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Accueil du site > Actualités > Economie > Le déclin de la banque centrale américaine ou ce qui nous attend en (...)

Le déclin de la banque centrale américaine ou ce qui nous attend en 2008

Lors des précédentes crises financières, la Réserve fédérale américaine s’était montrée capable de dissiper les tourmentes en assouplissant de manière répétitive sa politique monétaire. Il semble pourtant que la crise financière que traversent les marchés aujourd’hui ne puisse être réglée avec autant de facilité car le problème actuel n’est pas tant une crise de liquidités qu’un phénomène plus fondamental lié à la solvabilité.

Du coup, les bourses sont extrêmement fragilisées et il y règne une volatilité telle qu’il n’est pas rare que l’indice Down Jones s’effondre de 200 à 300 points par séance. Du surcroît, l’accélération de l’inflation aux Etats-Unis augure du plus mauvais scénario possible pour les bourses, scénario plausible car cette inflation limitera l’assouplissement de cette politique monétaire privant les bourses d’un combustible indispensable à tout rebond. Les marchés boursiers américains sont ainsi très nettement engagés dans un « bear market », tendance baissière aggravée par une détérioration des ventes de détail, par la chute des prix de l’immobilier, par une crise des secteurs des transports, enfin par un secteur financier totalement sinistré dont la capitalisation a perdu plus de 25 % depuis le mois de juillet dernier. La crise - devrait-on dire l’effondrement - de l’immobilier est si aigu que le gouverneur de Californie Schwarzenegger s’est résigné à annoncer une urgence fiscale afin de faire face à un déficit budgétaire de 14 milliards de dollars provoqué par la crise des subprimes. C’est pourtant seulement depuis peu que les économistes reconnaissent ce que certains analystes financiers craignaient depuis des mois, soit l’ancrage de l’économie américaine dans une récession ou, dans le meilleur des cas, dans une période de ralentissement majeur. De fait, selon nos analyses, cette récession dépassera en amplitude et en gravité celle provoquée par l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000. Cette précédente récession avait été accompagnée d’une réduction massive des investissements d’affaire (industriels et commerciaux) qui comptaient pour 13 % dans le Produit intérieur brut américain de l’époque. De nos jours, le consommateur américain - dont les dépenses représentent 72 % du PIB - semble en état de prostration, pour ne pas dire de capitulation...

Le président de la Fed M. Bernanke et le secrétaire d’Etat au Trésor M. Paulson sont donc attendus à la rescousse, mais que peuvent-ils dans un contexte désastreux où les marchés obligataires et boursiers sont sur le point d’imploser pour avoir autorisé des effets de levier spectaculaires ! Ces deux responsables éminents ayant mis en place un certain nombre de stratégies qui ont échoué lamentablement, la crise risque à présent de dégénérer en une boule de neige occasionnant sur son passage toutes sortes de faillites dans le système financier. Effectivement, le plan de sauvetage post-subprimes concocté par M. Paulson n’était au final qu’une opération communication mort-née tant il semblerait que ce personnage soit plus préoccupé de la sauvegarde des intérêts de ses amis de Wall Street que des investisseurs subissant de plein fouet cette crise. Quant au plan bloquant les taux d’intérêts et supposé voler au secours des 3,5 millions des propriétaires de maisons individuelles menacés à tout moment de défaut de paiement, il s’est révélé un fiasco car les dernières estimations montrent que seuls 140 000 titulaires de crédit hypothécaire en auraient bénéficié, laissant ainsi sur le carreau des millions d’autres. Le secrétaire d’Etat américain au Trésor a clairement affiché son incompétence face à la gestion d’une crise de cette amplitude.

M. Bernanke n’a pourtant mieux fait et les 0,75 % de baisse des taux officiels américains n’ont en rien exercé une pression sur les taux hypothécaires, n’ont en rien stabilisé les marchés boursiers et n’ont apporté aucune aide aux banques confrontées à leurs mauvaises créances. Tout ce qui a été entrepris à ce jour par M. Bernanke a eu pour effets de participer à la baisse du dollar et à un regain d’inflation et la jadis omnipotente Réserve fédérale américaine en est au point où elle doit se concerter avec la Banque centrale européenne, avec la Banque d’Angleterre, avec la Banque du Canada et avec la Banque nationale suisse pour faire face à l’assèchement des liquidités sur les marchés. La Fed se contente d’injections très régulières de liquidités à des conditions très avantageuses pour les banques croyant ainsi sauver les meubles et éviter la spirale de la récession. Elle bafoue au passage ses règlements de bonne gouvernance et de transparence car elle refuse de dévoiler les noms des banques bénéficiant de ces fonds accordés en urgence, phénomène sans précédent nuisant à son image de marque et à sa crédibilité.

Ces tentatives de sauvetage désespérées n’ont pourtant même pas contribué à réduire le taux du LIBOR qui est au plus haut depuis sept ans, mettant ainsi de plus en plus en difficulté les banques. Ces dernières arrivent à peine à respecter leurs ratios capitalistiques et tentent de compenser la perte de valeur de leurs créances subprimes douteuses par une augmentation de leurs réserves. La politique quasi autistique de la Fed consistant à fournir des masses de liquidités n’a en rien favorisé la reprise du crédit ni le tassement des taux d’intérêts. En fait, M. Bernanke semble avoir totalement perdu le contrôle dans une conjoncture où le système est paralysé car tout prêt est suspendu du fait du trillion de dollars de papiers-valeurs ne valant plus rien !

Si le souci des pays du G-7 est d’éviter que la crise des subprimes ne dégénère en la plus grosse crise financière de tous les temps, ils se doivent assouplir les réglementations auxquelles sont soumises les banques. Celles-ci ont dû interrompre tout financement en faveur de privés et de sociétés afin de se mettre en conformité avec des ratios capitalistiques devant être alignés sur des avoirs dont la valeur ne cesse de baisser. Si ces réglementations dites de "Bâle" ne devaient pas être assouplies, c’est l’intégralité des marchés monétaires qui en seraient paralysés avec, à la clé, une contraction du PIB mondial et une vague de faillites bancaires. Dans un contexte où les autorités financières des Etats-Unis et de Grande-Bretagne sont réduites à contrôler quasi-quotidiennement la solvabilité d’un certain nombre de banques se retrouvant très nettement sous-capitalisées, le système bancaire moderne risque la déconfiture si les ratios en capitaux requis par les réglementations de Bâle ne sont pas réduits de 8 à 6 % par exemple ! Notre édifice financier actuel est de toute façon à l’orée d’une crise fondamentale, la seule question étant de savoir si cette crise interviendra rapidement à cause de la contraction du crédit ou si elle interviendra ultérieurement du fait de l’effondrement de notre système monétaire.

En dépit de leur incompétence relative face à une situation sans précédent, MM. Bernanke et Paulson ne font néanmoins que gérer « l’héritage » d’Alan Greenspan. C’est en effet l’ancien président adulé de la Réserve fédérale américaine qui, en maintenant trente et un mois durant les taux d’intérêts américains au-dessous du taux d’inflation, a causé la formation de bulles en cascade par l’injection de manière complètement irrationnelle de trillions de dollars sur les marchés financiers et immobiliers. Conscient de sa responsabilité majeure dans le drame qui se joue, Greenspan tente à présent de se dédouaner faisant appel à des prétextes qui ne convainquent personne - de l’effondrement du mur de Berlin à l’expansion chinoise- pour justifier de sa politique quand il était encore à la Fed... C’est pourtant la baisse substantielle des taux américains - ayant atteint 1 % en 2003 ! - en réponse à l’éclatement de la bulle internet qui a fourni le combustible à la formation de ces bulles qui aujourd’hui explosent. Confronté à cette situation. M. Greenspan minimise l’impact de cette politique monétaire au laxisme effrayant. Pourtant, comment est-il possible d’ignorer 3,5 millions de détenteurs de prêts hypothécaires en difficulté et un marché immobilier en pleine tourmente ?

L’ancien président de la Fed reconnaît cependant lui-même sa propre culpabilité lorsqu’il déclare en substance dans article récemment paru dans le Wall Street Journal que la valeur des principales bourses mondiales avait doublé depuis 2002, augmentant leurs capitalisations de plus de 50 trillions de dollars, pendant que l’accélération des prix de l’immobilier dégénérait en une bulle majeure. En effet, ce doublement dans la valeur des capitalisations boursières en trois ans n’est en rien dû à des gains de productivité ou à une augmentation de la demande face à des entreprises toujours plus compétitives et rentables. Ce serait faire injure à l’intelligence de M. Greenspan que d’imaginer qu’il ne s’était pas rendu compte que sa politique monétaire laxiste avait bel et bien favorisé de manière indécente la création de ces mastodontes spéculatifs ! N’était-ce pas du reste son maître à penser, Milton Friedman, qui enseignait que "l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire" ? Tout économiste digne de ce nom aurait pourtant pu anticiper la formation de telles bulles boursières et immobilières du fait d’une inflation mal maîtrisée, inflation qui contamine des pans entiers de l’économie à présent que les bulles explosent... De fait, M. Greenspan a failli gravement à ses responsabilités de "régulateur" impartial en favorisant ouvertement l’expansion et l’euphorie de secteurs financiers détenus et contrôlés par l’élite financière de son pays. Il a persévéré et accentué la doctrine de dérégulation inaugurée sous Reagan, se gardant bien d’intervenir ou même de mettre en garde vis-à-vis de déséquilibres majeurs et de bulles spéculatives dans lesquels s’enfonçait l’économie américaine. De gardien du temple, il s’est transformé en complice.

L’ancien président de la Banque centrale américaine n’a rien tenté non plus contre le développement tous azimuts de « produits financiers structurés » toujours plus sophistiqués et opaques. Il est incroyable que la Fed, cette institution dite de « contrôle » et pourvoyeuse de liquidités ait toléré que les banques puissent créer du crédit à partir de... rien du tout ! Effectivement, les financements accordés par les banques ne figuraient-ils pas à leurs bilans car, dès lors qu’un prêt était accordé, il était aussitôt « titrisé », converti en titres, et ainsi retiré du bilan... Autrement dit, la capacité de ces établissements à accorder toujours et encore plus de prêts n’était en rien remise en question - ni même diminuée - face à l’augmentation massive de ces financements car ces prêts, convertis en titres obligataires ou en produits dérivés revendus sur les marchés, sortaient de facto des bilans des établissements émetteurs. Pendant ce temps, le régulateur en chef des marchés financiers fermait les yeux face aux violations phénoménales des ratios capitalistiques indispensables à la solvabilité des banques et autres entreprises de crédit. En effet, pendant cette euphorie du crédit, les réserves requises comme contrepartie de ces prêts n’étaient nullement provisionnées et c’est précisément ce qui explique pourquoi ces établissements se montraient si généreux et si peu regardants dans l’octroi de crédits : ils étaient persuadés que le risque était nul et que les profits seraient illimités puisque aucune réserve ne leur était demandée en contrepartie ! C’était à proprement parler créer de l’argent à partir du néant ! Par ailleurs, le fait est que ces produits structurés ont usurpé la compétence de la Fed à créer du crédit car cette compétence d’octroi de crédits a été reportée sur les banques et autres institutions financières lesquelles sont maintenant sur le point de déclarer banqueroute car ne pouvant se prévaloir des réserves protectrices adéquates pour contrebalancer l’anéantissement de ces créances totalisant 3 trillions de dollars. Dans une telle conjoncture, on le comprend aisément, les injections répétitives de liquidités de la Fed n’accorderont qu’un répit provisoire aux banques dont certaines - et non des moindres - connaîtront des faillites retentissantes dès lors que la panique s’installera sur les marchés.


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33 réactions à cet article    


  • wesson wesson 2 janvier 2008 11:45

    Bonjour, Bien vu en effet pas mal d’analystes disent maintenant que la crise financière n’en est que à ses débuts.

    mais que se passera-t’il ?

    Verrons-nous une autre guerre mondiale 10 ans après un effondrement boursier - comme ce fut le cas en 29 ?

    Ou alors les gouvernements vont-ils éponger les dettes des banques qui on fait n’importe quoi, avec l’argent des contribuables ?

    en fait, qu’est-ce qui peut être fait encore pour sauver le système, ou doit-on aller vers un autre système ?

    Merci


    • Gandalf Tzecoatl 2 janvier 2008 12:29

      @Wesson :

      « en fait, qu’est-ce qui peut être fait encore pour sauver le système, ou doit-on aller vers un autre système ? »

      On peut toujours aller vers un autre système, et cela dépend souvent, non pas d’une majorité, mais hélas d’une unanimité vaine.


    • Gandalf Tzecoatl 2 janvier 2008 12:37

      L’immobilier étant rincé, il reste aux marchés financiers de belles opportunités dans les commodities et dans les homodities, n’est-il pas ?


    • Gandalf Tzecoatl 2 janvier 2008 13:21

      Le système bancaire mondial met la charrue avant les boeufs, en ce sens qu’elle émet une masse monétaire totalement folle par rapport à la création de valeur de l’économie réelle.

      Que cette économie productive se mente en s’entichant via des bulles spéculatives ou de par l’inflation, il est clair qu’elle ne suit pas. Dès lors, l’appel de marge entre valeur fictive (monnaie) et valeur réelle (produit, service) entraine inexorablement une crise financière.

      Pour ma part, je considère que la pression à la rentabilité immédiate et le racket qu’exigent banques et financiers est détruire des marchés en concentrant le capital.


    • Michel Santi Michel Santi 2 janvier 2008 14:39

      Je pense en effet que le crack généralisé pourra être évité par un plan de sauvetage des Etats. Cependant, ce sera - une fois de plus - passer l’éponge et, ainsi, la leçon n’aura servi à rien...en attendant la prochaine crise qui surviendra pour les mêmes raisons, soit l’appât du gain à court terme...


    • Gandalf Tzecoatl 2 janvier 2008 15:21

      @ Michel Santi :

      Et comme le citoyen lambda n’a aucun intérêt à un 1929 bis, il acquiescerait comme par le passé en étant le dindon de la farce (ce qu’il était déjà) ?

      Je pense qu’ici le citoyen n’a pas à mettre la main à la poche, via les états.

      Les banques sont les seules capables de résorber leurs créations monétaires improductives, personne ne peut ni ne doit le faire à leurs places.


    • chabou (---.---.229.103) 2 janvier 2008 19:02

      peut etre ne connaissez vous pas auguste compte il n’est jamais trop tard


    • chabou (---.---.229.103) 2 janvier 2008 19:02

      c’est quoi ce delire


    • chabou (---.---.229.103) 2 janvier 2008 19:04

      moins optimiste, effet de dominos envisage


    • chabou (---.---.229.103) 2 janvier 2008 19:05

      une idee sensee enfin


    • Forest Ent Forest Ent 2 janvier 2008 12:57

      Dans l’ensemble, plutôt un bon article. Je suis néanmoins en total désaccord avec le paragraphe suivant.

      « Si le souci des pays du G-7 est d’éviter que la crise des subprimes ne dégénère en la plus grosse crise financière de tous les temps, ils se doivent assouplir les réglementations auxquelles sont soumises les banques. Celles-ci ont dû interrompre tout financement en faveur de privés et de sociétés afin de se mettre en conformité avec des ratios capitalistiques devant être alignés sur des avoirs dont la valeur ne cesse de baisser. Si ces réglementations dites de « Bâle « ne devaient pas être assouplies, c’est l’intégralité des marchés monétaires qui en seraient paralysés avec, à la clé, une contraction du P.I.B. mondial et une vague de faillites bancaires. Dans un contexte où les autorités financières des Etats-Unis et de Grande Bretagne sont réduites à contrôler quasi quotidiennement la solvabilité d’un certain nombre de banques se retrouvant très nettement sous-capitalisées, le système bancaire moderne risque la déconfiture si les ratios en capitaux requis par les réglementations de Bâle ne sont pas réduits de 8 à 6% par exemple ! »

      Il est faux que les ratios de solvabilité bancaires soient aujourd’hui de 8%. Les Etats-Unis ont depuis longtemps abaissé ce ratio de manière visible ou invisible, en autorisant de plus en plus d’engagements hors bilan, en particulier sur des éléments dérivés assis uniquement sur des systèmes de notation, et pas sur des règles prudentielles.

      C’est d’ailleurs très exactement l’origine de la crise actuelle, l’explication du fait que les banques aient un problème de solvabilité, du fait que les banques centrales ne puissent plus rien faire pour redresser le tir, du fait que les baisses de taux de 2002 aient semblé améliorer la situation et du fait que de nouveaux encouragements au crédit seront inefficaces.

      Le système est tellement drogué à l’euphorie monétaire qu’on n’ira plus très loin avec une piqure de plus. La seule question qui reste est : « l’administration US arrivera-t-elle à planquer l’ampleur de la crise jusqu’aux élections » ?

      « 2008 année noire », mais je souhaite quand même à tous les agoravoxiens de la passer le mieux possible. smiley


      • xa 2 janvier 2008 15:50

        Oui et non.

        Le ratio est respecté, même s’il est aussi à l’origine du problème. En fait, le problème, c’est justement que les banques, pour pouvoir respecter ce ratio ont titrisé des dettes et des risques vers des produits financiers rémunérateurs pour les investisseurs mais très risqués. Bref ils ont revendu une partie des créances. Du coup le ratio est maintenu, et en cas de non remboursement de la créance, c’est l’investisseur qui prend, et non la banque.

        Mais les banques ont aussi investi dans ces créances douteuses (car rémunératrice), et l’ont fait sur leurs liquidités disponibles (ie : non bloqué par les accords de Bale). Ces créances, devenus non remboursables, ne sont plus des liquidités, les titres ne sont plus vendables, et la banque ne peut plus les convertir en cash pour ses opérations courantes.

        C’est un peu comme si vous aviez, d’un coté, 10% de votre argent sur un compte bloqué, et de l’auter tout en liquide dans voter porte feuille. On vous le vole, vous etes dans la m....

        Là où ca devient vicieux, c’est que cette perte de liquidités rend les banques moins solvables (plus de liquidités pour les affaires courantes et interdiction de piocher dans leur bas de laine), donc on leur prete moins facilement sur le marché interbancaire, ce qui les rend .... moins solvables.

        Il faut bien remettre les choses dans leur contexte. La crise démarre sur une baisse du marché immobilier et la remontée des taux (ce qui rend les ménages insolvables, et donc les créances sur les biens non remboursables), mais se mondialise sur un problème de circulation d’argent.

        Et cette crise se généralise surtout en raison d’un doute sur l’exposition des banques en terme de risque, puisqu’on ne sait plus qui possède ces créances (et donc qui perdra réellement de l’argent suite au non remboursement).

        Et ca ne va pas s’arranger de sitôt. Le gros des subprimes n’est pas encore impacté par la remontée des taux. Donc on risque (plutôt on va à mon avis), avoir droit à une nouvelle vague d’annonce en 2008.


      • Forest Ent Forest Ent 2 janvier 2008 20:24

        Merci de ces précisions. smiley

        Asseoir des ratios prudentiels sur des investissements à risque est d’une prudence ... mesurée. On retrouve là le mécanisme de base de toute bulle (Ponzi, pyramide, cavalerie) : la sur-évaluation d’actifs.


      • Forest Ent Forest Ent 3 janvier 2008 02:27

        Extrait du « canard enchaîné » du 26/12/2007 :

        « Le gouffre sans fond des subprimes a pour origine une décision des banques qui date des années 1990. Jusqu’alors, une banque qui accordait des crédits devait posséder des fonds propres proportionnels ... Cette règle a été peu à peu assouplie. Les établissements financiers ont pris l’habitude de sortir de leur bilan une part de plus en plus importante des crédits accordés et d’en confier la gestion à des structures financières complexes... »


      • xa 3 janvier 2008 09:56

        J’ai lu cet article. Mais, comme souvent en matière d’économie, le Canard fait quelques raccourcis.

        Il est, non pas erroné, mais trop peu explicatif du fonctionnement des banques. Le point sur lequel il est complètement faux, c’est qu’il prétend que les banques ont pris l’habitude de sortir des créances depuis 90. En fait, c’est beaucoup plus ancien.

        Les banques doivent disposer d’une réserve de liquidités en concordance avec leurs engagements à risque (donc les crédits). C’est ce fameux ratio, proposé en 89, et renforcé dans les accords de Bale 2.

        Ce ratio n’a pas été assoupli. Mais il se base sur le risque porté par la banque. La banque doit se débarasser du risque pour améliorer son ratio. En clair, elle filialise le risque, ou elle en fait un placement qu’elle vend (ce sont les acheteurs qui portent le risque et donc la perte d’argent réelle).

        Pour pouvoir continuer à vendre du crédit, et du crédit à risque plus rémunérateur, elles ont utilisée cette astuce. Là, le Canard a, techniquement, raison. Les créances correspondantes sortent du bilan. Mais en fait le risque complet sort du bilan, puisque ce n’est plus la banque qui a prêté l’argent, mais les investisseurs sur ces produits complexes.

        Dans cette histoire, celui qui perd le capital, c’est l’acheteur de ces placements. Là où l’histoire devient tordue, c’est que ces banques ont mis en place, coté gauche, ce système pour diminuer leur exposition aux risques (donc se protéger) via leur division Crédit, et ont acheté, cote droit, les produits risqués des banques concurrentes (donc se sont repris un autre risque) via leur division Placements. Ces investissements sont fait, non pas sur la réserve (on ne doit pas toucher au ratio), mais sur les liquidités libres.

        La règle est toujours en vigueur. Le reste, c’est de la compta principalement, de la dépréciation d’actifs. Or ces actifs n’entrent pas dans la définition des réserves (sinon on serait vraiment très très mal). C’est la même chose qu’un individu qui achète un appart et voit le mois d’après que son appart vaut 20% de moins. A-t-il perdu de l’argent ? oui et non. Oui parce qu’il a trop payé pour son appart, non parce qu’il n’a pas vendu donc qu’il n’est pas encore sur qu’il a perdu cet argent .

        Les banques, elles, doivent intégrer dans leur compte cette perte en prévision (gestion du risque), et faire en sorte que leur bilan reste suffisant pour que la banque tourne (BFR principalement). Si elles perdent vraiment, cette perte ayant été comptabilisée en avance, ca ne change rien, si elles ne perdent pas vraiment, par exemple parce que les taux baissent et permettre aux emprunteurs de continuer à rembourser leurs crédit, alors elles intégreront ces remboursements en résultat exceptionnel.

        Reste que le ofnd de la crise n’est pas d’ordre économique, mais de ressenti : les banques ont peur que les banques emprunteuses sur le marché interbancaire ne sont pas capable de payer leurs échéances, les investisseurs ont peur de voir la banque TOTO impacté parce qu’elle a en toute discrétion investit dans ces fonds risqués, ...

        On ne sait pas qui va réellement perdre de l’argent, donc dans le doute, tout le monde trinque.


      • Forest Ent Forest Ent 3 janvier 2008 15:57

        Merci à nouveau. smiley

        Je souhaiterais que vous ayez raison, mais j’ai peur que cela ne soit un peu pire que ça. Ces ratios sont assis sur une évaluation du risque. Il suffit donc d’assouplir les méthodes d’évaluation de risque pour diminuer implicitement les ratios. Or l’application de ces méthodes est complexe et difficilement contrôlable, surtout par des agences de notation pas staffées pour contrôler tout le business bancaire.


      • saint_sebastien saint_sebastien 2 janvier 2008 15:44

        Des articles en rab pour approfondir le sujet ?


        • C.Laborde (---.---.17.49) 3 janvier 2008 17:12

          Le Monde diplomatique avait publié, en Octobre 2006 déjà, un article sur les dangers des produits dérivés.


        • chabou (---.---.229.103) 2 janvier 2008 17:02

          nous reviendrons donc a une economie de marche, ce qui evitera toute speculation, de cette facon les banques internationales qui ont pour seul interet le developpement des pays sous developpes et le bien etre de tous les habitants de la planète joueront pleinement leurs roles, afin d’une part d’assurer la vie et la survie, plus particulièrement des enfants, et d’autre part permettre l’acces a l’eau, a un toit, a l’electricite, partout dans le monde, et a tous.


          • vigie 2 janvier 2008 17:26

            Ceci peu être paru dans alternatives économiques,rien de rassurant au demeurant,on s’enfonce dans la crise,a plus ou moins long terme il faudra que nous payons tous l’ardoise du libéralisme triomphant... beurk

            L’impossible régulation internationale

            Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

            La multiplication des crises financières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions internationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dérapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour tenter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mondialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

            FMI : l’échec de la surveillance des Etats

            Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des politiques commerciales protectionnistes.

            Ce principe de surveillance s’est développé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus récemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

            Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

            Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

            BRI : l’échec de la surveillance des banques

            La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace.

            Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

            Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

            Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

            En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

            Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

            Une opacité accrue

            La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

            Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

            CHRISTIAN CHAVAGNEUX


            • vigie 2 janvier 2008 17:28

              Oups décidément...

              L’impossible régulation internationale

              Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

              La multiplication des crises financières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions internationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dérapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour tenter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mondialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

              FMI : l’échec de la surveillance des Etats

              Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des politiques commerciales protectionnistes.

              Ce principe de surveillance s’est développé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus récemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

              Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

              Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

              BRI : l’échec de la surveillance des banques

              La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace. Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

              Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

              Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

              En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

              Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

              Une opacité accrue

              La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

              Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

              CHRISTIAN CHAVAGNEUX


            • vigie 2 janvier 2008 17:30

              L’impossible régulation internationale

              Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

              La multiplication des crises financières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions internationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dérapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour tenter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mondialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

              FMI : l’échec de la surveillance des Etats

              Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des politiques commerciales protectionnistes.

              Ce principe de surveillance s’est développé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus récemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

              Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

              Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

              BRI : l’échec de la surveillance des banques

              La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace.

              Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

              Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

              Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

              En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

              Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

              Une opacité accrue

              La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

              Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

              CHRISTIAN CHAVAGNEUX


            • vigie 2 janvier 2008 17:33

              L’impossible régulation internationale

              Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

              La multiplication des crises financières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions internationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dérapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour tenter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mondialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

              FMI : l’échec de la surveillance des Etats

              Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des politiques commerciales protectionnistes.

              Ce principe de surveillance s’est développé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus récemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

              Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

              Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

              BRI : l’échec de la surveillance des banques

              La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace. Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

              Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

              Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

              En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

              Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

              Une opacité accrue

              La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

              Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

              CHRISTIAN CHAVAGNEUX


            • vigie 2 janvier 2008 17:33

              Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

              Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

              BRI : l’échec de la surveillance des banques

              La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace. Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

              Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

              Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

              En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

              Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

              Une opacité accrue

              La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

              Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

              CHRISTIAN CHAVAGNEUX


            • vigie 2 janvier 2008 17:34

              merde,j’arrive pas a poster


            • vigie 2 janvier 2008 17:36

              L’impossible régulation internationale

              Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

              La multiplication des crises financières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions internationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dérapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour tenter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mondialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

              FMI : l’échec de la surveillance des Etats

              Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des politiques commerciales protectionnistes.

              Ce principe de surveillance s’est développé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus récemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

              Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des historiens du FMI, <• la surveillance a été rendue inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multilatérale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les champions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévaluation de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persistants déficits extérieurs américains.

              Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

              BRI : l’échec de la surveillance des banques

              La Banque des règlements internationaux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la question des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières internationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle régulateur important qu’à partir des années 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des établissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’économie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace. Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords désormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglementation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

              Toute nouvelle réglementation est généralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de découvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 millions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de disponible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

              Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’interrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nouvelles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toutefois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des crédits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

              En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immobilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occasionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

              Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements financiers (fonds spéculatifs, fonds d’investissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

              Une opacité accrue

              La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de financements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Comment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des produits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

              Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à développer des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

              CHRISTIAN CHAVAGNEUX


              • vigie 2 janvier 2008 17:51

                L’impossible régulation internationale

                Les régulateurs sont aux prises avec des problèmes croissants d’efficacité. Tant pour prévenir que pour gérer les crises.

                La multiplication des crises finan­cières des dernières décennies illustre les difficultés rencontrées par les deux grandes institutions inter­nationales en charge de la régulation de la mondialisation financière, le Fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). Faute d’intervenir pour prévenir les dé­rapages des mouvements, de capitaux, elles ont cherché à intervenir après le déclenchement des crises, soit pour ten­ter de les gérer, soit pour développer des outils de régulation plus performants. La complexité croissante de la finance mon­dialisée les a empêchées d’atteindre ces objectifs, tendant même à diminuer leur capacité de gestion des crises.

                fmi : l’échec de la surveillance des Etats

                Le Fonds monétaire international est censé prévenir les crises financières, crise de balance des paiements et crise de change associée, en « surveillant » les politiques économiques de ses membres. L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des poli­tiques commerciales protectionnistes.

                Ce principe de surveillance s’est dé­veloppé à partir des années 60 au gré des consultations régulières, dites de « l’article 4 », entre le FMI et les pays qui en sont membres Jusqu’en 1986, le FMI s’est contenté de donner un avis sur l’évolution des taux de change, avant que croissance, inflation, d’autres grands indicateurs économiques et, plus ré­cemment, l’état des systèmes financiers, ne soient explicitement pris en compte dans le champ de la consultation avec les pays.

                Comme l’a écrit, avec un sens consommé de la litote, Harold [âmes, l’un des histo­riens du FMI, <• la surveillance a été ren­due inefficace à cause de contraintes politiques". En clair, le principe de surveillance est resté inefficace dans la prévention des crises car totalement inoffensif pour l’autonomie de décision des Etats : les grands pays industrialisés, Etats-Unis en tête, ont toujours refusé de rendre crédible une procédure multila­térale susceptible de remettre en cause leur autonomie de décision économique. Les Etats-Unis se sont même fait les cham­pions de l’instrumentalisation directe de la surveillance à leur profit, dans les années 80 à l’encontre du lapon et en partie de l’Europe, aujourd’hui à rencontre de la Chine, dont la trop faible réévalua­tion de la devise est présentée comme la source quasi unique des larges et persis­tants déficits extérieurs américains.

                Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, a tenté en 2006 de redonner vie au principe de surveillance, en proposant de faire du FMI une sorte d’agence de notation publique de la qualité des politiques économiques. Mais les travaux lancés sur le sujet au sein de l’institution n’ont abouti à rien.

                BRI : l’échec de la surveillance des banques

                La Banque des règlements internatio­naux est moins connue que le FMI, mais ses interventions exercent une influence primordiale sur la qualité de la régulation des activités financières internationales. Elle est née en 1930 pour régler la ques­tion des réparations allemandes mais aussi pour, selon l’article 3 de ses statuts, favoriser la coopération entre les banques centrales et apporter en cas de besoin les financements nécessaires à la bonne marche des opérations financières inter­nationales. Elle n’a commencé à jouer un rôle ré­gulateur important qu’à partir des an­nées 70. Le passage d’un régime de changes fixes à un régime de changes flottants en 1973 a incité plusieurs banques à faire des paris hasardeux, qui les ont conduites à la faillite dès juin 1974 pour la banque autrichienne Herstatt, dés octobre pour la franklin National Bank américaine. D’où la création en décembre de la même année du Comité de Râle, chargé de la régulation et de la supervision des éta­blissements financiers. Les gouvernements n’aiment pas voir ces derniers en difficulté : une crise du système bancaire, en touchant immédiatement au financement de l’éco­nomie, a des effets négatifs forts sur la croissance et l’emploi. D’où la nécessité d’une régulation efficace. Le Comité de Baie sera à l’origine, en 1988, de la mise en œuvre d’accords dé­sormais baptisés de « Baie 1 » obligeant les banques à mettre de coté un certain montant de capital pour tout crédit risqué effectué. Les banques ont de tait satisfait à ces exigences... tout en développant des moyens de contourner la réglemen­tation. De nouveaux accords, dits de « Baie 2 », ont donc été négociés

                Toute nouvelle réglementation est gé­néralement regardée d’un mauvais œil par les banques, qui s’attendent à en payer le coût en termes de contraintes accrues. Or, les grandes banques qui ont commencé à lester Baie 2 ont eu la surprise de dé­couvrir que si son application coûtait effectivement cher (de l’ordre de 250 mil­lions d’euros pour un grand groupe), elle imposait de mettre moins de capital de côté qu’avant : autant d’argent de dispo­nible en plus pour octroyer des crédits ou jouer sur les marchés financiers.

                Les banques de l’Union européenne ont commencé à intégrer les nouvelles règles, te qui a satisfait les régulateurs de l’Union. En revanche, les régulateurs américains craignent que les grandes banques internationalisées maîtrisent moins bien leurs risques dans le cadre de ce nouveau système. De plus, ils s’in­terrogent sur la nécessité d’imposer à la multitude de leurs banques locales et régionales de plus petites tailles ces nou­velles règles, complexes et au coût de mise en œuvre élevé. Les Etats-Unis ont donc repoussé l’application de Baie 2 au plus tôt en 2009. Même au cas où ces nouveaux accords seraient appliqués partout, il n’est toute­fois pas certain qu’ils arrivent à mieux maîtriser les prises de risque des banques et à mieux protéger les économies lorsque ces risques se réalisent. La crise des cré­dits immobiliers subprime de l’été dernier en a donné une illustration

                En dépit du renforcement de la politique prudentielle (la surveillance des risques pris par les banques), celles-ci ont pu s’engager durablement dans des opérations immo­bilières très rémunératrices, mais à hauts risques. Et les pertes réalisées à l’occasion de la crise, estimées à la mi-novembre par les experts de la Deutsche Bank entre 300 et 400 milliards de dollars, ont occa­sionné une forte diminution du montant du capital qu’elles ont mis de côté dans le cadre des accords de Baie. Entraînant, au final, une plus grande réticence des banques à prêter qui risque d’obérer la croissance économique.

                Si une autre crise financière devait survenir dans les mois qui viennent, la solidité de nombreuses grandes banques internationales serait mise à mal. Sans oublier que d’autres établissements fi­nanciers (fonds spéculatifs, fonds d’in­vestissement, compagnies d’assurance...) portent également de nombreux risques, qui sont bien moins encadrés que ceux des banques.

                Une opacité accrue

                La crise des subprime aura également été l’occasion de montrer que les régulateurs sont aux prises avec des problèmes crois­sants d’efficacité qui tiennent à la complexité et à l’opacité accrue des circuits de finan­cements. Ainsi, aux questions qu’il posait lui-même à propos de la crise financière immobilière, « Où tout cela va-l-il ? », » Com­ment cela sera-t-il résolu ? », Simon Johnson, économiste en chef du FMI, a répondu clairement : « Nous ne savons pas>• De même, dans son rapport annuel 2007, la BRI commence par expliquer que les banques prennent des risques, puis créent des pro­duits financiers qui portent ces risques, pour les revendre à d’autres acteurs de la finance (des fonds spéculatifs, d’autres banques...). Et quand les experts de la BRI se demandent ensuite « Que savons-nous des détenteurs ultimes de ces risques et de leur capacité à les gérer ? », la réponse tombe aussi nette que pour le FMI : En toute franchise, rien on si peu. »

                Acteurs financiers privés et publics sont engagés dans un jeu perpétuel de chat et de souris : les premiers cherchent à déve­lopper des instruments leur permettant de développer leurs activités sans contraintes. Ce que les seconds laissent faire, jusqu’à ce qu’une crise menace la stabilité de la finance et des économies. Où en sommes-nous actuellement ? Pour l’économiste du fonds monétaire Garry J. Scbinasi, « /es régulateurs ont du mal à suivre le rythme imposé par les établissements financiers Internationaux ». Et d’ajouter : « // se pourrait bien que l’écart soit en train de grandir. »

                CHRISTIAN CHAVAGNEUX


                • Gandalf Tzecoatl 2 janvier 2008 22:46

                  @Vigie :

                  « L’objectif est de résoudre les situations de déficits ou d’excédents commerciaux excessifs, comme aux Etats-Unis dans le premier cas ou en Chine dans le second, autrement que par des mouvements brutaux des taux de change ou des poli­tiques commerciales protectionnistes. »

                  Ce n’est pas l’objectif immédiat, ni des US, ni de la Chine. Les US afin de préserver un modèle libéral (genre marche ou crève), les chinois afin de rattraper son retard et d’intégrer, d’aligner et pourquoi pas de dépasser le plus rapidement possible son économie sur les « pays riches ».

                  Ensuite, les déséquilibres des commerces extérieurs sont contrebalancés par les flux financiers (du moins dans le cas US). Mais effectivement, une certaine harmonie des commerces extérieurs est souhaitable, malgré les déséquilibres engendrés par les économies émergentes (BRIC, ou Brésil, Russie, Inde, Chine).


                • Bla Bla (---.---.89.227) 2 janvier 2008 19:52

                  Ah ! ces financiers, il suffit de les lire pour comprendre nos problèmes...

                  Traduction...

                  Heureux ceux qui ont des dettes car, ceux qui se sert la ceinture et qui font des économies vont payer.

                  Une petite crise, et les compteurs sont à 0.


                  • (---.---.178.221) 3 janvier 2008 00:21

                    merci pour cet article. le fed aurait par incompétence été à l’origine des bulles ? non ? vraiment ? par incompétence ? ou par tentation d’un coup couillu qui a déja fonctionné ? la fed injecte des liquidités qui ne valent rien ?peut être que quand tous les initiés seront à l’abri, elle stoppera d’un coup. ça ne vous rappelle pas quelque chose ? le système est malade ? préservons les organes vitaux et pratiquons une saignée se disent les élites.on se débarasse de la concurence, on récupère du foncier. la classe moyenne, ça s’utilise un moment pour consommer ce qu’on leur fait produire...et ça se purge quand elle coute plus chère qu’elle ne rapporte, quand elle geule pour rien et qu’ il n’y a plus rien d’autre à faire pour préserver la hiérarchie...et puis, les plus vaillants reviendront nous manger dans la main après quelques années de disette. De toute façon on a besoin de place en occident, ou les routes et les infrastructures sont prête à accueillir les nouveaux riches, les retraités consommateurs et quelques millions prêts à faire les valets en échange d’une certaine sécurité. Les autres ? qu’ils s’engagent et aillent se faire buter sur tous les fronts qu’on est en train d’ouvrir ; ou que la misère leur fasse faire des betise et qu’on les foutent en taule ou dans des camps à bosser pour que dalle, en attendant que l’horizon se débouche. Alors , allons y gaiement dégageons définitivemet les industrie en ces contrées de vacances et de villégiatures que sont la vieille europe, et mettons à la porte de ces belles maisonnettes ces gueux qui se croient tout permis depuis qu’ils ont des belles bagnole.ils ne sont meme pas armés et quand bien meme ils sont devenus laches et mou du bide... Dieu reconnaitra les siens. la fed a été crées sous Wilson qui, un soir de 24 décembre, alors que tous les sénateurs étaient en repas de reveillons à vendu son pays aux intérêts privés. je rectifie donc : que ceux qui font des économies retirent ce qu’ils peuvent et achètent des groupes electrogènes à convertir au gaz de bois et une parcelle de forêt (j’ai des plans de la deuxieme guerre mondiale mis à jours dans les années 80, avec un peu d’electronique, ça devrait le faire)...que ceux qui se serrent la ceinture se réjouissent : sans le savoir ils s’entrainent...quand aux endettés, ils se feront saisir et après une courte période de jungle ou ils s’étriperont entre eux... les survivants se réendetterons pour racheter ce qu’ils se sont fait volés en échange d’un numéro de sécu et de l’acceptation d’une forte baisse de leurs libertés individuelles et sociales. et après marche ou crève ! excusez moi, j’avais envie de délirer un peu.....ou ?


                    • Philippe Vassé Philippe Vassé 3 janvier 2008 05:53

                      Bonjour,

                      L’article est intéressant sur plusieurs points, même si, comme Forest Ent l’écrit plus haut, on peut être en désaccord avec certains points abordés, mais c’est justement tout l’objectif de ce type de travail.

                      Sous la question soulevée de la « solvabilité », un banquier français cité récemment pas l’AFP disait en résumé : « Notre problème, ce n’est pas la solvabilité, ni même les liquidités, c’est le manque de liquidités circulantes ».

                      Ce qu’il indiquait par là est que le système mondial est frappé à la racine par un problème essentiel et structurel : le manque de pouvoir d’achat- ou part des revenus disponibles ou en jargon, « liquidités circulantes » par opposition aux « liquidités bloquées » ( capitaux).

                      Il semble que la crise des subprimes ne soit au final que la conséquence du manque de pouvoir d’achat, à l’origine, des acheteurs de logements américains, les forçant à un endettement croissant, lequel un jour devient...excessif.

                      En Espagne, la crise s’étend ces jours derniers à vitesse accélérée et on s’attend dans ce pays à des conséquences graves en termes d’emplois et de croissance. Idem en Norvège, à l’autre bout de l’UE.

                      Au delà des solutions de colmatage plus ou moins discutables des crises diverses actuelles, si les responsables politiques et économiques admettent enfin que la pierre angulaire du système est au final le pouvoir d’achat insuffisant - le capital accapare sans cesse une portion croissante des PIB nationaux au détriment des salaires, donc de la consommation, la seule politique vraiment intelligente et efficace est la relance énergique du pouvoir d’achat, donc de la consommation, induisant une dynamisation économique forte et volontaire.

                      Ceci conditionne toute perspective, y compris la solution de la crise de confiance inter-bancaire et entre les banques et leurs clients emprunteurs.

                      En clair, si le système ne sort pas du cycle où les liquidités immobilisées sont trop importantes et les circulantes trop faibles, par un soutien massif aux secondes, ce qui se passe en Norvège ou en Espagne et menace la France, risque bien de dégénérer vite et fort.

                      Bien cordialement,


                      • Gandalf Tzecoatl 3 janvier 2008 18:29

                        « Ce qu’il indiquait par là est que le système mondial est frappé à la racine par un problème essentiel et structurel : le manque de pouvoir d’achat- ou part des revenus disponibles ou en jargon, »liquidités circulantes« par opposition aux »liquidités bloquées« ( capitaux). »

                        N’en sont-ils pas un peu responsables ?

                        " Il semble que la crise des subprimes ne soit au final que la conséquence du manque de pouvoir d’achat, à l’origine, des acheteurs de logements américains, les forçant à un endettement croissant, lequel un jour devient...excessif."

                        La création de valeur doit alors être supérieure à la création monétaire (capital+ intérêt), dans le système monnaie d’endettement.

                        " En Espagne, la crise s’étend ces jours derniers à vitesse accélérée et on s’attend dans ce pays à des conséquences graves en termes d’emplois et de croissance. Idem en Norvège, à l’autre bout de l’UE."

                        S’agit-il uniquement de l’immobilier ? Le modèle espagnol de croissance toute immobilière n’était pas sain.

                        La Norvège ne fait pas partie de l’UE.

                        "Au delà des solutions de colmatage plus ou moins discutables des crises diverses actuelles, si les responsables politiques et économiques admettent enfin que la pierre angulaire du système est au final le pouvoir d’achat insuffisant - le capital accapare sans cesse une portion croissante des PIB nationaux au détriment des salaires, donc de la consommation, la seule politique vraiment intelligente et efficace est la relance énergique du pouvoir d’achat, donc de la consommation, induisant une dynamisation économique forte et volontaire. Ceci conditionne toute perspective, y compris la solution de la crise de confiance inter-bancaire et entre les banques et leurs clients emprunteurs. En clair, si le système ne sort pas du cycle où les liquidités immobilisées sont trop importantes et les circulantes trop faibles, par un soutien massif aux secondes, ce qui se passe en Norvège ou en Espagne et menace la France, risque bien de dégénérer vite et fort."

                        L’accentuation des différences sociales a évidemment des effets pervers : il s’agit de mettre un peu de sauce des 30 glorieuses dans la politique monétaire actuelle, et tourner le dos aux politiques monétaristes qui n’étaient qu’un artefact pour relancer les bénéfices des entreprises fin 60’s.

                        L’économie est un savant dosage de la confiance entre ménages, banques, états, entreprises, financiers. Qu’un de ces membres se l’accapare et l’accumule au détriment des autres (en capitalisant outre-mesure), et la confiance globalement se perd.

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