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Le journal Les Échos fait-il avaler des couleuvres à ses lecteurs sur l’euro ?

Ce billet réagit à l'article, paru hier sous la plume de Jean-Marc Vittori dans Les Échos, intitulé « Pourquoi l’Amérique bat l’Europe à plate couture ». Il illustre la sinistre indigence de la réflexion sur la crise de l'euro, avec pourtant près de trois années de recul, de la part de la presse économique et financière.

 

Naufrage après naufrage, de la part de ces faiseurs d'opinion, vulgarisateurs, et autres essayistes, la fidélité de leur lectorat, qui provient de cadres et professions supérieures, ne se dément pas. C'est une énigme qui mériterait de figurer au premier plan de la recherche en épistémologie sociale, neurosciences etc.

 

Jugez plutôt.

 

Fin juillet 2007, les chroniqueurs, et experts les plus pointus (obtus ?) des marchés financiers, du journal Les Échos livraient leur analyse des prémices de la crise des subprimes dans un article au titre ci-après : « Le mégrakrach n'aura pas lieu ». Censé appuyer ce pronostic, les auteurs déploient toute une batterie de lieux communs propres au discours du capitalisme néolibéral financiarisé :

« L'idée que les marchés sont dopés par un excès d'endettement, et sont sur le point d'exploser, est devenue assez banale. Le risque est évidemment celui d'une contagion Nous pensons toutefois que ce scénario de type « trou noir » est exagéré pour deux raisons. [...] L'innovation financière est le fait de petites équipes ultra-incitées, sous la surveillance d'un contrôle des risques high-tec [...] Le « business model » des fonds d'investissement est donc plus solide [...] le risque de la dette n'est plus supporté par quelques acteurs (les banques, les assurances), mais réparti dans l'ensemble de l'économie [...] Une preuve indirecte du caractère plus sûr de l'environnement financier est la baisse très forte de la volatilité sur les différents marchés depuis 2002. [...] Le danger d'une explosion financière, et donc le besoin de régulation, n'est peut-être pas si grand qu'on ne le pense. »

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Taux de chômage dans la zone euro
et le RU

Venons en maintenant à l'article de Jean-Marc Vittori annoncé en introduction :

Sur les sept années de 2008 à 2014, le PIB aura progressé de 9 % aux Etats-Unis tandis qu'il aura reculé de 1 % dans la zone euro (chiffres OCDE). Le taux de chômage est à 7 % là-bas alors qu'il dépasse 12 % ici. Sacrées différences, d'autant plus que la crise financière a sans conteste été made in USA. [...] La différence majeure vient donc de la politique monétaire. Née sous influence allemande il y a quinze ans, avec la lutte contre l’inflation pour seul objectif, la Banque centrale européenne a toujours agi dos au mur. Se défiant d’Etats jugés peu fiables, elle a acheté de la dette publique pour éviter la catastrophe, pas pour faire baisser des taux d’intérêt à long terme trop élevés. A l’inverse, la Réserve fédérale des Etats-Unis, conçue il y a un siècle [...] Autrement dit, même si la BCE avait agi comme la Fed, elle n’aurait pas obtenu de tels effets. Au risque de gonfler de nouvelles bulles, l’Amérique a su tracer un chemin dans la crise. Pas la zone euro.

 

Le déséquilibre durable entre le nord (<6% de chômage en Allemange) et le sud (>25% en Espagne), dans la zone euro, consécutif au choc de 2008, est la traduction parfaite du scénario noir envisagé par les économistes, de Friedman à Krugman, qui se sont penchés sur l'architecture de l'euro, au moins depuis le traité de Maastricht (1992). À contrario, les courbes de chômage des états des États-Unis suivent des trajectoires synchrones, résultat du rééquilibrage automatique opéré le budget fédéral.

 

La réplique de Trichet à la critique, ancienne, de l'establishment économique, a été explicite, non équivoque, et invariable au moins depuis 1999 (123). Le coeur de cette réplique tient dans ce paragraphe tiré de son discours à Dublin en 2004, soit l'année suivant sa prise de mandat à la BCE : « C'est précisément pour combler cette lacune [de budget fédéral] que [les règles budgétaires contenues dans le] Pacte de Stabilité et de Croissance [ont] été instauré[es] ».



Parler des mandats respectifs de la BCE et de la Fed pour expliquer le différentiel de croissance entre la zone euro et les États-Unis, tout en passant sous silence le vice de l'euro, qui oppose depuis toujours l'establishment économique américains et les tenants de la méthode Trichet, est pour le moins étrange.

NB : ayant très largement développé le sujet du vice de l'euro, tout au long d'une série de billet (voici le dernier) citations, analyses, et graphes à l'appui, nous y renvoyons le lecteur souhaitant approfondir.

 

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AVERTISSEMENT : L'auteur invite fermement ceux qui voudraient reprendre ses billets de les citer (lien html, OK). 

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Taux de chômage dans 4 états des États-Unis
 

 


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9 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 8 janvier 2014 09:58

    Les chiffres sont pourtant exacts..ou est le problème..La dette de la france est de 5.000 milliards d’euros...pas de 2.000.. !

    Arrêtez de truquer les chiffres comme avec ceux du chômage...
    Nos banques sont remplies d’actifs nocifs en dizaines de milliards d’euros...
    Nous sommes incapable de rembourser notre dette...avec quoi.. ?
    Notre pays est en faillite tout simplement...

    • Langlemort Bonneteau 8 janvier 2014 10:15

      Le chiffre 2000, que vous contestez, n’apparaît dans ce billet que sur chacune des abscisses des deux graphiques joints à ce billet. Il s’agit des années, pas de la dette de la France ! 


    • zygzornifle zygzornifle 8 janvier 2014 13:40

      Pas des couleuvres mais des anacondas


      • zygzornifle zygzornifle 8 janvier 2014 13:41

        Aussi dur que de faire avaler une quenelle à Mr Valls


        • BA 8 janvier 2014 16:04

          Evolution des sondages en Italie durant l’année 2013 :

           

          Question : « Voulez-vous revenir à la lire ? »

           

          Réponse en avril 2013 :

          Oui : 44 % des personnes interrogées.

          Non : 48 % des personnes interrogées.

           

          Octobre 2013 :

          Oui : 48 %.

          Non : 45 %.

           

          Décembre 2013 :

          Oui : 49 %.

          Non : 44 %.

           

          En Italie, les courbes se sont croisées.

           

          Aujourd’hui, la majorité des Italiens veulent revenir à la lire. Et les partisans du retour à la lire sont de plus en plus nombreux.

           

          Nous allons devoir regarder à la loupe les résultats des élections européennes du 25 mai 2014 en Italie.

           

          http://scenarieconomici.it/sondaggio-scenarieconomici-20-dicembre-2013-sarebbe-favorevole-alla-reintroduzione-di-una-valuta-nazionale-si-49-no-44-un-partito-anti-euro-potrebbe-valere-il-24/

           


          • ykpaiha ykpaiha 9 janvier 2014 01:04

            Vouloir faire croiser des lignes telle que la croissance et/ou celle du chomage aux US est déja une imposture.
            Surtout en taisant les moyens de les obtenir

            Croissance us=QE donc rien nada
            Chomage = un simple sondage et leur valeur aussi imprecises que manipulables (pas d’organisme fédéral du travail la-bas mais des estimations !!)

            Quand aux courbes de dettes en Europe ... personne n’est capable de dire qui doit quoi et a qui, ni meme le rapport capital-interet !!

            Pas mal comme la fiabilté des infos
            Combien de subventions aux Echos LVMH déja ??...avec vos impots...bien sur.


            • Langlemort Bonneteau 11 janvier 2014 14:09
              Réaction du professeur à l’ESCP Steve Ohana à l’article de Jean-Marc Vittori (paraphrase) 

              « Excellent article sur comparaison US / Europe, mais ajouterais néanmoins budget fédéral permettant mutualisation entre régions. »

              Ce commentaire nous paraît fallacieux : un article qui passe à côté de l’essentiel n’est pas excellent, il est médiocre. Et, compte tenu de l’enjeu politique entourant les causes du retard de la croissance européenne, cette médiocrité confine à la tromperie. 

              • Langlemort Bonneteau 11 janvier 2014 14:14

                Lien erroné. Ce devait être : http://tiny.cc/ioxi9w


              • Langlemort Bonneteau 2 mars 2014 19:37
                Se préparer à l’après-euro, Les Échos, 25 février 2014, par J-M Vittori.

                La zone euro semble traverser des eaux plus calmes. Mais aucun de ses problèmes n’est réglé. Sur fond de croissance lente, le statu quo ne peut pas s’éterniser : il faudra approfondir ou démanteler.

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