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Accueil du site > Actualités > Economie > La vérité sur le budget 2011 de la recherche publique

La vérité sur le budget 2011 de la recherche publique

Vérité ou mystification ? Depuis le début du quinquennat en 2007, le gouvernement a réaffirmé régulièrement sa volonté de donner la priorité à la recherche et à l’enseignement supérieur dans la répartition des crédits budgétaires de l’Etat. La ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche vient d’annoncer un projet de budget 2011 avec des chiffres apparemment mirifiques. Pourquoi alors les chercheurs et les responsables des établissements de recherche font-ils grise mine ?
 
Une étude réalisée par HUMANDEE montre que derrière les annonces politiques, les vrais chiffres concernant l’effort français de recherche sont très en deçà des espoirs de la communauté scientifique. La France a tourné le dos à la "stratégie de Lisbonne", qui visait à porter l’effort de recherche et développement à 3% du PIB. Seule parmi les grands pays européens, ses dépenses de recherche et développement diminuent depuis 8 ans. Cliquer sur le lien pour accéder à l’étude.
 
Les documents budgétaires annexés au projet de loi de finances (PLF) 2011 sont clairs. Alors qu’en 2008, la programmation triennale de la recherche publique prévoyait d’atteindre une dépense de 25,8 Milliards d’Euros pour 2011, la programmation de cette année prévoit qu’on s’en rapprochera en … 2013, avec un budget prévu de 25,6 millards.
 
En 2011, la régression apparaît clairement dans les budgets des établissements. Pour les organismes rattachés au périmètre du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le budget public 2011 (plus de 6 milliards d’Euros) n’augmente que de 0,69 %, moins que l’inflation. De plus, des dépenses supplémentaires sont mises à leur charge à moyens constants. Ainsi un grand établissement de recherche dont la « subvention pour charges de service public » (80 % de ses ressources) augmente apparemment de 1,2 % voit ses moyens financiers diminués de 1 % une fois prises en charge ces dépenses supplémentaires.
 
La ministre a voulu embellir ce sombre tableau. Elle use d’artifices en faisant passer des transferts de crédit pour des augmentations de moyens. Ainsi pour l’INSERM, à qui on transfère 19,7 M€ du plan Cancer, et pour le CEA dont le budget est abondé de 189 M€ pour compenser les dividendes qu’AREVA ne lui verse plus. Pour mesurer l’effort de recherche des entreprises, la ministre retient les chiffres du « Crédit Impôt Recherche » qui augmenterait selon elle de 145 M€. Elle omet ici de tenir compte du rapport de la Mission parlementaire d’Evaluation et de Contrôle, remis le 30 juin 2010, dans laquelle des députés de la majorité UMP eux-mêmes dénoncent des « dysfonctionnements liés à l’existence de pratiques d’optimisation fiscales injustifiées ». La ministre embellit aussi les chiffres en donnant pour 2008 un taux de dépenses de R & D rapporté au PIB en progrès à 2,11 %, alors que les chiffres officiels de l’OCDE indiquent une poursuite de la baisse à 2,02 %.
 
A l’international, la France est en queue de peloton. Tandis que les membres de l’Union Européenne agissent pour accroître l’effort de R & D, seule parmi les grands pays, les dépenses de la France ont diminué : dans un rapport tout récent, le Ministère Fédéral Allemand de la Recherche relève que de 2000 à 2008, l’Allemagne a augmenté sa « DIRD » (Dépense Intérieure de Recherche et Développement) de R & D de 7,4 %, tandis que celle de la France diminuait de 7,1 %.
 
Le gouvernement évoque les bénéfices futurs attendus du « grand emprunt » et des « investissements d’avenir » qu’il va permettre. Mais l’étude de HUMANDEE montre que l’essentiel de ces crédits sont et resteront dans les caisses de Bercy. Le président du Commissariat Général aux Investissements, René Ricol, reconnaît lui-même que ce grand emprunt était la dernière opportunité pour le gouvernement de renflouer les caisses : « on sait que l’on ne retrouvera pas une telle opportunité avant vingt ans au moins.  », dit-il.
 
Aucun gouvernement n’a accordé suffisamment d’attention à la préparation de l’avenir depuis 30 ans. C’est ce contre quoi les jeunes devraient manifester avec vigueur aujourd’hui s’ils étaient conscients des réalités. Pourtant, au cours de ces trente années, les gouvernements de gauche ont tenté, avec un succès certes limité, mais un succès quand même, de renforcer les moyens de la recherche française, comme le montre la graphique ci-après, élaboré à partir des chiffres de l’OCDE.
Mais de 1993 à 1997, puis de 2002 à aujourd’hui, les gouvernements de droite ont détricoté l’effort réalisé durant les périodes où ils étaient dans l’opposition, ramenant en 2008 l’effort de Recherche et Développement de la France à son niveau de 1982. Tout indique derrière le rideau de fumée de la ministre de la recherche que ce déclin va se poursuivre. Est-ce ainsi que notre pays prépare l’avenir de ses enfants ?

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11 réactions à cet article    


  • dhbasse dhbasse 4 novembre 2010 11:14

    @ l’auteur
    merci pour ce papier qui relativise les fabuleux efforts gouvernementaux pour la recherche...
    ça me rappelle le papier dans Nature (19 avril 2007, vol 446) intitulé « Is French science in decline... »
    Il serait temps de se souvenir que la science nécessite une vision des choses autre que comptable à court terme... c’est pas gagné smiley


    • Kalki Kalki 4 novembre 2010 21:41

      Le travail de chercheur est également mort.

      Quand la « machine » peut faire vos taches, votre « travail » ... vous devez revoir votre vision du monde et de l’économie.

      hxxp ://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27abondance


    • Ronny Ronny 4 novembre 2010 11:55


      @ auteur, pour compléter vos chiffres :

      Variation des budgets 2010-2011 :

      . hors salaire du CNRS (premier organisme de recherche au monde, voir http://www.scimagoir.com/pdf/sir_2009_world_report.pdf ) : - 20%
      . hors salaire du CNRS (actions incompressibles retirés) : - 33%
      . Agence nationale de la recherche ANR : - 7% soit - 20% sur les financements à venir (66% des montants 2010 sont déjà engagés sur différents programmes de recherches)

      Dans le même temps quelle aura été la variation des primes, stock options et avantages distribués aux traders et aux financiers ...

       


      • JJ il muratore JJ il muratore 5 novembre 2010 10:49

        A propos du CNRS vous dites « 1er organisme de recherche au monde »
        Vous parlez du nombre de chercheurs ? des budgets ? ou du nombre de publications ou de brevets déposés ?
        Il faudrait se poser la bonne question, à savoir pourquoi et comment ce « 1er organisme de recherche au monde » (sic) est-il parmi les derniers en terme de résultats eu égard à ses moyens ?
        La réponse est simple : une gestion publique « à la française » permet à 20% de « chercheurs » (!) de vivre en planqués, rentiers de la manne publique, sous le prétexte idéologique que « l’obligation de résultats » est un concept « capitaliste ».
        Alors vos pleurnicheries corporatistes sur la baisse des moyens ne servent qu’à vous éviter de faire le ménage dans vos propres rangs
        Je précise que j’ai eu à travailler dans les années 1982, dans le cadre de la préparation du 5ème plan, sur cette préoccupation question politiquement sensible : comment « nettoyer » le CNRS de ses faux chercheurs...
        Les blocages syndicalo-corporatistes ont conduit à laisser les choses en l’état...Pris en otage sur cette question le pouvoir socialiste de l’époque ne pouvait soulever une vague de contestations et se faire accuser publiquement de vouloir mettre de l’ordre (concept de droite) dans la Recherche...
        Nous vous laissons à vos pleurnicheries.


      • Jean Bourdariat Jean Bourdariat 5 novembre 2010 12:04

        A JJ Il Muratore et à Ronny,

        Il y a plusieurs manières d’aborder la question de l’effort de recherche (DIRD) de la France. Bien évidemment tous les chiffres sont imparfaits et JJ Il Muratore a raison de réagir à ce qu’il appelle des réactions corporatistes. On a vu aussi tous ce que peut avoir d’imparfait la mesure de la DIRDE, qui est gonflée en France par le Crédit Impôt Recherche, de même que les efforts de formation continue en France sont surévalués par l’obligation fiscale de formation faite aux employeurs.

        C’est pourquoi l’article se base avant tout sur des données publiques, celles de l’OCDE pour l’essentiel, qui sont la référence pour tous les économistes qui s’intéressent à la recherche.

        On peut aussi mesurer l’effort par les budgets de fonctionnement des organismes, ce que fait incomplètement l’article. En effet on n’y aborde que la subvention pour charge de service public (SCSP), qui constitue pour les EPST une partie majeure des ressources, un peu moins pour les EPIC. Le budget de fonctionnement des organismes comprend :
        - la SCSP,
        - les contrats obtenus de l’ANR ou de l’UE
        - les contrats avec des entreprises
        - le report à nouveau des années antérieures (qu’ils semblent avoir pu jusqu’ici conserver)

        En jouant sur ces différents types de ressources, un établissement peut parvenir à un budget convenable, malgré la stagnation de la SCSP, du moins tant qu’il y a des fonds non dépensés qui restent dans le report à nouveau.

        Comme la dotation budgétaire diminue, on peut penser que des ressources en provenance des investissements d’avenir (moins miraculeux que ne le disait le gouvernement comme on l’a vu) viendront compenser la baisse des dotations publiques.

        On peut enfin mesurer l’effort par les résultats : publications, citations, brevets, start-up, ... ce que l’article ne fait pas. C’est au sujet important, qu’il faut éviter d’aborder de manière péremptoire

        J’en viens maintenant à la question des « responsabilités », évoquées dans l’article. Je m’abstiendrai de toute tentation corporatiste, travaillant moi-même pour une association indépendante, non politique et à but non lucratif qui s’est donné pour mission d’éclairer, modestement et autant que possible avec ses maigres moyens, le futur économique et social de ce pays.

        La responsabilité des gouvernements de droite ressort clairement du fait que pendant toutes les années des mandats de la droite, la DIRD française a baissé systématiquement et régulièrement. J’ai été moi-même surpris de ce que les chiffres étaient sans appel.

        J’ai évoqué dans l’article les autres responsabilités sans les approfondir.

        JJ dit que 20 % des chercheurs ne cherchent pas, et donc qu’il est vain de donner des moyens supplémentaires. Je lui laisse la responsabilité de ces 20 %, mais s’il disait vrai et que ces 20 % étaient étendus à toute la recherche française, cela signifierait que la DIRD réelle serait inférieure de 20 %, bien loin de tout ce qu’aimerait annoncer le gouvernement. Les dirigeants des organismes et les directeurs d’unités seraient alors responsables de tolérer dans leurs équipes des personnes qui émargent au budget et qui ne contribuent pas, ou pas assez, à l’effort de recherche. Faut-il, et comment, approfondir la réflexion dans cette direction ?

        JJ évoque les pleurnichards ... Il est vrai que les représentants du personnel n’ont pour champ de revendication que l’augmentation des moyens et le maintien de l’emploi garanti à vie (pour ceux qui ont réussi à obtenir un poste). N’y a-t-il pas une responsabilité de ces représentants du personnel à ne pas investir plus le champ des finalités et de la nécessaire recomposition de l’organisation des labos qu’exigent les changements permanents forcément induits par les nouvelles priorités, les enjeux, les découvertes qu’apportent des ’activités innovantes par définition ?

        Les chercheurs sont des scientifiques. Les scientifiques sont payés pour « douter », et c’est bien. Le revers de la médaille est qu’en dépit de la compétence et des qualités du plus grand nombre, les scientifiques ne peuvent pas et ne savent pas exprimer une finalité de façon simple et déterminée sur des enjeux majeurs, comme le changement climatique, les nano-technologies, les OGM, le chômage des jeunes, les guettos de banlieue, .... Les politiques français qui comprennent les discours simples, voire simplistes, ne comprennent pas bien les chercheurs. Il y a une responsabilité des dirigeants de la recherche, de l’Académie de Sciences, des plus grands noms des sciences sociales, qui est d’expliquer aux français et aux responsables politiques d’une seule voix les défis à relever pour le pays, et les politiques à mener pour y faire face.

        JJ a raison. Il ne faut pas pleurnicher. Encore faut-il que les responsables scientifiques, politiques et syndicaux ne baissent pas les bras en se contentant de batailler sur le court terme.


      • pruliere pruliere 8 novembre 2010 08:26

        @JJ...............

        message fiéleux plein de raccourcis faciles et sans fondements.

        Il fleure bon le sarkozysme j’imagine que tu partages avec ton mentor l’idée ces chercheurs qui rentrent dans les labos parceque c’est chauffé et qu’il y a de la lumière).

        Allez : va écrire les discours de Pécresse, elle en a bien besoin !


      • Superyoyo 4 novembre 2010 15:01

        Tout ça c’est de la propagande trotsko-stalinienne. Seuls les chiffres de notre gouvernement adoré sont vrais.....
        Ne riez pas, il y a encore 28% de satisfaits !
        Merci à l’auteur pour ce graphique


        • Elisa 4 novembre 2010 17:22

          Merci pour cette analyse, le graphique est effectivement très intéressant.
          De mon côté je voudrais attirer l’attention sur la situation des PME innovantes qui du fait de la réforme en cours du CIR pourraient se réserver un avenir plutot sombre...
          http://slidesha.re/CIR-PME 


          • cathy30 cathy30 4 novembre 2010 18:00

            les parlementaires vont bientôt voter le budget militaire 2011.
            102 milliards d’euros pour 5 ans, ils n’ont pas les mêmes priorités.


            • pruliere pruliere 5 novembre 2010 09:14

              Tout ce que l’auteur dit est vrai. Nos crédits baissent chaque année depuis 2002.

              Mais il faut bien reconnaitre que les chercheurs représentent un troupeau de moutons particulièrement dociles ! J’en fait partie, je le sais ! Nous étions entre 4 et 8 participants (chercheurs, ITA et étudiants confondus) aux manifs pour les retraites sur les 200 personnes environ que compte notre institut.

              Lorsqu’on veut quelquechose, il faut aller le chercher car la droite française, peut-être la plus réac d’Europe, ne donne rien au peuple gratuitement !


              • HumanVictoryX HumanVictoryX 5 novembre 2010 15:21

                Réagissez et rejoignez le collectif citoyen StopBanque : J-33 http://stopbanque.blogspot.com/ !!!

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