La préface ne manque pas totalement de pertinence mais peut agacer tout de même par son ton déclamatoire qui tient pour une part à une certaine difficulté de positionnement. On peut regretter aussi les nombreux défauts d’édition. Yann Moulier-Boutang néglige trop la forme, hélas ! On peut y voir le symptôme du manque de temps et de l’imperfection des choses mais c’était encore pire avec son précédent grand livre De l’esclavage au salariat : économie historique du salariat bridé (1998) qui fourmillait pourtant d’aperçus stimulants. Il soulignait déjà l’importance de la question des externalités positives et des coûts de transaction, même s’il mettait au premier plan un "éloge de la fuite" et de la mobilité qu’on pouvait trouver un peu excessif !

Le plus contestable, sans doute, dans sa "vision du monde", vient de Toni Négri : cette idée saugrenue que la "puissance constituante" serait du côté des Multitudes, comme si cette prise en masse recouvrait une quelconque unité ou capacité d’action, nous accablant ensuite du choix de nos oppresseurs : c’est le valet qui fait le maître, c’est l’ouvrier qui fait le patron, c’est le consommateur qui fait le marché, mon oeil ! L’accès aux réseaux, aux ordinateurs, aux téléphones portables ne sont certainement pas des "conquêtes ouvrières" (p. 56) ! Il semble bien que ce soit le concept d’externalités positives pris de façon un peu trop gobalisante qui mène à ces erreurs de perspective, tout comme il l’amène à flirter avec "l’ordre spontané" de Hayek ou bien à faire un peu trop confiance à une "intelligence collective" qui est plutôt à construire. Il faudrait mieux distinguer les effets collectifs de leurs multiples acteurs car ce qui est déterminant dans un système, ce ne sont pas ses éléments et leur supposé libre-arbitre, c’est le principe organisateur. C’est pourquoi nous avons à nous organiser collectivement contre ce qui nous menace, contre l’administration des choses, refuser l’inacceptable et construire une alternative, ce qui est bien difficile en effet, plutôt que de se fier à une résistance diffuse des multitudes. Tout aussi contestable me semble le rôle qu’aurait joué la "critique artiste" dans les transformations du capitalisme selon Luc Boltanski, les véritables causes sont plus matérielles !

Ce n’est donc pas sur le plan politique qu’on se retrouvera vraiment, mais bien plus sur l’analyse économique de ce qu’il appelle le "capitalisme cognitif" et de ses contradictions. Le plus intéressant c’est effectivement cette synthèse originale de l’analyse économique des transformations en cours, mêlant, comme dans le premier livre, école de la régulation, théorie de l’évolutionnisme, développement endogène, externalités, coûts de transaction, rationalité limitée, etc. Impossible de faire une véritable recension du livre qui détaille tout ce qui oppose les évolutions actuelles avec le modèle industriel, notamment ses conséquences sur les droits de propriété ou la nécessité d’un revenu garanti, propositions où l’accord est total. On peut d’autant plus s’étonner de l’insistance à garder malgré tout l’ancien cadre du capitalisme alors que tous ses rapports de production manifestent douloureusement leurs contradictions avec les nouvelles forces productives ! Bien qu’on parle à l’évidence de la même chose, la querelle ne se limite pas au vocabulaire à déplacer l’accent sur l’information, plutôt que sur le "cognitif", et sur l’indispensable sortie du capitalisme salarial au profit du travail autonome et de "l’économie quaternaire". S’il ne fait pas de doute que le capitalisme, à la fois, reste dominant et se transforme profondément, est-ce dire que c’est notre avenir pour autant ? On peut estimer au contraire que tout laisse à penser que non !

Information et connaissances

Commençons par le moins important, sans doute, par ce que l’expression de capitalisme "cognitif" peut avoir d’un peu trop optimiste. Il l’oppose, avec quelques raisons, aussi bien à la "société de l’information" (ou de la communication) qu’au "capitalisme technologique" ou même à une simple "économie reposant sur la connaissance". Voyons ses arguments :

Tout se passe comme si après avoir cherché vainement le secteur qui succéderait à l’automobile pour tirer la croissance, on était venu à penser à un fordisme renouvelé par le secteur de production de la connaissance. Or la transformation touche la totalité de l’économie et détruit jusqu’à l’idée très manufacturière d’un secteur porteur. Le second malentendu concerne le terme même d’économie pour désigner une transformation du capitalisme. p. 61.

L’économie ne repose pas sur la connaissance (la société, elle, oui), mais sur l’exploitation de la connaissance. p. 215.

Ce qui caractérise donc le capitalisme cognitif, ce n’est donc pas qu’il repose sur les connaissance et encore moins sur le secteur limité qui produit des connaissances (les départements R&D des grandes entreprises ou les investissements en machines employées dans ce secteur). Il conquiert ses titres de noblesse et son rang dans la prospection, dans la valorisation et dans l’exploitation des éléments des connaissances qui résistent à la codification numérique et qui incorporent le maximum d’externalités positives. Nous avons nommé cette particularité l’exploitation de la force inventive du travail vivant ou l’exploitation de degré deux. p. 216.

La première limite de la thèse de la société de l’information est que, comme la précédente, elle oublie la nature capitaliste de la société (...) Mais le reproche le plus important à lui adresser est la confusion qu’elle entretient entre information et connaissance. Et du même coup la réduction de la seconde à la première. p. 62.

La connaissance est irréductible à l’information (...) Cette distinction n’est pas seulement vitale pour le capitalisme cognitif, elle l’est pour une perspective de libération de la société et nous permet d’échapper à une vision profondément pessimiste qui affleure chez Lawrence Lessig ou Philippe Aigrain. S’il n’est question que de biens-informations et que pour les valoriser sur le marché il faut en limiter les droits d’accès, la lutte pour la liberté d’internet est mal partie (...) Le capitalisme cognitif s’intéresse à la valorisation de l’intelligence et de l’innovation, pas à celle de l’information (...) Pour être productif, il est condamné à vivre avec des degrés nouveaux et inouïs de liberté. p. 63.

A la différence des théories du capitalisme de la connaissance ou de la société de l’information, l’accent est mis sur l’appropriation humaine des connaissances instrumentée par la technique ainsi que sur l’organisation comme résultat d’un compromis social qui parvient à construire des contrats privés et à établir des normes publiques. p. 69.

Le capitalisme cognitif produit des connaissances au moyen de connaissances et du vivant au moyen du vivant. p. 85.

Le mode de production du capitalisme cognitif (...) repose sur le travail de coopération des cerveaux réunis en réseau au moyen d’ordinateurs. p. 87.

Il en résulte que le capital humain et la qualité de la population sont devenus d’ores et déjà le facteur crucial de la nouvelle richesse des nations. p. 88.

On voit que l’essentiel de l’argumentation consiste à mettre le "travail vivant" au coeur du processus en rejetant un déterminisme technologique "dans lequel les usages sociaux de la technique ne jouent qu’un rôle très secondaire" (p. 65). La valeur se réfugie désormais dans ce qui ne peut être programmé, dans la capacité de résolution de problèmes. C’est ce qui lui fait définir le "capitalisme cognitif" comme "la production du vivant au moyen du vivant". Ce n’est pas du tout sans pertinence, on peut cependant trouver que cela ne recouvre pas entièrement tous les effets de la "révolution numérique" qui est bien d’abord un fait technologique même si, effectivement, il renforce ce que nous pouvons avoir de spécifiquement humain ! A mesure que l’automatisation se généralise, ce n’est plus notre "force" de travail qui est valorisée mais bien notre intelligence, nos relations, nos émotions, notre créativité. Est-ce que tout cela peut être englobé sous le terme de capacité cognitive ? Ce n’est pas sûr, de même qu’insister sur le "travail vivant" reste trop général et un peu trop optimiste en escamotant l’infrastructure informatique omniprésente et la domination de la technique qui pénètre tous les interstices de la vie.

La dimension cognitive est bien sûr très importante et même cruciale pour notre époque. On peut penser ainsi que la construction d’une "démocratie cognitive" est absolument vitale pour résoudre les problèmes écologiques auxquels nous avons à faire face, mais cela n’empêche pas qu’on ne peut ranger toutes les caractéristiques du devenir immatériel de l’économie sous cette rubrique. Parler d’économie de l’information serait plus approprié à condition d’avoir une conception moins caricaturale de l’information que l’auteur qui la réduit aux "données". L’information, bien sûr, ne vaut rien en elle-même, sans le récepteur pour lequel elle fait sens, mais qui n’est pas forcément un organisme vivant. Il n’y a pas d’information circulante sans information structurante (organisation apprenante). J’avais essayé de montrer, notamment dans L’Ere de l’information cosignée par Jacques Robin, toute la complexité de l’information et ce qui l’opposait à l’énergie (entre autres son improbabilité, sa discontinuité, sa non-linéarité, son imperfection, sa reproductibilité, son caractère de signe, sa fonction anti-entropique, etc.). Impossible de tout reprendre ici mais en remontant à son fondement on éclaire singulièrement les caractéristiques de notre époque même s’il est amusant de noter qu’une des critiques que Philippe Aigrain avait adressées à ce texte était justement qu’il ne faisait pas une assez grande place à l’informatique et son caractère modulaire, fonctionnant par couches successives, ainsi qu’à la dualité programme/données, loin de tout réduire aux données. "L’extériorisation dans des objets techniques de fonctions de l’esprit, révolution similaire à l’émergence du signe et de l’écriture, est la dimension humaine de la révolution informationnelle". S’il y a donc bien humanisation d’un côté, c’est en contre-partie d’une technicisation. En tout cas, sans réduire l’économie informationnelle aux données, il serait dangereux de sous-estimer leur rôle stratégique pour ce que Ian Ayres appelle les “Super Crunchers”, et qui pourraient devenir les prochains maîtres du monde grâce au contrôle de données essentielles ! On ne peut se fier à la réelle nécessité du partage du savoir et de l’information, dans un monde du spectacle et de la transparence où le pouvoir devient nécessairement occulte...

On pourrait faire la liste de tout ce qui ne relève pas du cognitif dans l’économie informationnelle, et que d’ailleurs Yann Moulier-Boutang est loin d’ignorer. D’abord tout ce qui relève de la captation des flux et du contrôle de l’accès (qui se manifeste sous forme d’abonnements par exemple). L’innovation elle-même n’est pas nécessairement cognitive dans l’univers médiatique et publicitaire où ce qui compte c’est la différenciation, la visibilité, de se faire remarquer (donnant une prime à l’outrance). Du coup, ce n’est pas du tout un phénomène cumulatif, comme peut l’être l’acquisition de connaissances. L’économie de l’attention, qui devient effectivement décisive dès lors que c’est la ressource rare quand l’information est surabondante et que les canaux de communication sont saturés, n’est pas non plus réductible au cognitif, pas plus que les "flux tendus" et l’économie de la demande qui se règle en temps réel sur l’information client. Ce serait aller un peu vite en besogne aussi que de prêter aux réseaux une fonction cognitive quand la plupart du temps ce qui compte n’est rien que la connectivité elle-même. Enfin, ce n’est pas seulement la passion de la connaissance qui anime les accros du numérique mais plus encore la passion de la reconnaissance (et du jeu). Le cognitif n’est ici qu’une partie, certes importante, ce n’est pas le tout.

Dans une société de l’information ou dans une économie reposant sur le savoir, le potentiel de valeur économique que recèle l’activité est une affaire d’attention, d’intensité, de création, d’innovation. p. 218.

Au-delà du capitalisme

Venons-en au fait. Est-ce une "nouvelle économie" post-capitaliste qui s’annonce, et dont les symptômes de l’inadaptation au capitalisme sont légion, ou bien ne s’agit-il que d’une évolution du capitalisme ? Sur ce point Yann Moulier-Boutang est catégorique, bien qu’il souligne toutes les contradictions et l’instabilité de ce nouveau capitalisme.

Le second malentendu concerne, lui, le terme même d’économie pour désigner une transformation du capitalisme. Nous ne sommes pas en train de parler de l’économie comme une instance de la société à côté d’autres instances, mais de capitalisme. p. 61.

Le capitalisme cognitif est bel et bien une tendance réalisée, un type nouveau d’accumulation. Mais il n’est pas un régime stabilisé. p. 203 ;

On peut énoncer aujourd’hui, si l’on soutient que nous avons changé de capitalisme (de régime d’accumulation capitaliste, mais aussi, de plus en plus, de structure des droits de propriété et de nature des forces productives), qu’un rapport institutionnel ne peut se stabiliser, du point de vue capitaliste, qu’à partir d’une réinvention totale du Code du travail dépendant (c’est-à-dire du travail pour le compte d’autrui). p. 215.

On comprend bien que, dès le moment où l’on considère que notre entrée dans l’ère de l’information n’est pas une "révolution technique", touchant aux fondements de la civilisation, il ne reste d’autre solution que d’imaginer qu’il ne s’agit que d’une évolution du capitalisme lui-même, voire des multitudes qui ont réussi à conquérir de nouvelles libertés pour le transformer de l’intérieur ! Par contre, si on admet que "le numérique change la donne", il est beaucoup moins crédible de postuler une continuité du capitalisme comme si c’était un système de production éternel et qu’il n’était pas lié historiquement à l’industrie ! Il est vrai qu’en le faisant remonter comme Braudel au commerce des épices, en parlant de "capitalisme mercantiliste" puis esclavagiste on brouille la compréhension du capitalisme comme système de production, son lien au salariat et à l’industrie sans lesquels il n’aurait pas acquis une telle domination mondiale. Là-dessus, Marx est pourtant sans ambiguïté aucune : "le capital et le salariat sont les deux termes d’un seul et même rapport" (Travail salarié et capital, p. 215). Comment pourrait-on avoir l’un sans l’autre ?

Il n’est bien sûr pas question de nier que notre économie est bien capitaliste, ni que c’est le capitalisme lui-même qui évolue et devient un "capitalisme cognitif" dont la financiarisation n’est qu’un symptôme. Sur ces points, on ne peut qu’être d’accord. Ce qui semble beaucoup plus paradoxal c’est de souligner toutes les contradictions entre l’économie informationnelle et le capitalisme pour conclure qu’il n’y a là qu’une instabilité à résoudre et non pas une incompatibilité plus profonde. C’est d’autant plus incompréhensible que les incompatibilités touchent au coeur même du capitalisme : les droits de propriété, la production de valeur et le travail salarié. Certes la bulle internet n’a pas arrêté le développement de l’économie immatérielle, ni même de la gratuité numérique, pas plus que la folie du rail n’avait arrêté l’extension des voies ferrés, mais il faut bien dire que les "business models" viables ne sont pas légions en ce domaine, en dehors d’un financement par la publicité qui plafonne rapidement. Ainsi, l’avantage décisif de la gratuité sur internet, supprimant les coûts de transaction et les coûts de reproduction, rend beaucoup plus que problématique la rentabilisation des investissements consentis alors même que la contre-productivité des droits numériques condamne à plus ou moins long terme toute tentative de maintenir l’ancienne logique marchande. Enfin, l’avantage technique des logiciels libres devrait assurer leur domination à l’avenir sur les produits commerciaux, bien que leur financement ne soit absolument pas résolu !

Le plus important, malgré tout, c’est sans doute la nécessité de sortir du salariat au profit du travail autonome. La déconnexion de la production immatérielle et du temps de travail touche au coeur de l’extorsion de plus-value et remet en cause la séparation du salarié et de son produit qui en constituait la base (ce n’était pas son produit qu’on rémunérait mais son temps de subordination). Désormais, on se dirige inévitablement vers des contrats de projet avec obligation de résultat, c’est-à-dire vers des contrats proches des contrats commerciaux classiques et l’externalisation de la plupart des postes, au moins des plus créatifs. Tout cela, joint à la précarité galopante engendrée par le système et, donc, à la nécessité d’un revenu garanti donnant effectivement les moyens de sortir du salariat, laisse bien mal augurer d’une persistance du capitalisme, d’autant plus que la coopération devrait prendre le pas sur la concurrence ! Comment ne pas y voir la nécessité d’une véritable alternative, avec des nouveaux rapports de productions plus adaptées aux nouvelles forces productives ?

A l’inverse, je soutiens que cette transformation profonde du salariat, son affaiblissement décisif, est une condition à la stabilisation institutionnelle d’un régime d’accumulation cognitive. Exactement comme l’abolition juridique de l’esclavage représenta la condition d’expansion complète du capitalisme industriel et de la salarisation planétaire qui est en train de s’achever sous nos yeux. Ceci implique que, précisément, le capitalisme a besoin de façon vitale non seulement de la coopération de la force-invention du "cognitariat" ou du "netariat", mais aussi de formes institutionnelles qui le consolident et le protègent de son instabilité intrinsèque. Cette instabilité tient justement à la difficulté de transformer en biens marchands les connaissances codifiées qui penchent désormais vers le statut de biens publics et qui sont difficilement protégeables par des droits de la propriété intellectuelle. p. 213.

On peut trouver très étonnant de rejeter ainsi l’hypothèse que le capitalisme aurait fait son temps et qu’un nouveau système de production serait appelé à le remplacer ! Il ne s’agit pas de prétendre bien sûr qu’on en aurait fini avec le capitalisme qui restera au coeur de la production industrielle et pourra même s’étendre sur un certain nombre de secteurs de la production immatérielle, mais simplement de constater qu’on entre désormais dans une toute autre logique productive et, qu’à côté du capitalisme, comme il était né lui-même au sein d’une économie féodale, d’autres rapports de production sont appelés à prendre de plus en plus d’importance, bouleversant à la fois circulation, distribution et production, constituant ainsi ce qui est bien un nouveau système de production. Celui-ci devra d’ailleurs non seulement être plus adapté à l’ère de l’information, mais également aux contraintes écologiques qui se font de plus en plus pressantes, permettant à la fois de sortir du productivisme du capitalisme salarial et de relocaliser l’économie, en partie du moins. Certes, ce ne sera pas la fin du marché pour autant, mais le marché ne se confond pas avec le capitalisme, comme on voudrait nous le faire croire trop souvent, et la gratuité des nouveaux biens communs devrait en faire reculer le périmètre malgré tout ("société avec marché, pas société de marché").

Ce blocage sur le capitalisme comme seul horizon est d’autant plus surprenant qu’un des meilleurs apports du livre, c’est l’idée d’une économie de pollinisation où la productivité n’est plus individualisable, et ce, pas seulement pour le travail lui-même mais tout autant pour l’investissement, qui dès lors ressortit plutôt de l’investissement public, des "externalités", au même titre que les infrastructures routières ou l’éducation. Il me semble que cela dessine les voies d’une alternative au capitalisme, alternative possible et souhaitable dans ce contexte mais qui ne se fera pas sans luttes pour autant, et qui devra combiner une relocalisation de l’économie avec les institutions d’un développement humain et du travail autonome, ce pour quoi je propose le tryptique revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales. C’est la limite de ce livre de rester dans les vieux schémas du capitalisme et de ne pas laisser de chances à une alternative qui, certes, ne sera pas le paradis, pas plus que l’abolition de l’esclavage, mais pourrait constituer un progrès décisif malgré tout et surtout plus adaptée à notre temps.

Cette limitation n’annule en rien toutes les autres qualités du livre et l’analyse des transformations d’un capitalisme aux prises avec des nouvelles forces productives qu’il ne peut subordonner à ses fins. On peut penser d’ailleurs qu’il n’est pas sans intérêt stratégique de persuader les économistes de l’intérêt pour le capitalisme de s’adapter à la nouvelle donne, en particulier par un revenu garanti (on a besoin de médiations et de médiateurs), mais, disons que ses conclusions nous semblent précipitées et nous laissent insatisfaits, avec un goût d’inachèvement dans l’analyse qui pour être le lot de toute connaissance, nous semble ici, tout de même, manquer l’essentiel...

La production de connaissances continuellement renouvelées est également sans fin (...) Il en résulte une impression d’inachèvement, d’incomplétude, source d’angoisse à répétition. p.108.