclarait d’ailleurs en 1990 :
      « Les politiciens, en essayant de créer une euroculture par les seules forces du marché, s’assoient sur une bombe à retardement. Chaque individu, chaque nation et chaque culture devrait garder sa propre identité. Compromettre ou sacrifier cette identité personnelle ou nationale au nom des forces de marché ne peut que nuire profondément et conduire au chaos et même à la guerre » 

       Friedman était également un des premiers à populariser l’idée d’un revenu universel (cf son « impot négatif ») permettant à chacun, quelque soit ses capacités productives, de s’assurer individuellement contre les aléas de la vie. 

      Assimiler donc Milton Friedman aux politiques anti-démocratiques actuelles, alors que lui-même a passé sa vie à défendre les libertés individuelles, c’est un peu fort de café !

      A l’inverse, les expériences socialistes finissent de ruiner certains pays d’amérique latine, Chavez en tête. 



    • Robert GIL ROBERT GIL 18 avril 2012 11:13

      Si l’État cessait de mener une politique ultra-volontariste pour saigner les populations afin de servir la dette et rassurer les marchés, les groupes financiers seraient en faillite. L’État n’aurait plus qu’à les nationaliser et (respectons les formes  !) pourrait les payer un euro symbolique................

      http://2ccr.unblog.fr/2012/04/18/mettre-au-pas-la-finance/


      • Tall 18 avril 2012 11:22

        L’incompétence économique du couple Merkozy avec sa politique d’austérité a même été soulignée par un génie de la Finance ( George Soros ) qui a montré le lien évident entre les krachs de 1929 et 2008.

        Il est donc impératif de neutraliser politiquement Sarkozy et Merkel au + vite afin de remettre l’UE dans le bon sens.

        Les élections allemandes auront lieu en octobre.

        • jullien 18 avril 2012 14:44

          Les élections allemandes auront lieu en octobre.
          Il s’agit d’octobre 2013.

        • BA 18 avril 2012 13:53

          Mercredi 18 avril 2012 :

           

          Espagne : le secteur bancaire a besoin de 350 milliards d’euros pour être assaini et pour ne pas s’effondrer.

           

          El sector financiero necesita 350.000 millones de euros para sanearse y no colapsar.

           

          http://www.elconfidencial.com/vivienda/2012/04/17/el-sector-financiero-necesita-350000-millones-de-euros-para-sanearse-y-no-colapsar-96327/

           

          En ce moment, sous nos yeux :

           

          Effondrement de la Bourse de Madrid.

           

          Effondrement des Bourses européennes.


          • xray 18 avril 2012 16:42


            Le vote utile 

            « Voter utile », c’est voter pour un candidat qui propose des solutions pour échapper au désastre européen qui vient après les élections. 
            Non pas de voter pour les candidats ultra médiatisés asservis aux intérêts étrangers. 

            Se sortir de l’Europe ! Et, vite ! 
            http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2010/06/30/se-sortir-de-l-europe-et-vite.html 

            Les tueries de Montauban-Toulouse 
            (Une tricherie électorale à l’américaine) 
            http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2012/04/10/mohamed-merah-une-tricherie-electorale-a-l-americaine.html 




            • Blé 19 avril 2012 11:03

              Dans les années trente les oligarques de l’ époque ont préféré vendre le pays que de lâcher un peu de leste pour arrondir les angles en faveur des salariés.

              Il se passe la même chose à l’ heure actuelle. Les possédants en France, en Europe et sur tous les continents, n’ont pas de patrie, la terre leur appartient, ils saccagent, ruinent, tuent, engagent l’ avenir des générations futures en pillant les richesses naturelles et en polluant l’ eau, la terre, l’ air. Ils ne font plus de commerce, ils ne font que des spéculations sur les céréales, l’énergie, les matières premières.

              Mieux ils culpabilisent les pauvres, les malades, les gens qui n’ont pas envie de se tranformer en rapaces. Les banquiers râvaient d’être à la tête des états, la droite européenne (j’y inclue le P.S) l’ a fait.

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