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La Norvège, bon élève de la production pétrolière

Le Pays des Fjords recèle de mystère et d’exotisme, tant la beauté des paysages est saisissante. Un paradis de cartes postales qui n’a rien à cacher ! Le pays est également reconnu pour sa qualité de vie, qui se dit être la meilleure au monde : salaires élevés, très faible chômage, solidité des banques… Les aspects positifs ne manquent pas à l’appel. La clef du succès ? Les gigantesques réserves pétrolières et la très bonne gestion des richesses générées. A l’heure où les inégalités font débats, la Norvège semble montrer la voie à suivre.

Les estimations des réserves pétrolières varient selon les différents groupes pétroliers. En 2014, British Petroleum estimait les réserves prouvées du pays à 6.5 milliards de barils soit 9.5 années au rythme d’extraction actuel. Des stocks qui placent le pays au 20ième rang mondial avec 0.4% du total planétaire. Des chiffres d’autant plus impressionnants si l’on regarde le gaz naturel : 1900 milliards de m3 soit le 16ième producteur mondial. Cependant, le gouvernement norvégien porte les estimations à 84 milliards de barils de pétrole avec 40% encore inexploitées.

Un atout considérable qui permet au pays d’assurer son indépendance énergétique. De plus, l’électricité consommée est issu de l’énergie hydroélectrique (à 99%) : l’état scandinave peut donc tirer profit au maximum de ses réserves d’or noir tant la production d’électricité en est exemptée. Une opportunité qui offre au pays une rente plus que confortable. En effet, le Fonds souverain Norvégien avoisine l’équivalent de 730 milliards d’euros, le plus gros au monde. De l’argent pour les générations futures d’un pays peuplé d’environ 5.2 millions d’habitants. Eh oui, une somme qui s’approche de 140 385 euros par habitant ! Le paradis capitaliste ? Nous n’irons pas jusqu’à là mais la terre des Fjords brise de nombreuses caractéristiques des autres pays producteur de pétrole.

En 1990, Richard Auty conceptualise ce qu’il nomme la « malédiction des ressources naturelles ». Une idée qui concerne particulièrement le pétrole : les pays producteurs d’or noir ont tendances à afficher une croissance économique inférieure à celle des pays sans hydrocarbures. Il semble même exister un lien négatif entre la proportion des exportations de brut dans le PNB (Produit National Brut) et le taux de croissance du PIB. Une situation assez paradoxale tant le pétrole représente un avantage considérable. N’oublions pas non plus la corruption généralisée (les groupes pétroliers des membres de l’OPEP sont généralement contrôlés par le gouvernement) de ces pays et les très fortes inégalités qui y sont présentes. Les différents indicateurs de développement des pays producteurs de pétroles ne sont souvent pas glorieux.

Parce qu’il y a toujours une exception, la Norvège se distingue de ses confrères producteurs d’or noir. L’ONU classe le pays parmi ceux les moins corrompus de la planète (5ième sur 175 en 2015) avec un indice du Gini (mesurant l’inégalité des revenus) de 0.25, soit l’un des plus faibles au monde. La croissance économique du pays semble être le seul critère en deçà des espérances. Historiquement élevée, elle se tasse à partir de 2014 (+1.8%) pour passer sous la barre des 1% en 2015 (+0.9%). Une dégringolade relative qui s’explique par la chute des cours du pétrole. Malgré les richesses générées par l’or noir, la Norvège a une économie peu diversifiée et les secteurs industriels de pointe manquent à l’appel. La croissance prévue pour 2016 (+1.3% selon la Coface) montre la nécessité de développer d’autres activités industrielles. Le Fonds Souverain Norvégien a d’ailleurs été mis à contribution pour pallier le déficit budgétaire de 2015. Une partie de la somme totale (2.6%) a été prélevée, proportion qui reste inférieure à la limite maximale autorisée : 4 % du fonds, soit son rendement annuel attendu.

Le plus gros groupe pétrolier du pays, Statoil, s’est vu dans l’obligation de licencier 23.000 salariés pour compenser la baisse des cours du pétrole. Un coup dur pour ce qui fût le fleuron national pendant tant d’années, qui a dû se séparer d’environ 20% de ses effectifs. Une entreprise où l’Etat Norvégien est actionnaire à 67%, pourcentage qui a été plus élevé dans le passé mais a diminué au début des années 2000 en raison des privatisations.

 Malgré ces licenciements (qui concernent aussi les groupes pétroliers moins importants), le taux de chômage du pays reste en-dessous de 5% et le salaire annuel moyen par habitant se situe aux alentours de 98 930$ : un chiffre 3.5 fois plus élevé que la moyenne européenne ! De plus, la Première Ministre Erna Solberg espère redynamiser l’activité dans l’optique des élections législatives de Septembre 2017. Une importante réforme est actuellement en cours : la fiscalité des entreprises. Actuellement à 27%, elle devrait passer à 22% d’ici 2018 afin d’accroître l’attractivité des investissements hors pétrole. Une réforme prometteuse dans un pays où les hauts salaires érodent la compétitivité avec l’or noir qui représente 15% du PIB national.

Pour devenir plus compétitif, les défis sont nombreux (avec notamment le voisin suédois, régulièrement classé parmi les pays les plus innovants au monde) mais les avantages sont présents : très faible corruption des institutions et compagnies pétrolières, faibles inégalités, bonne qualité de la main d’œuvre et des infrastructures, faible prix de l’électricité. Avec une énergie bon marché, les industries électro-intensives peuvent être une piste sérieuse de spécialisation : aluminium, industrie chimique, papier. Des biens qui pourront être exportés vers les voisins européens sans difficultés puisque le pays est membre de l’Association Européenne de Libre-Echange (AELE).

Le pays des Fjords a une réputation méritée et entame lentement sa mutation vers une dépendance plus faible aux hydrocarbures. Le consensus politique en place semble résolu à diversifier l’économie. La découverte de nouveaux gisements pétroliers dans l’Ouest du pays donne un peu plus de répit à cette transformation. Un délai supplémentaire pour trouver le nouveau modèle afin que les investisseurs étrangers se montrent plus envieux à parier sur le renouveau de l’économie norvégienne. 


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9 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 30 janvier 16:12

    « A l’heure où les inégalités font débats, la Norvège semble montrer la voie à suivre. »


    Il suffit de creuser dans son jardin pour trouver du pétrole ?

    • Doume65 30 janvier 17:19

      @Jeussey de Sourcesûre
      « Il suffit de creuser dans son jardin pour trouver du pétrole ? »
      On te parle d’inégalité, pas de PIB. Le voisin, la Suède, est à peu près dans la même situation, et cela sans pétrole. Et tu n’as même pas pris le temps de lire l’article avant de sortir ton lingue en plastique. Il y est bien précisé que se sont justement les pays qui ont des ressources énergétiques (et minières) qui ont le plus gros taux de corruption, de pauvreté et d’inégalités.


    • Buzzcocks 30 janvier 16:38

      Leur équipe de handball est un peu juste physiquement par contre. Ca galope 30 minutes mais ensuite, il n’y a plus de gasoil dans la machine, ce qui est un peu dommage pour un pays producteur de pétrole.


      • JP94 30 janvier 16:47

        Licencier 23 000 salariés du pétrole quand on roule sur l’or noir, si c’est que vous appelez la meilleure gestion ... ! ils sont largement de quoi partager, et même au delà de la Norvège .


        Au Venezuela, la rente pétrolière a servi à financer du social, pas à licencier. 

        Et si la Norvège subissait les pressions que subit le Venezuela, sa prospérité ne durerait guère.

        Au 19ème, siècle et durant une partie du 20ème , avant la découverte de la manne pétrolière coûteuse à extraire, la Norvège était le pays le plus pauvre d’Europe, un peu à l’image de la Suisse avant la découverte de la rente bancaire.
        De là à confondre bonne gestion et surabondance de fric disproportionnée pour 5 millions d’habitants.

        Le pays est peu partageur : on n’embauche pas trop les étrangers depuis quelques années, même avec un diplôme suédois.

        Et Breivik le terroriste facho qui vient d’encaisser 35 000 € de dédommagements de l’Etat norvégien ...ça va attiser les convoitises de ses collègues ....

        • Coriosolite 30 janvier 21:02

          @JP94
          Donner le Venezuela en exemple quand on sait que faute d’investissement dans l’industrie et l’agriculture, l’économie s’est effondrée quand le cours du pétrole a chuté, ça fait un peu sourire.


        • leypanou 30 janvier 17:30

          La Norvège bon élève car la manne pétrolière ne sert pas à engraisser prioritairement et en grande partie des multinationales étrangères ou la bourgeoisie compradore locale.

          Comparez avec le Nigeria ou le Gabon ou l’Angola pour voir la différence.


          • Wakizashi Wakizashi 31 janvier 13:53

            @leypanou

            "La Norvège bon élève car la manne pétrolière ne sert pas à engraisser prioritairement et en grande partie des multinationales étrangères"

            Tout à fait... comme Total par exemple, l’entreprise de l’auteur de l’article. Je dis ça, je ne dis rien...


          • zygzornifle zygzornifle 31 janvier 14:16

            Oui et leurs politiques sont bien moins rémunérés que les nos crapules qui se roulent dans notre pognon , ils se déplacent par leur propres moyens et présentent des notes de frais pour tous ce qu’ils achètent au nom de leur pays et gare a celui qui triche il se fait éjecter immédiatement et doit rembourser ses méfaits de ses propres deniers  .....


            • bibou1324 bibou1324 31 janvier 16:14

              Quand on a une densité de population 10 fois moindre qu’en France, c’est pas difficile d’avoir une qualité de vie élevée.


              D’autant plus quand on a une politique d’autonomie et qu’on taxe les importations.

              Bref, pour vivre bien, faut vivre seul.

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