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Accueil du site > Actualités > Economie > Le capitalisme et la démocratie

Le capitalisme et la démocratie

Le capitalisme permet d’agrandir encore le gâteau économique. Par contre, simultanément, la démocratie, elle, celle qui se soucie de l’ensemble des citoyens est de moins en moins effective sous son influence. Quelles en sont les causes ? Comment allier la démocratie au capitalisme ?

Présentation

L’avènement du capitalisme a apporté beaucoup de choses positives à notre société en tant que consommateur :

  • la concurrence entre les entreprises n’a jamais été aussi intense ;
  • une baisse des tarifs considérable a été effectuée (par exemple dans le secteur informatique) ;
  • l’innovation est le maître mot des nouvelles entreprises. Il y a énormément de nouveautés chaque année, plein de nouveaux produits et services aussi intéressants les uns que les autres ;
  • les mieux placés ont amassé des fortunes impressionnantes, l’économie de marché mondialisée leur a permis de développer considérablement leurs richesses ;
  • le rêve américain devenu possible ? Une idée et c’est la richesse à portée de main (cf. Google, Facebook, Myspace…)

Hélas le capitalisme a aussi apporté des choses très négatives pour nous citoyens :

  • des écarts grandissants et démontrés de richesse entre les individus ;
  • l’insécurité du travail a fortement augmenté (Intérim, CDD, feu les CNE et CPE, rupture de contrats à l’amiable, licenciements…) ;
  • le recul de l’État et de la politique en général dans la protection des citoyens. ;
  • la baisse de la majorité des avantages sociaux et des salaires.

Mais d’où proviennent tous ces désagréments liés au capitalisme ? Pourquoi n’arrivons-nous pas à y remédier ?
C’est ce que nous allons étudier dans les paragraphes suivants.

Origines des apports négatifs

Si l’économie d’aujourd’hui nous est si favorable, c’est largement parce qu’elle nous reprend d’une main ce qu’elle nous donne de l’autre. Nous pouvons en rejeter la responsabilité sur les grandes entreprises, mais ce pacte, nous l’avons surtout passé avec nous-mêmes.

D’où croyons-nous que viennent les prix si intéressants et les investissements si rentables dont nous bénéficions aujourd’hui ?

Ils proviennent en partie de :

  • la réduction des coûts salariaux ;
  • la perte des avantages sociaux ;
  • l’augmentation de l’insécurité au travail ;
  • salariés contraints d’accepter une rémunération plus basse ;
  • un nouvel emploi souvent moins bien payé ;
  • des grandes chaînes de distribution qui tuent le petit commerce (prix inférieurs) ;
  • d’entreprises qui se transforment en chaînes d’approvisionnement mondialisées et font travailler des Indonésiens (ça marche aussi avec les Chinois) de 12 ans pour un salaire de misère. L’esclavage moderne existe bel et bien de nos jours ;
  • de PDG qui touchent des rémunérations exorbitantes ;
  • d’entreprises, partout dans le monde, qui causent des dégâts terribles à l’environnement.

Nous sommes, dans une certaine mesure, complices, vous et moi. En tant que consommateurs et qu’investisseurs, nous faisons tourner cette grosse machine qu’est le monde.

Par exemple, lorsque nous trouvons une voiture, un ordinateur, un écran plat ou pratiquement n’importe quel autre objet vendu à un prix défiant toute concurrence, c’est souvent parce que les citoyens français (ou européens) qui travaillaient sur ces objets ont soit accepté des réductions de salaire, soit carrément perdu leur emploi.

Problèmes

Les choix que nous faisons sur le marché ne reflètent pas complètement les valeurs auxquelles nous tenons en tant que citoyens.

Nous ferions peut-être des choix différents si nous comprenions les conséquences sociales de nos achats et de nos investissements.

Par exemple, nous avons le choix entre deux produits identiques, mais à un prix différents :

  • si nous étions au courant que la fabrication du produit le moins cher a entraîné la délocalisation de l’entreprise dans un pays peu respectueux de ces citoyens (qui a dit la Chine ?) ;
  • alors que le produit le plus cher est fabriqué dans notre pays.

A votre avis, en tant que citoyens, quel produit la majorité d’entre nous choisirions d’acheter ?

Je suis persuadé que, pour quelques euros de plus, la plupart d’entre nous seraient prêts à faire des efforts pour maintenir une activité économique dans son pays (ou en Europe).

Et vous que feriez-vous ?

Rôle de l’État

Dans un pays qui se soucie réellement du bien-être de ses concitoyens, quel devrait être le rôle de l’État ?

La seule manière pour les citoyens que nous sommes de l’emporter sur les consommateurs et les investisseurs que nous sommes aussi, c’est que les lois et les réglementations fassent de nos achats et investissements un choix social autant qu’un choix personnel.

Par exemple, un changement du droit du travail qui rendrait plus facile, pour les salariés, d’organiser et de négocier des contrats plus avantageux. Cela aurait pour conséquence d’augmenter légèrement le prix des biens que j’achète. Le consommateur qui est en moi n’aimerait pas beaucoup cela, mais le citoyen penserait qu’il est normal de payer ce prix.

De la même façon, il pourrait y avoir des conditions, de façon à empêcher une grande entreprise rentable de licencier en un an plus d’une certaine proportion de ses salariés.

La véritable mission du système politique et de l’État est d’élaborer des règles, des lois établissant le juste équilibre entre les intérêts des consommateurs et des investisseurs et les besoins de la société.

Pensez-vous que l’État doive réguler et contrôler les règles de la concurrence entre les entreprises ?
Ou au contraire leur laisser une totale liberté ? Et simultanément, laisser aux entreprises le soin de la « responsabilité sociale » ?

Nous reviendrons sur ce point dans un prochain article : « la responsabilité sociale des entreprises ».

Quelques pistes de réflexion

Étudions quelques pistes intéressantes pour solutionner nos problèmes d’équilibre du capitalisme et de la démocratie.

Plusieurs idées ont déjà été proposées sur un plan politique pour réduire les effets néfastes du capitalisme. En voici quelques-unes :

  • les médias qui utilisent les ondes publiques offrent des publicités télévisées gratuites aux candidats lors des élections générales ;
  • d’interdire aux entreprises ou aux dirigeants de faire des cadeaux aux législateurs et à ces derniers d’en accepter voyages et autres vacances exotiques (cf. les vacances d’un certain président de la République) ;
  • de contraindre les lobbyistes à divulguer toutes les sommes dépensées dans le cadre de leurs campagnes ;
  • de contraindre tous les experts appelés à témoigner au cours d’auditions législatives ou réglementaires à divulguer d’éventuelles relations financières avec les parties intéressées.

Toutes ces réformes devraient être mises en œuvre sous le contrôle d’un inspecteur général indépendant ayant autorité pour enquêter sur les abus éventuels et imposer de lourdes sanctions à leurs auteurs (cf. la crise financière actuelle).

Aucune réforme politique ne peut être réalisée aussi longtemps que les gouvernants et les législateurs sont sous la coupe des entreprises. Il est donc nécessaire de limiter l’influence des entreprises sur la politique.

Avez-vous d’autres idées pour améliorer et rendre le capitalisme profitable à la majorité ?

Conclusion

Le triomphe du capitalisme a conduit, indirectement et par inadvertance, au déclin de la démocratie.

Mais ce n’est pas inévitable. Nous pouvons avoir à la fois une démocratie dynamique et un capitalisme dynamique.

A condition de mettre en place une cloison étanche entre ces deux sphères.
Le but du capitalisme est d’optimiser la satisfaction du consommateur et de l’investisseur. Le but de la démocratie est d’atteindre collectivement des objectifs que nous ne pouvons pas atteindre en tant qu’individus.

Nous sommes tous des consommateurs, la plupart d’entre nous sommes également des investisseurs, et dans chacun de ces rôles nous essayons d’optimiser nos choix.
C’est ainsi que nous participons à l’économie de marché et que nous bénéficions des avantages du capitalisme.

Mais ces avantages individuels s’accompagnent souvent d’un coût social. Nous sommes aussi des citoyens et, à ce titre, nous avons le droit et le devoir de participer à la vie démocratique.

Il est donc en notre pouvoir de limiter ces coûts sociaux pour que le véritable prix des biens et services que nous achetons soit aussi faible que possible. Tout en assurant une certaine responsabilité sociale des citoyens.

Pour accomplir cela, chacun d’entre nous doit prendre au sérieux ses responsabilités de citoyens et le bon fonctionnement de notre démocratie.

LA première étape, et souvent la plus difficile, est de penser juste (ET de penser par soi-même).

Compléments de l’article


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24 réactions à cet article    


  • Cug Cug 20 octobre 2008 12:15

     Le capitalisme n’accepte que la démocratie médiatique sous contrôle des décideurs de l’oligarchie financière.
     Nous venons d’assister aux casses du siecle, du jamais vu, du grand art sous la fausse idée de sauver l’économie réelle c’est l’oligarchie financière qui est sauvée et celle ci n’est rien d’autre que la version moderne de l’ancien régime.


    • sisyphe sisyphe 20 octobre 2008 18:07

      Capitalisme et démocratie ; 2 notions totalement incompatibles !
      La forme démocratique, pour abuser les gogos, en les laissant voter de temps en temps, pour les divers représentants d’un système imposé, obligé, et la ploutocratie pour le fond, pour s’occuper des choses sérieuses...

      Derrière la scène du grand cirque médiatique, la mécanique inexorable de la prédation de la planète, et de la captation du vivant. 

      Comme disaient les affiches de Mai 68 sur les transports  : on ne vous transporte pas ; on vous roule...


    • Croa Croa 20 octobre 2008 18:50

      Tout à fait !

      L’auteur ne voit pas que la situation est encore pire qu’il ne l’imagine.

      Le capitalisme n’est que la stucture du système. Le régime est carrément ploutocratique et nullement démocratique.


    • CANAAN 20 octobre 2008 13:32

      Je crois que c’est la démocratie qui n’accepte que le capitalisme...mais effectivement, un capitalisme pour tous...


      • foufouille foufouille 20 octobre 2008 13:56

        tu dois parler du capitalisme reserve aux plus riches...........


      • CANAAN 20 octobre 2008 14:38

        Lorsque les peuples ont l’occasion de voter librement (pas comme à cuba en birmanie ou en chine) ils votent pour laliberté d’entreprendre et non pour le communisme...d’ailleurs ceux qui veulent se libérer choisissent la fuite vers les pays libres...
        En démocratie on monte des murs contre l’invasion...en dictature contre les fuites...révélateur non ???


        • foufouille foufouille 20 octobre 2008 15:41

          nous votons librement......... mais pour des candidats imposes par le pouvoir en place


        • CANAAN 20 octobre 2008 15:45

          BESANCENOT ET MARIE GEORGE seraient donc des agents du pouvoir ...merci pour l’info...


          • foufouille foufouille 20 octobre 2008 17:18

            bien sur
            dans leurs cas, comme pour l’extreme droite, il s’agit plus de contre pouvoir epouvantail
            tu remarqueras que par exemple coluche n’a pas eu le droit de se presenter
            il faut 500 voix de "grands" electeur pour etre candidat
            ceux que j’appelle les dirigeants font parti de club comme le siecle. martine aubry a admis en faire parti sur bfm
            on y rentre uniquement par cooptation


          • CANAAN 20 octobre 2008 18:49

            500 signatures ...pour la présidentielle...
            Il faut un minimum car même sinon aux prochaines nous aurons 10000 candidats style paradisial, mimose ou foufouille...
            mais tu peux te presenter ailleurs et si tu fais tes preuves...atteindre les sommets !


          • foufouille foufouille 20 octobre 2008 19:57

            je parlais des gens celebres
            si johnny voulait se presenter, il pourrait pas ...............
            on dirait que tu defend le bipartisme imaginaire ...........


          • JL JL 20 octobre 2008 17:58

            ""Le capitalisme permet d’agrandir encore le gâteau économique.""

            Vous êtes sûr ? 

            Cette affirmation n’a aucun sens. Il faudrait dire quel gâteau, et pour qui, parce pour beaucoup d’êtres humains, de gâteau, ils n’en voient jamais la couleur. Quant à leur pain, il se réduit d’années en années comme peu de chagrin.

             Aujourd’hui, jour de la dispartition de soeur Emmanuelle, cet article à ranger dans la catégorie "Demain on rase gratis" est publié malencontreusement.


            • Frabri 20 octobre 2008 19:51

              "Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, le communisme, cest le contraire." Coluche

              La décroissance c’est l’émancipation de l’homme et la femme par l’homme et la femme.


              • frédéric lyon 20 octobre 2008 20:35

                Il est assez marrant de voir que les militants les plus actifs sur les forums d’agoravox, qui viennent pourfendre le "capitalisme", les juifs et les américains, sont les militants du groupuscule fasciste "Solidarités et Progrès"

                D’ailleurs on peut noter la réapparition du vocabulaire utilisé depuis toujours par les fascistes, per exemple l’utilisation du mot "ploutocrate".

                Bientôt on verra réapparaitre les expressions telles que "ploutocrates juifs apatrides", qu’on pouvait lire dans "Je Suis Partout" pendant la guerre.


                • foufouille foufouille 20 octobre 2008 21:11

                  je suis pas menbre de tes groupuscules imaginaires
                  ni du siecle ........


                • JL JL 21 octobre 2008 09:14

                  La diiférence entre Lyon et l’homme qui criait aux loups ?

                  C’est que le loup c’est Lyon lui-même, et qu’il a peur.


                • JL JL 21 octobre 2008 09:17

                  Spéciale dédicace à Lyon :

                  "Le capitalisme contemporain est devenu par la force de la logique de l’accumulation, un "capitalisme de connivence". Le terme anglais "crony capitalism" ne peut plus être réservé aux seules formes "sous-développées et corrompues" de l’Asie du Sud est et de l’Amérique latine que les "vrais économistes" (c’est à dire les croyants sincères et convaincus des vertus du libéralisme) fustigeaient hier. Il s’applique désormais aussi bien au capitalisme contemporain des États-Unis et de l’Europe. Dans son comportement courant, cette classe dirigeante se rapproche alors de ce qu’on connaît de celui des "mafias", quand bien même le terme paraîtrait insultant et extrême. Par Samir Amin, économiste et président du World Forum for Alternatives".

                  L’Europe s’est alignée sur les États-Unis, avec son "capitalisme de connivence" et riposte en ayant recours au moralisme et au gouvernement des juges. Seule une remise en question totale du système capitaliste pourrait y mettre fin.


                • ddacoudre ddacoudre 20 octobre 2008 23:09

                  bonjour infoslibre


                  interressant point de vue en tant que point de vue ingénu d’un processus d’exploitation des relations humaines dans l’échange économique ou le capitalisme n’a eu de cesse tout au long de son existence de récuperer se qu’il fut contraint de céder sous l’action de la pression sociale, à laquelle il s’est souvent opposé par la force ( y compris publique).

                  c’est une structure despotique et tyranique qui répond aux même expression humaine qui s’y complaisent, ce n’est pas le capitalisme qui à été un inovateur social mais l’instruction générale, professionnelle et thechnologique.

                  la capacité de l’homme de s’organiser pour produire n’est pas exclusive du capitalisme, mais le problème de la répartission de la rareté n’en restera pas moins posé.

                  cordialement.



                  • GéraldCursoux Cursoux Gérald 21 octobre 2008 10:12
                    L’anticapitalisme, ça n’existe pas !
                    Dans le Robert, on lit pour Capital : « Toute richesse qui ne sert pas à la consommation immédiate mais qui est destinée à la production d’un revenu ou de nouveaux biens ». On ne peut qu’acquiescer, en regrettant toutefois qu’il ne soit pas fait mention de la notion de « retour sur investissement » qui est attachée à la production de ces nouveaux biens. Toujours dans le Robert, le Capitalisme est un : « Régime économique (...) dans lequel les capitaux sources de revenu n’appartiennent pas, en règle générale, à ceux qui les mettent en œuvre ». On glisse de l’économique vers le social : ce n’est pas faux, mais ce n’est qu’une considération sur la possession du capital qui ne donne aucune définition de la chose ; le crédit, levier indispensable du système, n’est même pas mentionné. Et, dans le même Robert, Capitaliste devient : « un riche, un opulent capitaliste ». La lutte des classes se précise : on a oublié qu’il s’agit d’un système qui produit des richesses. Enfin, le terme Anticapitaliste est défini par : « quelqu’un qui s’oppose au capitalisme ». Cela va de soi !
                    Quid de l’Anticapitalisme dont parle si bien l’Extrême gauche, et quelques archaïques du PS ? Si l’on reconnaît dans le Capitalisme ce fait productif indispensable, l’anticapitalisme ça n’existe pas ! Le capitalisme, c’est comme la respiration, on ne peut s’en passer... L’anticapitalisme, ce serait tenter de vivre sans respirer.
                    Il y a ensuite des questions importantes qui sont attachées au système, comme : A qui appartient le Capital ? Comment répartir les richesses produites ? Quid de l’utilisation des ressources naturelles, des pollutions ? Quid des règles sociales et fiscales ? Etc. Mais les réponses à ces questions ne peuvent remettre en cause un système dont le mérite repose sur sa capacité à mobiliser les richesses (de quelques uns) pour en produire de plus grandes (pour tous). Que ce mécanisme ne fonctionne pas sans crise, c’est une constatation ; mais ces crises ne sont-elles pas inhérentes à tout système qui relève des activités humaines, forcément imparfait. C’est l’espace du politique qui fixe les règles du jeu social - dans un système démocratique - et veille au "bien public".
                    Post scriptum : Pourquoi ne pas introduire la nouvelle notion, celle de « juste retour sur investissement » ? Ce serait une évolution favorable, n’est-il pas messieurs les banquiers.

                    • Jordi Grau J. GRAU 21 octobre 2008 11:24

                      M. Cursoux,



                      Je trouve que votre argumentation présente certaines faiblesses - notamment lorsque vous critiquez la définition donnée par le petit Robert du capitalisme :


                      Toujours dans le Robert, le Capitalisme est un : « Régime économique (...) dans lequel les capitaux sources de revenu n’appartiennent pas, en règle générale, à ceux qui les mettent en œuvre ». On glisse de l’économique vers le social : ce n’est pas faux, mais ce n’est qu’une considération sur la possession du capital qui ne donne aucune définition de la chose ; le crédit, levier indispensable du système, n’est même pas mentionné. Et, dans le même Robert, Capitaliste devient : « un riche, un opulent capitaliste ». La lutte des classes se précise : on a oublié qu’il s’agit d’un système qui produit des richesses.


                      Il est tout de même étonnant d’apprendre que la "considération sur la possession du capital" ne "donne aucune définition de la chose". Excusez-moi, mais ce qu’on appelle capitalisme est un régime économique où les moyens de production sont privés. Cette considération n’est pas du tout neutre. On ne peut pas séparer, comme vous le faites, l’économique et le social. Une économie où une minorité de propriétaires décide de la manière dont les richesses sont réparties n’est pas du tout semblable à une économie où cette répartition se fait d’une manière démocratique. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Robert écrit "un riche, un opulent capitaliste". Le capitalisme n’est pas seulement, comme vous semblez le penser, un système qui produit des richesses : c’est un système qui produit de fortes inégalités. La lutte des classes, dont vous paraissez nier l’existence, est d’abord le fait des capitalistes eux-mêmes, qui utilisent tous les moyens possibles (y compris la force militaire, lorsque leurs biens sont menacés) pour empêcher les gueux de partager le gâteau plus équitablement. 


                      Ce qu’il y a de vrai dans votre remarque, c’est qu’il ne suffit pas de nationaliser les moyens de production pour mettre fin au capitalisme : en un sens, l’URSS fonctionnait selon un régime capitaliste, dans la mesure où les travailleurs étaient rarement propriétaires des moyens de production. Le système n’était pas dirigé démocratiquement, mais d’une manière dictatoriale, la Nomenklatura prétendant savoir mieux que le peuple ce qui était son intérêt. 


                      Pour ce qui est du crédit, vous avez raison de mentionner une lacune de la part du Robert. Il faut cependant reconnaître qu’un dictionnaire de la langue française ne saurait être exhaustif : ce n’est pas une encyclopédie. D’autre part, je relève à mon tour une lacune dans votre définition : ce qui caractérise le capitalisme n’est pas seulement l’usage du crédit. Ce qui est fondamental, c’est le prêt à intérêt. On pourrait très bien envisager une société où l’argent ne sert pas à faire de l’argent, mais seulement à échanger des biens et des services, ou à investir dans des projets socialement utiles mais non rentables financièrement. Les collectivités pourraient ainsi jouer le rôle de banques : elles décideraient de prêter de l’argent à taux zéro à des entrepreneurs dont elles auraient jugé les projets utiles. Si le capitalisme est nécessaire à la création de nouvelles entreprises, c’est donc seulement à cause d’un déficit démocratique. Si la démocratie conquérait la sphère économique, les banques (en tant que pompes à fric) ne seraient plus nécessaires.


                      Au risque d’abuser de votre patience, je ferai maintenant une brève remarque sur le mot "archaïque", fréquemment employée pour discréditer ceux qui sont vraiment restés socialistes. Ce mot m’amuse toujours. Certes, il peut y avoir une certaine nostalgie, chez les socialistes de gauche, des trente Glorieuses et du modèle fordo-keynésien. Mais que dire alors des socio-libéraux ou de la droite libérale ? Ces prétendus modernes veulent tout bonnement nous faire revenir au XIXème siècle. Donc quand ils traitent ceux qui leur résistent d’"archaïques", c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité...


                      Enfin, je m’inscris en faux lorsque vous comparez le capitalisme à la respiration. Il suffit d’étudier un peu l’histoire pour comprendre la fausseté de cette comparaison. Le capitalisme n’a pas toujours existé. Même dans les pays capitalistes, il n’a longtemps été qu’une frange relativement marginale de l’économie. Aux 16ème, 17ème et 18ème siècles, il y avait déjà un puissant capitalisme banquier et marchand en Europe. Mais l’immense masse des producteurs et des consommateurs restait à l’écart de ce processus. Il y avait beaucoup d’autoconsommation (les paysans produisaient une grande partie de ce dont ils avaient besoin). Il y avait également beaucoup de petits marchés locaux qui n’obéissaient pas à la logique capitalistique d’accumulation indéfinie et de constitution de monopoles. Je vous recommande sur tous ces sujets un petit livre de synthèse que je viens de terminer : La dynamique capitaliste, du grand historien Fernand Braudel. C’est facile à lire et passionnant. Bien évidemment, je ne souhaite pas qu’on revienne à l’économie paysanne et fédoale du moyen-âge. Simplement, je fais remarquer que le capitalisme - en tant que forme dominante de l’économie - n’a pas toujours existé, et qu’il est donc extrêmement douteux qu’il doive durer éternellement.


                      Amicalement vôtre,

                      Un internaute inexistant (puisqu’anticapitaliste).

                    • sisyphe sisyphe 21 octobre 2008 11:51

                      @ Cursoux

                      Mais les réponses à ces questions ne peuvent remettre en cause un système dont le mérite repose sur sa capacité à mobiliser les richesses (de quelques uns) pour en produire de plus grandes (pour tous).

                      Exactement l’inverse !
                      C’est un système qui mobilise les richesses engendrées par la production de TOUS (le travail), pour profiter à quelques uns (captation). 
                      Faut revoir vos définitions, mon vieux !
                       smiley


                    • Rétif 21 octobre 2008 14:41

                      @ GRAU
                      Votre définition du capitalisme est déviée et trop étroite. Il y a et il y a eu des régimes politiques dont l’économie n’était pas privée mais propriété d’ Etat. On sait ce que ça donne.


                    • sisyphe sisyphe 21 octobre 2008 11:59
                      		 			 				 Par Roland Hureaux

                      				
                      Tout le monde connaît le mécanisme psychologique à l’œuvre dans l’alcoolisme – et dans toutes les addictions d’ailleurs : l’alcool produit une euphorie qui dure un certain temps, puis, l’effet passé, vient le temps de la dépression, de la « gueule de bois » comme on dit. Les soulographes du petit matin savent comment guérir la gueule de bois : recommencer vite à boire autant et même un peu plus. Le mécanisme de l’addiction veut en effet qu’il faut des doses de plus en plus fortes de drogue pour accéder au même état d’euphorie.
                      					 					
                      					 N’est-ce pas ce qui est en train de se passer dans l’économie mondiale ? Après une phase d’euphorie marquée par les subprimes, la bulle financière, les profits record, l’argent roi, nous avons depuis quelques semaines la gueule de bois. 					
                      					 					
                      Le climat de catastrophe qui règne dans l’opinion et la grande presse ne doit pas nous leurrer : même si la dépression dure un certain temps, elle finira bien par se terminer.
                      					 					
                      					 Le spectre de 1929 					
                      Il arrive parfois à Alain Minc de ne pas se tromper : il n’a pas tort de dire que si, en 1929, les États étaient venus au secours du système bancaire avec la même détermination qu’ils le font aujourd’hui, nous n’aurions pas eu Hitler.
                      					 					
                      La leçon de 1929 n’ayant pas été oubliée, la réaction a été cette fois vigoureuse, malgré les hésitations de certains pays comme l’Allemagne. Son effet ne sera bien entendu pas immédiat. Les bourses peuvent encore baisser, mais enfin vient toujours un moment où les spéculateurs se rappellent que derrière les titres, il y a des biens réels : des usines, des champs, des immeubles et une activité économique qui ne s’est pas encore complètement arrêtée, Dieu merci, et que donc ces titres conservent une valeur intrinsèque au-dessous de laquelle il n’est plus raisonnable de les vendre.
                      					 					
                      Mais ne nous leurrons pas. La cause du mal, c’est l’inflation : du crédit et donc de la monnaie (deux fois la valeur de la fortune mondiale se trouve aujourd’hui en circulation !).
                      Le remède qu’ont trouvé les États à la crise, sous l’habillage technique, c’est ni plus ni moins qu’un surcroît d’inflation.
                      			
                      			 		 		
                      		 			
                      				 				
                      					 				
                      			
                      			
                      				
                      					 Planche à billets 					
                      Contrairement à ce qui se dit, ce ne sont pas les contribuables américains qui vont payer les 850 milliards de dollars du plan Paulson, c’est la création monétaire. L’Etat prête aux banques pour garantir les déposants. Pour cela, il va aggraver le déficit public et donc émettre des bons du Trésor. Qui achètera ces bons du trésor ? Ceux qui en possèdent déjà : les grands créanciers mondiaux : la Chine, le Japon, les pays pétroliers.
                      					 					
                      					 Et s’ils refusent ? Ils ne refuseront pas parce qu’alors, leurs réserves en dollar ne vaudraient plus rien. 					
                      Ainsi, la situation actuelle était marquée par l’inflation et les grands déséquilibres mondiaux ; le résultat des mesures prises pour enrayer la crise est une plus grande inflation et les mêmes déséquilibres en plus grand.
                      					 					
                      Ce n’est pas le seul domaine où l’on peut s’attendre à une aggravation : si la cause de la quasi-faillite de certaines banques était l’irresponsabilité de leur gestion, combien plus irresponsable encore risque d’être cette gestion maintenant que l’on sait que les banques ne peuvent pas faire faillite car les États ne les laisseront jamais tomber ?
                      					 					
                      Tous ceux qui ne se laissent pas aller à l’emphase catastrophiste qui règne aujourd’hui savent que l’économie, le crédit, la bourse repartiront un jour, un peu plus tôt, un peu plus tard mais pas sur de nouvelles bases : sur les mêmes, en pire !
                      					 					
                      Ce qui changera : un contrôle plus étroit du système bancaire malgré tout (mais pas trop si l’on veut éviter une récession économique), un redémarrage de la hausse de prix aussi : c’est le seul moyen réaliste d’absorber le gonflement considérable de la masse monétaire mondiale. Et il n’est même pas certain que les salariés profiteront de cette inflation, aussi longtemps que la mondialisation des échanges de biens tire les salaires vers le bas.
                      					 					
                      L’euro risque d’être ébranlé : les ensembles de ce type ne résistent aux « chocs asymétriques » que s’ils sont faibles, or celui-ci est fort : il n’y aura plus d’alternative au dollar.
                      					 Pour le reste : les mêmes dérives, les mêmes déséquilibres, en pire. 					
                      					 					
                      					 Couple sino-américain 					
                      Jusqu’à quand ? Les seuls facteurs qui puissent changer la donne mondiale seraient que la Chine n’accepte plus de financer les déficits américains ; nous avons vu qu’elle n’a pas encore le choix, ou encore que les États-Unis acceptent un retour à l’étalon-or : cela supposerait qu’ils remboursent leur énorme dette, quitte à être les premiers bénéficiaires de la formidable réévaluation de l’or qui en résulterait : ne rêvons pas.
                      					 					
                      L’économie mondiale repose sur le couple pervers Chine–États-Unis, la première ultra excédentaire, la seconde ultra déficitaire. Tant que ces deux acteurs majeurs (nous ne parlons pas des pays pétroliers, tenus en laisse) ne décideront pas de changer radicalement la règle du jeu, l’économie mondiale pourra bien repartir mais elle ne sera pas assainie.
                      			


                      • Peretz Peretz 21 octobre 2008 20:31

                        Ce que dit Roland Hureaux me semble parfaitement juste. Il faut admettre qu’après la crise financière il y a la crise économique, ensuite la recession, et pour finir la crise sociale. Elle risque d’être plus violente pour l’Europe qui n’ a guère de moyens de s’en sortir. Ou pays par pays en enclenchant un nouveau protectionnisme ? Mais il n’est pas sur que cette récession soit très forte pour l’Amérique tant que les échanges avec la Chine continueront, avec transfert de richesse allant vers la Chine. Dans tous les cas, nous amorçons le déclin d’une civilisation sur un modèle capitaliste qui a montré ses limites. mais ce n’est pas grave. La Grêce , Rome sont toujours vivantes et ont eu beau décliner, elles sont arrivées actuellement à un niveau de vie tout de même supérieur à ce qu’il était du temps de leur splendeur.

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