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Accueil du site > Actualités > Economie > La théorie de la frustration

La théorie de la frustration

Le sondage réalisé par CSA pour La Tribune montre le véritable désarroi de nos concitoyens : 91% des Français déclarent qu’ils s’attendent à une nouvelle dégradation de leur pouvoir d’achat au cours des prochains mois, et 40% à envisagent de restreindre leur pouvoir d’achat.

Le chômage perdure, la flambée du prix du pétrole annonce un pouvoir d’achat rogné (conscience que le pire est probablement à venir), l’Europe et sa constitution frustre plus de la moitié de nos compatriotes, les JO 2012, qui étaient annoncés comme un véritable électrochoc d’une France qui gagne, partent à Londres, et le débat sur le CPE/ précarité risque de laisser des traces. Ce ne sont pas les propos de Thierry Breton, ministre de l’Economie, déplorant « une France qui vit au dessus de ses moyens » qui mettront une l’embellie à notre moral.

C’est un véritable cri du cœur de ceux qui laissent poindre plus qu’une inquiétude, un véritable désarroi, lourd de conséquences sur la consommation, ultime rempart d’une croissance affaiblie. La baisse de la consommation, voilà la hantise de nos politiques, de nos économistes et surtout des entreprises qui produisent ou diffusent et créent emplois et pouvoir d’achat. Car cette crise du moral est en réalité beaucoup plus profonde, et va au-delà de l’effet conjoncturel énoncé. Pourquoi le consommateur ne répond-il plus aux multiples sollicitations des entreprises, de leurs nouveaux produits comme de leur communication ou de leur promotion ? Voilà la question de fond.

Nos démocraties sont construites sur le développement économique et sur la progression des standards de vie, pas sur la régression. Le modèle économique mis en place en 1957 par Kittrick, qui voulait que l’on fasse des profits au travers des besoins du consommateur, paraît proche de l’épuisement. Les besoins du consommateur semblent satisfaits, saturés. Cela dit, il continue à avoir des envies, donc il est de plus en plus frustré. Il est probable que le redressement de la machine économique va dépendre de la capacité des entreprises à répondre non pas aux besoins, mais aux frustrations.

Un exemple, pour illustrer ces nouvelles pistes de développement, la mode. Elle est éphémère, elle coûte cher, et dès le moment de l’achat d’un produit à la mode, il commence à ne plus être à la mode. Cette simple logique (qui est aussi vraie pour les téléphones mobiles, les PC et tout produit à connotation technologique) entraîne une frustration : celle de ne pouvoir être toujours à la mode. En proposant de bien copier la mode à des prix réduits et en répondant à une frustration et non à un besoin, ZARA est devenue le leader mondial de la confection féminine. Le nouveau marketing doit s’orienter vers cette logique : trouvons la frustration pour être le mieux à même de répondre aux envies.


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12 réactions à cet article    


  • Z (---.---.107.66) 12 avril 2006 12:20

    « Le nouveau marketing doit s’orienter vers cette logique : trouvons la frustration pour être le mieux à même de répondre aux envies. »

    Mais c’est le marketing qui crée la frustration ! C’est principalement la pub qui crée les envies, et donc les frustrations ! Pourquoi plutôt ne pas chercher à supprimer les frustrations à la base ? Pourquoi toujours chercher à aliéner l’homme ?

    Je ne comprends pas la finalité de votre article. Quelle est-elle ? Montrer comment faire vivre les marketeurs ou améliorer la société ?


    • éric (---.---.183.155) 12 avril 2006 15:08

      Le marketing de la pauvreté.


      • decurion (---.---.153.138) 12 avril 2006 15:44

        « Les besoins du consommateur semblent satisfaits, saturés. Cela dit, il continue à avoir des envies, donc il est de plus en plus frustré. »

        Les besoins sont loins d’être satisfaits, et la frustation est ailleurs. Pour l’exemple, comparez ce que « coute » un chômeur à la collectivité, et ce qu’il perçoit en réalité.

        Il y a de quoi etre frustré !

        Comparez l’espérance de vie moyenne de la population avec celle des populations dites « défavorisés ».

        Il y a de quoi être frustré !

        D’origine méditerranéenne. Moyenne : 5 enfants par couple. Pas un seul retraité, tous décédés.

        Alors frustré, oui certe, mais pas à cause du dernier écran plasma à la mode. S’il y a frustation, c’est parce que nous sommes des jouets, entre les mains du pouvoirs, et que nous n’avons aucun moyen de maitriser notre destin.La seconde frustation, tient au fait que les solutions simples existent, mais qu’elle ne seront pas mises en oeuvre parce que l’etre humain est absent des stratégies élaborés par les décideurs.


        • Khobet (---.---.66.78) 12 avril 2006 16:20

          article interessant. l’engouement pour le developpement personnel dont le marché est en croissance en milieu urbain resulte de cette frustration.


          • Renaud D. (---.---.77.232) 12 avril 2006 16:21

            Marketing et frustration

            « Pourquoi le consommateur ne répond-il plus aux multiples sollicitations des entreprises, de leurs nouveaux produits comme de leur communication ou de leur promotion ? Voilà la question de fond. »

            Pourquoi les entreprises ne communiquent-elles pas honnêtement ? Voilà la réponse de fond.

            Examinons les sollicitations.

            Les promesses de bonheur explicites dans les messages des entreprises ne peuvent être tenues. L’estime de soi induite dans le message s’exprime au moment de l’achat mais n’est évidemment plus en phase avec le réel au moment de l’utilisation du produit. Bébé fait toujours dans ses couches malgré le petit élastique-là et le ballon ne rentre pas dans le panier malgré la marque célèbre placée en évidence sur les chaussures. Quant au hamburger, il fait grossir et ne satisfait pas l’appétit. La promotion pour les produits amaigrissants trouve toujours un écho chez les gogos. Après s’être fait berné, ceux-ci deviennent réfractaires à toutes les publicités. Arrêtons-là les exemples : le site d’Agoravox ne suffirait pas à les énumérer.

            Il y a pire. Trop de messages font passer le client éventuel pour un crétin sous prétexte d’humour. Cette dérive traduit l’état d’esprit dans lequel le consommateur est considéré par de nombreux publicitaires et par des responsables marketing. Il serait bien pusillanime de croire que ce message induit n’est pas perçu par le consommateur.

            Il y a pire encore : la promesse de sécurité dont l’exemple le mieux parlant est visible dans les publicités pour les voitures. La prudence avec laquelle les constructeurs abordent ce sujet montre la conscience qu’ils ont du danger que représente une promesse non tenue. Ils auront beau faire, une tenue de route exemplaire ne peut s’affranchir des lois de la physique et l’airbag n’empêche pas de mourir sur la route. Cette promesse ne peut jamais être tenue.

            Pour faire court et ne pas enchaîner sur des pages de démonstration, je résumerais ma pensée par une caricature : la publicité montre le consommateur comme un imbécile incapable de s’insérer dans le monde idéal représenté par les messages qui frappent sans cesse à la fenêtre de nos téléviseurs.

            Les consommateurs sont las d’être pris pour des imbéciles et des incapables.

            Observons maintenant le rapport du consommateur avec le produit. Un exemple : l’alimentation.

            Plus grand monde n’est dupe des caractéristiques liées aux nouvelles formulations des produits alimentaires. Les substances intrinsèques du produit sont progressivement remplacées par les additifs industriels. Plus de saveur signifie moins de produit de base, plus d’alginates ou de lécithine de soja et plus d’exhausteurs de goûts. Même mon chat ne s’y trompe pas ! « Nouveau » tend à signifier : « spécial haut de bilan ». (Si mon chat parlait, il me dirait ainsi. Je le vois bien dans son regard ! )

            Un fabricant de biscottes disait à ma grand-mère (ce n’est pas nouveau !) : « Si mes clients savaient ce que je mets dans mes biscottes, ils n’en achèteraient pas ». Maintenant, ils savent.

            Les industriels qui essayent de faire rembourser par les mutuelles de santé une partie du prix de leurs produits sous prétexte d’ajout de telle ou telle poudre de perlimpinpin se sont tirés une balle dans le pied. Ils créent un amalgame dont les effets négatifs à long terme seront plus puissants que le bénéfice que le consommateur peut espérer à court terme. Si la mutuelle rembourse ces produits, c’est qu’il s’agit de médicaments. Si l’on achète des médicaments, c’est que l’on est malade. Si l’on est en bonne santé, on n’a pas besoin des produits de la marque. (Sans compter que le jour où ma mutuelle jouera à ce jeux-là-là, j’en changerait pour ne pas payer dans mes cotisations les desserts de personnes ayant perdu toute notion citoyenne.)

            Ce qui tue la communication des entreprises, c’est la volonté des communicants de fouiller le cerveau des consommateurs au détriment d’une honnête analyse de leur motivation. S’ils agissaient ainsi, ils devraient reconnaître qu’ils bradent leur crédibilité à long terme au profit d’une rentabilité à court terme.

            C’est pour cela que j’ai quitté le métier.


            • Renaud D. (---.---.77.232) 12 avril 2006 17:17

              PS. Alors que je mettais en ligne ce post, le téléphone sonne. Une enquêtrice me demande de répondre à des questions sur l’eau. Je réponds aux premières questions, très générales. Les choses se gâtent sur la fin. Sens des dernières questions : « Pensez-vous que le coût des fuites d’eau doit être supporté par l’occupant du logement, qui serait obligé de surveiller son compteur ce qui est très difficile, ou pensez-vous qu’il est préférable de mutualiser le coût de ces fuites par solidarité ? (en augmentant le prix du mètre cube, bien entendu.) ». Pourquoi des questions aussi alambiquées ? Pourquoi la Générale des Eaux - puisqu’il s’agit d’elle, ne demande-t-elle pas tout simplement : « Voulez-vous vous faire entuber ? »

              Ce serait plus honnête, non ?

              Aucun rapport avec un reportage diffusé hier sur une chaîne de télé concernant le coût des fuites d’eau et la nécessité de vérifier son compteur...

              Frustrés, les Français ? Où carrément méprisés ?


            • Cassandre (---.---.5.3) 12 avril 2006 19:04

              Les pays riches n’ont plus besoin d’augmenter leur PIB, mais seulement de mieux le répartir et d’augmenter leur BNB (bonheur national brut) tout en réduisant le plus rapidement possible la consommation d’énergies fossiles.

              Le modèle « 20ème siècle » est en faillite, et notre organisation socio-politique avec. Je ne risquerais pas un kopek aujourd’hui dans un fond de pension, les beaux jours des actionnaires-rois sont comptés.


              • Yaarg (---.---.109.184) 12 avril 2006 19:28

                « les beaux jours des actionnaires-rois sont comptés. »

                J’aimerais tant que ce soit vrai : le monde finara par être suicidé par l’appât du gain.

                Et pour en revenir au sujet, la frustration, ça ne concerne que ceux qui veulent bien se prêter au jeu. Être frustré de ne pouvoir s’offrir un super écran plasma, pour regarder les même pubs et les mêmes conneries, non merci, aucune frustration.

                Si frustration il y a, c’est quand même la réalité du coût de la vie, même pour des produits dits de « première necessité » et qui sont devenu très chers (le pain et le lait sont chers, payer 1,34 centimes le litre de lait frais, je ne parle pas du lait industriel en brique qui n’a aucun goût et qui donne la diarrhée, c’est du vol). Surtout lorsqu’on sait qu’il est payé en coopérative 30 centimes. Ainsi les producteurs de lait se font baiser et les consommateurs se font baiser. Les coupables : carrefour, Auchan et équivalents et leurs hordes d’actionnaires.

                Spéculer sur la nourriture, ça devrait figurer au tableau des crimes contre l’humanité !


              • (---.---.162.15) 12 avril 2006 23:24

                Comment ça ? Un PC ne serait qu’un produit de la mode ? Un marteau et un clou aussi ? Depuis quand les outils sont-ils des produits de la mode ?

                Sur une telle base, vous voyez de la la frustration partout. Normal, les drogués de la mode sont sans cesse frustrés. Heureusement, on est nombreux à vouloir le contraire, notamment vouloir un ordinateur ou une voiture qui dure le plus longtemps possible.

                Am.


              • Marsupilami (---.---.56.91) 13 avril 2006 10:42

                Ouaf !

                Cet article est une authentique frustration pour temps de cerveau non-disponible pour la pub.

                Houba houba !


                • A (---.---.64.182) 20 avril 2006 21:15

                  > Sans compter que le jour où ma mutuelle jouera à ce jeux-là-là, j’en changerait pour ne pas payer dans mes cotisations les desserts de personnes ayant perdu toute notion citoyenne.

                  Pour avoir la possibilité de changer de mutuelle, il faudra qu’il y en ait plusieurs, et pas une seule étatico-citoyeno-monopolistique, et que vous ayez le droit de choisir. En d’autres termes : qu’il y ait concurrence....


                  • Sofia (---.---.136.71) 9 juin 2006 10:05

                    C’est étrange, j’ai lu le même concept et presque les mêmes phrases dans le livre « Georges Chétochine » le blues du consommateur ; qui est le véritable auteur de cette théorie de la frustration et de ces quelques lignes ?

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