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La relance de l’actionnariat salarié, arrière-pensée du patriotisme économique

Le projet de loi rénovant l’actionnariat salarié est présenté comme un progrès dans les relations du travail et du capital. Pourtant, derrière cette louable intention, c’est un outil du patriotisme économique que le gouvernement a voulu favoriser... sans le rappeler.

On n’arrête pas une formule qui marche. Tel serait le credo du gouvernement, qui réactualise les idées gaulliennes de participation et d’intéressement. Une part notable du nouveau dispositif concerne l’actionnariat salarié. Ces mesures sont reconnues comme de véritables outils de gestion, un tremplin vers la reprise d’entreprises. Outre le texte soumis depuis le 3 octobre aux parlementaires, il s’agit de favoriser un outil a priori idéal de défense des grandes entreprises françaises face aux OPA hostiles émanant de groupes étrangers. C’est d’ailleurs à l’occasion de l’« affaire Danone » que le thème de l’actionnariat salarié a réapparu, comme composante du patriotisme économique.

Le projet de loi concerne certes toutes les entreprises, en particulier les PME, mais c’est en particulier aux sociétés cotées qu’il s’adresse. Les actionnaires salariés seraient le meilleur moyen de protection des fleurons industriels. Ils leur sont fidèles, via leur poste de travail, et solidaires de leur capital. En tant que propriétaires d’une partie de leur entreprise, ils sont théoriquement un rempart face aux licenciements. D’ailleurs, les réactions politiques aux grandes opérations de fusions et acquisitions se focalisent toujours sur le devenir des salariés.

Le patriotisme est une valeur politique, et non économique, propre à un pays. Or, les grandes entreprises sont internationales, avec des employés disséminés dans le monde. Dès lors, le souhait de Dominique de Villepin de développer un patriotisme économique européen établit le lien entre actionnaires et salariés, entre intérêts français et étrangers. Les actionnaires salariés français influent pour le maintien d’activités dans l’hexagone de sociétés multinationales, et vice versa.

Il ne faut toutefois pas se tromper sur la portée réelle de l’actionnariat salarié. Ce mode de participation ne peut compenser l’appel au marché boursier et aux investisseurs institutionnels, dont la capacité de financement et de mobilisation demeurent nettement supérieures à celles de l’épargne des employés. De plus, la multitude d’actionnaires salariés ne peut faire preuve de la même unité que les grands apporteurs de capitaux dont l’influence est plus forte. Il est plus difficile de se séparer d’un grand actionnaire, telle une banque, que d’un fragment de son personnel.

En effet, les employés possèdent rarement plus de 3 % de leur entreprise. Ce mode d’actionnariat n’a d’intérêt que s’il est d’une grande ampleur. C’est ce que promeut l’actuel projet de loi, en offrant une meilleure représentation au conseil d’administration et en favorisant l’attribution d’actions gratuites. Mais le garde-fou de l’actionnaire salarié pèse peu lorsque la majorité du capital est flottante. C’est notamment le cas d’Eiffage, pourtant détenu à 22 % par ses salariés, impuissant face au raid de l’espagnol Sacyr Vallehermoso qui s’est emparé de 32 % de son capital. Le Français a seulement pu empêcher l’assaillant de nommer des représentants à son conseil d’administration.

Cette institutionnalisation de l’actionnariat salarié sera pour nos champions nationaux un instrument de défense certes supplémentaire, néanmoins marginal. C’est pourquoi le thème du patriotisme économique n’est pas rappelé. C’est pourtant en son nom que l’actionnariat salarié a été réactualisé.


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9 réactions à cet article    


  • meneas (---.---.150.71) 16 octobre 2006 11:44

    Il est évident que derrière ce nouveau dispositif, il y a ce patriotisme économique. La question est : est ce une mauvaise chose à partir du moment où elle ne fausse pas les règles du jeu ? 2 constats :
    - 60% des actions en france sont détenues par des non français et donc font que 60% des plus values réalisées par les sociétés cotées partent à l’étranger.
    - les actions sont detenues par les plus riches d’entres nous et donc pas par les salariés français.

    Cette proposition ne me semble pas être une mauvaise chose. Le soucis c’est va t’elle avoir une quelconque influence ? Tout comme vous je ne le pense pas. Il faudrait qu’elle soit plus ambitieuse. Et puis je serai pour un regroupement d’action de plusieurs sociétés françaises et non sur une seule société, surtout la sienne. Il ne faut jamais mettre ses oeufs dans le même panier.


    • Panama (---.---.198.59) 16 octobre 2006 12:13

      @ Julien : certes, certes, mais je ne pense pas que les patrons de PME voient d’un bon oeil leurs salariés se comporter d’un seul coup comme des actionnaires.

      Car un jour ou l’autre, lors d’une AG, les actionnaires salariés vont demander des comptes... en tant qu’actionnaires ET en tant que salariés. Et un patron déteste qu’on lui demande des comptes.

      Pour les sociétés du CAC 40, ça n’est pas un problème : le service de relations avec les investisseurs se charge de tout.

      Une fois de plus, le legislateur légifère en pensant aux grosses sociétés, et oublie les conséquences pour les PME. Question de lobbying ?


      • Christophe (---.---.20.103) 16 octobre 2006 12:30

        Les actionnaires salariés seraient le meilleur moyen de protection des fleurons industriels. Ils leur sont fidèles, via leur poste de travail, et solidaires de leur capital. En tant que propriétaires d’une partie de leur entreprise, ils sont théoriquement un rempart face aux licenciements. D’ailleurs, les réactions politiques aux grandes opérations de fusions et acquisitions se focalisent toujours sur le devenir des salariés.

        Théoriquement, cela reste à prouver.

        Il me semble que la préoccupation d’un gouvernement devrait plutôt être orienté vers une question majeure : quels mécanismes mettre en place pour s’adapter aux besoins du marché ?

        En toute honnêteté, l’actionnariat salarié peut aussi chercher à maintenir des activités non rentables qui mèneront au fiasco ; à supposer qu’ils aient un quelconque pouvoir décisionnel. Etre juge et partie n’introduit que très rarement de l’objectivité sur la situation économique et industrielle.

        Certes, il faut respecter la liberté individuelle ; devenir actionnaire de son entreprise, ou plus particulièrement de son groupe, doit être possible. Souhaitons qu’aucune obligation aille en ce sens, et que les avantages fiscaux consentis aux libre salairés actionnaires ne pénalisent pas ceux qui font un autre choix en toute liberté !


        • SalaryMan (---.---.64.135) 16 octobre 2006 12:39

          La meilleur porte est celle que l’on laisser ouverte ! Le nationalisme écononmique révéle l’ampleur de l’echec économique européen !

          Une fiscalité unifiée avec une macroéconomie continentale cohérente permettrait l’existence de fonds de pension européen stable ,un financement des services prives ayant mission de service public (sécu,hopitaux,education).

          Des oligopoles énergétiques,alimentaires,médicaux sont peut être catastrophiques mais le dépeçage de « nos » multinationales (et donc du controle économique) par d’autres blocs continentaux est pire !


          • meneas (---.---.150.71) 16 octobre 2006 12:42

            Effectivement pour les PME cela semble peu adapté.

            J’ai réagi en pensant aux grosses sociétés. Bref je m’en vais lire la partie concernant les PME smiley . Merci pour ce point de vue


            • (---.---.37.70) 16 octobre 2006 14:25

              Encore un truc complétement bidon, à l’heure ou l’on change d’entreprise tout le 2/3 ans..

              Non, la chose ç faire, c’était les fonds de pensions, comme les yankee, mais c’est trop tard. Aors tant pis, nos entreprises vont partir, de toute façon, qu’elle importance ? Elles nous vendront bien toujours leur produits, et je suis contre ce nationalisme dangereux qui nous rapple certaine des heures les plus sombre de notre histoire. L’Egalité, c’est ausi la citoyenneté universel, et savoir si ces entreprises sont française ou camerounaise, franchement...


              • meneas (---.---.150.71) 16 octobre 2006 16:39

                Quelle importance....je sais bien que nous entrons dans l’ère de l’immatériel mais comment occulter que le matériel, l’industrie a encore toute sa place dans notre économie.

                Nous sommes dans une société de service. Le service ne vaut que parce que industrie a permis à ses salarié de vivre au dessus du minimum pour que de nouveaux besoins autres que manger, se loger (quoique mantenant ce point commence à devenir de moins en moins abordable pour un pourcentage non négligeable de travailleurs). D’ailleurs le constat est faux. certes le nombre d’ouvriers et d’employés a bien diminué et continuent à diminuer mais seulement parce que ceux qui travaillent en interim sont comptabilisés comme étant dans le service.... bref renault qui n’employerait que des interimaires serait une société de service...... en réalité le nombre de personnes travaillant dans l’industrie est stable depuis de nombreuses années (de mêmoire plus de 40%) et c’est cette même industrie qui crée la majeure partie de nos richesses. Richesse française, qui pour notre CAC 40 part de plus en plus à l’étranger, ou du moins vers plus riches étrangers (de n’importes quels pays d’ailleurs). C’est cette richesse qui après la TVA contribuen t le plus à notre qualité de vie (la taxe professionnelle....) Ne pas aider notre industrie, en fait une partie importante des français, à se faire piller par les habitants les plus riches de la planete est, à mon sens, suicidaire. Est ce la la bonne méthode. Je pense que c’est une goutte d’eau améliorable qui plus est mais elle va dans le bon sens. En tout cas pour les grosses entreprises. Nous ne pouvons vivre que de service, ou alors il faut éliminer tout bien...... L’ère des services, ne signifie pas la fin de l’industrie mais bien la conccomittance des 2 segments.

                La diffèrence entre un produit X ou Y ou Français, intrinséquement est nulle. A qualité égal il n’y a aucune raison de faire la diffèrence. Si ce n’est qu’un ballon de foot fait par un français ou par un petit chinois de 10 ans n’a pas le même effet. Il nous coute moins cher, mais rapporte plus à celui qui exploite, ne permet pas à notre voisin d’avoir du travail. Et puis je préfèrerai une compétition moins faussée pour aider les pays en voies de développement à s’en sortir (au regard de nos subventions illégales dans l’agriculture par exemple) que de devoir nous aligner par le bas dans nos conditions de travail, salaire, etc....

                Mais le problème n’est pas en fait un problème de pays, il est un problème de répartitions des richesses entre ceux qui possédent un maximum d’argent (gros actionnaires)et ceux qui travaillent et dont le salaire reprèsente l’essentiel de leur moyens de subsistance.

                Enfin et cela est important à mes yeux, je ne me considère pas meilleur qu’un autre, il n’y a pas de peuple au dessus d’un autre. J’ai autant de respect, sinon plus pour un habitant du tiers monde que pour mes concitoyens. Mais voila nous sommes en compétitions, je suis français, ma famille, mes enfants, mes amis sont français, blanc , noirs, beurs, qu’importent ils sont français voire européens. Et ce sont eux pour qui il m’importe le plus (et non pas seulement eux) de voir vivre dans de bonnes conditions.


                • Sam (---.---.187.20) 16 octobre 2006 21:12

                  le thème du patriotisme économique n’est pas rappelé. C’est pourtant en son nom que l’actionnariat salarié a été réactualisé.

                  Alors que les cadors gouvernementaux n’ont à la bouche que louanges de la mondialisation, dérégulation et autres.

                  Cherchez l’erreur, éclairez le gogo. smiley


                  • (---.---.9.238) 17 octobre 2006 10:30

                    Il y a une véritable dissimulation du circuit de l’épargne qui pose problème.

                    C’est assez amusant de voir notre gouvernement, très parisien, s’inquiéter du contrôle national des entreprises. Dans de nombreux départements français, les centres de décisions échappent totalement au contrôle local. La dépendance économique de bien des territoires est une évidence, et il faut reconnaître que cela fait des dégâts.

                    Passer par la question de l’actionnariat salarié est un subterfuge. Le problème réel, c’est qu’un investissement privé d’entreprise entraîne d’autres investissements privés (immobiliers notamment) et publics (infrastructures des collectivités locales). Il n’est pas acceptable que les choix de localisation d’activités détruisent les investissements privés et publics lorsqu’ils sont plus captifs que ceux des entreprises. Il y a un discours libéral qui ne prend en compte qu’une partie de l’économie, et qui a tendance à se croire très intelligent parce que très puissant. Privatisation des profits et mutualisation des pertes : c’est bien souvent comme ça que ça marche.

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