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Accueil du site > Actualités > Economie > Le diktat des marchés financiers

Le diktat des marchés financiers

Malgré des discours rassurants débités à intervalles réguliers, les marchés gardent les yeux rivés sur l’Europe et sa monnaie unique. Ils attaquent les pays fragiles, frénétiquement et inlassablement, pariant sur leur mort prochaine. Déficits publics et dettes font figure de cancers incurables, les taux d’intérêt prohibitifs étant les métastases ; les médecins boursiers administrent des remèdes basés sur la réduction des dépenses et la hausse des recettes. Un traitement de rigueur, voire d’austérité. La maladie budgétaire a déjà coûté la vie à plusieurs gouvernements européens. Inquiétant ?

Silvio Berlusconi et George Papandréou ont récemment dû abandonner leur poste, confiant la gouvernance de leur pays à des technocrates particulièrement appréciés par les marchés financiers. L’arrivée au pouvoir de Lucas Papademos et de Mario Monti, respectivement en Grèce et en Italie, n’est pas le fruit du hasard : elle a été favorisée par la pression des investisseurs internationaux et des agences de notation. Une pièce en plusieurs actes. Dans un premier temps, les marchés ont parié sur la faillite de la Grèce et sur l’affaiblissement durable de l’Italie, faisant grimper les taux d’intérêt des obligations de ces pays périphériques. Ensuite, nonobstant les plans de rigueur et les mesures douloureuses adoptées, ils ont maintenu leurs attaques déstabilisatrices, provoquant la chute de deux gouvernements démocratiquement élus. En dépit de politiques économiques douteuses, voire contre-productives, il demeure étonnant que la finance puisse dicter ses volontés de la sorte et mettre à mal ceux qui représentent le peuple. Pour, au final, installer aux manettes des techniciens financiers, des anciens de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, à trouver indûment une place dans la zone euro. Un comble. Ainsi, Mario Draghi, nouveau directeur de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, nouveau Premier ministre grec, et Mario Monti, nouveau président du Conseil italien, possèdent tous des liens étroits avec la célèbre banque d’affaires américaine. De quoi susciter les suspicions et laisser pantois les plus rationnels.

Par ailleurs, les récentes élections anticipées au Portugal et en Espagne, autres pays périphériques inquiétés par les marchés financiers, ont été le résultat de la défiance des investisseurs internationaux. Cela s’est traduit par la victoire des libéraux, traditionnellement davantage favorables au capitalisme et à la finance que leurs adversaires socialistes. On notera l’ironie de cette situation, puisque les chantres des thèses ayant mené à la crise se trouvent récompensés par leurs électeurs. En réalité, José Socrates et José Luis Zapatero ont payé pour des dysfonctionnements structurels, pour des troubles endémiques qui ne relèvent pas directement de leur responsabilité. Mais les marchés réclamaient un changement politique immédiat. Et, quand le spread évolue dangereusement, quand le poids de la charge de la dette explose, les États tendent l’oreille pour mieux percevoir les volontés du marché, devenues de véritables exigences indiscutables.

Aujourd’hui, c’est sur la Belgique que les attentions se portent. Sous la pression des marchés, après la dégradation de sa note, le pays a brusquement connu de grandes avancées concernant la formation d’un gouvernement fédéral. Les négociateurs, ceux qui s’écharpaient depuis de longs mois, ont subitement trouvé des solutions à leurs désaccords, mettant de l’eau dans leur vin et arrêtant de jeter de l’huile sur le feu. Un soupir des marchés financiers aura donc suffi à réveiller le landerneau politique et à effrayer les plus téméraires. Alors que les Belges, eux, clamaient leur désarroi depuis longtemps. En vain. Cela révèle l’inquiétante influence des marchés, qui bénéficient d’un pouvoir grandissant, et la faible portée des aspirations citoyennes dans les nations empêtrées dans des endettements massifs et soumises aux caprices de leurs bailleurs de fonds. En outre, dans le même ordre d’idées, l’intégration européenne est relancée : on discute maintenant de mesures coercitives, de droit de regard européen sur les budgets nationaux. Les frissons boursiers peuvent donc également révolutionner les habitudes de l’Union.

Les hommes politiques doivent se faire une raison. Malgré leur irascibilité et leurs lubies, les marchés financiers voient leur pouvoir grandir chaque jour. À tel point qu’ils peuvent désormais influer sur le cours de l’histoire. Un diktat technique. C’est ainsi que les pays les plus exposés, de par leurs dettes, verront leur marge de manœuvre se réduire et leur autonomie être remise en cause. Une régression politique, une aliénation économique.


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5 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 1er décembre 2011 08:03

    Les marchés, ce sont quelques dizaines de comptes numérotés anonymes(donc quelques dizaines de personnes) , avec des centaines de milliards, et qui agissent en sous main... pour provoquer l’effondrement du système actuel.
    Pas fous du tout, puisque leur but ultime est d’installer un autre système, encore plus à leur dévotion.

    Ils créent le chaos pour ... provoquer une demande de sécurité et stabilité ... et arriver avec leurs solutions toutes prêtes. Vieille technique, toujours d’actualité.

    Et un nouveau fascisme est au bout du chemin. Patience, nous sommes en route.


    • Jean 1er décembre 2011 16:17

      En finir avec les partis donc les lobbies, les (fausses) luttes de la caste politique dont le citoyen a « soupé ». Ras-le-bol du grenouillage de cette caste.

      Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

      La révolution a commencé en 1789, elle finira en 20..

      En finir avec les lobbies banquiers, pharmaceutiques, ..., medef, plus de prises pour eux sur les assemblées, plus de pouvoir personnel, de corruption (pas le temps, etc.)

      Depuis des siècles, nous sommes conditionnés à être dominés par des rois, pouvoirs personnels, ...

      On se fait croire à nous-mêmes qu’ il n’ y a pas d’ autres solutions (encouragés par l’ oligarchie et les obscurantismes religieux qui font bon ménage), des exemples contraires existent de plus en plus (démocraties même partielles) dans le monde, même si encore rares.

      Re : Il faut en finir par la démocratie, et non un ersatz.

      http://www.democratiedirecte.fr/

      http://www.dailymotion.com/video/xl...

      http://www.dailymotion.com/video/xi...


      Un parti sans étiquette
      pourrait rafler les voix des abstentionnistes, déçus etc.
      (y a du monde) ; un président alors élu est chef de la police et des armées, en outre il peut dissoudre les assemblées, donc bousculer l’ oligarchie et instaurer une nouvelle constitution, à la Suisse (même en mieux).

      On peut imaginer dans les petits bourgs, un conseil municipal sans élus, mais constitué des citoyens eux-mêmes, le maire est élu pour un court mandat en tant qu’ exécutant, et contrôlé.

      Les grandes villes ...un conseil de « tirés au sort », un maire élu (court mandat et non renouvelable ? ou une fois) exécutant et contrôlé.

      Idem au niveau de l’ Etat, un président élu (court mandat non renouvelable) exécutant des décisions d’ une constituante de "tirés au sort", aidé de ministres, et aux pouvoirs limités (par ex. urgence militaire avec compte à rendre), et très contrôlé.

      Bien étudier les thèses (liens) qui font leur chemin.

      Et les bienfaits de la démocratie, en perspective : les « jeunes » participent à la vie de la cité au lieu de brûler des voitures, parité homme/femme assurée (en moyenne par le tirage au sort), les luttes de classe disparaissent (ne reste que des sollicitations à la constituante), ... (liste non limitative)

      Manifestement un nouveau parti sans étiquette à voir...http://www.lepf.fr/


    • Robert GIL ROBERT GIL 1er décembre 2011 09:39

      Tout est décidé par les banquiers, c’est un gouvernement de l’ombre qui ne rend aucun compte et qui bien sûr n’est pas élu ! En clair : c’est le Cartel bancaire qui gouverne officiellement les pays de la zone européenne, c’est à dire que les peuples sont soumis à la dictature de la finance. La finance ne veut plus être relayée par des politiciens professionnels, elle veut diriger directement les pays. Son programme est de tout privatiser et de saigner le peuple à son seul profit en soumettant les nations à son dictat.........

      http://2ccr.unblog.fr/2011/11/20/la-finance-dicte-sa-loi/


      • schwarthenigger schwarthenigger 1er décembre 2011 16:14

        Rien de nouveau au soleil, seulement la confirmation que la loi du plus fort en l’occurrence ici le plus riche est toujours la meilleure. Gageons que même les plus assoupis se réveilleront et comprendront comment les choses se passent chose qu’ils auraient du comprendre depuis belle lurette. Depuis combien on nous casse les burnes avec ces histoires de dette, dette ceci, dette cela, dette qu’il ne faut léguer aux descendants etc... Dette pourtant qu’il semble impossible de rembourser. Les « marchés » ont décidé donc de passer à la vitesse supérieur et de se passer des peuples. Nous ne pouvons qu’attendre avec inquiétude la suite.


        • BA 1er décembre 2011 20:54

          Jeudi 1er décembre 2011 :

           

          Le Trésor espagnol a émis jeudi pour 3,75 milliards d’euros d’obligations à 3, 4, et 5 ans, soit le maximum qu’il souhaitait emprunter, mais la tension des marchés s’est fait sentir, l’obligeant à concéder des taux d’intérêt en hausse.

           

          Les taux ont augmenté par rapport aux dernières émissions similaires, passant au-dessus de la barre symbolique des 5 % :

           

          - 5,187 % pour les obligations à 3 ans (contre 4,782 % lors de la précédente émission),

           

          - 5,276 % pour celles à 4 ans (contre 3,639 % la dernière fois)

           

          - et 5,544 % pour celles à 5 ans (contre 4,045 % avant), selon la Banque d’Espagne.

           

          http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___L_Espagne_emprunte_375_mds_EUR_le_ maximum_prevu_mais_les_taux_montent011220111112.asp

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