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La hausse des prix des matières premières agricoles, une tendance durable

Il va falloir s’y faire, le prix de la baguette de pain et de la brique de lait vont monter et pour longtemps. La principale variable sera l’affectation des surfaces agricoles. En voici les principaux facteurs :

A) L’augmentation de la population mondiale

On l’aurait presque oublié, mais c’est le principal facteur d’augmentation de la demande. Le phénomène désormais classique de transition démographique (baisse de la mortalité - allongement de l’espérance de vie) des pays en développement est actuellement à l’oeuvre dans les deux pays les plus peuplés au monde. Le phénomène joue à plein. Chaque année, les importations chinoises de produits agricoles battent des records.

B) L’augmentation du niveau de vie moyen dans les pays à fort excédent démographique

Cette augmentation, médiatisée par les nouveaux milliardaires chinois, indiens ou encore mexicains, est plus diffuse dans les autres couches des populations, mais bien réelle. Et cette hausse du niveau de vie moyen entraîne mécaniquement une hausse de la consommation tout court (facteur d’augmentation de la demande), et de celle des produits carnés en particulier (facteur d’augmentation de la demande et de réduction de l’offre).

Car pour produire de la viande, il faut nourrir des animaux. Cette nourriture, il faut la produire sur des surfaces agricoles qui ne produiront pas de céréales pour l’alimentation humaine. Et la tension à la hausse sur les prix s’accentue.

C) L’extension urbaine

L’extension des villes se fait au détriment des surfaces agricoles, mais pas seulement. Il se fait au détriment des surfaces agricoles les plus fertiles, car les villes sont en grande partie installées à proximité de terres agricoles productives. Leur extension est donc plus que proportionnellement restrictive quant à la production agricole.

Imaginez ce qui se passerait en France si toutes les terres agricoles devenaient subitement "constructibles". Les constructions immobilières se feraient de manière complètement sauvage. C’est ce qui se passe chaque jour dans les pays en voie de développement.

D) Le développement des biocarburants

L’exemple même de la fausse-bonne idée. Alors même que les stocks mondiaux de nourriture ont rarement été aussi bas, on lance, sur toute la surface du globe, de grands et beaux projets de "biocarburants", à savoir éthanol et diester.

Les usines de production de diester et d’éthanol nécessitent, pour leur approvisionnement, une quantité de surfaces agricoles considérable. Pour ne parler que du fonctionnement des usines dont la construction est lancée en France et au Benelux, la suppression de la jachère ne représenterait qu’une part très limitée des surfaces nécessaires.

E) Les freins à l’augmentation des prix des matières premières agricoles

- Les différentes calamités. A défaut d’être prévisibles (guerres, inondations...) ou de pouvoir en mesurer réellement l’impact (sida, élimination des fillettes à la naissance dans certaines régions du monde...), ces catastrophes ne jouent qu’à la marge. Si tel était le cas, le nombre de victimes se chiffrerait annuellement en dizaines de millions de morts, ce qui n’est fort heureusement pas le cas.

- L’augmentation de la productivité des agricultures non-européennes. L’Europe a la productivité agricole à l’hectare la plus élevée au monde (2 x celle des Etats-Unis, 3 x de la Russie). Si celle-ci se fonde sur un ensemble de techniques et de savoir-faire transposables ailleurs, le facteur essentiel reste le climat tempéré océanique, avec des apports en eau modérés et réguliers, qui est un atout unique au monde.

- Le défrichage de nouvelles surfaces agricoles. Un bien - immédiat - pour un mal - dont on mesure encore mal l’étendue des conséquences - qui n’a qu’un effet tout relatif sur l’offre de produits agricoles.

F) Les aléas dus au changement climatique : une incertitude complète

Le changement climatique est là et bien là. Ce que l’on ne sait pas encore, c’est quelles régions vont voir leur situation climatique changer durablement dans un sens ou dans un autre, et dans quelles proportions. La Sibérie va-t-elle devenir une gigantesque Beauce ? L’Europe occidentale va-t-elle se transformer en Sahara ? Ou ces changements vont-ils être plus mesurés et n’impliquer que des modifications à la marge quant à la nature des productions ?

Personne n’est aujourd’hui capable de le dire. Ce qui est certain, c’est que sur les marchés, la "prime de risque" va augmenter, et donc se répercuter sur les prix. De même, la volatilité de ces prix va s’accroître.

G) Quelques mots en guise de conclusion

Voilà pour la description des principaux facteurs fondamentaux d’une hausse durable du prix des matières premières agricoles.

Aveuglés par une situation climatique et géologique incroyablement privilégiée et par une politique agricole commune efficace, aboutissant au paradoxe des excédents, nous ne nous rendions pas compte de ce qui se tramait autour de nous.

Nous voilà aujourd’hui rattrapés par la réalité. Et pour de longues années.

par Nemo vendredi 24 août 2007 - 26 réactions
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  • Par Nemo (xxx.xxx.xxx.8) 24 août 2007 11:06

    Bonjour,

    Tout d’abord une remarque générale, la spéculation, ce n’est pas comme vous dites "quand l’Etat réduit l’offre".

    La spéculation consiste à faire un pari sur un événement futur, en se basant sur certaines hypothèses. Demandez à des parieurs de PMU, ils vous donneront toutes les bonnes raisons pour lesquelles les chevaux qu’ils ont choisi doivent gagner. C’est la même chose sur les marchés financiers. Les gens établissent un certain nombre d’hypothèses, fondées sur un ensemble de facteurs parfois très complexes. Ils suivent l’évolution de ces facteurs, pour voir si leurs prévisions étaient justes, et en fonction de l’adéquation des événements aux hypothèses qu’ils ont établies, ils ajustent leurs positions.

    Maintenant, ce qui est vrai, c’est que lorsque l’Etat - ou en l’occurrence l’Union Européenne - édicte des règles restrictives à l’importation d’un certain nombre de produits, c’est l’un des facteurs sur lesquels se fondent les acteurs économiques pour fonder leurs prévisions.

    Sur le fond maintenant, si l’Europe accepte d’ouvrir sans restrictions ses frontières aux productions des pays d’Amérique du Latine, il y aura très probablement comme vous le suggérez une baisse temporaire des prix des matières premières agricoles au sein de l’Union Européenne.

    Cependant, cette baisse de prix ne serait que temporaire, pour toutes les raisons que j’ai évoquées précédemment. Mais surtout cette baisse aurait un effet dévastateur pour nombre de petites exploitations européennes, avec les effets sociaux négatifs que l’on peut imaginer. Ou alors, cela voudrait dire que les aides pour permettre à ces exploitations de survivre, devraient être beaucoup plus importantes, financées par des prélèvements supplémentaires.

    De plus, un savoir-faire très important serait gâché, difficilement quantifiable financièrement, mais qui sera capital dans les prochaines décennies, face à la tension sur les productions agricoles. Et perdre un avantage compétitif majeur, cela ne me semble pas être une bonne politique.

    Quant à l’économie de marché, ce n’est pas de proposer des produits de qualité au juste prix, c’est un système d’organisation des échanges de biens et de capitaux dont le principal (mais pas le seul) facteur de fixation du prix est le jeu de l’offre et de la demande.

    La qualité n’est qu’un des éléments de différenciation des produits et des services par rapport aux produits et aux services concurrents.

    Enfin, et pour terminer, je vais sauver ma peau. L’un de mes plus proches amis étant originaire du Limousin, je ne survivrai pas quelques jours si je ne m’offusquai avec véhémence de votre propos sur la viande argentine.

     smiley

    Donc non, c’est la viande limousine la meilleure du monde, et la charolaise juste derrière ! Et je vous invite à faire un tour du côté de Limoges avant de dire une horreur pareille...

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