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Le Galibier et la dette

Le Tour de France est terminé, nous allons pouvoir, enfin, reparler de « choses sérieuses », déclare un commentateur de ce blog. Comme si l’exploit sportif n’était pas chose sérieuse, un dépassement de soi, une lutte contre « l’abandon » à la facilité. La dette de la Grèce, la crise de l’euro, et le phénoménal endettement des USA seraient donc choses sérieuses ?

En cet été très arrosé que l’on prédisait « caniculaire », la canicule est au rendez-vous mais aux USA ; il y a de nombreux morts là-bas pour cause d’impérialisme solaire. Mais ce n’est pas la seule actualité « brulante » au pays d’Obama. Il y en a une autre : la dette et la menace de cessation de paiement de cette grande démocratie, même si beaucoup ne prennent pas l'ultimatum au sérieux.

Alors que nous luttons et polémiquons ici pour maintenir notre déficit public annuel à la frontière du 3% du PIB ; ils en sont à une dette publique totale qui flirte avec les 100% du PIB ! En conséquence, dès le 3 août, il faudrait décider si oui ou non l’Etat fédéral verse les 23 milliards de dollars de pensions qu’il doit aux fonctionnaires retraités.

Alors que démocrates et républicains peinent à trouver un accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine, estimée à 14.300 milliards de dollars, le Fonds monétaire international évoque un « choc grave » pour les États-Unis si aucun accord n'est trouvé à temps. Vous avez bien lu, le débat porte là-bas sur le relèvement du « plafond », peu sur la dette elle-même. Le FMI de Madame Lagarde trouve d’ailleurs que les projets d’économies sont bien timides, pour ne pas dire ridicules par rapport à l’énormité du découvert. Rappelons que ce « plafond » légal de la dette américaine a été créé en 1917 afin de donner plus de liberté au gouvernement pour financer l'entrée en guerre du pays, tout en lui fixant une limite à ne pas dépasser… Un bien vieux plafond, dans des circonstances très particulières.

Les agences de notation entrent dans la danse et menacent de dégrader la note de crédibilité des USA., comme en Grèce. La note est pour l’instant « sous surveillance ».

Rien ne dit d’ailleurs, que cette nouvelle menace de déclassement permette de réconcilier républicains et démocrates sur le dossier. En effet, un compromis qui consisterait seulement à relever le plafond de la dette pour éviter que les États-Unis ne tombent en défaut, ne règlera pas le problème à long terme. Il va falloir s’entendre sur un budget crédible à même de ramener les finances publiques vers l’équilibre. Le tout sans augmentation notable des impôts fédéraux pour les uns et sans diminution notable des dépenses de solidarité pour les autres.

Ne rions pas trop des déboires de nos cousins et de ces débats irréels, nous pourrions bientôt en entendre de semblables, guère plus sérieux.

Après de telles palinodies, vous voudriez sans doute que l’on continue à prendre ces gens pour sérieux ? L’homme seul sur son vélo, résistant à sa souffrance, luttant pour dépasser l’envie du renoncement m’apparaît, lui, beaucoup plus sérieux que ces faiseurs de pauvreté jonglant avec les milliards de ce que vous voulez et qu’ils n’ont pas.

Les conséquences pour la collectivité de ces tours de passe passe virtuels sont d’une ampleur sans commune mesure avec le résultat « collectif » d’un effort individuel presque autique. Pas si sûr, tant il est vrai que le collectif n’est finalement que le résultat d’une appréciation individuelle de la vertu.

On peut à cette occasion reposer la question de la fameuse "règle d'or" qui prévoit d'inscrire dans la Constitution l'obligation d'un retour à l'équilibre budgétaire. Le dispositif a été voté le 13 juillet par le Parlement mais ne sera effectif qu'après avoir été adopté par les deux Assemblées réunies en Congrès à Versailles. L'opposition se fait tirer l'oreille, rendant difficile l'adoption qui réclame une majorité des 3/5 ème. Il est vrai qu'une telle disposition rendrait caduque le programme actuel du PS. Bien sûr les engagements des uns et des autres vont tous dans le sens d'une réduction des déficits budgétaires, mais une règle constitutionnelle serait contraignante. Cette vertu supposée de l'équilibre budgétaire en est-elle véritablement une ? Vaste question que les commentateurs ne manqueront pas de développer, mais la moindre des choses est d'en exposer clairement les véritables enjeux, là serait la vertu.

Relisons ce qu'écrivait Paul Jorion sur son blog le 23 juillet dernier :

"Avec une dette publique de 14 mille milliards de dollars, l’État américain est de facto en faillite et un relèvement du plafond autorisé n’arrangera pas les choses. Les deux partis en présence le savent, et plutôt que de tenter de trouver une « solution » à un problème insoluble, ils semblent s’être résolus, chacun de son côté, à présenter au mieux aux yeux de l’opinion les raisons de son refus d’un compromis. Et ceci pour que ce soit le parti d’en face qui apparaisse responsable de l’échec des négociations, et soit blâmé in fine de la faillite des États-Unis… qui est elle d’ores et déjà acquise, et à laquelle ils ont tous deux contribué vaillamment au fil des années."

C'est bien "sérieux" tout ça ? Bien moins que l'ascension du Galibier !

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1 réactions à cet article    


  • Salade75 26 juillet 2011 13:50

    Bonjour,
    Je suis d’accord avec votre dernier paragraphe et la phrase de conclusion.

    Quel dommage que pour en arriver à ce piquant billet, il faille passer par une passionnante analyse de la dette que je caricaturerais ainsi : alors que nous polémiquons pour maintenir notre vieillissement à 365j par an, certains ont déjà 50 ans ! ... ou par une profonde analyse du programme PS générateur de dette alors que ceux qui proposent cette loi font bien attention à la proposer pour ... leurs successeurs sans se l’appliquer (tout bénef : si on gagne les prochaines élections, on pourra mettre un moratoire à la loi en expliquant l’urgence, si on perd, on pourra montrer au monde que les gagnants sont des irresponsables !).
    Ca gâche tout !

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