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Accueil du site > Actualités > Economie > La Syrie n’est qu’un jouet pour les marchés

La Syrie n’est qu’un jouet pour les marchés

Les jours se succèdent mais ne se ressemblent pas. Le grand sujet dominant pour les marchés financiers est bien évidemment la porte ouverte par la diplomatie russe quant à la crise syrienne. Un sujet dominant certes, mais temporairement ! Il parait évident que la Syrie n’est qu’un jouet pour les marchés, un jouet dont les opérateurs vont vite se lasser. Le temps de la diplomatie n’est pas celui des marchés. Les mécanismes longs et complexes n’intéressent pas les opérateurs en ces temps d’instantanéité. Moscou a en effet proposé à Damas de placer son arsenal chimique sous le contrôle international pour éviter une intervention occidentale.

De quoi potentiellement rassurer les marchés sur une résolution pacifique bien que Barack Obama se dit « sceptique » quant à la crédibilité d’une telle proposition. Or, la Syrie ne constitue qu’une occasion de plus pour créer de nouvelles vagues, tantôt alimentées par les craintes d’une intervention occidentale puis tout de suite balayées par une possible résolution pacifique en provenance de Moscou. Ce n’est pas sain, mais c’est la logique des marchés. Point. Depuis bientôt dix jours, ces vagues se succèdent entrainant d’importantes poussées et permettant aux marchés de patienter avant la semaine prochaine qui s’annonce particulièrement agitée. Le mot est faible, on peut clairement s’attendre aux séances les plus agitées de l’année. Comprenons bien que « l’occasion syrienne » est purement éphémère et occupe les opérateurs dans un moment que l’on attendait plutôt tranquille, celui du calme avant la tempête.

A titre d’exemple, le marché action est tout près de ses plus hauts niveaux annuels grâce à l’initiative de Moscou visant à éviter une intervention occidentale en Syrie. Damas a accepté cette offre en saluant la « sagesse de la diplomatie russe ». Ces récents évènements s’accompagnent de signes encourageants pour l’économie chinoise qui semble avoir chassé les démons du ralentissement économique. Sans situation syrienne, ce sont ces résultats en provenance de l’Empire du Milieu qui auraient servi de jouet aux opérateurs, ce n’est pas plus compliqué. L’euro évolue notamment sur sa valeur la plus élevée en trois mois et demi face au yen (aux alentours de 133), signe d’un retour de confiance auprès des investisseurs.

Bachar Al-Assad a donc accepté la proposition de Moscou qui vise à placer l’ensemble de l’armement chimique de Damas sous le contrôle international. Cette solution russe doit empêcher les frappes occidentales, jusqu’ici annoncées par Washington et Paris comme « nécessaires ». Dans le même temps, le régime chinois a signalé qu’il apportait son soutien à la proposition de Moscou. Barack Obama parle de « proposition positive » et envisage ce rebondissement de dernière minute comme une avancée dans la résolution de la crise syrienne. Résultat ? La vague boursière change de sens mais garde la même force. Une vague de plus, une vague de moins … aux aléas de l’actualité.

Dans le courant de la nuit de mardi à mercredi dernier, le chef de file de la majorité démocrate au Sénat américain, Harry Reid, a fait reporter le vote de la Chambre sur les frappes américaines. Ce report, grâce au retrait du projet de vote par M. Reid, semble également témoigner d’une possible résolution diplomatique grâce à l’initiative russe. Mais Paris qui jusqu’à présent a joué un rôle central dans ce dossier explosif, souhaite imposer trois conditions quant à la proposition du Kremlin. Dans les faits, la condition principale repose sur une destruction totale de l’ensemble de l’arsenal chimique syrien. La politique jusqu’au boutiste et va-t-en guerre prônée par Paris et Washington incite à la baisse les marchés, tandis que la résolution diplomatique de la Russie incite à la hausse. D’un point de vue purement boursier, n’y voyons rien d’autre.

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a rappelé que toutes les options restaient sur la table sous-entendant que Bachar Al-Assad cherchait simplement à gagner du temps. Typiquement, voilà un début de signal baissier. La semaine dernière, la France a d’ailleurs déposé une solution auprès du conseil de sécurité de l’ONU sur les armes chimiques syriennes. M. Fabius a alors évoqué des conséquences « extrêmement sérieuses » pour le régime syrien s’il venait à violer les engagements évoqués quant à son arsenal. Pour conclure ce petit exemple, on accentuerait ici le signal baissier.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la résolution de la crise syrienne semble encore loin bien que les marchés se soient rapidement réjouis de ces différentes annonces. Jusqu’aux prochaines, voilà tout ! Oui les marchés sont intéressés … mais pas par le sujet en lui-même. Seules les vagues à créer sont intéressantes et chaque rebond dans ce dossier sera une nouvelle occasion de patienter jusqu’au prochain accessoire, jusqu’au prochain jouet. Croyez-vous réellement que Goldman Sachs ou BNP Paribas soit terrifiée à l’idée que l’intervention occidentale ait lieu ? Ou pour le dire autrement, pensez-vous que ce type d’opérateurs considère d’un œil particulièrement bienveillant une résolution diplomatique ? Soyons honnête.

Certes, on peut trouver obscène le jeu des marchés de faussement s’inquiéter pour finalement mieux se rassurer afin d’engendrer de fortes variations sur les marchés. On peut trouver cela d’autant plus obscène quand il s’agit, comme dans le cas syrien, d’un sujet majeur et dramatique. Les marchés profitent de la guerre civile, de la mort et du désastre. Mais seuls deux sentiments dominent le marché : la peur et la cupidité. Imaginez maintenant que de tels sentiments peuvent être modelés à la guise de vagues boursières ultra-prévisibles. C’est pourtant une constante des marchés, comme en témoigne l’affligeant épisode du « Fiscal Cliff » américain en début année, très vite balayé des mémoires, à la manière d’une mode éphémère. Aussi, à l’instar du dossier syrien ou du programme de soutien de la Fed, la résolution du « Fiscal Cliff » n’a rien de durable et reviendra attirer l’attention des opérateurs boursiers dans quelques semaines. Les marchés sont simplement des enfants gâtés qui se lassent bien vite de leurs jouets, dans l’attente du prochain Noël. Bis repetita placent …


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3 réactions à cet article    


  • COLLIN 21 septembre 2013 13:59

    Les « marchés » ne sont d’aucune utilité aux Peuples et aux Nations du monde.

    Bien au contraire,ils se comportent en parasites de l’économie réelle,alors qu’ils ne doivent leur existence qu’à leur promesse de financer les entreprises,ce qu’ils ont oublié de faire depuis la « finance à haute fréquence » (sic).

    Il faut fermer les « bourses » et autres « stock exchange market places », se saisir « physiquement » de leurs « meneurs » et les incarcérer (en « préventive ») le temps de déterminer leurs rôles précis dans ce hold-up mondial dénommé « la crise ».

    Leurs jugements pourront intervenir à l’issue de l’instruction de leurs dossiers.


    • smilodon smilodon 21 septembre 2013 22:44

      @ l’auteur : Une histoire de sous !.. Rien d’autre !??... C’est ça la « syrie » !...Rien de plus....Et tous ces mômes, ces vieux et ces femmes « gazés », c’est que de la « com » !... C’est une horreur, mais c’est de la com.... Rien que çà !... Tous ces morts, c’est autant de la faute des uns que des autres... Et nous, faudrait qu’on décide qui est le coupable ??... J’en sais quoi, moi, qui fait crever les autres, là-bas ???!!.. J’en sais quoi, moi ??.. Sinon ce que la télé m’ordonne de savoir ???!!......J’en sais rien, nenni, que dalle !.. Rien !.. Nada !...Et c’est pas la télé qui me dira quoi penser !.. La télé décide pour elle-même !.. Pas pour moi !.....Adishatz.


      • alinea Alinea 22 septembre 2013 00:49

        Qu’il est beau le monde vu des marchés ; et varié surtout, je comprends qu’il plaise à de plus en plus de gens !

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Franck


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