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Accueil du site > Actualités > Economie > La refonte du système financier mondial

La refonte du système financier mondial

Le 15 novembre 2008, les vingt pays les plus industrialisés et influents du monde (G20) se réuniront à Washington pour le 1er « round » d’un long processus de remise à plat du système financier mondial.

Il n’est à n’en pas douter que les membres du G20 aient en face d’eux le choix du siècle à venir entre leur main : feront-ils du système financier la pierre angulaire d’un système voué à s’effondrer sur lui-même miné de l’intérieur par ses propres excès, ou bien auront-ils le courage de « réguler » collectivement la soif des acteurs financiers pour de l’argent facile et finalement, sans commune mesure avec les revenus issus du travail ?

Nous n’en sommes sans doute pas conscients, mais la crise des prêts hypothécaires « subprimes » a ébranlé les fondations même de l’économie « globalisée » telle que nous la connaissons. Le système n’a pas fait que vaciller, il a été touché dans ses racines mêmes par le cumul d’excès tolérés et amplifiés par le silence de ceux qui auraient dû parler.

À l’image d’un malade conscient d’être atteint par le cancer, personne n’a contraint ce dernier à aller consulter.

Aujourd’hui le malade suit une cure d’urgence de tri-thérapie, mais le diagnostic ne permet pas encore de savoir si cela suffira, tant le traitement a été tardif.

La « libéralisation » de l’économie, présentée comme un paradigme a démontré au grand jour ses plus grandes failles : en laissant les lois du marché s’appliquer, la régulation n’est qu’une illusion laissant les plus forts exploiter la naïveté des plus faibles, ceux qui ne savent pas.

L’État s’est avéré être le dernier rempart : il n’y avait plus le choix, le choix avait été fait bien auparavant, en choisissant de se taire.

La crise des « subprimes » fera date, car elle constitue l’amoncellement implacable de preuves et d’agissements tous plus condamnables intellectuellement les uns que les autres, le tout dans une légalité digne du silence accordé au dernier souffle d’un malade attendant sa sentence.

 

1. La chronologie d’un « effet papillon »

L’éclatement de la bulle financière issue de la spéculation sur les nouvelles technologies en 2001, complétée par les faillites retentissantes de WorldCom ou d’Enron, a constitué le point de départ.

Au lieu de réguler les excès de la spéculation et les paradis fiscaux, Alan Greespan, directeur de la Fed et grand « gourou » de la finance mondiale de 2001 préféra baisser les taux à 1 % afin de relancer l’économie américaine dans une frénésie d’emprunt, seule à même de maintenir la sacro-sainte croissance sous perfusion artificielle.

En 2001, l’argent « gratuit » a amené les acteurs économiques et financiers à s’endetter, toujours plus, pour faire jouer « l’effet de levier » à plein : emprunter ce dont on ne dispose pas pour générer un profit supérieur au taux d’emprunt.

Avec ce levier, il ne fallut pas attendre longtemps pour voir arriver sur le marché des acteurs proposant des biens immobiliers « garantis » par la propre valeur du bien et pire encore, sur la hausse spéculative des valeurs.

Tout le monde savait que cela n’avait pas de sens. Et pourtant...

Les banquiers ont été les premiers à oublier leur métier : faire payer un service de « garde » pour les épargnants et prêter l’argent gardé pour des emprunteurs moyennant intérêts rémunérateurs.

Préférant prêter ce dont il ne disposait pas, poussé par une mécanique immobilière, économique et politique qui incitait à aller en ce sens, les banques ont prêté plus que de raison, oubliant la règle de base du banquier :

Vérifier la solvabilité de l’emprunteur sous peine de ne plus pouvoir rembourser les créanciers et de faire faillite, clients avec.

Pire encore, consciente de leurs ex-actions, les banques ont « dissimulé » cet état de fait en « virtualisant » les prêts sous forme de « titres », titres qui eux-mêmes ont été dilués dans des portefeuilles d’actions, de sicav et autres ne permettant en rien aux acheteurs de savoir ce qui se trouvait réellement dans leur portefeuille.

La titrisation a constitué le facteur exponentiel combiné au précédent, le prêt immobilier, sur des montants « colossaux » puisqu’un prêt immobilier couvre une bonne partie de la vie.

La titrisation a été l’illusion des « pseudo-virtuoses-savants » de la finance » qui ont dérivé en jouant de la dérivée.

L’agent insolvable à la racine devenait le « pigeon » sur lequel tout le monde souhaitait se rémunérer, banques d’affaires en tête, mais aussi spéculateurs de tous bords, notamment les « hedge funds ».

Pourquoi ?

D’une part parce que le risque était dilué, mis sous le tapis, caché.

Mais aussi d’autre part parce que privé comme public, tout le monde s’en contentait.

Le système, structurellement malsain et bancal spéculait à l’exponentiel sur des facteurs positifs : il en fallut un seul, et un seul, pour tout renverser : l’insolvabilité des ménages américains.

La faiblesse structurelle d’une économie « classique » a fini par rattraper les États-Unis, bien aidée par une politique suicidaire menée par l’administration Bush. Surendettés, les États-Unis et les Américains ont commencé à défaillir, entraînant des ventes, la chute des cours, etc.

Vous connaissez la suite, jusqu’en 2007, là où il aurait été encore possible d’agir, puis jusqu’en septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers et la « peur frénétique » du marché à voir partir en fumée à une vitesse exponentiellement plus forte toute l’illusion construite depuis 2001.

 

2. La liberté d’être libéral ou la loi de l’opportunisme de fait

Un modèle libéral « pur » aurait laissé les banques faillir, le système s’effondrer sur lui-même, occasionnant rachats à bon compte, purge des places bancaires, mais aussi faillites de petits porteurs et syndrome « 1929 », c’est-à-dire de revoir non seulement la récession, mais aussi une grande dépression poindre son nez.

Par peur de cet état de fait, les « libéraux » se sont assis simultanément sur tous leurs dogmes, assénés avec force et vigueur depuis des années :

Non seulement l’État devint, par son statut « d’économiquement infaillible (ne peut pas être en faillite) » le dernier recours pour recapitaliser et soutenir les banques, mais en plus l’Etat se devait d’intervenir vite et fort là où quelques jours auparavant les caisses étaient vides.

Plus fort encore, là où l’économie aurait dû se réguler d’elle-même, il fallut d’un coup d’un seul intervenir, quitte à briser le pacte de stabilité européen, quitte à admette clairement que la titrisation était une erreur fondamentale, que les caisses pouvaient ne pas être vides suivant l’enjeu, que la « compartimentation des marchés » était aussi virtuelle que les crises se transmettaient simultanément d’un point à un autre de la planète via les places boursières.

Bref, on vient d’asséner au monde en quelques jours une contre-vérité qui n’a semble-t-il choqué personne : le système qu’on vous vend depuis soixante ans est une vaste supercherie qui permet à ceux qui en connaissent les arcanes d’en tirer un profit maximal, pour des risques minimaux et le tout sans contact avec la « plèbe » inconsciente des sommes maniées.

Pourquoi exploiter les gens de force quand on peut le faire avec leur assentiment ?

Pourquoi payer correctement les salariés quand ils peuvent accepter moins pour produire plus, générant plus de profit tout en acceptant des contraintes plus fortes par peur de l’autre (délocalisation) ou de demain (chômage) ? 

Le capitalisme économique a pris un virage dans les années 1970 pour devenir un capitalisme financier entraînant de fait les économies réelles dans une course au profit dont le seul but était et est encore d’alimenter les spéculations du marché boursier.

Ce système s’est perfectionné, ou plutôt libéralisé, avec le temps, engageant d’une part avec l’arrivée d’internet l’effet « instantané », mais aussi « tout le temps 24/24 heures » avec les places boursières mondiales et surtout « moutonnier de masse ».

Avec le temps, les cours de bourse sont devenus aussi peu corrélés avec les résultats réels d’une entreprise qu’ils sont devenus corrélés à l’effet « tendanciel » et plus exactement spéculatif du jour : si l’indice plonge, tout le monde plonge, même ceux qui vont bien. L’inversement est tout aussi vrai, traduisant une véritable spéculation à l’ultra court terme, à l’inverse même de la logique boursière : on place de l’argent dans le temps pour alimenter les fonds d’investissement des entreprises.

Le « Day-trading » a cassé cette logique.

Libéral également quand il s’agit de s’appuyer sur des paradis fiscaux pour réaliser des transactions, payer les impôts et déclarer les dettes aux Etats « conciliants ».

Libéral également quand il s’agit d’attribuer des rémunérations hors de raison à des équipes encadrantes pour bonnes et loyales faillites, le tout en toute légalité : paraît-il que sinon il n’y aurait personne pour remplacer ces « brillants » stratèges.

Libéral enfin quand l’ensemble des acteurs du marché, tous sans exceptions, ont suivi et soutenu des taux bas, des prêteurs fous, des banques cupides, des agences de notation juges et partis, des banques centrales conciliantes et des États bonne poire.

Libéral, jusqu’au moment où il faut payer l’addition.

3. Concentrer les profits, mutualiser les pertes

Il ne s’agit pas de confronter public et privé, libéral ou social, ou même de pointer du doigt des responsables.

Le système, composé d’individus de tous niveaux, est responsable de cette situation parce que tout a été fait pour que les agents aient tout intérêt à jouer les excès du marché.

Les acteurs immobiliers ont profité des hausses de prix pour faire de la transaction et de la marge, les banques pour prêter et facturer des intérêts, les banques financières à partager les rentes des titres avec leurs actionnaires, les spéculateurs à jouer la carte de cette tendance folle, etc.

Mais, dans un jeu, il faut des règles.

Le grand absent aujourd’hui, c’est le régulateur, le « maître du jeu ».

Les médias ou les politiques veulent faire croire que le monde est géré, normalisé, sous « contrôle », mais cela n’est qu’une illusion pour assurer la stabilité du système dans le temps.

Personne ne peut prouver qu’une rémunération a un caractère scientifique, logique ou arithmétique : personne, et pas même un PDG, ne peut justifier gagner 100 000 fois le Smic sans, quelque part, se mentir ou pire encore, s’évaluer hors de toute proportion.

Personne ne peut dire que la bourse est aujourd’hui un système logique, et qu’il y a une différence fondamentale entre la bourse et un simple casino géant à ciel ouvert.

Les fondements mêmes du marché sont structurellement imparfaits, inégaux, injustes et même le plus souvent carrément illogiques.

Pourquoi ? Parce que le système mondial n’a pas été créé sur un moule homogène.

Parce que tant qu’il y aura des paradis fiscaux, tant qu’il y aura une concurrence non libre et non faussée (donc imparfaite), tant qu’il y aura pour simplifier une diversité d’acteurs non fédérés autour de règles communes, ceux qui connaîtront les failles du système pourront s’enrichir à ses dépens.

Quels risques encourt-on lors d’un délit d’initié ? Même Forgeard, avec des preuves flagrantes, s’est barré avec le magot d’EADS. Tchuruk et Russo ont ruiné Alcatel : cela ne les empêchera pas de vivre comme des rois et de partir avec le pactole.

Tant qu’il n’y aura pas une régulation forte, une table de loi ou un flic au-dessus du lot, la régulation ne sera qu’une illusion dans le titre.

 

4. Du G20 du 15/11/08 à l’après-subprimes : l’occasion ou jamais de changer les règles

Changer les règles pour plusieurs raisons :

- Redonner du sens et du crédit au système

- Briser les excès

- Enrayer une crise économique conséquente qui pourrait s’avérer profonde et durable

- Éviter que le dernier maillon ne tombe : que les États eux-mêmes viennent à être tellement endettés qu’ils soient, et les individus eux-mêmes, en faillite.

Les propositions doivent être simples et focaliser sur 3 principaux acteurs :

- Les banques

- Les États

- Les « agents » de la finance

Pour que la crise financière ne se traduise pas par de vains discours d’intentions (type Toulon), l’intervention d’une instance mondiale regroupant les principaux acteurs mondiaux est nécessaire. Qu’il s’agisse du FMI ou d’une autre instance internationale, l’enjeu consiste à élaborer, mettre en œuvre et faire appliquer des dispositions fortes pour réguler le marché mondial et le purger de ses nombreux excès.

Dix propositions déterminantes me semblent cruciales à graver dans le marbre :

  1. S’attaquer aux paradis fiscaux

La crise donne aux États un formidable levier par le simple fait de tenir les banques « par les couilles » et l’argent injecté. La condition sine qua non à l’injection de liquidités (ou de garanties) pourrait être de contraindre, collectivement, les établissements bancaires à subir certaines règles comme le fait que les garanties ne couvrent pas les dépôts en paradis fiscaux. Cela pourrait aussi se traduire par une imposition « indirecte », venant se substituer à l’imposition locale par l’identification des sources de provenance.

Enfin, on pourrait pousser dans le sens de bilans comptables et d’imposition « géolocalisés », une banque ne pouvant faire 100 % de son chiffre hors paradis fiscal et y déclarer ces mêmes 100 %. Cela aurait également pour vertu de faire baisser les profits faramineux, donc les rémunérations du même type tout en rabattant de nouvelles ressources pour les finances publiques.

Une action coordonnée de « transparence » sur les activités des établissements bancaires, notamment pour les paradis fiscaux pourrait être le départ d’une opération « monsieur propre » cassant ces « trous noirs » financiers.

  1. Casser le « Day-Trading »

La bourse n’a de sens que si les investisseurs placent de l’argent sur la durée pour alimenter les entreprises en « cash » pour leurs investissements.

Le Day-Trading ne respecte pas cette logique et amène des spéculateurs opportunistes qui utilisent la volatilité comme levier de profit, générant de l’instabilité et de l’effet moutonnier.

Casser le Day-Trading peut se traduire simplement : impossible de vendre une action achetée sans l’avoir détenu au moins une certaine durée (24 heures, 7 jours, 1 mois) afin de replacer les investisseurs dans une logique plus « moyen terme » et une stratégie plus effective. Le spéculateur n’ira plus se risquer sur n’importe quoi et retrouvera un minimum d’analyse « économique » de fond qui ramènera les fluctuations boursières à des réalités économiques effectives, ainsi qu’une dissociation des cours aujourd’hui mise à mal.

Cela peut aussi se réaliser en jouant sur le levier « fiscal » en taxant les transactions réalisés avant 7 jours à 80 %, avant 30 jours à 50 % et au-delà au niveau actuel de 28 %, voire à en dessous au-delà de 3 ans pour inciter à « jouer sur le long terme ».

  1. Casser l’effet levier « emprunt et/ou vente à découvert » prisé par les Hedges Funds

La vente à découvert est tellement vertueuse qu’elle a été interdite lors des jours de krachs.

Elle consiste à vendre ce que l’on ne possède pas, c’est-à-dire à spéculer à la baisse.

Cette technique de « Day-Tradind » est particulièrement dévastatrice à la baisse parce qu’elle entraîne le marché à la purge jusqu’au moment où tout le monde est tellement perdant que les actions redeviennent « bon marché voire à prix d’or ».

La vente à découvert est donc un facteur d’aggravation et de spéculation malsain à briser, d’autant plus que seuls les institutionnels peuvent en user.

Parallèlement, l’effet levier consistant à emprunter pour « placer » devrait être purement et simplement interdit : les établissements bancaires ne devraient pas pouvoir prêter pour placer sur un « aléa » aussi fort qu’un cours de bourse.

Les « Hedge Funds » doivent être régulés : en agissant sur les leviers le marché pourrait être assaini de ces acteurs « vampires » qui exposent in fine l’individu peu averti (notamment les retraités par capitalisation américains).


  1. Réformer les agences de notation

Standard & Poors, Moodies, Fitch sont des agences de notation... mais aussi des établissements d’investissement.

Par conséquent, leur rôle d’impartialité est d’autant plus fortement nuancé qu’elles sont elles-mêmes parties prenantes du marché, mais aussi sollicitées et payées par les entreprises elles-mêmes pour assurer une notation !

Les Agences de notation peuvent évoluer vers 2 solutions :

- Soit elles sont nationalisées et la notation devient une affaire publique afin d’assurer une neutralité effective, mais cela nécessite un niveau « mondial ».

- Soit elles restent privées, mais ne peuvent en aucun cas être juge et parti. Ce qui signifie qu’il faut agir sur la transparence, mais aussi sur le redimensionnement de leur activité : analyser et noter par obligation légale, en toute indépendance.

 

  1. Encadrer les rémunérations

La rémunération des gouvernances d’entreprise n’est plus acceptable.

Quand on parle de rémunération, il y a le salaire fixe, plafonnable, et la part variable (difficilement plafonnable), mais qui peut être limitée par diverses règles dont :

- La limitation en volume et en nombre des stocks-options allouables aux cadres d’entreprises. Ces stocks-options pourraient du reste être fiscalement plus lourdement frappées, surtout au-delà des certains plafonds à déterminer.

- Le conditionnement et le plafonnement des goldens parachutes.

- L’interdiction des « goldens hellos » trop facilement mobilisables par « copinage ».

- Le conditionnement de toute prime aux résultats économiques ET sociaux de l’entreprise, c’est-à-dire qu’une entreprise qui perd de l’argent et licencie ne pourra en aucun cas verser des primes.

Cet encadrement doit être défini par des normes claires dans le loi, avec des plafonds, des % fourchettes, une distinction entre pertes et bénéfices faibles (notamment pour les délocalisations) ainsi que toute autre disposition contraignant les cadres - PDG à évoluer dans des fourchettes de rémunération moins stratosphérique qu’aujourd’hui.

  1. Changer les normes comptables

La valorisation d’une entreprise à la « juste valeur » l’expose à son cours de bourse. Si le cours de bourse s’effondre, le bilan des actifs fait de même, fragilisant les établissements bancaires et les exposant à la faillite suivant leur fond propre du moment.

D’autres ajustements seront également nécessaires, mais dissocier cours de bourse et actif pourrait permettre de « sauver » des entreprises piégées par leur valorisation à un instant T.

  1. Imposer à nouveau aux banques des règles du jeu

Les banques doivent obéir à des règles simples, mais dimensionnantes pour la vie « publique ». Il s’agit notamment de déterminer, comme en France, un degré de solvabilité des ménages.

Encadrer les prêts : la fameuse loi des « 33 % » est certes lourde, mais elle permet d’écarter les insolvables des prêts qu’ils ne pourront rembourser.

Certains appellent cela une rigidité : considérons cela comme un garde-fou.

Pour que cette règle soit pleinement efficace, elle doit également s’imposer aux établissements de crédits et se compléter de la mise au point d’une instance nationale de connaissance du « cumul de crédits » réalisés par certains individus.

En pouvant dresser l’encours des dettes d’un agent par exemple via la Banque de France, il serait possible pour tout établissement de savoir ou non le degré de solvabilité d’un demandeur.

Une autre règle pourrait être imposée sur la « transparence » des produits en déterminant avec exactitude le contenu de titres de certains produits, voire à limiter leur nombre pour simplifier leur composition ou tout simplement le paysage.

Une autre règle encore pourrait imposer un niveau d’encours (dépôts) plus élevé qu’actuellement (9 %) afin de limiter l’exposition des établissements bancaires et garantir les épargnants (et donc éviter aux États de se substituer dangereusement aux défaillances des établissements).

Des règles internes pourraient également s’ajouter, notamment concernant le contrôle des activités de trading (back-office), le contrôle ou tout simplement la mise au clair des marchés de produit dérivé par la mise en place d’une autorité de « notariat enregistrant tous les mouvements » pour mieux identifier qui fait quoi avec quoi (rôle des chambres de compensation).

 

  1. Huiler la machine à liquidités : réformer le marché interbancaire

La machine du prêt « interbancaire » s’est grippée à partir de l’instant où les banques se sont méfiées les unes des autres. La Fed et la BCE agissant alors en vain en pompiers.

Cette méfiance issue de la méconnaissance du degré de « solvabilité » des établissements bancaires entre eux traduit une véritable opacité sur la santé réelle des banques : que détiennent-elles, quels sont leurs dépôts…

Mais le vrai excès à casser c’est le degré d’endettement qu’elles peuvent endosser : certains établissements peuvent, en jouant là aussi sur un effet levier emprunter sur ce marché jusqu’à trente fois plus que leur réserve réelle de « dépôts », exposant d’autant plus l’établissement s’il ne détient pas d’activité classique type de « détail ».

La Fed et la BCE devraient affirmer en ce sens une double exigence permettant de clarifier le paysage et de redonner de la confiance :

- transparence sur l’état de santé réel des établissements par des ratios-clés ;

- impossibilité totale ou partielle d’utiliser un effet de levier, voire conditionner ce dernier au niveau de dépôt de manière à garantir un degré de solvabilité « tolérable ».

  1. Une nouvelle gouvernance mondiale

Le G7 a vécu. Le FMI est dépassé. L’OMC dégradé. La Fed et la BCE sont usés.

Une nouvelle instance économique internationale de régulation et d’évaluation économique doit regrouper les institutions, élargir ses portes et aborder de nouveaux champs de travail.

Le Forum de stabilité financière, instance peu connue, pourrait assumer ce rôle en lien avec les banques centrales dont le rôle pourrait être également ajusté.

  1. Un système financier qui doit se recentrer sur les réalités économiques réelles

Ce dernier point constitue un point de philosophie majeur des discussions annoncées : la finance doit être comme l’économie au service de l’homme, et non l’inverse.

Mais la finance doit être un pan de l’économie et non l’inverse faute de quoi les inégalités ne cesseront de se creuser entre un monde où l’argent coule à flots et un autre où il faudra se battre pour les miettes.

L’enjeu est bel et bien là, dans le sens que ces échanges vont amener à court, moyen et long terme.

Le quidam ne ressentira sans doute pas directement les conséquences des décisions prises, s’il vient à y en avoir, mais il sera très vite informé du sens tendanciel issu des échanges, avec deux choix très clairs qui s’annoncent :

- des non-choix ou des choix occultant les réalités, laissant alors les excès perdurer et signant par conséquence la chute à terme du système, soit par implosion, soit par explosion sociale ;

- des choix forts de régulation permettant – enfin – de donner de la « proportion » à la sphère financière, de la redistribution et de relancer à moyen terme une croissance plus rationnelle, mais aussi plus durable.

Finalement l’équation finale est simple comme une pièce de monnaie :

Pile, on signe à nouveau pour renouveler avec des rustines un système voué à l’effondrement.

Face, on regarde la réalité en face et on l’affronte par des décisions dimensionnantes.

Plus les décisions seront rapides et fortes, moins la crise économique durera.

A l’inverse, 2008 n’aura été qu’un apéritif.


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21 réactions à cet article    


  • michel michel 14 novembre 2008 13:11

     Imaginez que nous puissions creer une banque, possédée par les francais, qui financeraient les 
     entreprises qui leur donneraient du travail et crééraient de la valeur, l’equilibre du système etant
     assuré par l’interet percu par cette banque et redistribué aux Francais. Voila une idée, simpliste smiley
     Irrealiste ? SI les francais transferaient (une parttie de) leurs avoirs dans cette banque, absolument 
     pas ! la premiere action de cette banque seraient de racheter les banques francaises pour
     repondre autrement à la question : ’qui doit quoi à qui’.  :-> Le probleme est que créer une banque
     est le privilège de la banque. ah bon ! c’est pas gagné smiley

     Plus serieusement, sans un projet de societe porté par un leader charismatique, permettant de 
     structurer les actions, en utilisant le systeme contre lui-même pour le transformer. Je ne vois pas
     de solution. tant que nous n’aurons pas imaginé un systeme où la valeur est le produit du
     changement  smiley 

     


    • michel michel 14 novembre 2008 23:03

      Un scénario où le système financier est utilisé pour résoudre le problème qu’il pose.... 

      Nous avons 3 problèmes principaux avec la finance.

      • Avoir créer la dette, certes indirectement , et l’attribuer aux generations futures.
      •  
      • Un état sans aucun doute possible mauvais gestionnaire.
      •  
      • Un système financier qui crée plus de dette que de valeur.
      •  
      Essayons d’imaginer comment utiliser le système lui-même pour résoudre l’essentiel de ces problèmes.
      Premièrement, une société est créée dont les actionnaires sont l’ensemble des francais ( toute ressemblance avec une meme société créée par l’etat et les banques est purement fortuite).
      L’etat emprunte 50 milliards sur le marché et les apporte en fonds propres à la société contre 1 action.
      La banque de France accord le statut bancaire à cette société.
       
      Cette société emprunte 1000 milliards (les chiffres sont à ajuster ua montant de la dette) à la BCE, garantis par l’etat francais, et prête 750 milliards à l’etat au taux de la BCE.
      Cette societe achète toutes les banques francaises pour 200 milliards.
      L’etat rembourse sa dette auprès des investisseurs francais, disons 700 milliards et rembourse les 50 milliards qu’il a emprunté aux banques.
      Ces investisseurs sont les banques, les compagnies d’assurance, en fait des acteurs qui investissent l’argent des francais.
      On retrouve au final dans les banques les 700 milliards + 50 de remboursement de l’emprunt initial + les 200 d’acquisition + 50 de fonds propres de la societe.
      La total est employe pour rembourser la dette à la BCE.
      La societe dispose des fonds des banques qu’elle a acheté.
      La société doit 1000 milliards aux francais pour l’essentiel, et l’état , donc les francais, lui doit mille milliards. La dette est donc annulée.

      le systeme financier représente 40% des bénéfices des entreprises, le signe de la perversion, le deuxieme coupable est l’état francais, mauvais gestionnaire, des finances des francais.

      La société a maintenant dans ses actifs, l’ensemble de ceux des banques francaises. Les bénéfices du système financier sont redistribues aux francais en tenant compte du montant des cr&ances qu’ils détenaient auprès de l’état pour créer 4 tranches par exemple afin de rembourser les francais sur 5, 10 ,25 ou 50 ans en fonction diu montant de leurs créances (en prenant en compte l’inflation uniquement).
      Quand les dividendes sont versés aux enfants de ces créanciers, ils sont exemptés de taxation.
      Resultat, les francais remboursent leur dette car au final, c’est de fait la leur. Ils reprennent la dette qu’ils avaient donné à leurs enfants...

      Ils sont remboursés sur le futur qu’ils doivent rendre le meilleur possible... Les revenus vont à leurs enfants car ils sont le futur.
       
      Les banques sont maintenant une seule et meme entreprise, et les benefices sont employes pour financer les francais qui eux meme les creent en fonction des risques qu’ils partagent avec leur banque.
      Reste l’etat mauvais gestionnaire, mais comme le cordon de la bourse conditionne la politique et là il faut un peu réver...

      La dette principale de l’etat est revenu à ce qu’elle etait au debut des années 80...


    • jaja jaja 14 novembre 2008 13:51

      Ce qu’il me paraît important de bien comprendre en ce qui concerne cette crise quand à son origine c’est le pourquoi des subprimes, ces prêts hypothécaires qui ont permis aux pauvres, peu solvables, d’emprunter.

      Pour qu’une économie tourne il faut que des gens produisent et que ces mêmes consomment ce qui a été produit. Or le capitalisme dans les 30 dernières années a réussi à augmenter son taux de profit en amputant de 10% la part des salaires au profit de la poche des actionnaires (qui eux ont spéculé avec cette masse d’argent extorquée)...

      Pour éviter la chûte de la consommation inévitable dûe à ce vol supplémentaire des salariés et donc maintenir leur taux de profit les capitalistes Américains ont eu cette idée "géniale" d’inciter et de démarcher les pauvres afin qu’ils s’endettent et ainsi de maintenir l’illusion d’un pouvoir d’achat maintenu et une croissance suffisante pour les entreprises... Sans ce subterfuge, l’Amérique serait entrée en récession...

      Quand, pour soutenir le dollar en difficulté la FED augmenta ses taux d’intérêts qui passèrent de 1% à 5,25% entre 2004 et 2006 les emprunteurs pauvres, incapables de rembourser, furent ruinés et commencèrent à perdre leurs maisons... Les titres pourris auraient pu faire sauter les banques, mais les contribuables sauvèrent les financiers au nom de la socialisation des pertes alors que quand il y a profit il est bien entendu que l’argent gagné va dans la poche des ploutocrates...

      Ce système capitaliste ne mérite pas de rustines que les membres du G20 sont d’ailleurs bien incapables de coller proprement.

      Il reste aux peuples à se débarrasser de cette société de pillage où une minorité de vautours fait la pluie et le beau temps alors que les peuples sont précipités dans la misère, la famine et les guerres du capital.


      • Rage Rage 14 novembre 2008 15:00

        Effectivement, les actions prises traduisent bien une chose :

        - Les politiques préfèrent sauver la finance plutôt que de sauver les emprunteurs qui ont subi les hausses des taux.
        Pourquoi ?
        Dans un cas "on" considère que la finance est vitale et donc qu’il faut la sauver. Dans l’autre "on" considère que les pauvres types qui ont emprunté n’importe commun sont des pigeons et qu’il n’est pas nécessaire de les sauver.

        Manque de chance, pour une fois, le malheur des uns a aussi entrainé la chute des autres (arpès en avoir bien profité tout de même).

        On comprend donc bien la mentalité qui anime le marché et les politiques internationales...

        Il ne faut pas attendre grand chose du G20, mais s’il ne fait rien, la défiance sera encore plus grande qu’elle ne l’est déjà... et ça c’est un gros risque à prendre.


      • John Lloyds John Lloyds 14 novembre 2008 15:13

        Belle analyse, pour laquelle j’ai voté OUI, avec laquelle pourtant je ne suis pas d’accord.

        Des solutions proposées irréalisables, comme s’attaquer aux paradis fiscaux, une nouvelle gouvernance mondiale ... beaux projets, mais hélas que du vent, vous avez vu la tête de Juncker quand Sarko l’a alpagué sur le système bancaire luxembourgeois ? Selon certains analystes, la France serait déjà en quasi-faillite.

        Selon Craig, c’est ni plus ni moins que la table rase des solutions habituelles qu’il faudrait, autant dire que le pessimisme de ce brilland économiste est au taquet.

        Le G20 ne donnera rien, en période de transition, c’est Albright qui représentera Obama, pour un Bush toujours souverain, et ensuite il faudra composer avec Rahm Emanuel. l’avenir se profile par le passage obligé d’un US teinté par la parole israélienne, que ce soit celle d’Albright ou de Rahm, donc autant dire que la poursuite du vieux système militaro-industriel est déjà jouée d’avance. 


        • michel michel 14 novembre 2008 17:25

           
           Je partage votre point de vue.
           
           "Aucun problème ne pourra être résolu avec la façon de penser qui l’a généré." Albert Einstein

           A defaut de pouvoir creer de la valeur à hauteur de la dette créée et utiliser l’interet pour financer la
           création de valeur, le risque etant de ne pas en prendre, Pour cela, il faudrait un projet pour creer cette
            valeur et avoir à le financer sur 20 ans. Sauver la planete, ca aurait du sens, non ? 


           
           


        • Jason Jason 14 novembre 2008 15:52

          Excellent article,

          Mais il ne faudra pas sous-estimer l’immense pouvoir du capitalisme mondial qui va sûrement infléchir, via les USA et peut-être d’autres pays, les décisions dans les réunions à venir. Cette fois-ci l’Europe pèse d’un poids accru en vertu de son PIB et de ses marchés. Reste à savoir si les manoeuvres en coulisses des intéressés (les détenteurs du capital) ne vont pas, finalement faire pencher la balance de leur côté.

          Il est possible d’imaginer le scénario suivant : différer les décisions les plus désavantageuses, attendre que la situation économique pourrisse bien, et venir en sauveurs proposer, mais dans leurs termes (investisseurs institutionnels, banques, divers organismes de prêts, industriels, etc), un sauvetage goutte à goutte pour sortir l’économie de son marasme. Et nos politiciens et experts de tous poils de s’approprier les résultats pour montrer qu’ils ont fait progresser l’économie.

          En tous cas, en bons émules de Machiavel, c’est ce que l’on verra peut-être se produire tant chez les fnanciers que chez les politiques. Le compromis, toujours le compromis, ça se vend toujours bien, mais en faveur de qui ?


          • appoline appoline 14 novembre 2008 16:30

            Depuis le temps où l’idée du nouvel ordre mondial a germé dans les cerveaux, il fallait bien se douter qu’ils mettraient tout en oeuvre pour pouvoir le justifier.


            • jesuisunhommelibre jesuisunhommelibre 14 novembre 2008 19:59

              @ Rage

              Article intéressant, mais je suis surpris que votre vison juste des faits, vous fasse rendre des conclusions opposées :
              Vous dites : "Au lieu de réguler les excès de la spéculation et les paradis fiscaux, Alan Greespan, directeur de la Fed et grand « gourou » de la finance mondiale de 2001 préféra baisser les taux à 1 % afin de relancer l’économie américaine dans une frénésie d’emprunt, seule à même de maintenir la sacro-sainte croissance sous perfusion artificielle.

              En 2001, l’argent « gratuit » a amené les acteurs économiques et financiers à s’endetter, toujours plus, pour faire jouer « l’effet de levier » à plein : emprunter ce dont on ne dispose pas pour générer un profit supérieur au taux d’emprunt."

              En expliquant cela vous décrivez l’exacte vérité d’une politique Keynesienne dirigiste, définissant sur des critères uniquement politique la valeur de l’argent. Or le prix, est une information primordiale sur les besoins et les ressources. Quand le prix est faux, c’est la porte ouverte au "n’importe quoi" et à la dé-responsabilisation. Exactement ce qui est arrivé.

              Donc, comme en 1929, cette crise est une nouvelle preuve de l’impasse où mène toute économie dirigée. Si le G20 devait aboutir à une supra-régulation, (chose qui me parrait très douteuse), le monde enchainerait à un rythme infernal crises sur crises, en écrasant toujours les plus faibles et les plus fragiles.

              Cette crise, est le résultat de trop de politique et de pas assez de liberté et de responsabilité.


              • sisyphe sisyphe 15 novembre 2008 09:28

                Mais bien sûr ; on commence à le connaître le refrain....
                Laissez faire le saint marché, et vous verrez  ; tout ira pour le mieux...

                Je serai toujours sidéré du culot des mafieux, à qui on mêt le nez dans leur caca, et qui continuent à proclamer qu’il en faut plus, pour que ça sente moins...

                Tiens, en passant, un avis autorisé... 

                Pour Stiglitz, "la régulation ne freine pas l’économie"

                Le prix Nobel américain d’économie 2001, Joseph Stiglitz, a appelé jeudi 13 novembre à un renforcement de la régulation du système financier international, à la veille de la réunion du G20 à Washington. "Nous sommes clairement confrontés au rétournement économique le plus sérieux depuis la Grande Dépression", a estimé Joseph Stiglitz lors d’une conférence consacrée à la crise financière à New York.

                L’ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, critique de la mondialisation, a appelé à un système de régulation "mondial" et "complet" en comparant le système financier à un "bateau avec des trous",et avec un "mécanisme de direction défectueux". La régulation du système financier sera l’une des questions abordées par le G20 qui se réunit à partir de vendredi à Washington.

                Système très volatile

                Améliorer l’information sur les marché "n’est pas suffisant", a jugé Joseph Stiglitz, qui a aussi réfuté l’argument selon lequel plus de régulation freine l’innovation et donc l’économie. L’économiste souhaite notamment que soient modifiées les règles comptables qui imposent que les actifs des banques soient évaluées dans leurs comptes en fonction de leur valeur de marché. Ce système est selon lui "très volatile", reposant sur "quelque chose de très instable", et "ne peut pas correspondre à la réalité".

                Le président américain George W. Bush a assigné, jeudi 14 novembre, comme objectif au sommet de jeter les bases de futures réformes du système, jugeant nécessaire de combattre l’opacité et les malversations sur les marchés, d’améliorer les règles comptables sur les titres, au niveau de chaque pays. L’administration Bush est hostile à l’instauration d’une autorité régulatrice mondiale ainsi qu’à un interventionnisme exagéré et une remise en cause fondamentale du système.



              • Jason Jason 15 novembre 2008 16:47

                @ l’homme soi-disant libre...

                Votre idolâtrie du marché parfaitement libre, avec une infinité de participants, dont les acteurs sont parfaitement informés, où aucune asymétrie de l’information n’existe, etc. vous aveugle complètement. Tout cela relève d’une psychologie de bazar consternante, mais qui fait florès dans les écoles de commerce. Je ne sais même pas si vos propos méritent une réfutation. Certainement pas une recherche de quelques faits, que je cite de mémoire, tant ils sont connus.

                De mémoire donc, lisez Michel Aglietta et son "Régulation et crises du cpitalisme" éd. Odile jacob ’97 qui parle, entre autres des banques états-uniennes au XIXème siècle, l’émergence des banques centrales, etc. A cela s’ajouteront les décisions calamiteuses récentes telles que la suppression du Glass-Steagal act des années 90 (je crois) ou encore la décision de libéraliser la finance en France par le gouvernement Mitterrand-Bérégovoy en 1986. Faut-il vous montrer les résultats ?

                Autre chose. Le marché, ce serait quoi exactement pour vous ? Pour moi, c’est un mot-valise qui ne désigne pas grand’chose. Il faudrait l’employer au pluriel et avec de grandes précautions, secteur par secteur, et encore.... Mais c’est un mot galvaudé de plus dans le vocabulaire à la mode des saltimbanques de l’économie.



              • JL JL 16 novembre 2008 18:45

                Percy Barnvick, assurément un homme qui aime la liberté ... commerciale définit la mondialisation ainsi : "la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales" (, cité par Jean Ziegler)

                Et qui se complait dans un monde où selon Warren Allmand président de l’ONG canadienne Rights and Democracy,  "il est infiniment plus grave de violer une règle de commerce international qu’un droit de l’homme". (, cité par Jean Ziegler).


              • JL JL 16 novembre 2008 18:49

                Les adorateurs de la main invisible feignent d’ignorer que l’interventionnisme le plus haïssable est la corruption qu’ils avalisent en prônant moins d’Etat.


              • Liberty 15 novembre 2008 13:44

                Juste pour la proposition N° 6 : Nous pouvons aussi ajouter l’interdiction de faire des bilans comptables tous les 3 mois ... (de là nait de la spéculation fantôme)

                Je ne fais absolument pas confiance aux marchés, l’auto-régulation est la même chose "qu’espêrer qu’un enfant de 7 ans cesse de manger des bonbons alors qu’il est laissé sans surveillance dans le palais des friandises..."

                La seule solution à long terme est d’arriver à rendre interdépendants : économie / écologie / social .

                Tout exès dans un des trois domaines, toute négligence d’un de ces 3 domaines, a des conséquences sur les deux autres .

                Il faut repenser nos méthodes de calcul sur le long terme là ou elles ne visent que le très court terme comme des junkies ...

                Tout est lié, même si l’économie actuelle fais mine de l’ignorer ...





                • Forest Ent Forest Ent 16 novembre 2008 15:28

                  Assez d’accord sur l’analyse du passé. Malheureusement, les règles que vous proposez sont de nature à prévenir les crises, pas les résoudre. Pour celle de 2007, c’est trop tard. Pour celle de 2057, c’est trop tôt. Les décisions qu’il y a à prendre actuellement sont de nature corrective et non pas préventive. Néanmoins, quelques commentaires sur vos propositions considérées comme préventives uniquement.

                  1. S’attaquer aux paradis fiscaux 


                  Il est indispensable de les supprimer quelle que soit l’optique. C’est aussi une technique corrective. C’est pour cela qu’ils resteront.

                  2. Casser le « Day-Trading »
                  3. Casser l’effet levier « emprunt et/ou vente à découvert » prisé par les Hedges Funds 


                  Pas d’accord. C’est excessif. On ne peut pas non plus fonctionner avec zéro dérivés. Il faut amha définir des règles prudentielles adaptées.

                  4. Réformer les agences de notation 
                  5. Encadrer les rémunérations 
                  6. Changer les normes comptables 


                  Personne n’est obligé d’écouter ce que racontent les agences de notation, ni de payer les dirigeants trop cher, ni de baser sa gestion sur la comptabilité. Tout cela revient simplement à dire que les administrateurs ne font pas leur boulot. Il me semble plus efficace de les responsabiliser. Tout d’abord de les rendre civilement responsables des résultats : il faut qu’ils perdent de leur propre pognon quand les actionnaires perdent le leur. Il faut ensuite qu’ils soient pénalement responsables en cas de manquements avérés. Il me semblerait anormal que les administrateurs de AIG, FNM et FRE ne soient pas pénalement poursuivis.

                  Sur le point des normes comptables, je pense que la méthode européenne était effectivement meilleure. Mais ne jetons pas tout : les dépréciations au style IAS pourraient être conservées comme un indicateur parmi d’autres. De toutes façons, la comptabilité ne rendra jamais compte de la valeur d’une boîte.

                  7. Imposer à nouveau aux banques des règles du jeu 


                  Celles qui existaient n’étaient pas mauvaises, mais elles n’ont pas été respectées. On peut toujours légiférer, mais c’est stérile sans police derrière.

                  8. Huiler la machine à liquidités : réformer le marché interbancaire 


                  S’il reste des banques ? Une chambre de compensation internationale pour les dérivés aurait été bien utile.

                  9. Une nouvelle gouvernance mondiale

                  10. Un système financier qui doit se recentrer sur les réalités économiques réelles

                  De l’ordre du voeu pieux. Quand la crise sera finie, dans 5, 10 ou 15 ans, les choses se décanteront d’elles mêmes.



                  • Rage Rage 16 novembre 2008 23:12

                    Bonsoir Forest,

                    Je ne partage, pour une fois pas totalement votre analyse.

                    La différence venant sans doute du fait que votre approche est construite sur une connaissance fine et que la mienne provient d’une lecture d’ensemble.

                    S’attaquer aux paradis fiscaux, cela ne signifie pas forcément les tuer d’un coup d’un seul, mais leur montrer que la volonté est claire : le paradis fiscal n’est plus la règle, il est l’exception que l’on combat.

                    S’attaquer au Day-Trading et aux dérivés impossible ?
                    Les matheux ont trop longtemps dictés ce qui était bon ou mauvais. Je fais le simple constat que de l’argent placé le temps de 10 minutes et retiré par pur spéculation ne permet aucunement de répondre au principe fondamental de l’économie, et même de la bourse : confier un capital à une entreprise dans laquelle on croit pour réaliser des bénéfices.
                    On se trompe d’outil : pour ce type de mise, c’est le casino.

                    Changer les agences de notation ? Personne n’est obligé de les croire ?
                    Problème ; tout le monde de la finance y croit. S’il s’agit d’espérer de croire que les agents eux-mêmes se méfient des agences qu’ils paient pour les noter, c’est aussi utopique que de croire à la régulation d’un gamin évoluant au milieu d’une montagne de bonbons.
                    L’indépendance de ces agences ne peut être garantie que par un organisme public ex-politicus comme la BCE vers lequel ni le privé ni le public peuvent influer les décisions (tout du moins c’est le concept).

                    Pour les règles du jeu, comptable ou bancaires, c’est clair : il faut des règles (beaucoup existent) mais aussi des gendarmes pour les faire appliquer.
                    Ceci est une vérité plus "universelle" du reste : l’efficacité d’une loi se traduit non pas tant par sa qualité rédactionnelle que par sa capacité à être appliquée dans le sens du législateur, c’est à dire à ce que le législateur soit en mesure de la faire respecter ET de l’adapter dans le temps.
                    Bilan : il faut un gendarme très fort pour contraindre les banques à respecter les règles édictés.

                    Enfin, pour l’aspect utopique, à titre personnel ce n’est qu’une proposition.. conditionnée.
                    Si les principaux "dirigeants" de ce monde choisissent la facilité ils construiront dans leurs décision d’aujourd’hui les défaillances de demain. Plus faciles seront leurs choix, plus les défaillances arriveront vite et fort. 

                    Je ne crois pas dans la "décantation d’elle même" mais plutôt dans le fait que si rien ne change, la réalité prendra le dessus, très vite. Mais cela se paiera, au prix fort pour les plus faibles.
                    Cela ne voudra pour autant pas dire que des solutions ont ou seront prises.

                    La remarque est la même pour l’environnement : certes, la décantation arrivera sans doute d’elle même. Mais quand cela arrivera, le point de non retour sera sans doute franchi. Et ça, qu’on le veuille ou non, cela nous met face à une équation de fond ;

                    L’homme est faillible et mortel : aura t’il la force d’infléchir son destin avant qu’il ne soit trop tard ?

                    Rien n’est moins sur.


                  • Forest Ent Forest Ent 17 novembre 2008 13:07

                    Sur le point particulier des outils financiers, les poduits dérivés existent depuis plus de 150 ans et n’ont pas toujours été toxiques. C’est leur utilisation particulière depuis 15 ans qui l’a été, et c’est cela qui doit nous faire réfléchir.

                    Plus généralement, je ne pense pas qu’introduire de la "viscosité" ou "rigidité" sur un marché suffise à éviter les bulles. J’en prends pour preuve qu’il existe une bulle immobilière en France, où le marché immobilier est l’un des plus taxés qui soient ! Je reste un "fondamentaliste" : ce qui est déterminant, ce sont les règles prudentielles et surtout la volonté politique de les faire appliquer.

                    Je le matraque ici depuis 3 ans : rien n’est faisable sans honnêteté, et il y en a peu sans la crainte du gendarme. Ce qui est vital, c’est de repénaliser les délits financiers. Et il importe pour la suite que les acteurs de cette crise ne soient pas oubliés. C’est à ce prix que l’on pourrait rétablir la confiance, pas avec de grandes messes destinées à "refonder le système", mais en foutant quelques banquiers et politiciens véreux en taule.


                  • Rage Rage 17 novembre 2008 21:39

                    Totalement d’accord sur ce point.

                    Je ne crois pas non plus dans les grands messes, mais dans les actes clairs.

                    Cependant foutre des responsables en taule, jouer les gendarmes, c’est toujours plus facile quand on s’attaque à des gueux (type banlieue) plutôt qu’à des PDG. C’est un rapport de force : tant que l’Etat donne l’impression qu’il ferme les yeux et cautionne, cela ne changera jamais.

                    Mais des règles plus stricts, une régulation plus forte, un encadrement plus serré, l’ensemble de ces actions feraient déjà beaucoup...


                  • JL JL 16 novembre 2008 18:56

                    Pour paraphraser GWB, une fois n’est pas coutume, je dirais : Nous les européens affirmons solennellement que si la Suisse n’est pas avec nous, elle est contre nous.


                    • moebius 16 novembre 2008 22:55

                      dans ce genre de réunion internationale ce qui est réellement important c’est a dire non symbolique c’est la photo de groupe ; ou a été prise la photo, qui est sur la photo, qui est au centre de la photo, qu’est ce qui fait fond, quelle est la place de chacun sur la photo , qui sont les petits nouveaux etc... tout ces éléments photogéniques sont autant de signes envoyés aux marchés et vont dans le sens d’une refondation du système capitaliste.... quand aux mesures c’est a dire les invocations rituelles au droit... et bien....


                      • xa 17 novembre 2008 12:32

                        "Avec ce levier, il ne fallut pas attendre longtemps pour voir arriver sur le marché des acteurs proposant des biens immobiliers « garantis » par la propre valeur du bien et pire encore, sur la hausse spéculative des valeurs."

                        Petite correction.

                        Les prêts subprimes en cause dans la crise sont commercialisés depuis 1993. Les prêts immobiliers garantis par la valeur du bien et la hausse de cette valeur, c’est "l’axiome" américain depuis les années 60. C’est très antérieur à la crise.


                        "Changer les normes comptables"

                        On rappellera aussi que la norme que vous préconisez (la non valorisation au cours du jour dans les bilans des participations) était la règle avant Enron. Et qu’elle est à l’origine de nombreuses crises, elle aussi, dont celle de 2001.

                        Les journaux ont relativement peu parlés des problèmes des survaleurs. Hormi FT, qui s’est faite brocardée en place publique, qui a parlé des survaleurs des assureurs, des banques, des sociétés industrielles ? Tout le ménage s’est fait discrètement, dans le secret des conseils d’administration. Et même si les infos sont accessibles via les publications annuelles, et les actionnaires ont été mis devant les faits, le commun lui n’en a pas eu conscience.

                        Donc changer à nouveau le thermomètre pour revenir à l’ancien....

                        Sur les ventes à découvert, les interdire revient, aussi, à interdire à un agriculteur (marché des matières premières) de prévendre sa production (c’est une vente à découvert). C’est aussi pour cela que la VAD n’a été interdite que pendant un temps limité et que sur certaines valeurs (et non globalement comme vous le dites) afin de limiter la volatilité de ces valeurs. Les autres valeurs, elles, ont pu être vadées sans aucun souci.

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