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La spéculation attaque notre (R)UE

Après s’être entre dévorés entre eux pour ne pas se faire dévorer eux mêmes, les grands établissements financiers de plus en plus TBTF (Too Big To Fail), commencent à s’attaquer avec leurs Hedge Funds aux états de l’Union Européenne les plus endettés à travers la spéculation.
Ces derniers l’ont certes un peu cherché en laissant filer leurs déficits générateurs d’une dette de plus en plus pharaonique.
A l’heure actuelle, les états les plus menacés sont la Grèce et le Portugal puis viennent l’Irlande et l’Espagne.
L’Italie, la Grande Bretagne et … les USA ne sont pas loin derrière.
Le cas de la Grèce est le plus symptomatique avec un endettement égal à 113% de son PIB à la fin 2009. Rappelons que celui de la France est passé de 67% en 2008 à 77% en 2009 et on envisage maintenant en plus un « grand emprunt ».

Comment attaquer un état ?
Comme la Grèce fait partie de la zone Euro, sa monnaie est difficile à attaquer, c’est l’un des avantages de la monnaie unique.
Alors puisque l’on ne peut attaquer sa monnaie, on va attaquer son point faible c’est-à-dire sa dette à l’aide des CDS.

Les Credits Default Swaps : armes de destructions massives
Les CDS ou Crédits Défault Swaps de sinistre mémoire car déjà montrés du doigt lors du déclenchement de la crise de 2007/2008 furent largement responsables de la faillite de Lehman Brothers et du sauvetage coûteux d’AIG.
Les CDS jouent pour quelqu’un qui détient un instrument de dette, le rôle d’une assurance, en lui garantissant que toute perte qu’il pourrait subir en raison du défaut de l’emprunteur lui sera remboursée.
Mais le CDS permet aussi – et c’est là que la bombe à retardement se niche – à quelqu’un qui n’est pas exposé à un risque particulier de « s’assurer quand même ».
Dans ce cas-là, le CDS équivaut à un simple pari pris sur la chute de celui qui fait l’objet du contrat.
On peut se demander pourquoi cette pratique sans aucun fondement économique est autorisée.
Simple : c’est autorisé car ce n’est pas interdit, vous avez dit libéralisme ?

Le cas de la Grèce
Si la Grèce est aujourd’hui dans l’oeil du cyclone, c’est en partie parce que n’importe qui peut prendre un CDS sur sa dette même sans lui avoir fait le moindre prêt.
Si ce pays rembourse sans problèmes, alors le souscripteur du CDS paie le contrat en pure perte mais si la Grèce fait défaut il passe à la caisse.
C’est comme cela que l’on fait des paris sur la chute d’un débiteur, et si de nombreux spéculateurs ouvrent des CDS sur un pays, c’est que la crédibilité en sa capacité de remboursement est affaiblie et le marché va en déduire que ce dernier n’est plus digne de confiance
Les agences de notation financières (les revoilà) vont alors baisser la note de confiance du pays, ce qui est arrivé pour la Grèce.
Comprenez bien que si la Grèce se retrouve en faillite, certains vont faire fortune !

La note de confiance baisse
Si la note de confiance baisse, alors les taux d’intérêts des nouveaux emprunts que doit obligatoirement faire le pays sur le marché pour financer son déficit seront plus élevés car plus risqués, alourdissant encore la dette (on ne prête qu’aux riches).
Ce mécanisme comme on le voit a pour conséquence d’enfoncer encore plus vite un pays en difficulté dans une spirale infernale.

Comment la Grèce peut-elle s’en sortir ?

Scénario 1 : baisse des dépenses et autres mesures financières
Pour rééquilibrer son budget, le pays peut baisser drastiquement ses dépenses et/ou augmenter la pression fiscale afin de réduire son déficit et donc sa dette cumulés sur plusieurs années. Dans ce cas, la confiance revient à travers les agences de notation, les taux d’intérêts diminuent et la situation peut finir par s’améliorer.
Mais le hic, c’est qu’une telle politique induit des sacrifices très importants dans le domaine social :

- réduction de salaire des fonctionnaires

- fermeture d’écoles

- fermetures d’hôpitaux

- augmentation des impôts

- privatisations (autre mesure libérale)


- etc….
Ces mesures sont très dures pour la population et en plus pénalisent l’outil industriel du pays.
C’est d’ailleurs le rêve non avoué de tout gouvernement néo-conservateur comme celui pour lequel 53% de gogos ont voté chez nous en 2007 : instrumentaliser la crise et la dette pour casser les protections sociales.

Scénario 2 : appel au FMI
Lorsque le pays ne peut plus emprunter sur les marchés financiers pour cause de disparition de la confiance, il ne peut que faire appel au FMI qui va lui prêter des fonds mais sous des conditions draconiennes de baisses des dépenses et de « libéralisation ».
Je te prête à condition que tu mènes la politique que je t’impose sinon je ne prête pas et tu es en faillite.
Cette solution est proche de la 1, à la différence près que l’état peut justifier à son opinion les réductions de dépenses en expliquant qu’elles sont imposées par le FMI, ce qui est très différent politiquement parlant.
Scénario 3 : solidarité Européenne
Les autres pays d’Europe aident la Grèce à s’en sortir en puisant dans leurs caisses sous des conditions très avantageuses, voire même sans charges.
Il n’est pas dans l’intérêt de l’UE de voir un de ses état membre s’enfoncer, alors si ce scénario est adopté il le sera pour des raisons politiques.
Le problème est que l’Espagne est le prochain sur la liste et qu’il ne s’agit plus d’un petit pays comme la Grèce, l’Espagne représente le 4ième PIB de la zone Euro.

Scénario 4 : sortie de l’Euro
Cette solution est envisageable pour permettre à l’état de frapper sa propre monnaie ce qui est un droit régalien élémentaire sauf dans le monde post Bretton Wood ! Cela permettrait à la Grèce de financer sa dette à taux zéro puis de la résorber par l’inflation et de jouer sur ses taux de change pour améliorer ses exportations.
Bien entendu, ce serait catastrophique pour l’Euro et pour la finance qui ne pourrait plus se faire du gras sur le pays…

Scénario 5 : cessation de paiement de la dette
Comme le Pérou dans les années 80, la Grèce pourrait unilatéralement stopper d’honorer le service de la dette à condition de pouvoir fonctionner en autarcie le temps de remonter la pente car tous les avoirs extérieurs au pays seraient légalement saisis par les créanciers, y compris les navires et les avions qui sortiraient de Grèce.

Scénario 6 : L’état Grec tombe en faillite
Ce cas de figure n’est encore jamais arrivé, mais contrairement aux croyances de nos libéraux au pouvoir, ce n’est pas parce qu’une chose n’est jamais arrivée qu’elle ne peut pas se produire.

Scénario 7 : révolte populaire
A force de taper sur le peuple, celui-ci pourrait avoir une réaction imprévue, la suite serait donc encore plus imprévisible...

Que fait l’UE ?
On voit aujourd’hui que la menace que représente la finance est à nos portes, elle s’attaque maintenant aux pays occidentaux comme elle l’a toujours fait vis-à-vis de ceux du Sud.
La finance n’étant pas plus régulée qu’avant la crise, elle continue maintenant ses crimes contre les états et donc contre les populations qui rappelons le l’ont sauvée de la faillite totale mordant ainsi la main qui l’a nourrie.

On nous a vendu l’Europe comme étant un gage de stabilité et de sécurité pour ses états membres, et on voit le résultat aujourd’hui devant une situation critique.
Pendant que certains pays de la zone Euro sont en détresse, les autres pays de l’union restent spectateurs devant leur naufrage alors que dans le cas du sauvetage des banques les crédits ont été débloqués sans hésitation.

Et puis surtout, depuis plus d’un an à part palabrer stérilement lors des G7, G20, (etc) les états n’ont strictement rien fait pour maîtriser la finance qui a détruit le système.
Un peu comme un boxeur qui se fait démolir le portait sans se défendre, les états vont-ils continuer encore longtemps à prendre des coups sans réagir ?

Attendons la suite...

Liens :
http://www.pauljorion.com/blog/?p=7775
http://www.marianne2.fr/La-Grece,-v...
http://www.marianne2.fr/Crise-Europ...

 



par Zevengeur (son site) samedi 6 mars 2010 - 61 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par cubrad (---.---.139.239) 6 mars 2010 10:44

    La question est pourquoi les états acceptent une telle escroquerie, la réponse est vraisemblablement collusion et corruption.

  • Par HELIOS (---.---.207.187) 6 mars 2010 11:10
    HELIOS

    Juste une petite intervention rapide pour apprecier les scenarios du « possible »

    Et au dela de cela, vous dire que les « financiers » dont vous parlez, sont aussi des membres de l’UE.

    La Societé Generales, la BNP, les banques UK, les banques allemandes et même peut etre des banques grecques pour rester dans l’UE sont tres tres probablement porteuses de CDS sur l’etat grecs.

    Je pense qu’il faut cesser de se cacher derriere son petit doigt. Il s’agit là d’une gueguerre de pouvoir entre organismes financiers transnationaux, que les etats ne controlent plus, que les banques centrales ne peuvent pas non plus controler.

    Ce qui est par contre et a mon avis inacceptable, c’est que le gouvernement grecs accepte, apres s’etre fourvoyé lui même, de faire peser sur son peuple le poids et les sacrifices de ces batailles. Comme qui les gouvernements ne representent pas les interets de leurs pays.

    Il y a une mauvaise odeur qui commence a sortir de toutes ces aventures. Derriere les Goldman & Sachs, il y a des responsables que l’on retrouve souvent dans les antichambres du pouvoir politique. Je ne vous explique pas, qui a travaillé justement dans cette boite (G&S) puis qui est devenu patron de la banque d’italie, et qui, maintenant, veut la place de JC Trichet a la banque europeenne. et ce n’est pas le seul !

    La lui donner c’est evidement tout abdiquer et accepter que les peuples payent pour ces mafias deguisées en multinationales.

  • Par Leila (---.---.30.204) 6 mars 2010 12:12
    Leila

    Pardon à l’auteur. Ce commentaire qui n’a rien à voir avec l’article est pour la rédaction.

    Ce matin, un article proposé par Morice « Lieberman rejoue le Dictateur » totalisait +9 dans l’espace de modération. De nombreux rédacteurs souhaitent donc qu’il soit publié. Je suppose que les pressions sionistes sur la rédaction sont très fortes pour qu’il ne soit pas publié.

  • Par le naif (---.---.39.61) 6 mars 2010 09:21
    le naif

    @ L’auteur

    Merci pour cet article très clair et didactique qui à le mérite de sortir de la macro économique et de la finance pure pour englober tous les aspects de cette crise et notamment l’aspect humain et politique, c’est suffisamment rare pour être souligné.

    Personnellement, je pencherai pour le scénario numéro 7 car au delà de la crise économique, il va falloir faire face également à une crise démocratique. Croire que le peuple va payer pour les banques est une illusion, car quand bien même il le voudrait ( ce qui est loin d’être le cas) il ne pourrait tout simplement pas le faire, les sommes en jeu étant bien trop importantes. Reste à savoir quel pays en défaut de paiement entrainera tous les autres dans sa chute par effet domino...... L’Espagne, la Grande Bretagne ????

    Slts

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