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Le chômage ne peut plus baisser (c’est comme les carburants)

 Le gouvernement Ayrault voudrait bien maîtriser le prix des carburants mais la réalité économique l’en empêche. La seule option serait d’utiliser les taxes comme variable d’ajustement. Dans ce contexte, une baisse de 20 centimes serait envisageable avec comme conséquence un budget amputé de milliards d’euros ce qui n’est pas pensable compte-tenu de l’état des finances. Mais même en admettant que ce geste soit possible, l’évolution du baril d’ici deux ou trois ans ferait remonter le prix à un niveau conséquent. En vérité, la hausse du prix des carburant n’est pas un phénomène conjoncturel mais structurel. Ce ne fut pas toujours le cas. En 1974, le choc pétrolier fut un événement conjoncturel, au même titre que le second choc en 1979 lié à la guerre opposant l’Irak et l’Iran. Un conflit est un phénomène temporaire. Il finit par se terminer. Ainsi, les pays industrialisés ont pu bénéficier d’un baril de pétrole à un prix « raisonnable » pendant trois décennies. Le carburant à prix moyen fut une donnée structurelle jusque vers la fin des années 2010. Mais au milieu de cette décennie, des signaux d’alerte ont été envoyés, avec des prix à la pompe atteignant des records en 2005. Alors qu’après l’introduction de l’euro, on payait le gasoil parfois 95 centimes le litre. Maintenant, comme l’a expliqué récemment un économiste averti, le l’augmentation progressive du baril de pétrole est structurelle. Il faut s’attendre à voir les factures de chauffage et de carburant s’alourdir. C’est inéluctable au vu de la demande croissante, surtout que le Japon devra faire tourner des centrales thermiques puisqu’il ne veut plus du nucléaire. En matière de pétrole, ne nous plaignons pas du structurel. Le conjoncturel serait pire, par exemple en cas de conflit entre l’Iran et Israël, avec à la clé des incidents dans le détroit d’Ormuz. Là, ce serait du brut à 200 dollars.

 Le structurel est donc un processus continu dont la durée se chiffre en décennies. Par opposition au conjoncturel qui en économie, renvoie à des phénomènes mesurés en mois, voire en quelques années mais pas plus. Si l’on examine la situation de l’emploi, on s’apercevrait que dans ce domaine, le structurel a pris l’ascendant sur le conjoncturel. Cette hypothèse ne devrait pas être hors de portée pour un économiste décidé à la valider, ou à l’inverse à l’infirmer, ce qui serait moins déprimant pour l’opinion. Mais en matière de science, l’objectif ne doit pas être de plaire ou de rassurer mais d’énoncer la vérité de la situation. Et finalement, dresser le constat d’un chômage structurel n’a rien d’angoissant. C’est même plutôt rassurant car si ce fait est établi, cela laisse supposer qu’il faut en finir avec les mesures d’ajustement, les effets d’annonce, les actions ciblées sur les marges, pour prendre la question avec sérieux et envisager un changement structurel de l’économie. Mais est-ce pour autant possible ?

 On peut penser légitimement que le chômage crée des inégalités mais c’est plutôt l’inverse, à savoir des inégalités de revenus qui finissent par engendrer du chômage. L’hypothèse que je suggère, c’est que la pénurie d’emploi n’est pas liée à la structure de l’emploi mais à la structure monétaire de l’économie. Plus précisément, ce n’est pas le travail qui manque mais l’argent disponible pour payer les travailleurs. On le constate actuellement avec les mouvements de capitaux qui n’irriguent plus l’économie productive et se placent dans des endroits improductifs, comme le pétrole, les métaux rares ou précieux, le marché des denrées alimentaires. Les capitaux servent à la spéculation ou alors, ils ne savent plus où aller, et les banques font dormir leur argent en le plaçant à la BCE. Plus généralement, l’économie s’assèche car l’argent circule de plus en plus dans des milieux aisés. L’économie du luxe se porte à merveille. Des transactions colossales se font dans l’immobilier de prestige. D’un autre côté, les classes moyennes et précaires sont ponctionnées de plus en plus, avec notamment les loyers devenus une source de revenus pour classes aisées et un levier d’appauvrissement pour les travailleurs et chômeurs. A l’inverse, les réductions d’impôts pour les plus riches sont élargies, quoiqu’en disent les socialistes qui ne sont pas prêts à abolir les niches fiscales. La situation est assez simple à visualiser. Il manque de la monnaie pour l’économie productive. Et c’est cette configuration qui n’a rien de conjoncturel mais relève d’un structurel adossé à une idéologie. Car derrière le dispositif économique et la répartition des revenus se dessine une idéologie, celle des gagnants, des meilleurs, des parvenus, des méritants, des élites. Une idéologie qui diffuse subrepticement tel un concept subliminal décliné dans les discours, les analyses des éditocrates, les reportages, les publicités, le cinéma.

 Une fois le constat établi, on voit se dessiner trois options. La première étant de faire comme depuis des décennies et de bricoler des mesures en acceptant un taux élevé de chômage et même en le laissant s’accroître jusqu’au seuil d’inversion ou de stabilisation. Si la société décide que cette situation n’est pas acceptable, alors deux options se présentent comme des changements structurels d’importance. Première solution, modifier le code du travail et proposer des emplois en cassant les frontières du Smic tout en forçant les sans-emploi à accepter le travail dès qu’on leur propose un job, quelles que soient les conditions. Seconde option, modifier la structure monétaire en irriguant la « tierce économie » de centaines de milliards d’euros tout en modifiant la fiscalité si nécessaire. L’effet premier sera au moins de réduire la précarité et à moyen terme, une baisse du chômage est envisageable grâce au levier systémique. C’est une option éthique mais l’homme a depuis bien longtemps tourné le dos à la morale et à l’éthique. Alors, on va s’habituer et le chômage augmentera comme le prix de l’énergie. Après, on verra la capacité de résilience sociale. Conclusion : si le chômage ne peut pas baisser et si la précarité augmente, c’est en raison d’une structure économique derrière laquelle il y a une structure idéologique.

 Et donc, quelques lignes pour préciser ce point. D’abord commençons par le marché, structure technique qui n’a rien d’idéologique et qui constitue un principe d’efficacité. Mais le marché indépendant n’existe pas, n’a jamais et ne peut pas exister. Les sociétés sont déterminées par le marché et l’Etat (et le politique en élargissant). L’économie dans une société organisée n’est plus neutre idéologiquement parlant. C’est à Marx que l’on doit l’idée-force que derrière l’économie, il se trouve une structure idéologique. Et que pour mettre l’économie au service d’une classe, il faut que se développe une conscience de classe. Marx avait bien vu, sauf que la classe qui a développé une conscience de classe, c’est la classe aisée, supérieure. Tout vient d’une structure à la fois économique, politique, technique et sociale. Les classes aisées, en plus d’être motivées, disposent de temps et de moyens pour se rencontrer, s’organiser en réseaux, en cercles, en dispositifs de connivence et d’entraide. Pas la peine d’aller chercher derrières les grilles sécurisées des établissements où se réunissent le groupe Bilderberg. Il suffit de regarder autour de chez soi, les sections locales du Rotary ou du Lion’s, sans oublier les incontournables francs-maçons. Les journalistes, les décideurs économiques et politiques se retrouvent souvent, aux échelles nationale, locale et même internationale. Et de cette proximité naît la conscience de classe des élites qui organisent alors le système économique et étatique en soignant leurs intérêts. Les autres classes n’ont pas ces mécanismes et déploient des structures sociales minuscules, cercles d’amis, amicale du quartier, associations, ou s’isolent en arpentant les zones commerciales périphériques en quête de promos et autres soldes. Le seul moyen pour ces classes moyennes et pauvres d’avoir une conscience collective doit passer par les médias, compléments indispensables d’une pratique sociale de proximité. Or, ces médias sont maintenant aux mains de la classe des élites et ne veulent ni ne peuvent renverser la structure idéologique. Ils invitent les mêmes analystes, les politiciens convenus, les habitués du bavardage médiatique. Il n’y a aucune raison que la tendance s’inverse. Le chômage s’accroît en même temps que l’emprise des élites sur les médias, l’économie et le pouvoir.




par Bernard Dugué (son site) mardi 4 septembre 2012 - 66 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gabriel (---.---.---.98) 4 septembre 2012 09:34
    Gabriel

    Comme vous l’avez bien compris, le chômage est la principale méthode de gouvernance des dictatures. Le problème n’est pas un manque de travail mais une mauvaise et malhonnête répartition des richesses produites. La majorité de ces revenus sont captés par une minorité voulant imposée un pouvoir despotique. Cette même minorité de financiers mafieux ont créé un système dont la dépendance financière par le crédit et l’emploi sont les fondements de la société dont ils rêvent. Une société de citoyens esclaves dont la survie ne dépendra que de leur obéissance et leur adhésion au système laissant de côté une majorité de leurs frères dans la misère. Cette société a commencé à se bâtir il y a quelques décennies et, si rien ne l’arrête, arrivera à son apogée d’ici une dizaine d’années. Des pays entiers sont sacrifiés sur l’autel de la rentabilité personnel de quelques uns. La science et la technologie ont fait de tels progrès qu’on devrait être tous heureux et pourtant, les hommes n’ont jamais été aussi malheureux, quel dilemme ! Le type de société que nous avons suivi durant le siècle précédent arrive à échéance et termine son agonie sous couvert de colères et de révolutions montantes. C’est une autre vision, un autre paradigme, une autre façon de vivre en société et en harmonie avec notre environnement qu’il nous faut inventer, c’est une question d’humanité, de survie.

  • Par Romain Desbois (---.---.---.43) 4 septembre 2012 09:25

    Slt Bernard

    Je n’ai pas vu votre troisième option ?

    En tout cas, il ya trois facteurs dont on ne tient pas compte. La productivité liée à l’automatisation et au progrès technique, l’allongement de la vie et le taux de natalité.

    Trois facteurs qui ne peuvent que nous amener à réduire le temps de travail. On le fait par le biais du chômage et il serait bon de le répartir plus équitablement et plus positivement (en passant aux 32 heures par exemple).

    Mais déjà faire appliquer les 35 heures. Selon Filoche Gérard, les organes statistiques de l’inspection du travail estiment à plus d’un milliard d’heures supplémentaires non payées et non déclarées ! (à rajouter aux heures supp déclarées) et ce par an !

    De plus une mesure qui ne coûte rien à l’entreprise, c’est le salaire maximum (SMAC) aligné sur le smic.

    En se basant sur un SMAC à 20 fois le SMIC.

    Une entreprise qui payait un salarié à 100 fois le SMIC, instaurer le SMAC permet de financer 80 emplois sans 1 centime de plus pour la boite. (si la boite n’a pas besoin d’embaucher, rien ne l’empêche d’augmenter les plus bas salaires).

    Certes on ne peut pas du jour au lendemain réduire les revenus d’un salarié même trop payé.
    Dans le cas où ce n’est pas possible, il existe une possibilité plus souple mais plus longue.
    Dans une entreprise , lorsque l’on fait une augmentation salariale générale, on augmente en pourcentage tous les salaires, maintenant l’écart en pourcentage mais creusant l’écart en euros.

    Il suffirait qu’une fois décidée l’augmentation de la masse salariale en pourcentage, de diviser cette somme par le nombre de salariés et de verser la même somme à tous. Ainsi l’écart en euros reste le même mais réduit l’écart en pourcentage. L’avantage premier est que du coup les plus bas salaires sont plus augmentés en %.

    j’espère ne pas avoir été trop confus.

  • Par lagabe (---.---.---.150) 4 septembre 2012 15:06

    une étude démontre que si on diminuait de 40 % le salaire des 1 % les mieux payes dans les grosses entreprises, on doublerait le salaire des 20 % les moins payés

  • Par mac (---.---.---.117) 4 septembre 2012 09:36

    « La lutte des classes existe, et c’est la mienne, celle des riches, qui la mène et qui est en train de la gagner » (traduction de propos attribués à Warren Buffet).

    Le constat est amer pour les classes moyennes et pauvres mais sans appel. Tant que la plupart des citoyens se feront laver le cerveau par cette « fabrique du consentement » qu’est la télé aux mains de quelques oligarques, il n’ y a aucune raison que ça change...

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