C’est très curieux, je n’arrive pas à prendre tout à fait au sérieux cette tragédie de la dette et la mise en scène autour des agences de notation et du AAA qui devient AA+ ici ou là, avec le peut-être ici demain et pourquoi pas là après-demain, le redoutable CCC ...etccc... J'en passe !
J’ai presque l’impression de vivre une très mauvaise pièce de boulevard. Il faudrait me remettre dans le droit chemin et m’expliquer l’inanité de mon sourire narquois parfaitement condamnable en ces circonstances que les belles personnes trouvent terribles. De nombreuses explications toutes plus argumentées les unes que les autres sont sans doute à même de m’expliquer que nous vivons « la fin d’un monde », que plus rien ne sera comme avant,et, plus fort encore : que le gouvernement mondial est décidément nécessaire pour les uns, la fin du capitalisme envisageable pour les autres.
Il y a deux ans, après la faillite de la fameuse banque américaine, la crise des crédits non solvables sur les habitations des « pauvres américains » et toute la suite, on entendait des condamnations, des sermons et bonnes résolutions : les traders au pilori, plus jamais ça, régulation … régulation … pfuttttt … Il y aurait maintenant des irresponsables, pusillanimes et plus ou moins nerveux ou cocaïnés, qui tiendraient le haut du pavé et feraient la pluie plutôt que le beau temps en déclassant untel par rapport à untel etc. Il faudrait comparer la Grèce aux USA, le Togo à l’Afghanistan ou à la Somalie martyre, que sais-je ? Billevesées, Mesdames, Messieurs, billevesées …
Qu’il n’y ait pas de méprise, il ne s’agit pas de penser que les évolutions actuelles du capitalisme financier n’auront aucunes conséquences, que les dettes inconsidérées et non productives seront sans effet sur les peuples. Bien au contraire, elles auront comme conséquence première de renforcer ce capitalisme financier par ailleurs vilipendé et d’affirmer encore un peu plus sa main mise sur les États. Le but ultime de cette sordide mise en scène n’est au final que celui-là.
La « pièce » qui se joue actuellement pourrait aussi cacher des motivations plus guerrières. La fourmi chinoise ou russe en possession de larges parts de la dette des cigales, que lui restera-t-il si par hasard cette dette ne devenait qu’un chiffon de papier : à l’image de nos grands-parents détenteurs d’emprunts russes de l’époque (la grande), plus grand-chose. Je suis certains que des spécialistes viendront expliquer que ce n’est plus possible … Tout est possible en politique, jusqu’au jour ou … tout est possible !
Révolution, crient certains … Révolution … Ils perçoivent dans les contorsions affichées les soubresauts d'une agonie qu'ils appellent de leurs vœux. Avez-vous vu des révolutionnaires ayant beaucoup à perdre et le risquant dans la rue ou dans des jeux brutaux ? Le capitalisme a été suffisamment malin pour laisser du « à perdre », certes de moins en moins, mais quand même ! Il a même parfois le machiavélisme d’envoyer aux manettes des États de bons socialistes acquis aux lois de son marché, des régulateurs réformistes, qui n'ont de cesse de corriger légèrement le "à perdre" au profit de la dette et rendre ainsi la révolution plus difficile. Plus fort parfois, il laisse à ces progressistes, le soin d'étrangler un peuple moins immédiatement irrité à l'image de ce qui se passe en Grèce.
Jean-Luc Mélenchon rompt le silence estival de son blog pour écrire un très joli papier : « Le roi est nu ». Il démontre que tous ces avatars étaient prévus et amplement décrits par ses amis et lui-même, il décrit les périodes difficiles à venir en exhortant à les affronter avec courage et espoir : « On peut imaginer qu’à la faveur des désordres et des dislocations qu’une crise majeure provoquerait, les sociétés elles-mêmes bifurquent et s’orientent sur d’autres valeurs et modes sociaux que ceux dans lesquels nous avons vécu jusque-là". Prudent le Jean-Luc : "on peut imaginer" ... C’est normal, il essaye de communiquer une volonté de l’action, une vision de sortie du système encourageante, mobilisatrice. Sur le fond il pourrait avoir raison, mais il oublie qu’il assiste à une pièce de théâtre bien rodée se déroulant devant un public rendu très sage par l’âge et des acquis qui participent à la dette, un public capable de l’ovationner lui ou une autre, tout en restant dans son fauteuil.
Une bonne guerre, mon bon Monsieur, diront les « brefs » : c’est malheureusement souvent l’ultime remède d’un capitalisme à la recherche de nouveaux « marchés » et d’une remise à zéro des « compteurs ». Souhaitons que les belles personnes n'en soient pas encore à ce stade de réflexion !

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