• mercredi 23 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > La grosse fatigue du capitalisme
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(16 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

La grosse fatigue du capitalisme

L’accroissement de l’interventionnisme étatique dans l’économie ne s’est pas fait contre le capitalisme mais au contraire pour tenter de contrarier son déclin. Face à l’alternative "béquille du capital" versus "crise éradicatrice", il faut inventer une sortie de la croissance tournée vers la satisfaction des besoins humains et la reproduction de l’environnement.

« L’interventionnisme étatique s’est accru dans la plupart des pays et le capitalisme a fait l’objet d’attaques vigoureuses  ». Voilà ce qu’on peut lire sous la plume de Pascal Salin dans le Monde du 20 mars. Le propos a de quoi surprendre. Les deux dernières décennies n’ont-elles pas vu l’incorporation des ex- pays communistes européens, de la Chine et de l’Inde aux circuits mondiaux du capital ? La dérèglementation financière et la libéralisation des échanges commerciaux n’ont-elles pas donné au capital une liberté d’action inédite ? Libéralisation, stabilisation, privatisations : les politiques portées par le FMI et la Banque Mondiale n’ont-elles pas puissamment transformé les économies des pays en développement ? Et dans les pays riches, quid des privatisations d’entreprises publiques, de l’ouverture à la concurrence de nombreux secteurs, des réformes structurelles libéralisant le marché du travail ? Non, le capitalisme n’a pas fait l’objet «  d’attaques vigoureuses ». Et s’il est effectivement «  affaibli », ce n’est pas à cause de l’interventionnisme étatique mais en dépit de celui-ci.

Dans quelle mesure peut-on parler d’affaiblissement du capitalisme ? La persistance de profits élevés est a priori un signe de bonne santé. A y regarder de plus près, le pronostic est cependant réservé. L’essor de l’accumulation d’une masse exorbitante de capital fictif dans la finance est un premier symptôme. Les crises financières n’ont cessé de prendre de l’ampleur depuis les années 1980 et engendrent à chaque fois une intervention publique plus coûteuse pour sauver un édifice voué à s’effondrer. En effet, l’expansion de la sphère financière a pour corollaire une explosion des promesses de revenus futurs que les économies ne seront au final pas en mesure de fournir. Les déconvenues enregistrées sur les marchés financiers en 2007-2008 ne sont ainsi qu’un avant-goût du gigantesque mouvement de dégonflement de la finance qui reste à accomplir.

Si l’on s’intéresse aux processus économiques réels, ce qui apparaît est un mouvement de fond de ralentissement. Pour ne prendre qu’un indicateur, le taux de croissance annuel moyen des économies riches est passé par paliers successifs de 5,5% dans la décennie 1960 à seulement 1,6% dans la décennie 2000. Certes, il existe désormais des centres d’accumulation significatifs dans les pays émergents, en particulier en Chine, mais rien n’assure qu’ils puissent constituer un relais suffisant pour redynamiser l’ensemble du système. Pour l’heure, la balance penche plutôt du côté d’un épuisement global.

Surraccumulation du capital, hausse des coûts et limites de l’innovation, ces trois mécanismes, déjà étudiés par les économistes classiques du XIXè siècle pour envisager la fin de la croissance, jouent aujourd’hui de concert. Le rattrapage industriel engagé dans l’après-guerre par l’Europe et le Japon vis-à-vis des États-Unis, puis par les nouveaux pays industrialisés d’Asie et, enfin, par la Chine et l’Inde, conduit à l’apparition de capacités de production excédentaires dans une série d’industries clés comme l’automobile, l’aéronautique, les semi-conducteurs... Il en découle une intensification de la concurrence qui tire les profits et les standards sociaux vers le bas. Second mécanisme, la hausse des coûts provient d’une part du vieillissement de la population qui implique une hausse des dépenses médicales et de retraites et, d’autre part, de la raréfaction de certaines ressources naturelles – en premier lieu le pétrole – et des destructions écologiques qui nécessitent l’utilisation de procédés productifs plus onéreux. Il faut ajouter à ces coûts ceux des sauvetages financiers à répétition. Troisième mécanisme, la production capitaliste divorce des besoins sociaux. Un harcèlement publicitaire de plus en plus sophistiqué est nécessaire à l’écoulement de biens high tech à l’obsolescence accélérée ; dans le même temps, l’accès à des services essentiels comme l’éducation et la santé se fragilise alors que la préservation de l’environnement est très insuffisamment prise en charge. L’essor des technologies de l’information a certes nourri une formidable vague d’innovation mais s’est avéré incapable de faire apparaître, pour l’instant, un nouveau paradigme assurant l’essor cohérent d’une demande solvable et de nouvelles productions profitables.

C’est dans ce contexte que doivent être lus tant la crise actuelle que les politiques économiques et monétaires des deux dernières décennies. D’un coté, des mesures accordant toujours plus de liberté au capital ; de l’autre, un interventionnisme visant à soutenir la profitabilité des firmes. La diminution de la fiscalité des entreprises et sur les hauts revenus, les dispositifs d’aide à l’investissement et de financement de la R&D, une politique monétaire hyperactive sont autant de béquilles au service d’un capital déclinant. Mais ce sont aussi des entraves aux vertus purgatives de la concurrence. En fait de «  véritable éthique sociale », le retour au capitalisme que prône Pascal Salin est de laisser libre cours à sa puissance destructrice. Au prix d’une spirale d’effondrement cumulatif de la demande, de l’emploi, des salaires, des prix et de faillites en chaîne, l’accumulation du capital pourrait rebondir... Le plus probable est cependant que ses conditions politiques d’existence soient avant cela balayées.

Une alternative se dessine : « béquille du capital » versus « crise éradicatrice ». Elle est révélatrice de l’épuisement d’un système et de l’absence de marges de manoeuvre pour des politiques associant croissance et progrès social. Elle n’enferme cependant pas l’ensemble des possibles. La transition vers une société post-capitaliste, sans croissance mais centrée sur la satisfaction des besoins humains, le temps libre et la reproduction écologique est à bien des égards souhaitable. Elle nécessite cependant l’émergence d’une coalition sociale et politique capable d’imposer une réduction drastique des inégalités et de remettre au coeur des activités économiques la production et la gestion des biens communs.

par Cédric Durand (son site) vendredi 2 avril 2010 - 33 réactions
yahoo
25%
D'accord avec l'article ?
 
75%
(16 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par fifilafiloche (xxx.xxx.xxx.82) 2 avril 2010 20:24
    fifilafiloche

    Il me semble que vous confondez cause et conséquence. Nous assistons aux limites du Keynesianisme, de la stimulation de la croissance par la demande par une politique de taux d’intérêts bas, avec l’instabilité qu’elle provoque par la formation de bulles spéculatives à répétition. La rémunération du travail y progresse moins que celle du capital parce que l’investissement en capital y est presque gratuit. Les bulles immobilières en sont une parfaite illustration.


    Pour remettre le travail au centre du système productif, il faut réduire l’accès au crédit, qui doit rester un outil à usage exceptionnel pour des situations exceptionnelles, et non un passage obligé, voire un outil de défiscalisation. Cela passe par l’interdiction des déficits budgétaires et l’encouragement à une épargne stable aux rémunérations non soumises aux fluctuations erratiques des bourses (casino). Là encore, seuls des taux d’intérêts élevés peuvent orienter l’épargne durablement sur des véhicules sûrs.

    Malheureusement, le choix fait en 2008 de soigner le mal par le mal, la crise du crédit par la planche à billet, nous condamne à court terme à plus d’instabilité et à des crises systémiques. Les efforts des états pour maintenir les actifs aussi bien mobiliers qu’immobiliers à des niveaux artificiellement élevés en innondant les économies de liquidités qui ne correspondent pas à une création réelle de valeur par le travail, en puisant toujours plus sur l’endettement, nous rend toujours plus dépendants de nos créditeurs asiatiques, leur cédant un peu plus de pouvoir à chaque fois.

    La crise des valeurs occidentales (perte du bon sens) nous mène à une crise de civilisation. Quel sera notre place dans un 21e siècle où nous serons de moins en moins signifiants aussi bien démographiquement qu’ économiquement ? Voilà un sujet d’anticipation qui mériterait approfondissement...


Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox