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Le chômage : où en sont les économistes ?

Le chômage est de nouveau un thème majeur de la présidentielle ; quelles réponses les experts du monde l’économie nous proposent-ils ?

Regardons de plus près les propositions des libéraux : ils proposent trois axes pour expliquer et réduire le chômage, réduire le coût du travail, réduire les contraintes pour l’employeur, et réduire l’assistanat des chômeurs.

Le premier axe est la modération salariale, qui doit permettre aux entreprises d’embaucher plus sans augmenter leurs coûts, c’est-à-dire que plus de travailleurs devront se partager une rétribution fixe de leur travail. En pratique réduire les salaires est difficile. En effet, il existe des salaires minimums dans de nombreux pays, imposés par l’Etat ou par les conventions collectives. A défaut de le réduire, depuis vingt-cinq ans on a bloqué leur progression et on a réduit la part relative des salaires dans le PIB. Les bas salaires sont devenus la norme, même Alain Minc (1) a récemment déclaré que le niveau des salaires en France était trop faible. On peut aussi faire un rapprochement avec le mouvement actuel aux USA (soutenu pas 650 économistes, dont les Nobel Robert Solow, Kenneth Arrow, Clive Granger, Joseph Stiglitz et Lawrence Klein) pour augmenter le salaire minimal US qui stagne depuis plusieurs années.

On peut aussi réduire le coût de l’emploi sans pour autant réduire le salaire de l’employé, en réduisant les cotisations sociales. C’est en quelque sorte une subvention à l’emploi, souvent peu qualifié. Ce type de pratique est soutenu par Phelps, qui propose de subventionner directement des emplois à bas salaire. C’est une voie coûteuse mais elle permet de payer correctement des travailleurs peu productifs. L’étude de Gafsi (2) met en évidence une surévaluation de l’effet des réductions de charges sur l’emploi global en France. Ces allègements créent peu d’emplois, mais surtout ils ont un effet nul, voire négatif sur l’emploi qualifié. Une étude de la Cour des comptes (non publiée mais relayée par Les Echos) montre que ces allègements, qui se portent approximativement à 20 milliards d’euros, créent au mieux 700 000 emplois. Ces emplois coûtent aux contribuables un peu plus de 28 000 euros.
On comprend mieux pourquoi Blair a préféré embaucher des fonctionnaires plutôt que de subventionner des emplois privés. Le procédé est moins coûteux et plus efficace pour réduire le chômage. Les allègements de charges sont très coûteux et créent peu d’emplois, ils favorisent même les emplois peu qualifiés aux dépens d’emplois plus productifs. Ce genre de choix de gestion est rentable à court terme, mais finit par peser sur notre compétitivité.

Le deuxième axe des libéraux est le niveau trop élevé des allocations chômage, censées favoriser le non-retour à l’emploi des chômeurs. Ces aides seraient trop proches du montant du salaire que les entreprises pourraient proposer aux chômeurs, ce qui inciterait ceux-ci à l’oisiveté. On retrouve cette idée dans le programme de l’UMP pour 2007 (3) :

S’il y a du chômage, ce n’est pas parce qu’il y a trop de personnes sur le marché de l’emploi, mais, au contraire, parce qu’il n’y en a pas assez et que celles qui travaillent travaillent trop peu.

Si on étudie les chiffres, on apprend qu’il y a 300 000 offres d’emplois non pourvues par an, dans des secteurs réputés difficiles (hôtellerie, BTP) alors que la France subit un taux de chômage important. On peut juger de l’effet des aides sociales en s’appuyant sur l’étude de David R. Howell (4).

Le premier graphique représente le taux de chômage en fonction du taux de remplacement (c’est-à-dire la moyenne du taux de l’allocation chômage sur 60 mois), dans vingt pays de l’OCDE. Ce graphique nous apprend que le taux de remplacement ne semble pas influencer le taux de chômage. Cela contredit l’idée que des fortes allocations chômage favorisent le chômage.

Dans le second graphique est représenté le taux de chômage de longue durée, (supérieur à douze mois) comparé à l’indice de durée des allocations. Mêmes constations que dans le graphique précédent, la durée des allocations chômage n’explique pas le taux de chômage de longue durée. Là encore, la vision populiste est mise à mal. Comment alors réduire le chômage si les chômeurs ne sont pas influencés par le niveau de l’aide sociale, que leur salaire ne peut être réduit et que les exonérations de charges ne font qu’augmenter la part des salariés peu qualifiés sans réduire le chômage global ?

Le troisième axe pour réduire le coût du travail est l’augmentation de la flexibilité de l’emploi, c’est notamment un cheval de bataille de l’OCDE, qui étrille la France systématiquement sur cette question. Cette flexibilité doit permettre de mieux utiliser la main-d’œuvre, d’embaucher plus facilement sans craindre de difficultés pour licencier ensuite.

L’OCDE publie un indice de flexibilité, qui compile différents facteurs (facilité d’embauche, de licenciement, souplesse horaire). L’OCDE recommande d’augmenter notre flexibilité pour réduire le chômage. Un rapport de Paul Fitoussi (5) permet de mettre en relation cet indice de flexibilité et le taux moyen de chômage, sur la période 1990-1998, toujours pour les vingt pays de l’OCDE.

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On remarque que la flexibilité n’entraîne pas forcément un faible taux de chômage, c’est-à-dire que la flexibilité n’explique pas à elle seule le taux de chômage. La solution miracle, vantée par l’OCDE, le Medef, une bonne partie de la classe politique est donc un très mauvais levier pour réduire le chômage.

Le rapport de Loïc Cadiou et Stéphanie Guichard (6) permet de comprendre cet échec de ces politiques. Les stratégies gagnantes contre le chômage en Europe ne sont pas comparables de pays à pays. La mise en place d’une législation plus « libérale » pour l’emploi ne se traduit pas par un équilibrage plus rapide du marché de l’emploi, car elle est peu corrélée avec la flexibilité macro-économique. En fait, les lois n’expliquent pas à elles seules la structure du marché de l’emploi : politique économique, biais technologique, innovation, capacité à créer des emplois, structure de la population active. Par exemple, la mobilité professionnelle est forte aux USA, mais faible en France, la loi n’y peut pas grand-chose. De plus cette flexibilité institutionnelle ne compense pas l’absence d’instrument de régulation macro-économique national et européen.

La question qu’il faut se poser est celle de l’origine du chômage. Les visions populistes et libérales ont réalisé une jonction idéologique en déclarant le chômage résultant de la fainéantise des chômeurs et du coût trop élevé de l’emploi. Or cette analyse ne survit pas à l’épreuve des chiffres, car d’autres facteurs expliquent le chômage.

Pour Keynes, les entreprises utilisent leur main-d’oeuvre pour produire une quantité de biens et de services. Elles embauchent donc une quantité donnée de main-d’oeuvre pour répondre à la demande. Les libéraux pensent que c’est le niveau de la production qui définit la demande globale, le chômage serait donc volontaire. Dans notre société de surproduction et de main-d’oeuvre qualifiée, l’analyse libérale me semble d’un autre temps, car aujourd’hui produire ne permet pas de vendre, tous les chefs d’entreprises le savent, la place prise par le marketing le démontre.

Comment résoudre le problème du chômage en France ? Il serait plus prudent d’identifier les vraies raisons plutôt qu’appliquer des recettes issues l’étranger. On peut néanmoins mettre en lumière des problèmes évidents :

 

  • le système éducatif est peu performant : chaque année 160 000 jeunes arrêtent les études sans diplôme et sont donc incapables de trouver un vrai travail. Des filières garages sans perspective d’emploi récupèrent les élèves en échec scolaire.
  • Un sous-investissement chronique à la fois en recherche fondamentale et R&D réduit la compétitivité de nos entreprises, nous empêche d’être présents sur des marchés nouveaux, et nous ne permet pas de garder nos « cerveaux ».

  • Un sous-investissement productif résulte du manque d’innovation mais aussi de la frilosité des investisseurs français qui ne font pas confiance aux entrepreneurs. L’argent va dans l’immobilier, dans l’épargne, dans la spéculation boursière. L’afflux de capitaux étrangers prouve que la France reste attractive mais que les investisseurs français laissent passer des occasions de s’enrichir.

Pour faire face à la mondialisation qui allait mettre en concurrence les salaires, certains pays ont tout misé sur les nouvelles technologies, sur les emplois à haute valeur ajoutée qui permettent ensuite de garantir de hauts revenus. C’est le cas des USA sous Clinton, de la Corée du Sud, de Taïwan, des pays nordiques. La France n’a pas su ou pas osé prendre ce risque, investir massivement en recherche, en formation, et créer un terrain favorable pour les entreprises innovantes.

Au lieu de sortir de la crise qui s’annonçait par le haut en misant sur des emplois hautement qualifiés, elle a préféré, sans doute à cause d’une vision électoraliste à court terme, réduire le coût du travail pour avoir une illusion de compétitivité. L’illusion commence à se dissiper.

Nos cerveaux partent à cause des salaires et des moyens ridicules de la recherche publique, de la quasi-absence de recherche privée, du manque d’audace du patronat qui hésite à embaucher des jeunes, quand bien même ils ont fait leurs preuves à l’étranger.

Les Français ne sont pas naturellement désavantagés, on s’arrache nos chercheurs, même les Chinois viennent faire leur marché en France. Il est possible de prendre ce train de croissance et de progrès, mais il faudra faire des choix, des sacrifices et miser sur autre chose que des résultats à deux ans : en quelque sorte, responsabiliser les décideurs, du secteur public comme du privé, pour se forger une vision à plus long terme.

Bibliographie :

 

(1)Les Echos, 08/01/07 http://www.lesechos.fr/info/france/300128386.

(2)Islem Gafsi, Yannick L’Horty et Ferhat Mihoubi 2006, Allègement du coût du travail et emploi peu qualifié : une réévaluation http://www.univ-evry.fr/PagesHtml/laboratoires/Epee/EPEE/documents/wp/04-03R.pdf


(3)UMP http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/debattre/dossiers/social/pour_plus_de_justice_sociale_10_propositions_en_debat


(4) R. Howell, Dean Baker, Andrew Glyn and John SchmittAre Protective Labor Market Institutions Really at the Root of Unemployment ? A Critical Perspective on the Statistical Evidence1 July 14, 2006 http://hussonet.free.fr/howell14.pdf

(5)-Paul Fitoussi et Olivier Passet Jacques Freyssinet, 2000, Réduction du chômage : les réussites en Europe http://www.cae.gouv.fr/rapports/dl/023.pdfpdfpdfpdf

(6) Loïc Cadiou Stéphanie Guichard, La diversité des marchés du travail en Europe, juin 1999 Quelles conséquences pour l’Union monétaire, Première partie : La diversité des marchés du travail dans les pays de l’Union européenne http://hussonet.free.fr/cepii910.pdfpdf

Autres liens :

Le mouvement américain pour augmenter le salaire minimum http://www.epi.org/content.cfm/minwagestmt2006

 

par karg se jeudi 25 janvier 2007 - 100 réactions
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  • Par Comenius (xxx.xxx.xxx.26) 25 janvier 2007 14:56

    Le problème fondamental, dans toutes les études comparatives sur le chômage, c’est qu’elles sont fondées sur un chômage officiel qui ne correspond en rien à la réalité. Le taux au sens du B.I.T. harmonisant en principe les méthodes de calcul n’y change rien.

    Si vous retirez une proportion importante des chômeurs de la population active, par différents artifices, vous ferez baisser le nombre officiel des chômeurs, mais la réalité sociale n’aura pas changé. Trois méthodes principales sont employées : les "invalides" (Grande-Bretagne, Pays-Bas), les préretraités (Danemark) et les "malades de longue durée" (Suède), chaque pays utilisant une ou plusieurs de ces méthodes dans des proportions variables.

    Prenons un exemple simplifié, celui d’un pays dont la population active serait d’un million de personnes dont 100.000 seraient au chômage (la population active se compose des personnes ayant un emploi, même une seule heure par semaine, et de celles à la recherche d’un emploi). Le taux de chômage est de 10 % (100.000/1.000.000). Si vous transformez 50.000 chômeurs en invalides, préretraités ou malades de longue durée, ceux-ci ne font plus partie des chômeurs ni de la population active. Vous obtenez donc un taux de chômage de 5,26 % (50.000/950.000). Mais le nombre d’emplois n’a pas changé.

    Lire ces analyses détaillées :

    L’illusion de la flexicurité danoise qui aborde aussi d’autres aspects comme les indemnités de chômage, le coût du travail, la durée effective du travail.

    et aussi : Plus d’emplois créés en France qu’en Angleterre en 15 ans

    Vous pouvez limiter la durèe d’indemnisation du chômage à six mois (Grande-Bretagne, USA), verser des indemnités chômages très faibles (beaucoup moins que le RMI en France), ne pas indemniser la personne dont le conjoint à un emploi ... tout cela diminue de façon considérable le nombre officiel des chômeurs alors que ces personnes recherchent un emploi.

    Le modèle libéral britannique : emploi et chômage

    Vous pouvez remplacer de bons emplois à plein temps et correctement rémunérés par des emplois à temps partiel, mal rémunérés, souvent même à temps très partiel (10 à 15 heures par semaine). Cela fait baisser le taux officiel du chômage, augmente le taux d’emploi, augmente encore plus le nombre de travailleurs pauvres, mais ne change rien à la réalité, aux inégalités et à la misère sociale.

    Durée du travail : apparences et réalité, France et autres pays

    et Durée du travail : 32 heures en Angleterre

    Ainsi, vous pouvez faire toutes les analyses voulues sur l’évolution du chômage en fonction de différents paramètres, celles-ci seront toutes fausses car leurs données sont biaisées et très différentes de la réalité. En particulier, les économistes libéraux partent d’un présupposé inavoué en faveur de plus de flexibilité, moins de cotisations sociales, baisse des salaires ... Leurs études ont simplement pour objectif de justifier ces présupposés et ils utilisent de nombreux calculs compliqués (cela impressionne et donne une apparence de rigueur scientifique) mais effectués sur des données fausses.

  • Par jcm (xxx.xxx.xxx.229) 25 janvier 2007 17:33

    Sur la Chine : Les entreprises occidentales contre l’amélioration des conditions de travail en Chine

    Ces entreprises qui ne nous veulent que du bien, et ce marché autorégulé qui nous enrichira tous...

  • Par (xxx.xxx.xxx.15) 25 janvier 2007 15:25

    En ce qui concerne l’éducation, il y a un gros problème au niveau des entreprises qui trop souvent se montrent incapables de former leurs employés.

    L’éducation nationale n’a pas pour rôle de fournir un enseignement spécifique permettant une efficacité immédiate à l’embauche. Trop souvent elle s’engage dans ce sens, alors que l’embauche n’est pas assurée derrière.

    Je pense que plutôt que de faire directement des formations professionnelles trop spécialisées, l’état ferait mieux d’aider les entreprises à former leurs nouveaux employés, et aussi les employés reclassés.

    D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps que ça, les entreprises savaient former leurs employés. Il y a eu une dérive et elles préférent maintenant externaliser cette charge.

    Am.

  • Par www.jean-brice.fr (xxx.xxx.xxx.28) 26 janvier 2007 09:33

    LE VERITABLE PROBLEME DU CHOMAGE NE SERA CERTAINEMENT PAS REGLE PAR LES ECONOMISTES ! Pourquoi il ny avait pas de chomage dans les années 60 ? Parce que le SYSTEME MONETAIRE INTERNATIONAL FONCTIONNAIT ! Mal peut être, mais cela est une autre histoire : par contre ce système s’est dégradé avec la QUASI FAILLITE de l’Empire américain le 15 Aout 1971... Depuis nous vivons dans une économie hyper inflationniste et nous ne retrouverons le plein emploi que lorsque le SMI sera remis sur pied. Pour en savoir plus, allez sur www.jean-brice.fr

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