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Accueil du site > Actualités > Economie > Lait : les dindons de la farce... Plus qu’un malaise !

Lait : les dindons de la farce... Plus qu’un malaise !

« Les Produits Laitiers - CNIEL » ont publié un libelle sur une pleine page de nos quotidiens à propos de l’augmentation des prix des produits manufacturés à base de lait refusée par les distributeurs.

C’est sur une pleine page dans nos quotidiens que "Les Produits Laitiers", ou CNIEL (voir définition en fin de post), expriment leur colère : "Nous ne serons pas les dindons de la farce."

Qu’ils se rassurent, j’ai lu, relu leur prose, et ce jusqu’à plus soif !
Comme nous tous, je suis très intéressé à tout ce qui touche au pouvoir d’achat de chacun.

Mais impossible de ne pas ressentir plus qu’un malaise à cette lecture... que l’on se mette à la place du consommateur ou que l’on adopte le point de vue du producteur de lait.

- Premier malaise :

Le CNIEL parle au nom des producteurs (éleveurs de bétail produisant du lait), ET AUSSI des transformateurs (industriels produisant des articles de consommation à base de lait). Même si le CNIEL est une structure unitaire, j’aimerais être sûr que ces deux familles vont profiter équitablement de la remontée des cours du lait.

- Deuxième malaise :

Quand je lis : "Actuellement, la demande est nettement supérieure à l’offre. Donc le prix du lait augmente", je ne peux m’empêcher de penser à la contre-proposition : "L’offre est supérieure à la demande. Donc les prix baissent", et alors quoi ?! Que proposerait alors le CNIEL aux producteurs ? Alors même que les transformateurs eux n’ont aucun problème pour maintenir leurs marges ! Leur prix de revient varie, leur prix de vente aussi, leur seul souci étant d’adapter leur offre à la demande, et leurs marges restent intactes.

- Troisième malaise :

"Or certains distributeurs brandissent la menace de refuser aux industriels la hausse de tarifs des produits laitiers. Ce faisant, ils refusent aux producteurs de lait français le simple maintien de leur pouvoir d’achat."
Double malaise !
Malaise déjà signalé par rapport à la seule augmentation des prix des produits manufacturés. Et malaise par rapport au terrible aveu : "... le simple maintien du pouvoir d’achat" des producteurs. CQFD : si les prix à la production avaient augmenté de façon significative, comme on veut nous le faire croire, alors on devrait retrouver une augmentation du pouvoir d’achat chez les producteurs !

- Dernier malaise :

"On vous ment."
Malaise, gros malaise, car je doute que les transformateurs du lait soient eux-mêmes prêts à s’engager à limiter leur propre hausse à celle du coût du lait dans leur prix de revient !

Au total, je crains fort que les producteurs de lait soient une fois encore "les dindons de la farce" au même titre que tous leurs confrères producteurs agricoles ou viticulteurs.

Est-il souhaitable pour autant de légiférer en la matière ?
Je ne le crois pas, je ne le souhaite pas !

Mais néanmoins il serait temps de se pencher sur une équation de base fondamentale : toute personne produisant un travail quantifiable devrait, à tout le moins, en tirer profit, lequel profit devrait être équitable quel que soit le travail fourni.
Et corollaire indispensable : nul ne devrait pouvoir s’enrichir sur le dos de producteurs efficients à qui le marché refuse les moyens de s’en sortir à son seul niveau de commercialisation.
Quand le déséquilibre devient trop flagrant, alors oui, il faut peut-être légiférer pour protéger certaines productions indispensables à la nation.

On peut rêver !

CNIEL : Créé en 1973, le CNIEL, Centre national interprofessionnel de l’économie laitière, est l’organe représentatif des éleveurs laitiers (Fédération nationale des producteurs de lait) et des industries de transformation laitière de statut coopératif (Fédération nationale des coopératives laitières) ou privé (Fédération nationale de l’industrie laitière).


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19 réactions à cet article    


  • alberto alberto 13 novembre 2007 12:40

    Mes malaises accompagnent les vôtres, avec un GROS malaise supplémentaire vis à vis de cette entreprise de lobbying (la CNIEL) qui a réussi à faire admettre par tous les acteurs de la société (agences gouvernementales, gouvernements de gauche ou de droite, corps médical, etc...) que le lait est un aliment indispensable que son apport en calcium participe à la consolidation du squelette des enfants et est un moyen de lutter contre l’ostéoporose, ce qui commence à être démenti par nombre de chercheurs indépendants, le dit calcium étant très difficilement assimilé par nos organismes.

    Que la CNIEL ait défendu une profession : pourquoi pas ! Mais on commence aujourd’hui à savoir au-delà de pipeau publicitaire que le lait de vache est loin d’avoir toutes les qualités qu’on lui prête (les populations asiatiques s’en passent très bien) et les augmentations de prix qui se concoctent entre amis pourraient bien annoncer la fin d’une vaste supercherie !

    C’est mon opinion et je la partage : bien à vous.


    • Eric-M-UMP Eric-M-UMP 13 novembre 2007 17:14

      Bonjour Alberto,

      Merci pour votre commentaire.

      Je ne sais si le lait est ’bon’ ou pas pour la santé. En ’bon’(? !) vigneron, j’aime le fromage et j’en abuse avec du pain et un verre de vin.

      Vous pouvez laisser tomber le verre de lait, si cela vous chante, mais de grâce, conservez le pain, le fromage et le vin.

      A bientôt,

      Eric


    • alberto alberto 13 novembre 2007 21:47

      Eric, OK pour le pain, le fromage et le vin : mais BIO de préférence !

      Bien à vous ?


    • T.REX T.REX 15 novembre 2007 09:54

      Pour ce qui est du Fromage, nous sommes tous bien d’accord, sa sauvegarde est essentiel. D’ailleurs il y a une association qui lutte pour l’appelation du véritable camenbert au lait cru, lequel est menacé de disparition par la législation Européenne, qui pour des raisons de sécurité sanitaire très discutables tend vers le tout pasteurisé !

      Défendons notre patrimoine : vin, baguette et fromage sont les 3 mammelles de la France ! Sinon, tout ira de mal en PIS !


    • Vilain petit canard Vilain petit canard 13 novembre 2007 13:44

      Vous pointez le malaise agricole en général : l’amont survit comme il peut (sauf les gros qui souvent profitent bien), et l’aval (transformateurs et distributeurs) comprime les prix de production. la subvention a de moins en moins un rôle de sauvetage des petits, et tout craque à la moindre hausse de matières premières.

      Notre bien-aimé gouvernement ne s’occupe que des prix en grands surfaces parce que c’est plus lisible pour l’électeur urbain, et voilà le résultat : l’interprofession paye des pages de pub pour râler que les prix n’augmentent pas assez. Traduisez : on est « pris en otage » par les vilaines grands surfaces. C’est du cinéma.

      On vit une drôle d’époque : on est prêt à payer plus cher pour que le producteur de café du Costa-Rica gagne mieux sa vie, mais on oublie le producteur de lait français. Le commerce équitable, c’est comme le nuage de Tchernobyl, il ne passe pas les frontières ?


      • Marsupilami Marsupilami 13 novembre 2007 17:24

        @ Vilain Petit Canard

        Je dis pas mieux. Et merci à l’auteur de ce très intéressant article.


      • Eric-M-UMP Eric-M-UMP 13 novembre 2007 17:40

        Bonjour ’Vilain Petit Canard’,

        Charité bien ordonnée ... donc, en tant que viticulteur, ne vous étonnez pas que je défende l’amont, qui, ne l’oublions pas, est indispensable aux produits manufacturés vendus en grande surface.

        Mais je viens rebondir sur votre message d’espoir(!) :« ON est prêt à payer plus cher ’le café’ ... », moi tout de suite je traduis : « patience, le consommateur français reconnaitra un jour qu’il faut aussi défendre la production française ! »

        MERCI.


      • Vilain petit canard Vilain petit canard 14 novembre 2007 13:59

        Alors là... de rien !!! smiley


      • Stéphane 13 novembre 2007 15:19

        @Alberto

        Attention de ne pas confondre le lait de vache, et ce qui est vendu en supermarché. Il y a peu de point commun.


        • T.REX T.REX 13 novembre 2007 16:10

          La seule chose qui est sûre, c’est que si ils ne veulent pas être les dindons de la farce, nous (les consommateurs) ne voulons pas davantage être « les vaches à lait » de la mondialisation, car si j’ai bien compris, l’augmentation de la demande vient des pays asiatiques (chine notamment). La production de vache laitière ne peut s’adapter rapidement, il faut leur vendre des veaux.

          Je propose de revenir à la fixation des prix de première nécessité par le gouvernement, comme pour la baguette autrefois.


          • T.REX T.REX 13 novembre 2007 17:01

            Bravo pour cet article, cela fait plaisir de voir que des citoyens réagissent à ce type d’annonce que je trouve particulièrement déplacée. Je voulais justement écrire un article là-dessus. Cette augmentation est purement artificielle, l’offre et la demande ne sont pas une loi « naturelle » de formation des prix mais un dogme libéral de l’économie de marché. Rien n’oblige les producteurs de lait à augmenter leurs prix ! Ils profitent de la situation pour jouer la surenchère. Comme ils ne peuvent fournir tout le monde, ils fournissent le plus offrant. C’est scandaleux de soutenir que c’est contre leur bon gré. Cette augmentation n’a rien n’a voir avec le prix de revient. Lorsque les cours chutes, ils réclament des subventions, quand le cours monte, nous devrions les réclamer également.

            Bonsoir


            • Eric-M-UMP Eric-M-UMP 13 novembre 2007 18:02

              Bonsoir T.Rex,

              Permettez-moi de défendre ’la veuve et l’orphelin’. En l’occurence le producteur de lait (que je ne suis pas) et plus généralemet les producteurs agricoles.

              Depuis longtemps (toujours ?!) la production agricole est l’enfant pauvre de l’ère industrielle. Et ce justement par ce que les prix à la production dépendent essentiellement des lois de l’offre et de la demande (du consommateur et du transformateur ou metteur en marché), avec un ’hic’ majeur c’est que l’offre est dépendante d’éléments exogènes incontrolables comme les conditions climatiques.

              Mais ce qui est sûr aussi c’est que les prix à la production ne nourrissent plus les exploitations et leurs exploitants, même les années où les cours sont dits en forte croissance, d’où l’entrée en lice des subventions dont tout le monde se passerait bien volontiers s’il était possible de pratiquer des prix corrects à la production.

              Vaste problème !

              Mais j’aimerais que vous me rejoignez sur au moins un point : « toute personne produisant un travail quantifiable devrait, à tout le moins, en tirer profit, lequel profit devrait être équitable quel que soit le travail fourni » et son corollaire.

              Encore MERCI pour votre visite et votre commentaire.


            • T.REX T.REX 15 novembre 2007 10:08

              Vous dîtes : « toute personne produisant un travail quantifiable devrait, à tout le moins, en tirer profit, lequel profit devrait être équitable quel que soit le travail fourni » et son corollaire."

              Pourquoi « quantifiable » il y a des travaux difficiles à quantifier (le travail intellectuel notamment : études en tous genres par exemple).

              J’irais donc plus loin : « Tout travail mérite salaire » comme le dit l’adage ! et je considère qu’il est du devoir des Français de défendre « ses » Entreprises et Producteurs. Un peu de "protectionisme ne fait pas de mal.

              Pour ce qui est du lait, l’adaptation de la production dépend-elle toujours de Bruxelles et ses Cotas laitiers ? Auquel cas il faudrait que la commission Européenne de réveille !


            • Eric-M-UMP Eric-M-UMP 15 novembre 2007 11:17

              Réponse à la dernière intervention du 15/11 10:00 de T.REX :

              T.REX ... vous avez raison ! Mais permettez-moi d’insister sur le ’quantifiable’ ... c’est important ... en effet si le travail produit un bien matériel quantifiable et nécessaire à autrui ... il s’agit d’un travail NON contestable et vérifiable et donc on serait en droit d’attendre qu’il nourrisse son homme !

              Et ce n’est pas le cas ... au moins pour tout ce qui touche à l’agriculture en général ! Une famille (c’est généralement le cas) qui consacre beaucoup plus de 35H semaine et ce sur 12 mois non stop ne tire pas forcément des profits suffisants à sa subsistance ou conforme à un niveau de vie moyen !

              C’est difficilement acceptable car justement on sait mathématiquement dire que ce n’est pas conforme ! Et encore moins quand le produit de ce dur labeur permet à d’autres de s’enrichir sans avoir payé le juste prix aux producteurs.

              Et je suis bien d’accord avec vous sur la suite. Aucune société ne peut se contenter d’être à 100% matérialiste. L’immatériel (Art, Culture, Pensée ...) est tout aussi indispensable à notre bonheur de citoyen civilisé.

              Mais admettez qu’une société qui ne sait pas reconnaître un travail bien réel aura encore plus de mal à justifier une production immatérielle !

              Je vous rejoins à 100%.

              MERCI


            • David63 13 novembre 2007 17:03

              Ma petite contribution au débat. Je suis éleveur laitier, entre autres professions, car maintenant pour vivre avec 25 vaches laitières, il faut être salarié a plein temps a coté. Evolution du prix de base du litre de lait payé au producteur :

              sept 2006 : 1.90F/litres

              sept 2007 : 1.98F/litres

              Effectivement, il y a une petite augmentation, mais loin des 20% demandés par les industriels/transformateurs aux distributeurs.

              de plus : sept 2005 : 1.96F/litres

              Avez-vous remarqués une baisse du prix des produits laitiers entre 2005 et 2006 ?

              Il y a 20 ans, le prix du lait et du fioul étaient a peu de chose près identique autour de 2F/litres. Je vous laisse imaginer l’évolution du pouvoir d’achat du producteur ces dernières années...


              • Eric-M-UMP Eric-M-UMP 13 novembre 2007 18:14

                Bonsoir David,

                Ce serait intéressant pour tout le monde que vous nous éclairiez un peu plus :

                - Disons que votre activité salariée vous rapporte 100 cacahuètes par an pour 35H hebdomadaires de travail

                - Combien d’heures de travail hebdomadaires vous demandent l’entretien de vos 25 vaches laitiéres et ce pour quel résultat en nombre de cacahuètes à la fin de l’année ?

                - Et aussi nous dire combien de litres de lait produisent 25 ’belles’ laitières annuellement pour que nos amis puissent juger de l’impact d’une variation de 10 centimes du prix du lait à la production.

                Je pense qu’ils seront surpris.

                Merci et à bientôt

                Eric


              • heyben 13 novembre 2007 20:36

                En gros David, tu confirmes que la cniel soutient les industriels et non les agriculteurs.


              • zgrouik zgrouik 13 novembre 2007 17:14

                Et nous on est pas des vaches à lait ! Toc


                • Le péripate Le péripate 14 novembre 2007 14:06

                  Moi, je ne sais pas à qui vont les augmentations. Mais mes yaourts ont bel et bien pris 20% à mon Intermarché.

                  Enfin, du moment que les écrans plasmas baissent.

                  Sauf que ça ne se mange pas.

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