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Le chiffre d’affaires réalisé par les auto-entrepreneurs : polémique et analyse

Le statut d’auto-entrepreneur se développe et essaye de prendre sa place depuis 9 mois désormais. Les chiffres de la création sont annoncés à grand renfort de communication, et l’on parle de grand succès, devant l’engouement des Français à se lancer de façon délibérée et massive dans l’auto-entrepreneuriat.

On attend aussi les premières déclarations de Chiffre d’Affaire pour critiquer allègrement ce statut si simple, pour démontrer qu’il s’agit de fumée sans feu, de poudre aux yeux ou encore de faux succès… Les Français toujours prompts à critiquer, détruire, saper les bases d’une réforme de fond, ont trouvé là le talon d’Achille qui leur manquait.
 
C’est le site du journal La Tribune qui donne les premiers éléments, que nous reprenons ici : " … les premières déclarations de chiffre d’affaires font état d’une faible proportion d’auto-entrepreneurs ayant déclaré une activité réelle pour le deuxième trimestre (seulement 4.400 recensés par l’Urssaf de Paris, qui recouvre un tiers des cotisations nationales). La moyenne de chiffre d’affaires est de 4.700 euros par trimestre. Le secrétaire d’État au Commerce et aux PME, Hervé Novelli, à l’origine de ce statut, attend des statistiques complètes, que devrait lui fournir, prochainement l’Acoss, qui fédère les Urssaf ". Une dernière information précise que sur le nombre total d’inscrits franciliens, 21.710 ont déclaré une activité.
 
Nous aimerions apporter quelques analyses à ce semblant de polémique qui semble alimenter détracteurs, blogueurs, politiques, entrepreneurs et passionnés :
  • Sur les chiffres d’abord, qui devraient apporter un élément fiable et concret, pour construire une analyse de fond sur ce statut si jeune. Ce qui n’est pas mentionné est en effet capital, et rend l’effet d’annonce peut crédible. En effet, les auto-entrepreneurs ayant déclaré leur Chiffre d’Affaire au second trimestre en région parisienne sont au nombre de 4400, ce qui correspond à 16% des inscrits au régime pour certains, 30% pour d’autres. Mais cette proportion ne tient pas compte de la proportion d’auto-entrepreneurs réellement présents en Ile de France, qui n’est pas forcément la même.
  • L’auto‐entrepreneur choisit son échéancier de paiement des cotisations : il paye en ligne selon un rythme mensuel ou trimestriel. En régime de croisière, l’échéancier trimestriel est le 30 avril, 31 juillet, 31 octobre et 31 janvier, sachant que la règlementation prévoit que la première déclaration est effectuée le mois suivant le trimestre qui suit le trimestre d’inscription. Les auto‐entrepreneurs qui se sont déclarés au cours du premier trimestre 2009 ont donc jusqu’au 31 juillet pour liquider leur cotisations et leur impôt à partir de leur première déclaration de chiffre d’affaire. C’est à ces auto-entrepreneurs là que l’URSSAF fait référence, et il ne faut pas oublier qu’au 30 juin 2009, le chiffre exact d’auto-entrepreneurs réellement inscrits n’était pas connu (on a parlé de 185000 au 15 juillet).
  • Il ne faut pas non plus oublier que l’URSSAF ne recense que les déclarations des auto-entrepreneurs rattachés à son régime, ce qui ne veut donc pas dire que les autres auto-entrepreneurs, rattachés au RSI ou à la CIPAV. On évoque ainsi le chiffre national de 70 000 auto-entrepreneurs actifs, ce qui n’est qu’une extrapolation du nombre d’auto-entreprises inscrites fin juin aux Urssaf de Paris et de la région parisienne (exception faite de la Seine-et-Marne) : 21 710 (dont 7 250 en attente), qui représente environ un tiers des collectes de cotisations salariales et patronales du pays.
  • La moyenne du chiffre d’affaires, annoncée de 4700 euros, n’a pas non plus de sens dès lors qu’on n’annonce pas d’écart type, notion bien plus concrète et précises qu’une simple division du CA total divisé par le nombre de déclarants. De même, pourquoi l’annoncer par trimestre, alors que tout bilan d’entreprise se fait sur le mois, surtout lorsqu’on parle de micro-entreprise, qui paie en fait un salaire à son gérant ? A ce titre, il semble plus réaliste de parler de 1560 euros par mois, ce qui est convenable.
  • De plus, parmi ces déclarations, il faut toujours inclure les 10 000 premières déclarations de chiffres d’affaires enregistrées fin avril qui concernent exclusivement les micro‐entreprises existantes en 2008 qui ont adhéré au régime de l’auto‐entrepreneur au premier trimestre, et qui ont sans doute aussi déclaré au second trimestre.
  • Le bilan définitif des déclarations de chiffre d’affaires au titre de 2009 ne sera disponible qu’au 1er avril 2010, ce qui semble logique quand on sait qu’il faut bien six mois pour lancer une véritable activité commerciale et encaisser ses premières factures.
En guise de conclusion, il est à notre avis bien trop tôt pour sonner le glas d’un régime bien jeune et si attendu. L’imprécision des chiffres ne peut que pousser à la plus grande prudence en terme d’analyse, et ce d’autant que la méthodologie n’est pas connue. A force de procès manqués, de critiques désabusées et de mauvaise compréhension du phénomène, on risque de tuer dans l’oeuf une initiative économique qui a droit à sa chance. Laissons lui cette chance !

Les réactions les plus appréciées

  • verbre (---.---.---.152) 16 septembre 2009 09:16
    verbre

    Alors moi je vais vous parler de moi.

    Auto entrepreneur depuis la fin du printemps cumulant un CDI au salaire de 1300 euros et devant être licencié à l’automne.
    Je m’étais dit je vais faire la transition.
    Mon activité a du mal à démarrer mais je pense qu’il faut 1 an à 2 ans pour bien démarrer.
    Je me suis renseigné pour mon licenciement.
    Je suis censé toucher 1000 euros d’assedic.
    SAUF QUE ETANT AUTO-ENTREPRENEUR, si je ne déclare aucun chiffre d’affaire j’ai une retenue forfaitaire de 800 euros sur mes assedic, et si je déclare un chiffre d’affaire j’ai de toute manière la même retenue à hauteur de 800 euros. Donc c’est comme si on me squizzait mes droits assedic : bravo pour le soutien à la création !
    C’est n’importe quoi.
    Et la durée de prise en charge assedic est réduite de 24 à 15 mois.

    Résultat des courses, je laisse tomber ce statut, pour pouvoir profiter de mes assedic pour lesquels j’ai cotisé plus de 10 ans. Et me démerder autrement.
  • french_car (---.---.---.74) 15 septembre 2009 16:07

    Sous le terme « auto-entrepreneur » on entend chômeur en fin de droit qui tente de se vendre en free-lance.
    Doit-on se féliciter du succès de cette solution de la dernière chance ?


Réagissez à l'article

66 réactions à cet article

  • Voltaire (---.---.---.14) 15 septembre 2009 13:10
    Voltaire

    Merci de ces précisions.
    Le statut d’auti-entrepreneur, même s’il n’est pas la panace et ne concerne qu’une fraction des créateurs d’entreprises, est effectivement un pas en avant très important par rapport aux modèles pré-existants. Les simplifications qu’il permet jouent un role majeur dans la décision de nombreux candidat à la création d’entreprise.

    Il faut simplement souligner un élément clé : ce statut ne concerne qu’un type bien particulier d’entreprises, dont le chiffre d’affaire est réduit (donc principalement dans les services) ; les modifications en cours devraient permettre de clarifier certaines confusions qui demeurent entre ce statuit et celui d’artisan, pour lequel il est mal adapté. En réalité, ce statut est bien adapté aux micro-entreprises individuelles de service, dans le cadre d’un second salaire de la famille par exemple, ou d’une période de transition professionnelle. Il n’est pas adapté à la création d’entreprises vouées à grandir ou nécessitant un investissement important. Une fois ces limites reconnues, il constitue un élément très utile dans le droit de l’entreprise, et sans doute l’une des rares réformes réellement positives pour l’économie de ce gouvernement.

    • Annie (---.---.---.104) 15 septembre 2009 13:55

      @Voltaire,
      Je suis entièrement d’accord avec votre commentaire, à une seule exception. Une micro-entreprise (cela sonne bien mieux qu’auto-entrepreneur !!) peut prendre de l’expansion. On peut structurer cette expansion en employant du personnel, ou bien ce qui a été mon choix, sous-traiter un travail pour lequel j’étais déjà dans les faits sous-traitée, mais en gardant le contrôle des commandes. Cette sous-traitance ne me rapporte rien, mais elle me permet de planifier mon travail et ma charge de travail, et de conserver mes clients.

    • freelol (---.---.---.2) 16 septembre 2009 06:27
      freelol

      Pouvez vous préciser le « pas en avant très important » par rapport au statut micro entreprise ? Parce que à part un joli site internet de plus.gouv et l’ire des artisans je vois pas bien les avancées. Merci

    • xa (---.---.---.84) 16 septembre 2009 10:40

      Pour faire simple, autoentrepreneur = micro entreprise + micro-social + non immatriculation

      Le mirco social, en gros, c’est :

       pas de minimum de cotisations

       versement au fur et à mesure de vos recettes

        donc pas de rappel de cotisations la troisième année...

       comptabilité ’fiscale’ encore plus succincte.

  • rocla (haddock) (---.---.---.85) 15 septembre 2009 13:38
    rocla (haddock)

    Les Français toujours prompts à critiquer, détruire, saper les bases d’une réforme de fond, ont trouvé là le talon d’Achille qui leur manquait.

    N’ aura qu’ à voir les commentaires à suivre .

    Merci pour cet article , et que tous ceux qui râlent après leur exploiteur de patron se mettent à leur compte pour voir la vie en vrai .

  • oncle archibald (---.---.---.153) 15 septembre 2009 13:58

    et moi je me pose la question d’une activité d’auto-entrepreneur dans le cadre d’un cumul emploi retraite ... Une espèce de carrière à l’envers si j’ose dire .. Je suis très actif mais j’en ai marre, je souhaite poursuivre mon activité libérale mais cool avec juste quelques clients qui me plaisent et sans être accablé de charges sociales .. Quelqu’un sait-il si c’est envisageable ??

  • rocla (haddock) (---.---.---.85) 15 septembre 2009 14:06
    rocla (haddock)

    Oncle Archibald ,

    C ’est exactement ce que j’ ai fait après 4 ans de retraite j’ en avais marre de glander .

    Je me suis inscrit comme auto-entrepreneur , je fais quelques petits marchés dans la semaine , cool , pour le plaisir , je vois du monde , respire l’ air , me sens utile ,
     
    bon je connais pas ton secteur d’ activité , mais l’ auteur de l’ article devrait pouvoir te répondre .

    En tous cas bonne chance à toi .

    • oncle archibald (---.---.---.153) 15 septembre 2009 16:43

      Merci cap’tain et j’espere bien que les spécialistes vont me répondre vu que mon comptable y-sait-pas, mon AGA elle sait pas, les fonctionnaires de l’Urssaf y zont pas envie de penser à ça , etc .. Mon secteur à moi c’est la matière grise du bâtiment : plans, suivi des chantiers, compta des chantiers, autopsies après malfaçons,proposition de solutions de réparation, etc .. Si je pouvais me permettre de trier les clients parce qu’on n’a plus de grosses charges et qu’on veut juste un peu de beurre sur les spinachs, ce serait super amusant et comme vous j’aurai le plaisir de me sentir encore utile à d’autres que mes petits enfants qui ne m’occupent pas à plein temps .. ... 

    • freelol (---.---.---.2) 16 septembre 2009 06:30
      freelol

      Je crois qu’il est possible de vous établir en auto entrepreneur avec le régime micro bnc, en gros 50% impôts sur votre CA.

    • xa (---.---.---.84) 16 septembre 2009 10:48

      En autoentrepreneur, au pire, on verse 21,3% de charges sociales. Ensuite, si on choisit l’imposition par prélèvement libératoire, au pire, c’est 2,2% de plus, soit un maximum de 23.5%.

      D’où tenez vous ces 50% ?

    • freelol (---.---.---.2) 16 septembre 2009 16:13
      freelol

      erreur de ma part le micro bnc a 23% énéfé

  • french_car (---.---.---.74) 15 septembre 2009 16:07

    Sous le terme « auto-entrepreneur » on entend chômeur en fin de droit qui tente de se vendre en free-lance.
    Doit-on se féliciter du succès de cette solution de la dernière chance ?

    • rocla (haddock) (---.---.---.85) 15 septembre 2009 17:41
      rocla (haddock)

      French-automobile ,

      Mais que croyez-vous donc ?

      La plupart des entreprises commencent avec une idée , un talent , un esprit d’ entreprendre qui si elles réussissent deviennent plus grandes , donnent du boulot aux gens , à d autres entreprises , payent l’ Urssaf , divers impôts , font à la fin tourner l’ économie .

      Jamais personne n’ a commencé par une multinationale .

      Ce statut facilite justement la mise à l’ étrier de celui qui veut se lancer .

      Voir la vie de façon cauchemardesque et pessimiste est le lot des paumés en tout genre .

    • Yohan (---.---.---.19) 16 septembre 2009 00:52
      Yohan

      Doit-on se féliciter du statut de chômeur de longue durée ?

    • freelol (---.---.---.2) 16 septembre 2009 06:43
      freelol

      Ya rien de vraiment novateur, l’auto entrepreneur , c’est la micro entreprise avec une couche fraîche de peinture. Hein a oui on me dit dans l’oreillette que ya un joli site internet tout neuf.

      Pour faire avancer le débat voici ce qui se passe dans une entreprise qui vend des portes et des fenêtres. Les équipes de pose salariés sont remplacées par des sous traitants indépendants, ce sont souvent les mêmes personnes qui démissionnent.

      « - Mets en toi en micro, jte filerais des contrats et tu gagneras plus »
      Certes mais pas d’assurance chômage et la loi du marché, la concurrence entre les travailleurs.

      Un système qui précarise les travailleurs en les mettant en concurrence. Beaucoup pensent avoir l’étoffe du chef d’entreprise et beaucoup se retrouveront sur le carreau sans indemnités le jour ou leur fournisseur (le vrai gagnant) souvent unique les laissera tomber pour une équipe de Polonais.

    • oncle archibald (---.---.---.153) 16 septembre 2009 10:21

      il y a du vrai dans ce que vous dites freelol, mais ca existe depuis bien longtemps avec la sous traitance des grandes entreprises aux artisans qui exécutent ... Mais si parfois ca n’arrange que « l’employeur vrai » alias la grosse entreprise, parfois ça arrange aussi l’artisan, qui a horreur de la paperasse, qui ne veut pas perdre du temps à répondre à des appels d’offres, bref qui est plus à son aise avec un rabot qu’avec un stylo et qui est bien content d’avoir du boulot sans avoir à le chercher et de ne pas avoir un « patron » pour lui « gueuler dessus » pendant qu’il bosse ... sur que pour que ca marche il faut etre competent et vaillant ... mais finalement, est-ce anormal ??

  • SergeC (---.---.---.185) 15 septembre 2009 16:17

    Soyons clairvoyants sur les chiffres de l’AE. Mais c’est comme la salle de sport ça, sur 10 inscrits 7 restent au cours de gym de 19h... c’est un statut complémentaire, auquel certains souscrivent parce qu’il est super populaire et aussi parce « qu’on ne sait jamais », « au cas où ». Et ils ont raison !

  • Alain-Goethe (---.---.---.193) 15 septembre 2009 16:19

    Je connais qn célibataire, ayant atterri « en subissant événements » dans un HLM loin de sa région d’origine. ;
    - Rmiste, certains pbs de santé.
    - en mi janvier, elle s’est inscrite en auto pour faire des traductions.
    - ce jour, elle me dit au tel qu’elle a réussi à faire env. 1300 Euros de C.A, et ensuite panne d’informatique ..
    - URSAFF lui réclame déjà 800 Euros

    - elle a aussi des soucis ponctuels coté RSA

    Là elle est dans sa famille (région d’origine) :

    Le conseil que je lui ai réitéré :
    Envisages plutot de rester définitivement dans ta région d’origine (Rhone Alpes)
    Faire des dossiers d’HLM , avec l’appui de WAUQUIEZ ou de Mercier (Pdt du C.G du 69)
    - quitte à interrompre auprès de URSSAF de la « région d’atterissage forcé » et à redémarrer sur Rhone Alpes

    Car je le constate de + en + : bcp de gens se « recroquevillent » près de leur famille, non loin d’un réseau de combines (un tel qui est bricoleur, un autre qui connait qn qui .. qui connait une combine..)
    car le crise est loin d’être terminée..

    et des Français « un peu paumés » y en a des tas

    • Annie (---.---.---.4) 15 septembre 2009 16:56

      J’essaye un peu de comparer votre exemple à la situation en Angleterre. Il me semble que les difficultés que vous évoquez sont principalement administratives. Dans mon cas, je n’ai pas eu à déclarer quoi que ce soit lorsque j’ai commencé à travailler. J’ai simplement dû payer des cotisations de retraite qui sont forfaitaires et minimales, que toute personne active doit payer. Par contre en fin d’année fiscale, j’ai fait ma déclaration d’impôts, et j’ai donc payé sur mes bénéfices mes impôts plus un pourcentage de mes bénéfices correspondant aux cotisations sociales. Le succès de ce statut en Angleterre vient de sa souplesse administrative.
      Quant à la panne informatique, cela fait partie des aléas du métier. Peut-être le piège de ce statut est de penser que l’on peut créer une micro-entreprise avec des bouts de ficelle, cela dit sans méchanceté aucune.

  • Alain-Goethe (---.---.---.193) 15 septembre 2009 16:42

    Fin 2008, je lui avais dit plusieurs fois de ne pas s’inscrire trop tot, pas avant d’avoir prospecté avec succès un embryon de Clientèle ..

    Finalement, elle a voulu (dans ce cas) aller trop vite ..
    En outre, elle m’a garanti qu’à partir de ce moment là elle n’était plus en catégorie 1 des Demandeurs d’emploi.
    Donc bonus pour les chiffres mensuels annoncés aux messes de 20 h !!

    - Now j’ai l’impression que Popol Emploi a changé l’appellation de la catégorie 1 en « catégorie A »

    En son temps, j’ai hélas connu tout ça ...

    Je souhaite bon courage aux « moins de 60-62 ans » !!

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