Le cycliste et l’impossible austérité …
Depuis le début de la crise financière intervenue en premier lieu aux Etats-Unis en 2007 et apparue visiblement en France en septembre 2008 avec la faillite de la banque Lehman Brother, nos grands penseurs économiques reviennent en force (Keynes, Adam Smith, Ricardo, etc …). La crise est tellement brutale, à la fois dans sa survenue et dans son intensité qui ne cesse de s’amplifier, que nous somme contraints à nous poser des questions nouvelles ou bien anciennes et oubliées par le jeu de l’effacement du temps.
Vont-ils ces grands penseurs venir à notre secours ? A tous les niveaux de décision on assiste encore à des débats sans fin sur le choix des mécanismes à mettre en œuvre pour enrayer cette crise de la dette qui frappe les états européens, et pour cause, des interventions variées et massives, dirigées par le FMI,
Aujourd’hui les politiciens et en particulier ceux qui sont aux commandes du navire, utilisent lors de leurs apparitions médiatiques les mots ‘austérité’ et ‘rigueur’ avec une attention aussi fine que le cycliste qui descend un col à 100km/h. Peu importe les chicaneries sémantiques, que l’état applique une politique d’austérité ou de rigueur, l’objectif reste le même, et les remèdes assez semblables. Il s’agit bien d’assainir nos finances publiques en rééquilibrant d’abord le budget en déficit chronique depuis plus de 35 ans, pour envisager ensuite une réduction de la dette.
Le défi du cycliste
Pour agrémenter cet article, je vais pousser un peu plus loin l’analogie entre un engagement vers une politique de rigostérité et le cycliste en vous invitant à garder à l’esprit pour le reste de la lecture, l’exemple qui suit :
1. Il se munit d’un vélo léger doté d’une mécanique adaptée à ce redoutable défi, et s’entraîne quelques mois en suivant avec régularité, discipline et rigueur, un plan d’entraînement adéquat. Il met ainsi toutes les chances de son côté.
2. Il dispose déjà d’un vélo type randonneuse de
Nul doute que dans la deuxième hypothèse, ce cycliste nouvellement déclaré hypothèque sérieusement ses chances.
La rigidité d’un état
Revenons à l’austérité … Est-elle envisageable en France et a-t-elle une chance de réussir et produire les effets escomptés ? J’ai l’impression que notre modèle économique et social pèse aussi lourd que la randonneuse de notre cycliste amateur : une fiscalité lourde, touffue, confuse, incohérente, injuste et incompréhensible, un code du travail écrit en plusieurs tomes qu’aucun pays n’a souhaité reproduire, un appareil d’état rigide assorti d’une configuration régionale en mille-feuille (communes, communauté de communes, cantons, départements, régions, le pays tout entier, et pour englober le tout : l’Europe !), une bibliothèque de lois et de décrets pléthorique et impénétrable, un système de redistribution compliqué assis sur des acquis sociaux non négociables.
Une nécessité …
Tout le monde l’a désormais compris, la crise financière initiale s’est transformée par étapes successives en une crise de la dette. Il devient impératif et urgent de la réduire sous peine d’être longtemps encore ‘marchés-dépendant’ avec en prime le risque permanent de la flambée des taux. On a une petite idée de la suite grâce à
Réduire les dépenses … une évidence
Dans le cadre du retour à l’équilibre budgétaire le nouveau président ‘normal’’ avec son gouvernement ‘normal’ ont opté davantage pour une augmentation de la fiscalité que pour une réduction des dépenses. Cette ‘normalitude’‘ en matière de rééquilibrage budgétaire est un peu curieuse car notre pays a le triste privilège d’avoir des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques très élevés, les deux étant parmi les plus forts en Europe et dans le monde (respectivement 44% et 56% du PIB environ) ; Doublement médaillé !
Et si on le faisait maintenant …
Rappelons qu’il nous faut réduire le déficit budgétaire de l’état de 100 milliards d’euros environ pour revenir à un équilibre, c'est-à-dire moins de 10% de l’ensemble de nos dépenses publiques. Est-ce vraiment si difficile d’atteindre un tel objectif par exemple sur une période de 3 années ? L’effort se résumerait à 3% d’économie par an. N’importe quelle entreprise en difficulté jouant sa survie et qui n’aurait pas d’autres choix que de consentir un effort équivalent en pourcentage, trouverait je pense la solution de l’équation.
Les conséquences
Si la rigueur se met réellement en marche en France (car elle n’a pas encore commencé son œuvre), nous assisterons comme dans les pays qui ont choisi ce menu (d’une carte à menu unique), à la contraction de la consommation consécutivement à une réduction du pouvoir d’achat, soit parce ce que l’état vous prendra plus d’argent, soit parce qu’il vous en offrira moins. Cette contraction de l’activité principalement expliquée par une diminution de la masse monétaire, conduira inévitablement à une récession (croissance négative) puisque la croissance actuelle est déjà proche de 0%, avant même d’avoir appuyé sur le bouton ‘rigueur’. Les conséquences sont connues, leurs amplitudes le sont moins.
Petite remarque
Vous avez noté que les analystes utilisent davantage l’expression ‘croissance négative’ que le mot ’décroissance’ ; je n’ai toujours pas compris pourquoi ! A supposer que l’on s’installe dans une période de récession longue, nul doute que ces mêmes analystes se familiariseront avec le mot ‘décroissance’ boudé aujourd’hui, et n’hésiteront pas à utiliser en cas de reprise de l’activité l’expression ‘décroissance positive’ !
Pourquoi s’étonner ?
Aujourd’hui, au regard des expériences menées en Grèce, en Espagne, en Italie, on constate les effets désastreux d’une politique de rigueur menée trop rapidement et avec trop de fermeté. Le constat paraît sans appel : ‘ça ne marche pas’. Est-ce vraiment surprenant ?
Les lois universelles
Les lois économiques ressemblent étrangement aux lois de la nature. Elles sont inflexibles, impitoyables, indomptables, indifférentes à l’espace et au temps, plus fortes que les digues ou les pare-feux construits par les hommes. La rigueur occasionnera indubitablement des dégâts économiques et sociaux à l’image de la digue qui rompt lorsque la mer exprime sa colère.
Et pour conclure
Il est probable que nous n’ayons pas vraiment le choix du programme à venir, même si les réticences s’amplifient face aux expériences en cours loin d’être concluantes. Si les politiques budgétaires laxistes nous ont conduit dans une impasse, alors pourquoi s’obstiner à poursuivre dans cette voie ? Reprenons la carte et abandonnons un instant le GPS idiot, prenons le bon chemin qui conduit à l’objectif, même s’il est étroit et cahoteux. C’est peut-être le prix à payer d’un aveuglement généralisé qui sévit depuis des décennies.
Alain-desert

| Don défiscalisé 10€ ou plus |
|
Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.
|
Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
Pour reprendre la métaphore cycliste, il semble que certains montent le Ventoux en mobylette, (...)
04/06 09:47 - bakerstreetpour un couple c’est un peu plus pour un celibataire ca arrives a peu pres a 800 1200 (...)
03/06 17:56 - foufouille@ foufouille -Le revenu universel est par adulte. Tu crois vraiment que rsa couple+ apl + cmu (...)
03/06 12:08 - TDK1@tdk a part un sdf, le rsa + APL + cmu + etc, ca doit faire pas loin de tes 800€ donc tu (...)
03/06 10:50 - foufouilleTDK1, je n’aurai qu’une chose à dire : Whoua ! Bravo pour ton comm dithyrambique (...)
03/06 10:30 - Le YetiLe budget de la défense c’est 30 milliards dont 10 pour les salaires, 5 pour (...)
03/06 00:02 - epapel
L’Agora reçoit Alain Minc !
Journée mondiale de la liberté de la presse : quel bilan en Europe ?
L’étoile du nord : un théâtre dédié aux auteurs contemporains
Le contrôle des médias, une question d’actualité brûlante
Odyssées : un projet et une distribution internationales Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
Mentions légales Charte de modération