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Accueil du site > Actualités > Economie > Langues étrangères et commerce extérieur

Langues étrangères et commerce extérieur

Imaginez quatre ingénieurs : un Italien, un Anglais, un Allemand et un Français. Ils discutent affaires. Carlo ne parlant pas français, Hans ne sachant pas l’italien, Pierre ne glosant pas l’allemand et Steve ne maîtrisant que sa langue maternelle, ils communiquent en anglais.

Cette langue s’est imposée comme langue vernaculaire à la suite de la première Guerre mondiale, à cause de la puissance politico-militaire américaine, reléguant le français aux oubliettes. Mieux vaudrait donc parler "d’américain". Bien souvent, le niveau de maîtrise de cet idiome est assez lamentable, aussi parle-t-on souvent de "bad simple english" (BSE), ce qu’il convient, bien entendu, de ne pas confondre avec "bovine spongiforme encephalopathy".

L’un de nos protagonistes, disons Steve - pour son accent impeccable - dit  : “I need a new machine” (littéralement : « J’ai besoin d’une nouvelle machine »). Mais que comprennent nos protagonistes vraiment ?

Puisqu’il s’agit ici d’une langue de communication internationale, celle-ci est supposée faciliter l’intercompréhension de locuteurs de différentes cultures. Dans la réalité, chacun va interpréter le propos en fonction de sa culture propre, et les cultures ne sont justement pas identiques. Cela n’a rien de nouveau. Déjà Ferdinand de Saussure distingue dans son Cours de linguistique générale (1916) contenant et contenu des mots.

Pour notre exemple, en français, machine est couramment associé à moto, en italien, macchina est synonyme de voiture, en allemand Maschine est associé spontanément à l’avion, et en anglais, machine peut faire songer instinctivement à washing machine ou dish-washer (machine à laver, lave-vaisselle). Vous pouvez élargir ce champ sémantique dans d’autres cultures !

Steve dit donc : “I need a new machine” - et tout en pensant à des référents différents, les autres vont croire qu’ils comprennent ce qui a été dit. Ils sont dans l’illusion de la communication, non pas dans l’intercompréhension, mais à son opposé. Dans le meilleur des cas, cela se terminera par une grosse rigolade, dans le pire par une dispute. Dans le monde des affaires, cela peut être fatal.

Et vous ? Vivez-vous, vous aussi, dans l’illusion de la facilitation de la communication internationale par l’anglais, ou êtes-vous conscient qu’il faille pénétrer la culture de votre interlocuteur afin de parler avec lui, fût-ce en anglais ? A propos : si vous êtes déjà en train d’apprendre la culture de l’autre, ajoutez-y donc sa langue, votre science n’en sera pas diminuée... Et le déficit commercial français reculera.

A propos : saviez-vous que l’allemand est la langue la plus importante pour l’économie française, et que l’italien est à cet égard presque aussi important que l’anglais ?

Je vous entends d’ici : « Oui, mais les Allemands parlent tous si bien l’anglais que ce n’est vraiment pas la peine d’apprendre leur langue !  » - Eh bien, vous devriez relire le passage ci-dessus... L’Allemand est représentant d’une culture germanophone et ne devient pas un Anglais en parlant cet idiome qui lui est, en effet, plus familier. Les Allemands s’intéressent d’ailleurs aux autres cultures, même plus petites - cela est dû à leur tradition particulariste millénaire. Il y a, par exemple, plus de chaires de catalan en Allemagne qu’en Espagne, et les catalanistes espagnols fréquentent les bibliothèques universitaires allemandes, plus riches en œuvres catalanes, que leur propre alma mater.

Le résultat ? - Les Allemands sont champions du monde du commerce extérieur (voir aussi : Les Echos du 15/09/2005 : "Championne du monde... de l’exportation"). L’année dernière, ils ont engrangé 156 milliards d’euros. Cette année, la République fédérale a déjà accumulé 85 milliards au premier semestre.

Notre solde commercial en revanche est négatif. L’Allemagne est notre premier partenaire. Nous y perdons chaque année des milliards d’euros, 23,1 en 2004. Pourtant, nos produits sont excellents, certainement au moins d’aussi bonne qualité que ceux de nos voisins. Souvenons-nous que cela n’a pas toujours été le cas. La France a rattrapé l’industrie allemande par la qualité de ses produits, mais pas encore par la qualité de ses compétences en "mercatique"... Le manque en compétence interculturelle n’y est certainement pas étranger.

Seuls 8% des jeunes Français apprennent la langue de Goethe, alors qu’ils sont plus de deux fois plus nombreux Outre-Rhin à étudier la langue de Molière. Mais comme le disait déjà l’ex-Chancelier Helmut Schmidt, voilà trente ans, dans une phrase souvent citée depuis chez nos cousins germaniques : « Pour vendre nos produits, nous devons parler toutes les langues du monde - mais pour nous vendre leurs produits, les autres devront se mettre à apprendre l’allemand. »

Actuellement, près de 6 millions d’élèves en France apprennent l’anglais, environ 2 millions l’espagnol, moins d’un million l’allemand et seulement 200.000, l’italien.

C’est très bien de parler l’anglais, nous l’avons vu. Mais nous avons vu aussi que la maîtrise des langues des principaux partenaires économiques est tout aussi importante. A ce titre, il est instructif de comparer les deux camemberts ci-bas. Le premier montre les proportions entre les langues les plus importantes pour l’économie française au niveau scolaire, le deuxième la proportion des échanges économiques de la France par langue. En dehors des cinq langues citées (dont le français !), les autres langues n’ont qu’une importance marginale pour notre économie.


Source : Inspection générale de l’éducation nationale / Alban Azaïs 2004


Source : Douanes françaises / Alban Azaïs 2003

 

Or, nous constatons un important écart entre les efforts de formation dans nos écoles et les besoins de la nation. Un fait qui devrait en faire réfléchir plus d’un sur son choix de langue vivante étrangère au collège et au lycée, voire dès l’école primaire.

La mondialisation, c’est l’intensification du commerce international. En réalité, cette augmentation des échanges concerne essentiellement les pays voisins. Économiquement parlant, le Benelux est un partenaire aussi important pour la France que les États-Unis. Et les EU sont le seul partenaire économique de taille qui ne soit pas un pays voisin. Avant que la Chine n’arrive à atteindre ne serait-ce que la taille de la Suisse, en termes d’échanges économiques avec nous, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts de la Seine.

Ce qu’il nous faut, ce n’est pas une anglophonie hégémonique, mais une diversification adéquate de nos efforts linguistiques, incluant, outre les langues les plus importantes sus-citées, l’apprentissage du néerlandais, du russe, de l’arabe, du portugais, du chinois et du japonais par nos élites, trilingues, au bas mot.

Et si, au lieu de fantasmer sur des échanges illusoires avec des contrées lointaines, en Amérique du Sud comme en Asie, nous nous décidions à adopter une approche cartésienne ? Le fait est qu’une approche stratégique de la compétence interculturelle renforcera notre compétitivité... durablement.


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21 réactions à cet article    


  • Manu (---.---.77.234) 19 novembre 2005 13:26

    Même si la thèse de cet article semble pleine de bon sens, il me semble important de rappeler que la finalité de l’école est de préparer des citoyens. En cela, les justifications économiques sont à proscrire. Le malaise social actuel se nourrit, à mon sens, de cette confusion entre économie et société. Le vide laissé par le tout-économique laisse une société vide de sens. Car, à part : « consommez plus tout ira mieux », quel projet de société nous est proposé ? Tant que cet état d’esprit ne sera pas dépassé, le malaise persistera.


    • nirvador 19 novembre 2005 13:49

      La suprématie de l’Anglo-américain n’est pas si ancienne que vous emblez le dire. Vous faites remonter cette suprématie à la première guerre mondiale alors que l’entre-deux guerres est marquées par un repli sur soi des anglo-saxons (protectionnisme ; crise éco). Jusque 1940, au moins, le Français assure une suprématie « d’honneur » car il reste la langue des diplomates.

      La suprématie de l’anglo-américain est plutôt récente même dans le domaine économique. On peut penser qu’elle date de la mondialisation de notre économie (depuis les années 1990)...

      Ceci dit, vous avez raison sur un point : l’allemand semble délaissé à l’école. Ce phénomène est récent et il semble qu’il soit identique outre-rhin avec me français. Mais doit-on apprendre une langue sous prétexte que le pays est notre premier partenaire. Si tel est le cas, il est temps de passer au chinois ?


      • clem (---.---.74.161) 19 novembre 2005 16:47

        Et si nous apprenions tous au moins 2 langues ? Notre langue natale ET l’éspéranto. Pourquoi cette proposition ?

        Tout d’abord parce que l’espéranto est une langue neutre : elle a été inventée dans le but de promouvoir la paix entre les peuples. Cela permet de lutter contre l’hégémonie d’une langue qui sous entend une domination économique et militaire.

        Deuxièmement, elle est très facile à apprendre. En quelques semaines, vous êtes capable de tenir une conversation. Il n’y a aucune exception dans les règles de grammaire ou d’orthographe. Alors pourquoi se borner à tous apprendre l’anglais, l’allemand ou l’espagnol ? Immaginez un peu la simplification des échanges dans les institutions européennes si tous nos représentants parlaient espéranto.

        Plusieurs millions d’être humains parlent déjà espéranto sans se sentir opprimés par qui que ce soit, alors rejoignons les !

        Plus d’infos ? http://www.esperanto-france.org/


        • Tim Morley (---.---.128.13) 20 novembre 2005 18:08

          Justement vous touchez sur un sujet peut-être peu connu mais que je rencontre quotidiennement dans mon travail en tant qu’enseignant d’anglais aux non-anglophones. Et oui, je confirme que c’est grave.

          Nos étudiants sont tous des gens professionnels, en grande partie européens mais avec quelques japonais aussi. Ils pratiquent tous l’anglais pour leur travail. Et ils surestiment presque systématiquement leur capacité d’expression claire en anglais. Même ceux qui reconnaissent qu’ils n’ont à leur disposition qu’un code appauvrit — sans nuances, en manque d’émotion, et finalement sans le *pouvoir* de leur propre langue — acceptent sans question que c’est inévitable, que « ça suffit pour moi », qu’il n’y a pas d’autre moyen de toute façon.

          Le phénomène précis dont vous parler — le fait que tout le monde peut comprendre quelque chose de différent sans s’en rendre compte — aussi est commun. Je l’ai même entendu entre anglophones de naissance de différentes parties du monde. Un exemple : le mot « quite ». Vous comprenez ce mot, vous, cher lecteur ? Si je dit que le repas que vous m’avez fait est « quite good », c’est un compliment ou plutôt le contraire ? Si un ami est « quite sick », il va comment ? Et si un crime que l’on voit au actualités est dite « quite appalling », c’est comment ? Comment traduire « quite » en français ? Est-ce « un peu » ou « moyennement » ? Est-ce « très » ou « complètement » ?

          Alors la réponse est double : ça dépend d’abord du mot qui suit. « Quite good », c’est « pas mal, mais pas super » ; « quite sick », c’est « assez malade, mais pas mourant » ; mais attention, « quite appalling » signifie « absolument affreux, le pire imaginable », c-à-d *plus* que simplement « appalling » (« affreux »).

          Mais tout ça, si ce n’est pas encore assez compliqué... tout cela n’est vrai que pour un britannique. Les américains ont beaucoup plus tendance à comprendre le deuxième sens (c-à-d « très » ou « complètement ») que le premier. J’ai entendu l’histoire d’un médecin britannique travaillant aux Etats-Unis, qui reçoit un appel sur son portable demandant qu’il vienne voir un patient qui serait « quite sick ». Alors pour lui ça veut dire qu’il n’y a rien de très grave, et il propose de passer plus tard dans l’après-midi, et il a fallu plusieurs clarifications avant qu’il comprenne qu’il s’agissait d’un appel d’urgence.

          Un autre anecdote de ma propre expérience : je dispute actuellement avec mon fournisseur de service téléphonique ici en Angleterre. Selon mes comptes, ils me doivent une cinquantaine de livres, et j’ai passé plusieurs mois à les réclamer. Alors, à chaque fois que je téléphone, je parle avec un anglophone de naissance, mais d’origine indienne, ou éventuellement pakistanaise. Déjà il faut un peu de pratique pour bien comprendre l’accent, mais cela n’est pas trop difficile ; ça s’entend suffisamment souvent dans la rue et à la télé pour ne plus choquer. Le problème, c’est que deux fois maintenant, j’ai compris que l’opérateur m’a promis le remboursement de cette somme ; deux fois cela n’a pas été fait ; et deux fois, ils ont dit qu’ils n’avaient jamais promis quoi que ce soit. Alors jusqu’ici, c’est juste une histoire de service clientèle incompétent. Mais voici le truc : en ré-écoutant l’enregistrement des conversations, je me rends compte qu’en fait on ne se comprenaient pas du tout, et que quand moi je parlais de mon remboursement, lui il comprenait quelque chose d’autre, et les deux fois que moi j’avais compris que j’aurai mes cinquante livres, en fait lui il parlait d’autre chose. Et je ne les ai toujours pas, d’ailleurs !

          Tenez, pendant que j’écris, un autre exemple, qui vient du français cette fois-ci. Dans une pièce de théâtre (dont le nom m’a échappé sur le coup, mais je pourrais le rechercher pour un éventuel intéressé) il y a une description d’un des personnages, un avocat. La première fois qu’il entre sur scène, il est en costume, chemise bien chic, cravate etc. et il porte sous son bras sa serviette. Alors, tous mes lecteurs qui sont francophone de naissance ont actuellement un bon image dans la tête de cet avocat ; mais le pauvre traducteur de la version anglaise l’avait mal compris d’exactement la même manière que moi, et dans la version anglaise, l’avocat débarque avec une serviette de bain roulée sous le bras. Comme ce traducteur, je suis anglophone de naissance, et mon français a été acquérit plus tard dans la vie, et justement comme moi, il/elle a du voir le mot « serviette », qui est un mot tout simple, que j’ai appris au collège il y a vingt ans, que j’ai entendu et utilisé mille fois depuis, et le sens a toujours été le même, et l’idée de chercher ce mot dans un dictionnaire pour contrôler que je l’ai bien compris m’apparaît ridicule — qu’est qu’il y a à ne pas comprendre ? Et ben, il se trouve qu’il y a un autre sens à ce mot que je ne soupçonnais jamais — ça veut dire aussi « une mallette », « une petite valise », « un porte-documents », juste au cas où il y a d’autres étrangers qui meurent de découvrir le sens caché de ce mot !

          Donc, il existe en français comme en anglais, mais selon mon expérience, ce phénomène de polysémie est très très courant en anglais — beaucoup plus qu’en français, j’ai l’impression — et il peut être très gênant pour des locuteur non-natifs. Il suffit de comprendre un petit mot à travers dans un phrase, et le sens de toute la phrase peut se tordre complètement. (Il faut rajouter que je suis bien conscient que mes compétences en français, surtout à l’écrit, sont toujours loin de mon niveau en anglais, et donc il est possible que j’ai plus de conscience de ce problème en anglais justement parce que je ne le remarque pas là où il existe bel et bien en français. Pourtant, j’ai toujours l’impression que ça gène beaucoup plus les non-natifs en anglais qu’en français).

          Une autre contribution ci-dessus parle de l’espéranto comme langue de communication au niveau international. Je rajouterai ici seulement que le problème que j’ai passer du temps à décrire n’existe quasiment pas dans cette langue, et que dans sa pratique, dont j’ai aussi quelques années d’expérience, je trouve vraiment beaucoup moins souvent les conversations à contre-sens que dans mon travail en anglais avec les étrangers, ou par rapport aux années que j’ai passé parmi les français. Et ceci malgré les nationalités et les cultures très mixtes qui sont le norme dans le monde espérantophone.


          • Henri Masson 20 novembre 2005 20:58

            Votre témoignage, Tim, est précieux. L’anecdote que vous citez à propos de la serviette est authentique. Elle a été racontée par Tristan Bernard, l’auteur dramatique, romancier et grand humoriste, à l’occasion d’une fête espérantiste donnée au Théâtre Femina, à Paris, le 22 février 1911, à propos d’une expérience de traduction organisée par le quotidien “Excelsior“. La voici :

            « Un jour, Pierre Verber était en Allemagne pour assister à la représentation d’une de ses pièces. Au quatrième acte, il vit tout à coup un de ses personnages arriver dans une maison, en visite, avec son chapeau à la main et un linge blanc sur le bras. Pendant tout l’acte, Pierre Verber, qui était dans la salle, se disait : »Mais qu’est-ce que veut dire ce linge blanc ?« Il n’en eut l’explication qu’à la fin. Le personnage en question était un notaire. Le texte disait ceci’ »M. Untel arrive avec une serviette sous le bras !"

            Ajoutons en passant que l’espéranto l’avait emporté haut la main dans l’expérience de traduction, en fait de double traduction du français vers le russe, l’allemand, l’anglais, l’italien, l’espagnol et l’espéranto avec retraduction de chacune des langues vers le français.

            Tristan Bernard avait en effet étudié l’espéranto car toutes ses tentatives de maîtriser l’anglais avaient échoué... Il existe d’ailleurs d’autres anecdotes amusantes de lui à ce propos.

            Les polysémies foisonnent en anglais : les 850 mots de base de l’anglais ont 21 870 significations. Beaucoup de gens croient connaître cette langue qui n’est facile qu’en apparence, ou si l’on se contente de peu au point de vue de la précision. William Auld, écrivain espérantiste qui avait été proposé pour le prix Nobel voici quelques années, avait dit quelque chose de pas vraiment gentil à propos de ceux qui croient parler de la langue de Shakespeare (pauvre Shakespeare !) :

            “...Et je souhaite enfin noter publiquement le fait que je déteste écouter des étrangers qui, ayant consacré de nombreuses années à l’étude de cette langue (l’anglais), la maltraitent, la distordent et la torturent. Ça m’agace déjà de choisir mon vocabulaire conformément aux capacités élémentaires de personnes ayant même « suffisamment » progressé ; d’écouter et de lire leurs grotesques fautes grammaticales et leur prononciation disgracieuse. J’en ai déjà assez des conversations hésitantes, des malentendus directs entre deux interlocuteurs, des banalités dûes à l’incapacité d’exprimer des pensées profondes en langue étrangère, de l’incompréhension de mes idiotismes et de l’inexactitude des leurs.

            Le professeur John C. Wells enseigne la phonétique de la langue anglaise à University College London. Ses étudiants viennent du monde entier, et ils figurent parmi les meilleurs étudiants d’anglais de leurs pays. Il en est venu depuis longtemps à la conclusion que l’anglais n’est pas ce qu’il y a de mieux pour la communication entre des peuples de langues différentes.

            Ceci dit, pour revenir au thème de l’article, les Chinois sont en pointe dans l’utilisation de l’espéranto comme langue scientifique et commerciale (faire une recherche avec les mots clés « komerco esperanto »).

            Et, pendant ce temps, nous sommes amenés, par un conditionnement, à dilapider notre temps, notre argent et nos forces pour tenter de maîtriser une langue qui donne des atouts en premier lieu à ceux qui dictent au monde leur ligne économique, politique et sociale.


            • nico 21 novembre 2005 11:51

              A lire la déclaration de William Auld, je me dis qu’il a été sage de ne pas lui donner le Nobel. Les hésitations, les accents, les idiomes existent dans toutes les langues. L’esperanto s’il simplifie les aspects grammaticaux, n’échappe pas à ça.

              Je constate que trop d’esperantistes veulent jouer un rôle d’évangéliste. La proposition de l’avant dernier paragraphe de l’article me parait tellement plus belle que l’esperanto seul, froid et présenté comme solution miracle. Au mieux, l’esperanto reste un bel outil de communication.


              • Lupo (---.---.58.85) 22 novembre 2005 07:51

                Nico, à part son existence, connaissez-vous l’ESPERANTO ?

                A lire la fin de votre commentaire, la réponse est sans aucun doute « RIEN » ou ce que la propagande contraire en dit.

                L’espéranto n’est pas ’froid’. Lisez des poèmes, des romans écrit directement en espéranto et vous pourrez constater que cette langue est capable de traduire non seulement des sentiments humains profonds, mais encore qu’elle est d’une précision remarquable, et qu’elle évolue avec la technique, donc que l’on peut parler précisemment d’ordinateurs, d’automobile, d’aviation, de commerce ou de conquête spatiale.

                Il suffit de faire un petit effort pour l’acquérir, même en auto-didacte pour débuter. Qui peut se vanter d’avoir débuté de cette manière pour l’anglo-américain ?

                En terme « d’évangélisation », il apparait que l’utilisation forcenée de l’anglais (pas le choix à l’école, matraquages radio télévisé et cinématographique, utilisation de mots par « snobisme » alors que des équivalents existent en français « prime time » « flayers » « OK », par exemple), soit en train nous évangéliser à la manière des conquistadors vis à vis des aztèques et autres amérindiens.


                • nico 22 novembre 2005 09:51

                  De façon élémentaire, j’ai étudié l’esperanto. Il semblerait que pour moi, la tâche ait été plus délicate que promis.

                  Oubliez le « froid » de mon commentaire précédent, et commentez-moi les idiomes de la langues, ses hésitations, et ses accents approximatifs et en quoi, dans le contexte de l’article, l’esperanto est meilleur qu’une autre langue.

                  Aussi, arrivez-vous à argumenter en faveur de l’esperanto sans avoir à en tirer des parallèles avec l’anglais ?


                  • Henri Masson 22 novembre 2005 18:37

                    Merci à Nico pour la blague : elle est plutôt bonne !

                    A propos d’évangélisme quel nom faut-il donner au prosélytisme pour l’anglais qui a une tout autre dimension ? Les exemples d’« ’évangélisme » qui poussent à se convertir à l’anglais existent en surabondance :

                    Le très renommé “Los Angeles Times” (31.03.2002) a publié un article selon lequel de plus en plus de parents coréens font subir une opération chirurgicale à leurs enfants de moins de cinq ans, pour qu’ils puissent mieux prononcer l’anglais. Cette opération, qui coûte de 230 à 400 dollars, consiste à inciser le frein de la langue afin qu’elle puisse mieux s’allonger et devenir plus souple. Parler l’anglais tourne à l’obsession et certains se chargent d’en faire un grand business fort bien entretenu. Il n’est pas rare que des parents coréens contraignent leurs enfants de six mois à rester devant un téléviseur durant des heures pour regarder des cassettes vidéo d’enseignement de l’anglais. D’après le quotidien coréen « Dong-A », « L’anglais est en train de faire de l’enfance un enfer ». Selon Jonathan Hills, qui enseigne cette langue sur la chaîne de télévision éducative nationale : « Apprendre l’anglais est devenu la religion nationale »...

                    Tiens ? De quel côté se trouve donc l’évangélisme ?

                    A quel conditionnement faut-il en arriver pour aboutit à de tels comportements ?

                    Il y va de l’intérêt économique et politique des Etats-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ; que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines ; que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les Américains se reconnaissent“ ... Ça, c’est un écrit de David Rothkopf dans « In Praise of Cultural Imperialism ? »).

                    Il suffit de lire les écrits du prof. Herbert I. Schiller (notamment « La fabrique desmaîtres. Décervelage à l’américaine »), pour mieux connaître l’ « évangélisme » coercitif à l’américaine...

                    Et puis, pourquoi ne pas lire « Linguistic Imperialism » dont l’auteur est un ancien du British Council (Robert Phillipson, Oxford University Press, 1992) et découvrir ainsi les termes du très évangélique « Anglo-American Conference Report » de 1961 ?

                    Pour plus de détails, je renvois les lecteurs à un article édifiant et fort bien documenté intitulé « La superpuissance et l’expansion de l’anglais » http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/amnord/usa_6-8histoire.htm

                    On y lit entre autres : « Un rapport de la CIA mentionnait que les prochaines années seraient décisives pour imposer l’anglais comme unique langue internationale. »

                    Nico : Les hésitations, les accents, les idiomes existent dans toutes les langues.

                    La structure et la phonétique de l’espéranto limitent considérablement ce problème. Rien n’est plus facile à mesurer en se livrant à une expérience, par exemple seulement pour la conjugaison de l’espéranto et de l’anglais (qui est pourtant réputée plus simple que beaucoup d’autres) afin de savoir au bout de combien de temps les hésitations et les erreurs auront disparu dans une langue et dans l’autre.

                    Quant à William Auld, il a bien précisé qu’il s’agissait de personnes qui se vantaient de connaître l’anglais.

                    Nico : Aussi, arrivez-vous à argumenter en faveur de l’esperanto sans avoir à en tirer des parallèles avec l’anglais ?

                    Plusieurs articles publiés sur AgoraVox démontrent que oui.

                    C’est fou ce que l’on découvre sur AgoraVox !


                    • skirlet (---.---.110.65) 22 novembre 2005 21:16

                      On ne serait effectivement pas obligés de tirer des parallèles avec l’anglais, si celui-là n’était présenté par des médias complaisants comme LA solution. Je suis d’accord que l’évangelisme est ailleurs smiley

                      Cette belle solution qui vous enchante dans le paragraphe indiqué est plutôt du domaine de « y a qu’à ». Apprendre trois langues - jusqu’à quel niveau ? Je connais des étrangers ayant passé des années à apprendre le russe, et ils commettent des fautes de sens (l’accent, je n’en parle même pas, il est toujours très présent) ; plusieurs subtilités, références culturelles, jeux de mots leur échappent ; quant aux déclinaisons, même les Russes parfois ne les maîtrisent pas à 100%. Les particularités de la prononciation et de l’écriture du japonais ou du chinois rendent ces langues très difficiles pour les Occidentaux. Et sans aller trop loin, la Suisse que l’on présente comme modèle de multilinguisme a de gros problèmes avec ses langues... J’ajouterai que le côté culturel d’une langue, naturel et incontestable pour les natifs, n’est accessible à un non-natif qu’après de longues années d’étude intensive (qui est capable de lire des classiques dans une langue étudiée au lycée, une fois arrivé au bac ? Même la compréhension des journaux n’est pas vraiment au rendez-vous).

                      En quoi la solution espéranto est meilleure ? Non, ce n’est pas la langue qui est meilleure, c’est bien la solution smiley En raison de sa neutralité, sa facilité d’apprentissage, sa précision, sa souplesse. C’est un bon outil de communication « au mieux » ? Mais c’est déjà énorme ! Pourquoi étudie-t-on les langues étrangères ? En gros :
                      - pour la communication
                      - par goût envers telle ou telle langue.

                      Pour la communication, il faut maîtriser l’outil au plus vite. Et ici, l’espéranto est un champion incontestable. Sûr qu’il faut faire des efforts, point ne volera vers ta bouche une colombe rôtie, mais ces efforts sont vite recompensés. Qui plus est, l’espéranto aide dans la réalisation de la deuxième raison indiquée : non seulement par l’effet propedeutique, non seulement parce qu’il donne goût aux langues, mais aussi parce que, si l’espéranto était admis comme un minimum nécessaire de communication internationale (une espèce de RMI linguistique smiley), l’offre des langues dans les écoles pourra être élargie, afin que les élèves ne choisissent pas les langues en fonction de leur « utilité », mais bel et bien par goût et pour la découverte d’une culture.


                      • nico 23 novembre 2005 10:05

                        Henri, je dois avouer que je suis un peu géné : je ne cherchais pas à faire de l’humour. Votre commentaire est en trois points : évangélisme, idiomes et esperanto-anglais.

                        En ce qui concerne l’évangélisme, vous évoquez les évangélistes de l’anglais. Vous « prêchez » un convaincu. Je suis un fervant militant du multi-linguisme, l’anglais est pour certains (individus, pays...) un outil parfois d’oppression, parfois de domination et rend ce multi-linguisme plus fragile. Je reviens sur votre évangélisme dans le troisième point.

                        Les idiomes, les sens multiples, je devrais me taire et me replonger dans mes bouquins, mais ça ne fera pas avancer la discussion. Ils sont des situations où dire des bétises vaut mieux que se taire. J’avais simplement en tête les radicaux ’avi’ ’ad’ ’il’ ’o’ ou les krokodiloj. Les sens multiples sont déjà présent, si un jour l’esperanto s’« émancipe », ce sera aussi incontrolable qu’une langue naturelle. Tout cela n’est qu’une émergence naturelle de nouveaux concepts, de nouvelles expressions, de raccourcis du language. Ou bien l’esperanto est-il si rigide qu’il ne le permet pas ? Vous ne parlez pas des hésitations, source d’énervement de William Auld, et qui sont aussi inévitables, même en esperanto ; j’en suis la preuve.

                        Enfin, dans vos articles sur Agoravox, vous traitez d’information ayant pour fil directeur l’esperanto. Je comprends aisément que vous n’ayez pas recours à la comparaison de l’anglais : de l’information ne constitue pas une argumentation. Je vous renverrai simplement sur le premier point traité ici, puisque vous essayer de justifier votre évangélisme esperantiste par celui de l’anglais.

                        Ces questions et les problèmes soulevés m’intéressent. Je suis disposé à en parler ici, mais aussi en privé. Mais s’il vous plait, n’utilisez pas de réthorique de déstabilisation en considérant mes commentaires comme des blagues. Ne m’accablez pas de vos connaissances livresques. Nous sommes là pour débattre et non pour affirmer, et c’est une affirmation.


                        • krokodilo (---.---.117.134) 23 novembre 2005 12:32

                          Je trouve le qualificatif d’évangélisme inapproprié car lié aux religions. Il s’agit de militantisme (en faveur de l’Eo) et cela n’a rien de crititicable. Sinon, tout devient évangélisme, l’action politique, humanitaire, écologique, un édito dans un journal, la distribution de tracts, etc. Les militants proposent leurs arguments, et le contradicteur dispose. C’est l’absence de militants convaincus des qualités de l’espéranto qui ferait fortement douter de son intérêt. Quant au multilinguisme, il me fait irrésistiblement penser à l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours... Ce n’est qu’une hypothèse, extrapolée à partir d’un cercle restreint de polyglottes dont le métier les fait pratiquer quotidiennement (Assemblée européenne, journalistes, politiques, traducteurs, artistes voyageant, famille bilingues, etc.) mais inapplicable à la majorité, de même qu’à l’enseignement scolaire. Des précisions, svp : quelles langues, combien, à quel niveau... On compare une théorie (le multilinguisme) avec une solution qui a fait ses preuves (par exemple la possibilité de lire un site fait par un chinois en espéranto après seulement un an d’étude tranquille).


                          • Negravaski (---.---.205.197) 24 novembre 2005 10:13

                            Nico, vous avez raison. Ce qu’il faut, c’est comparer, et comparer dans la pratique. J’ai assisté et participé à beaucoup de réunions internationales en anglais, j’ai aussi assisté et participé à beaucoup de réunions internationales en espéranto.

                            Sur le plan de la prononciation, il n’y a pas de doute que la comparaison est favorable à l’espéranto. Le simple fait qu’il n’ait que cinq voyelles au son pur le rend nettement plus clair à l’audition pour tous que l’anglais avec ses seize sons voyelles souvent difficiles à différencier. La plupart des peuples n’arrivent pas à distinguer *bad manners* « mauvaises manières » de *bed manners* « façon de se comporter au lit ». *Third* « troisième » et *first* « premier » sont souvent impossible à distinguer lorsqu’ils sont prononcés avec un accent japonais ou coréen. Alors que même avec un accent chinois, arabe ou australien, *tria* (« 3e ») et *unua* (« 1er ») sont parfaitement clairs. Par ailleurs, presque tous les mots, en espéranto, se terminent par une voyelle, une semi-voyelle, un /s/ ou un /n/ et il y a peu de monosyllabes. Pour beaucoup de peuples, des groupes de consonnes fréquentes en fin de mot en anglais comme /rst/, /pt/, /lk/, etc. sont une torture que leur épargne ce trait de l’espéranto, qui, en outre, facilite sensiblement la compréhension.

                            Sur le plan grammatical, l’espéranto évite le flou de l’anglais, cause de bien des malentendus. Un *English teacher* peut être turc ou bolivien, mais cette expression est comprise par beaucoup de non-anglophones comme signifiant « prof britannique ». Est-ce qu’une *patient information volunteer* à la réception d’un hôpital est une bénévole qui donne des renseignements sur les malades ou une bénévole affectée au service de l’information qui se trouve être dotée d’une grande patience ? Pareille ambiguité est impensable en espéranto. Troisième exemple : *malaria therapy* et *malaria treatment* ont la même structure et *treatment* est synonyme de *therapy*. Pourtant la première expression désigne une forme de traitement, l’impaludation thérapeutique, alors que la deuxième veut simplement dire « traitement du paludisme ». En espéranto, on dit *permalaria terapio* dans un cas, et *malaria traktado*, ou mieux *traktado de malario* dans l’autre. On ne rencontre guère dans cette langue les confusions auxquelles l’anglais donne lieu.

                            Enfin, on obtient beaucoup plus facilement de l’assurance en espéranto qu’en anglais. On a un sentiment de sécurité parce qu’on peut se fier à la cohérence de la langue. Il y a beaucoup moins de pièges qu’en anglais, on le sait, et ça donne confiance. La dernière fois que j’ai parlé anglais en public, j’ai fait un certain nombre de fautes qui auraient été impossibles en espéranto : *costed* au lieu de *cost*, *indict* prononcé avec /ikt/, comme dans *derelict*, alors qu’il aurait fallu prononcer avec /ait/ comme dans *right*, accent tonique mal placé dans *monitoring*, etc. En anglais j’hésite beaucoup plus qu’en espéranto. Au terme d’un exposé en espéranto, je suis nettement moins fatigué, nerveusement, que si j’ai dû m’exprimer en anglais. Or j’ai probablement plus de pratique de l’anglais que de l’espéranto. Quand on parle espéranto, on se pose moins de questions, on se laisse porter par la régularité de la langue. Comme l’effort du cerveau ne porte pas sur la forme, on peut se concentrer sur le fond et faire attention à ce qu’on dit, et pas à la manière de le dire correctement.

                            Je pourrais continuer pendant des pages et des pages, mais ce serait lassant. Dans mon expérience, il n’y a pas de doute que l’espéranto est très supérieur à l’anglais, tant du point de vue de la rapidité d’acquisition, que de la clarté, de la précision et de la possibilité de s’exprimer avec une belle spontanéité.

                            C’est vrai qu’il peut y avoir quelque chose d’énervant dans la ferveur avec laquelle certains défendent l’espéranto, mais il n’est pas moins énervant, quand on sait par expérience à quel point il dépasse par la qualité (et le faible investissement en effort) les autres moyens de surmonter la barrière des langues, de voir le temps et l’argent que notre société fait perdre aux élèves et aux populations en général parce qu’elle fait comme s’il n’existait pas et comme s’il n’y avait pas d’alternative à l’anglais. Il serait temps de se mettre à comparer. Comparer dans les faits, comparer à tous points de vue. Ce conseil de Nico devrait être adressé à tous ceux qui ont la responsabilité du bien-être des populations, sinon au niveau mondial, du moins au niveau européen.


                            • nico (---.---.28.2) 24 novembre 2005 10:25

                              krojkodilo, pour ma part, c’est l’idée de combiner langue natale et esperanto qui ne me parait pas applicable. Il est souvent reproché aux fous partisants du tout anglais (qui avancent qu’avec leur langue favorite, ils sont capables de parler avec tout le monde de tous les pays) qu’ils pourront au mieux discuter normalement entre l’aeroport, l’hôtel et le marché aux touristes. Je crois avoir vu des chiffres estimant les anglophones à 10% de la population mondiale : il reste des trous géographiques à combler. Je ne comprends pas comment l’esperanto peut faire mieux que cela.

                              J’admets volontier que l’esperanto est facile à apprendre, mais j’ai des notions de langues romanes. Qu’en est-il des gens parlant swahili, vietnamien... Une grammaire transparente ne suffit pas à une langue pour être universalement facile. N’est-ce pas ainsi une défense vaine d’une culture latine face à une culture anglo-saxone ?

                              Non, je crois au multi-linguisme. Jusqu’à quel point ? Combien ? Le plus loin possible, le plus possible, puisque de toute façon, il faut se faire à l’idée qu’on ne parlera jamais sur Terre une langue unique par sa structure et sa culture (le plus possible peut aussi se limiter à la langue natale).C’est mon avis, je ne suis pas linguiste.


                              • nico (---.---.28.2) 24 novembre 2005 10:32

                                Merci Negravaski. Mon dernier commentaire aurait aussi pu s’adresser à vous.


                                • skirlet (---.---.15.35) 24 novembre 2005 11:42

                                  Je suis d’accord que le terme « évangélisme » est mal choisi. J’ajouterai que l’évangélisme est plutôt une présentation fumeuse et ésotérique : croyez très fort et de préférence sans réfléchir, et vous aurez. Si c’est raté, alors votre foi n’était pas assez forte. On constate certains traits communs avec la présentation de l’anglais. Récemment j’ai reçu la pub qui disait : avec notre méthode, travaillez 10 minutes par jour, et dans deux ans vous parlerez anglais presque comme un natif. Si vous n’avez pas réussi, alors c’est votre faute, vous êtes nul en langues... L’espéranto ne promet pas de fumisteries, au contraire : c’est une langue qui fait appel à l’intelligence des « apprenants », comme on le dit actuellement, et non à la mémorisation mécanique.

                                  Par ailleurs, je crois qui vous confondez « langue unique » et « langue commune ». Le besoin de communication est très fort, la vie est courte, et on doit apprendre tant de choses... Dites, Nico, parlez-vous une langue aussi bien que votre maternelle ? Non, l’espéranto ne sous-entend une seule langue dans le monde. C’est la diversité des langues qu’il faut préserver, en leur fournissant un intermédiaire qui permettrait communiquer avec les étrangers d’égal à égal. Mais ceux qui veulent apprendre d’autres langues, pourquoi pas. Les espérantistes croient aussi au multilinguisme : langue régionale, langue nationale, espéranto pour les échanges, une (deux, trois etc.) langue(s) étrangère(s) pour le plaisir, la curiosité etc.

                                  Vos 10% est un chiffre déjà dépassé. La population anglophone est estimée actuellement à 4,6%. Je ne comprends pas votre remarque sur l’espéranto : faire mieux que quoi ? Avoir des natifs ? Mais ce n’est pas son but. S’il s’agit de la démographie, l’anglais n’est pas la langue qui possède le plus des natifs.

                                  Vous pensez (à tort) que l’espéranto est une langue latine. Je suis d’origine russe, et pour moi l’espéranto a été la langue la plus facile à apprendre, plus facile même que les langues du même groupe linguistique. Posez des questions aux Asiatiques, aux Africains, pour savoir si l’espéranto est facile pour eux aussi. Et puisque vous adressez votre remarque à Negravaski également, je me permets d’indiquer quelques-uns de ses articles sur le sujet :

                                  http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/langueoccidentale.htm http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/comprendreafr.htm http://claudepiron.free.fr/articlesenanglais/europeanorasiatic.htm


                                  • Henri Masson 24 novembre 2005 11:53

                                    L’évangélisme à l’américaine pour l’anglais, si le terme « évangélisme » vous plaît tellement à propos de l’espéranto, Nico, est fort bien décrit sur un document intitulé « La superpuissance et l’expansion de l’anglais », chapitre 8 de l’« Histoire sociolinguistique des États-Unis » publiée par Jacques LECLERC sur : /www.tlfq.ulaval.ca/axl/amnord/usa_6-8histoire.htm> (« L’aménagement linguistique dans le monde », Québec, TLFQ, Université Laval).

                                    Il serait plus amusant de parler d’« angélisme » à propos de l’espéranto et d’« évangélisme au B-52 » pour l’anglais. Le maréchal Lyautey, cité dans le document indiqué ci-dessus, avait dit : « Une langue, c’est un dialecte qui possède une armée, une marine et une aviation ». Staline aurait pu dire : « Combien y a-t-il de divisions derrière l’espéranto ? ». Vu sous cet angle, le mot « angélisme » pourrait effectivement paraître plus juste smiley Bon nombre d’espérantistes ont goûté au goulag pour avoir cru qu’il y avait quelque chose d’humain dans l’homme...

                                    Mais j’ai l’impression que l’on dérive sérieusement du thème initial proposé par AlbanA. Qu’il veuille bien nous excuser !

                                    Quoi qu’il en soit, la solution parfaite n’existe pas. L’espéranto se propose comme la solution la moins imparfaite et il s’agit là de la clé de voûte d’un multilinguisme sain et équilibré. Il est donc heureux que le rapport Grin le prend en considération.

                                    A noter que les deux rapports précédents du sénateur Legendre avaient fait le silence sur l’espéranto. Le rapport Herbillon avait osé soulever légèrement le voile, et il est intéressant d’y découvrir les raisons du blocage révélées par le député Pierre Forgues. Des précisions à ce sujet peuvent être trouvées dans un article intitulé « La communication plombée » publié dans le numéro de décembre du supplément en français de La SAGO qui vient d’être mis en ligne. Le rapport Thélot, lui, conseillait de mettre plutôt le bras que le doigt dans l’engrenage de l’anglais et faisait le silence sur l’espéranto.

                                    L’apprentissage des langues devrait en effet commencer par l’espéranto. Toutes les expériences effectuées jusqu’à ce jour, depuis maintenant un siècle, ont montré qu’enseigner l’espéranto en premier constitue un gain de temps, et donc d’argent, dans l’apprentissage ultérieur d’autres langues. Ce rôle de tremplin et de stimulant est totalement ignoré par les autorités de l’éducation qui devraient admettre, comme le professeur Robert Phillipson (l’auteur de « Linguistic Imperialim » et de « English-Only Europe ? ») après qu’il ait observé, à Prague, en 1996, le déroulement d’un congrès universel d’espéranto : “Le cynisme autour de l’espéranto a fait partie de notre éducation”.

                                    Bien sûr, j’en vois venir et dire d’un air narquois « Ben alors, si ’votre’ espéranto était si bien que cela, ça se saurait, il y a longtemps que ce serait LA langue internationale ! ».

                                    Il s’agit là d’une belle manifestation d’ignorance des aspects historiques de cette langue et des difficultés qu’elle a tout de même réussi à surmonter malgré des obstacles de taille tels que les régimes totalitaires. Que l’on veuille bien comparer l’histoire de l’espéranto avec celle des chiffres indo-arabes, du système métrique et de certaines inventions. Parmi beaucoup d’autres, l’inventeur Rudolf Diesel en savait quelque chose : "Je considère cette langue du point de vue de l’ingénieur dont les efforts s’orientent vers l’économie d’énergie... Le but de l’espéranto est d’économiser du temps, de l’énergie, du travail, de l’argent et d’accélérer, simplifier les relations internationales. De ce point de vue, il est difficile de comprendre les oppositions, telles qu’elles apparaissent encore contre l’adoption d’une chose si utile pour l’humanité. Je considère l’espéranto comme une nécessité pour la paix et la culture."

                                    En ce qui concerne le multilinguisme, il existe une anecdote connue dans le monde espérantophone. L’industriel roumain Henri Fischer, grand polyglotte, avait fait part aux participants du congrès universel d’espéranto de Dresde, en 1908, d’une expérience personnelle vécue en 1903 :

                                    Au cours d’un voyage vers l’Extrême-Orient, j’avais pris place dans le wagon-restaurant du train de Bucarest à Constantinople. A peine installé, je remarquai un voyageur qui essayait en vain de faire comprendre au garçon ce qu’il désirait. Ce dernier mit en pratique ses connaissances linguistiques ; il parlait le roumain, le serbe, le turc, le bulgare et le russe. Hélas, l’étranger ne comprenait pas. Prêt à lui tendre une main secourable, je m’approchai - outre le roumain, je parle sept langues - et lui demandai en allemand, français, anglais, italien, hongrois, espagnol et grec, si je pouvais lui rendre service. Mais en vain. L’étranger ne comprenait aucune de ces douze langues. Je me rappelai alors un article de journal traitant de l’espéranto que j’avais lu quelque temps auparavant, mais sans y ajouter foi. Je finis donc par lui demander : “Chu vi parolas Esperanton ?” [remarque : « chu » vient du polonais « czy » = est-ce que ?]]. Un cri de joie me répondit : “Jes, mi parolas !”. Et il continua à me parler une langue qu’à mon tour je ne comprenais pas, car mes connaissances de l’espéranto se bornaient alors à cette seule phrase. Dès que l’étranger s’en aperçut, il remédia de suite à mon ignorance en me mettant dans la main une petite “Clef de l’Espéranto”*, de celles qui existent dans la plupart des langues. Malgré son poids minime, ce livre contient la grammaire complète et le vocabulaire de la Langue Internationale. Je me mis aussitôt à l’étude et, dix heures plus tard, quand nous nous retrouvâmes sur le pont d’un bateau, je pouvais déjà me faire comprendre en espéranto.

                                    Et l’industriel roumain de conclure, parmi les rires de l’assistance : “J’appris donc ainsi que mon nouvel ami était suédois et parlait quatre langues : le suédois, le danois, le norvégien et le finnois. A nous trois, le garçon de restaurant, l’étranger et moi, nous connaissions seize langues sans pour cela pouvoir nous comprendre !

                                    Le temps paraît donc venu, un siècle après cette expérience, de prendre l’espéranto avec considération plutôt qu’avec commisération.

                                    — -

                                    * En fait, ces clés, inventées par un chimiste allemand, Herbert F. Höveler, étaient de minuscules brochures de format à peu près égal à celui de la moitié d’une carte potale courante. Sur 30 à 40 pages, elles donnaient un aperçu grammatical et un vocabulaire suffisant pour permettre de s’exprimer en quelques heures, certes élémentairement, mais bien mieux qu’après des mois d’apprentissage de l’anglais de base.


                                    • krokodilo (---.---.15.35) 24 novembre 2005 13:06

                                      Nico, je crois qu’on peut combiner les deux, de même que beaucoup de Français parlent plus ou moins leur langue régionale, ou la comprennent. Je ne suis pas non plus linguiste ni historien, mais il me semble que l’histoire montre qu’à chaque niveau d’organisation sociale (en taille), le besoin d’une langue s’est fait sentir. Certes, ce fut souvent imposé par la force (Empire romain, etc.) De même en France comme ailleurs, il est plus pratique de discuter en français que de pratiquer une compréhension passive ou un multilinguisme occitano-breton-catalan-corse, etc. Ce besoin est de plus en plus manifeste, avec la mondialisation, tant en Europe que pour les ONG, L’ONU, le commerce. Au final, il me semble que la question est très simple, ce sera soit le multilinguisme (si tant est que ce soit possible, pour moi c’est au mieux une théorie), soit l’anglais, soit l’espéranto. Remarquons que celui-ci est soigneusement passé sous silence sur le site de la Commission européenne des langues... et que le rapport Grin paraît destiné aux oubliettes. Ce site est par ailleurs un modèle de désinformation et de manipulation : cf l’absurde enquête récente d’Eurobaromètre où on a posé directement la question aux gens : parlez-vous une langue étrangère ? Oui. 99% parlent, etc... Apparemment, la notion scientifique d’échantillon représentatif et de critères est devenuse obsolète ! A noter aussi que le débat évite systématiquement d’utiliser une échelle de niveau de langue (acheter une bière, écouter les infos, lire un roman, discuter politique, argot, idiomes ?)


                                      • (---.---.142.167) 24 novembre 2005 14:24

                                        A propos d’évangélisme quel nom faut-il donner au prosélytisme pour l’anglais qui a une tout autre dimension ?

                                        Il est clair qu’il y a une volonté manifeste de la part des anglo-saxons d’imposer l’anglais comme langue internationale. Mais dans ce domaine, la loi est celle des plus forts. Combien d’anglophones ? d’hispaniques ? de chinois ? Dans 20 ans, à propos d’évangélisme, faudra-t-il parler du prosélytisme chinois ?


                                        • Alexandre Santos Alexandre Santos 24 novembre 2005 14:28

                                          “ces clés, [...] étaient de minuscules brochures de format à peu près égal à celui de la moitié d’une carte potale courante. Sur 30 à 40 pages, elles donnaient un aperçu grammatical et un vocabulaire suffisant pour permettre de s’exprimer...”

                                          Existe-t-il des versions en ligne de ce genre de clefs ? Je suis en train de réunir de la documentation pour commencer à apprendre l’esperanto en janvier...


                                          • Henri Masson 25 novembre 2005 07:09

                                            Il ne me semble pas qu’il existe une clé d’espéranto à partir du français, mais ce ne serait pas excessivement difficile d’en créer car il existe sûrement des bases quasiment prêtes pour en préparer une. J’ai fait une recherche Google avec >clé espéranto shlosilo<, mais le résultat est sans grand intérêt. J’ai malgré tout trouvé un dictionnaire de plus de 9000 mots réalisé à partir du dictionnaire multilingue ERGANE : /arc.en.ciel.free.fr/sitesp/eo-fr-ascii>

                                            Le dictionnaire de poche F-E/E-F de SAT-Amikaro (format d’une carte postale courante) peut en partie jouer ce rôle du fait qu’il comporte un condensé grammatical de 15 pages.

                                            Je ne connais pas bien le CD « Lernu ! » (Apprenez !) que l’on peut se procurer pour seulement 2 euros, mais je pense qu’il est déjà infiniment plus riche en possibilités par rapport aux clés qui avaient été lancées voici un siècle. Voir aussi le site du même nom qui permet d’apprendre l’espéranto à partir de 24 langues : Lernu ! /www.lernu.net/>

                                            Amike. Henri

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