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La lente agonie de la moto française

Qui se souvient que la France fut un des plus grands constructeur de motos ? Qui se souvient encore des Peugeot, Terrot, Motobecane, Rene Gillet, Cemec Ratier, Gnome & Rhone, Alcyon, Koehler Escoffier , Monet Goyon, Dollar, Majestic, Dax, Nougier, Amc, Bfg, Barigo... et Voxan ?

VOXAN, la dernière marque française de motos a été crée de toute pièce par Jacques GARDETTE et Alain CHEVALLIER deux utopistes amoureux des belles mécaniques et du passé motocycliste français.

Si la moto en France a eu à subir l’énorme passage à vide de plus de 25 ans qui ont précédé l’arrivée de la VOXAN, il faut mettre cela au compte d’une politique industrielle nationale qui a totalement exclut la moto au profit des constructeurs automobiles.

Il faut également ne pas oublier durant cette période l’hostilité manifeste des assureurs qui ont finit de décourager toute initiative et clients. Les plus anciens n’ont pas oublié qu’au début des années 60 la majorité des propriétaires de motos ont laissé rouiller leurs machines dans une grange ou dans un garage ou tout simplement confié aux casseurs.

Le renouveau actuel du deux roues considéré par beaucoup d’élus de grandes capitales nationales ou régionales (à l’exception notoire de Paris) comme un des moyens pour limiter la circulation et la pollution dans les grands centres urbains a permis aux constructeurs italiens, anglais, allemands et même américains de développer des gammes modernes et attirantes.

Qu’en est-il actuellement de la production française ?

MOTOBECANE devenu MBK appartient aux japonais de YAMAHA, PEUGEOT développe une gamme restreinte de scooters ( à mille lieues des résultats commerciaux de l’italien PIAGGIO).

Mais me direz-vous mon bon monsieur, il nous reste le fleuron VOXAN !!

Lancée par Jacques GARDETTE, motard passionné qui y a laissé sa fortune personnelle, des investisseurs volatils comme DASSAULT, mise en dépôt de bilan puis reprise en fin de compte par Didier CAZEAUX spécialiste de la construction de yacht de luxe après avoir manqué de passer sous le contrôle d’un obscur et nébuleux groupe financier italien .

Pourtant elle semblait promise à un bel avenir cette aventure. Je me souviens pour ma part de la photo de Jacques GARDETTE faisant cadeau d’une de ses machines à notre président de la république dans la cour de l’élysée. Allait-on voir nos forces de l’ordre rouler français ?

Cependant, ces derniers jours semblent sonner le glas du dernier étendard motocycliste français. En effet, après plusieurs restructurations qui ont ramené les effectifs aux environ de 30 personnes, Didier CAZEAUX a annoncé que cet effectif serait ramené à quelques 10 personnes et que l’activité de production serait arrêtée et laisserait place à des activités d’ingénierie et de distribution.

Un communiqué de la marque du 12 janvier 2006 est disponible sur le site du VOXAN Club de France qui regroupe les fans propriétaires de la marque, Extraits :

« Dans ce cadre, VOXAN est déjà, en quelques mois seulement, en relation avec divers groupes industriels pour discuter des contrats de fourniture moteurs pour d’autres applications que la moto, de fourniture moteurs pour des motos, le développement ou la création de nouveaux moteurs pour le compte de tiers, la conception de séries limitées de motos pour des marques de qualité non encore sur le segment. La diversité de ces discussions et la qualité des interlocuteurs intéressés par les savoir-faire reconnus de VOXAN, ses actifs et son excellente image nous démontrent déjà le bien fondé des choix stratégiques retenus par la société.

« Cette réorganisation de la société s’accompagnera entre 2006 et 2007 de la réinstallation de VOXAN dans des locaux neufs situés en bordure du circuit d’Issoire qui offriront tous les avantages de moyens plus récents que ceux actuels ainsi que la proximité du circuit pour faciliter la mise au point des machines.

Dans ce contexte la société est contrainte pour préserver son équilibre économique de procéder au licenciement de 22 salariés qui sera effectif dès la fin du mois. L’ensemble des actions entreprises va permettre à VOXAN de retrouver la rentabilité aux alentours de 300 machines produites, ce qui est inférieur à la production actuelle et ce en dehors des activités d’ingénierie, de conception et de maîtrise d’œuvre pour compte de tiers, qui se rajouteront désormais aux activités motos VOXAN avec pour objectif de représenter 30 % de son chiffre d’affaires d’ici 2007. »

Il est à noter que le site de la marque ne donne aucune indication de ce type et continue à présenter ses véhicules sans autre indication.

Alors, quel est le problème ?

Les pessimistes « déclinistes » nous diront qu’une fois de plus la France est incapable de créer quoi que ce soit et va dans le mur. Les optimistes qu’il n’y a qu’a en acheter pour que la marque continue à vivre. Malheureusement, la réalité est plus complexe.

Les Japonais représentent 80 % du marché du cycle motorisé. Les Européens ont appliqué une stratégie qui fait l’unanimité dans les milieux économiques : Faire du haut de gamme technologique. Coup de l’opération : Combien de consommateurs sont à même d’acheter une moto de 12 000 € et plus ?

Si on exclut les productions de niche de type italiennes (100 à 200 modèles de prestiges) et son fer de lance DUCATI, TRIUMPH dont seul le nom subsiste (mais reste indépendant) il ne reste que BMW avec ses tarifs élitistes et PIAGGIOPIAGGIO qui à la manière de FIAT cumule les marques par rachat (APRILIA, GUZZI, GILERA, ...) On fait un constat : L’Europe joue petit bras face aux géants japonais. Alors, quelle place pour une vraie industrie motocycliste en France ?

Nos gouvernants et élus de tous bords auront beau jeu d’arguer que leur rôle n’est pas d’intervenir dans le monde économique tout en regrettant la main sur le cœur que la recherche ne soit pas plus active en France. Pourtant, la création de véhicules de loisir ou de transport fait partie de la recherche et développement et bien entendu créatrice d’emplois. Il existe d’ailleurs un combat bien français sur la protection de « l’exception culturelle » malheureusement la moto n’en fait pas partie.

Lors de ses participations à des épreuves d’endurances, la moto française n’a jamais vraiment joué les premières places. Il fallait cependant entendre les milliers de voix encourageant le pilote et sa monture à chaque passage. C’est peut être chauvin, beauf mais ce qu’il faut retenir c’est qu’une moto française ne gagnera jamais plus le bol d’or ou les 24H00 et ça, même si ça n’empêche personne de dormir moi ça me rend triste.

Sources
Histoire de la moto
VOXAN club de France

A noter pour l’anecdote le site Web de l’importateur allemand des VOXAN dont la photo du "staff" ressemble plus à une publicité pour Léopold von Sacher-MasochSacher-Masoch qu’à celle de nos motos françaises.


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7 réactions à cet article    


  • Roues Libres Claude DP 30 janvier 2006 16:16

    Lente agonie ou dernier soubresaut d’un mort déjà enterré de longue date ? Peut-on réellement dire que la moto française a survécu à la deuxième guerre mondiale ? Je ne le crois pas. Il y avait dans le projet Voxan du courage (immense) et de l’utopie (énorme). Le passage était trop étroit. Je salue bien bas Jacques Gardette.

    PS : cessons d’en vouloir à toutes les autorités et à nos dirigeants politiques quand un projet de ce type meurt de n’avoir pas pu exister. Ou étaient les clients ?


    • Kreumbeul (---.---.56.48) 30 janvier 2006 18:50

      En effet, il faut être bien naïf pour croire que cette marque créée de toutes pièces à partir de rien aurait pu se faire une place au soleil au milieu des Honda, Suzuki, Kawa, BMW... La gamme est restée embryonnaire, l’image inexistante, la clientèle trop restreinte et fidèle à ses repères.

      Quant aux autorités, comment imaginer qu’elles puissent donner un coup de pouce à la moto tricolore alors qu’elles ont ce moyen de transport dans leur collimateur ?...


      • Gio (---.---.162.36) 30 janvier 2006 19:21

        Pleinement d’accord avec les deux premières réponses, sauf le couplet sur les autorités françaises de Kreumbeul : elles ont autres à faire .


        • Olivier Ramard (---.---.217.14) 6 février 2006 21:53

          Voxan meurt à petit feu et c’est regrettable soit. Mais plutôt que de villipender le consomateur, cet abruti de con-somateur qui n’a rien compris pourquoi voxan ne fait il pas des machines plus en rapport avec « le » marché et non pas « son » marché. Une esthetique plus que discutable n’a pas permis à Voxan de toucher un large public. A vouloir faire des motos d’exception ou ne touche qu’un marché limité peu en rapport avec les investissements necessaire à ce type d’activté. Regardez l’évolution de l’esthetique des marques commes Triumph ou Moto guzzi et vous verrez qu’elle se rapproche des standarts Japonais. Dailleurs avant d’être leader sur un marché les japonais (et pas seulement dans le domaine de la moto) ont commencé en « copiant » la vieille europe. Pourquoi aujourd’hui serait il honteux de copier les n°1 pour reconquerir notre marché interieur ? Motard depuis des lustres je vais changer mon 1000 Varadero Honda au printemps....et je ne vais pas acheter une moto française qui pour moi(et j’assume ce choix)est encore loin de m’amener en therme d’Ego une satisfaction optimale. Quand on achête une machine on la veut valorisante et je ne suis pas sur que l’option prise par Voxan soit la bonne en therme d’image. Avoir une machine qui a l’air d’une antiquité au prix d’une machine moderne cela me laisse perplexe. D’autan que je ne remet pas en cause le savoir faire technique de l’equipe Voxan. Tout ce que j’ai pu lire sur ce moteur et tous ceux qui m’a été rapporté par ceux qui ont essayé une de leur machine va dans le même sens : ces gens là savent faire des moteurs ! Encore une fois dommage que l’esthetique de leurs machines ne soit pas à la hauteur ! Regardez messieurs ce que font les autres et arretez de vous pénalisez par vos choix de designer. Quant à me parler d’exception française n’oubliez pas que les anglos-saxons appellent cela l’obstination francaise...(sans commentaire.) Par contre j’ai été ravi de lire que Voxan était prêt à fournir des moteurs : je croix qu’un certain constructeur europeen nomé Rotax continue à vivre de cette façon. Cela permetra à Voxan d’atteindre leur seuil de rentabilité plus facilement et à d’autre de peut être nous faire rever... Je souhaite que cette aventure continue le plus longtemps possible pour qu’un jour je puisse acheter une moto française. Mais ne tardez pas trop messieurs j’ai 47 ans et passé 80 ans il parait que c’est plus durt de tenir en selle... La BFG n’a pas perçé la encore pour une esthetique déplorable (si vous ne connaissez pas allez sur internet cela va vous faire fremir) et Voxan en prends le chemin c’est dommage. Je ne voudrais pas que mon fils achète dans 30 ans une Voxan pour lui mettre une carte grise collection au même titre qu’une Terrot 350 HSST de 1930 en disant : quand même à l’époque il savait faire des motos ! Question : pourra t on toujours faire de la moto dans 30 ans ? Mais cela est un autre débat et nous en parlerons au prochain épisode.

          Olivier


          • JC BENARD (---.---.179.139) 7 février 2006 09:54

            Olivier,

            Vous avez malheureusement raison. Celà étant, même si des erreurs ont été comises par les créateurs de VOXAN, il est regrettable que nos pouvoirs publics continuent à ignorer ou fustiger le 2 roues motorisé.

            Lorsque nos dirigeants parlent de développer de nouvelles activités technologiques, elles devraient se rendre plus souvent chez les constructeurs japonais pour y observer le R&D. Seulement, les motards sont la cible des pouvoirs publics et de certains partis politiques hystériques.

            L’expérience VOXAN semble tirer à sa fin et nous devons espérer qu’une autre marque émerge dans quelques temps.

            J’avoue avoir été interpellé par la courte mais décevante expérience de RENAULT devenu actionnaire de BENELLI qui a commercialisé des scooters dans ses concessions. Compte tenu de la prédominance des constructeurs automobiles français, il semble de plus en plus évident que c’est au travers d’eux que le 2 roues motorisé français devrait exister à nouveau.

            Bonne route à vous et appel de phare


          • patricemorize (---.---.200.71) 15 mars 2006 23:24

            Moto :engin à produire des donneurs d’organes .


            • JC BENARD (---.---.197.145) 17 mars 2006 11:51

              Patrice,

              J’espère que votre commentaire se veut comique. Notre société (du moins celle qu’on nous prépare) se veut lisse comme le marbre et emm... comme une pluie d’automne.

              Je pense que la pratique du 2 roues est un des derniers plaisir politiquement incorrects. Lorsqu’on voit l’augmentation exponentielle de son nombre en France, il est assez navrant que notre pays se distingue par son incapacité à relever le défi.

              Néanmoins, il se trouvera toujours de bonnes âmes pour préconiser le retour d’un homme marchant à pied devant chaque véhicule et munni d’une lanterne pour prévenir les population de l’arrivée des dangers.

              A vouloir vivre vieux sans avoir accepté d’être jeune on devient vite un vieux c..

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