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Le lion Euro rugit ce soir !

Est-il trop tôt pour faire un bilan de la récente crise grecque ? En tout cas, elle vient de se résoudre ce vendredi 9 mars par le versement d’un premier montant permettant à l’État grec de faire face aux échéances du 20 mars prochain et lui évitant de se trouver en cessation de paiement.
 
La Grèce a fait défaut en restant dans l’euro
 
Il faut reprendre les fondamentaux pour voir la réalité bien en face : à tous ceux qui prédisaient la sortie de l’euro pour la Grèce ou alors un éclatement pour la zone euro, la situation a apporté un démenti formel. La Grèce a bien fait défaut, pour un montant très important, mais de manière partielle et ordonnée, et DANS l’euro. Le lion euro peut donc rugir ce soir, car il s’est montré capable d’affirmer sa force dans une situation particulièrement délicate. Bien sûr on peut faire la fine bouche en montrant que la zone euro n’y est arrivée qu’en passant par ce à quoi elle ne voulait pas en venir, la mise en marche de la planche à billets (LTRO du 21 décembre et du 29 février), mais on peut aussi souligner que la crise a permis d’obtenir une modification très importante du Traité européen, qui évolue grâce à elle dans le sens d’une union politique supranationale.
 
Pour la Grèce, le bilan du défaut de mars 2012 est mitigé. Malgré une aide de 130 milliards €, la dette ne sera réduite que d’une vingtaine de milliards. Maigre bilan ? Il s’agit de fait d’un gros investissement pour une détente très très relative sur le front de l’endettement pour l’État grec, surtout qu’à l’investissement des États européens correspond sur le terrain une tension de plus en plus vive pour la population grecque. La récession de 7,5% enregistrée en 2011 donne peu de chance à l’État grec de s’en sortir sans un nouveau défaut et de nouvelles aides… D’autres États prennent son chemin… La crise de février/mars n’est pas la fin d’un processus, mais sa simple mise en place !
 
La fin d’une politique
 
D’une manière générale, le défaut, même partiel, même ordonné, même limité à un pays périphérique de la zone euro, ajoute un doute de plus à tous ceux qui seraient encore tentés d’investir en obligations d’État. Ne parlons pas de la Grèce, ce n’est pas demain qu’elle pourra se représenter de manière autonome sur le marché des fonds d’État. Mais le problème s’étend à l’Espagne (qui a profité de l’occasion pour montrer le bout du nez), à l’Irlande et au Portugal, à l’Italie… et à la France. La tension sur ce marché avait même touché la vertueusissime Allemagne en novembre dernier. Bref les États vont avoir de plus en plus de mal tant à refinancer la Dette existante qu’à en financer de nouvelles. Et comme leurs dettes sont pour une bonne part à très court terme, ce sont des sommes immenses qui doivent être prélevées de mois en mois sur le marché des capitaux. Ambiance !
 
Nous sommes dominés depuis des lustres par la pensée unique keynésienne : l’État doit dépenser, la dépense d’État n’est pas une vraie dépense puisqu’elle fait tourner l’économie du pays etc.etc. Et cette pensée n’a pas du tout été remise en question par le néo-libéralisme apparu dans les années 1990. Au contraire, en privatisant des pans entiers de l’économie d’État, on a évité que le gonflement du bibendum ne soit trop perceptible. Mais comme je l’ai déjà dit et répété, qu’est-ce que cela change à la réalité que les transports soient gérés par une société nationalisée ou concédés par un contrat d’État à une firme privée qui les rentabilise ? [1]
 
Ce qui change et va changer, c’est que l’économie d’État, plutôt que d’être en perpétuelle extension, se restreint et devra se restreindre. On a beau jeu de dire que les politiques d’austérité ne sont pas une solution car elles accentuent la récession et donc rendent encore plus difficile de supporter les charges de la dette, le problème est bien que le mécanisme d’entraînement de l’économie toute entière est dans les marchés d’État. Dire qu’on doit les poursuivre pour qu’on puisse assumer les charges de la Dette, c’est dire qu’on doit continuer de s’endetter pour supporter ces charges, ou encore reconnaître que l’on ne peut traiter la maladie qu’en s’enfonçant de plus en plus profondément dedans…
 
La Grèce a depuis son entrée dans l’Union été arrosée d’argent sous cette logique de la mettre à niveau, de lui faire rattraper son retard, etc. pour rejoindre la modernité européenne, mais tout cela n’était que faux prétexte à une politique menée par de petits caciques corrompus – de droite comme de gauche – qui se sont acharnés à corrompre le corps social en poursuivant leurs intérêts dans des projets politiques de petits potentats locaux. Au bout du compte, que reste-t-il ? Un gouffre d’endettement et une société déboussolée.[2]
 
Mon bilan
 
Si vous vous demandez pourquoi je m’intéresse à ce point à la Crise de la Dette et pourquoi je tente de communiquer cet intérêt par mes articles, c’est précisément à cause de cela : la Crise de la Dette marque la fin d’une politique. Une politique qui gangrène notre Société depuis un siècle (1914) et plonge l’humanité dans l’absurde. L’argent facile, l’endettement à l’infini, a donné aux politiques une marge de manœuvre immense et en apparence sans limite, puisque comme l’affirment certains naïfs, il suffit que la Banque centrale prête à taux zéro à l’État et que celui injecte cet argent dans la société par ses projets, pour que tout aille pour le mieux.[3]
 
Nous ne subissons pas une crise économique, nous traversons une crise historique. La thèse selon laquelle c’est à l’État de dynamiser la Société - une thèse née dans le sillage de la Grande Guerre - a connu une première mort en 1989. Un Empire s’est effondré comme un château de cartes. Nous poursuivons aujourd’hui par l’effondrement d’un autre Empire et nous nous retrouvons (enfin !) devant une question fondamentale : où est le dynamisme de la Société ? C’est la question centrale qui m’intéresse dans cette situation !
 
A suivre…
 
Les sujets de préoccupation ne manquent pas. Dans l’immédiat, c’est la question des CDS (assurances en cas de défaut) qui n’est pas résolue. L’État grec ayant forcé la main aux derniers détenteurs d’obligations réticents à l’échange volontaire, les CDS vont devoir entrer en action. Personne n’en mesure l’impact, mais c’était sans doute un des buts annexes de la présente opération que de mesurer cette « inconnue ».
L’extension de la crise grecque à d’autres pays de la zone euro est elle aussi un dossier qui retiendra toute l’attention dans les prochains mois.
 
La « crise » est permanente et le moindre des paradoxes actuel n’est pas que nos politiques comptent bien sur elle, car la Crise est bien devenue une méthode de gouvernance. Que pourrait-on faire sans elle ?
 
MALTAGLIATI


[1] Ce que l’usager « perd » dans ce cas parce que le privé doit faire du profit, il le regagne de l’autre côté parce que la gestion privée est beaucoup plus performante que celle de fonctionnaires, car toujours susceptible d’être remise en question par le « client », le fonctionnaire étant lui en place une fois pour toutes. Cette remarque ne clôt pas ce débat, elle voudrait le situer à sa vraie place.
[2] Ce problème était patent il y a dix ans déjà, mais a été occulté par les soins des autorités à l’aide d’experts financiers de Goldman-Sachs.
[3] Une fable qui a déjà eu cours vers 1920 dans l’éloge de ce que l’on appelait à l’époque « le circuit » : la Banque centrale avance à l’État qui dépense et se couvre en émettant des obligations dont la vente fait rentrer les billets. Ici on fait mieux : la Banque centrale injecte des liquidités en reprenant les anciennes obligations… Mais 1929 a suivi le circuit, alors qu’ici cette pratique accompagne la crise.

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8 réactions à cet article    


  • Soi Même 10 mars 2012 16:24

    j’espère que c’est Goldman-Sachs qui à bue la tasse dès 1 milliard défalqué de la dette Grecque ?


    • xray 10 mars 2012 16:39


      Avant l’euro, l’Italie et la Grèce n’avaient pas besoin d’aide. 

      Le piège européen

      De droite comme de gauche, les élus politiques sont au seul service du capital de la Dette publique. Ils sont aux ordres de l’axe CIA-VATICAN. Ils n’ont pas de compte à rendre aux Européens. 

      SARKOZY et MERKEL n’ont aucune compétence pour intervenir dans la situation monétaire européenne actuelle. Ils font le contraire de la logique. 

      Depuis des mois, ils s’acharnent à renflouer les banques à coups de milliards d’euros (Comme on essaie de remplir un puits sans fond). 

      Ces milliards vont alimenter les marchés boursiers (argent mort).  Naturellement, on demande ensuite à l’économie active de rembourser (Avec des chiffres monétaires qui n’existent pas). 

      Ce que les journalistes vendus à la finance nous cachent, c’est que l’Islande s’est sorti en rien de temps de cette situation. Il aura suffi à l’Islande de laissé s’effondrer les banques parasites. 

      Le Grand Guignol politique (L’Europe des curés) 
      http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/ 

      Le capital de la Dette publique 

      La Taxe Tobin  (Le face à face de l’économie active et des marchés boursiers) 



      • maltagliati maltagliati 10 mars 2012 18:17

        Je viens d’apprendre que l’ISDA a bien enregistré le défaut grec de vendredi comme un « événement de crédit », en motivant sa décision par le recours de l’Etat grec aux CAC (Clauses d’action coercitives). Cette décision implique le déclenchement des CDS, présenté comme évident dans mon article. La prochaine étape est une journée d’enchères, programmée le 19 mars, pour déterminer combien recevront les détenteurs de CDS.


        • André-Jacques Holbecq André-Jacques Holbecq 11 mars 2012 20:06

          Vous avez simplement oublié que toute monnaie est issue d’une dette envers les banques, et que la monnaie elle même est une dette de banque (un élément de son passif) qui circule.

          J’explique pour ceux qui ne sont pas très au fait de la création monétaire : une banque ayant créé de « sa » monnaie (euros BNP, euros S-G, euros C-A, etc,) en monétisant une reconnaissance de dette, s’engage à remplacer, sur demande, « sa » monnaie par de la monnaie de banque centrale (les billets qu’elle ne peut fabriquer.

          Bref, tout le système ne tient que sur une pyramide de dettes... mais il n’y a qu’un moyen de faire autrement : c’est le « 100% monnaie »


          • maltagliati maltagliati 12 mars 2012 07:34

            Je suis au regret de vous dire que dans votre analyse vous adoptez la solution d’un « grand simplificateur ». C’est parce que vous identifiez monnaie et dette que vous trouvez une solution miracle dans le 100% monnaie. Trop facile ! Dommage, car cela reste le rêve de trouver des solutions « miracle » toutes faites ... Un piège auquel vous n’échappez pas ! Désolé.


          • JL JL1 12 mars 2012 08:36

            Ce n’est pas l’euro qui a gagné : c’est le peuple qui a perdu. Ce n’est pas l’euro qui est fort, ce sont les peuples qui sont faibles. Et les peuples sont faibles parce que leurs dirigeants sont félons.

            malatgliati écrit :« Nous sommes dominés depuis des lustres par la pensée unique keynésienne »

            Il n’y a pas de pensée unique keynésienne : il y a la pensée keynésienne qui prône des dépenses adéquates (équipements et investissements porteurs d’avenir) et la non pensée keynésienne dévoyée : pour faire court, la théorie du ruissellement (constructions de ronds points en rase campagne, subventions renvois d’ascenseurs, etc... ).

            L’aporie est la caractéristique congénitale des discours néolibéraux qui sont essentiellement faits de non dits tentant d’exprimer une non pensée : ici en l’occurrence, maltagliati déclare que la Grèce a fait faillite pour cause de mauvaises dépenses. Et dans le même temps, ces mêmes néolibéraux adorateurs de la main invisible font partout et ad nauseam l’apologie de la main invisible, ce qui, sauf erreur, revient à dire que la nature des dépenses n’influe pas sur l’économie (cf. la fable des abeilles !).

            Aussi longtemps que l’État fait du keynésianisme dévoyé - pour faire court, une politique de droite, les sirènes néolibérales ronronnent de plaisir. Dès lors qu’un État s’avise à virer à gauche, aussitôt les créanciers au bord de l’apoplexie pour cause d’indigestion de fric, poussent des cris d’orfraie, paniquent et lui mettent le pistolet sur la tempe.

            « L’investissement produit l’avenir dont la spéculation ferme au contraire les possibilités. Le spéculateur agit contre les intérêts du monde dans lequel il vit, de sorte que la spéculation détruit le monde » (Bernard Stiegler)

            Le néolibéralisme a tué l’État investisseur et l’a remplacé par une machine à alimenter la spéculation. Aujourd’hui, il se prévaut de sa turpitude et réclame sa mise sous tutelle.

            La devise du lobby bancaire c’est : « donne moi ta planche à billets, je te prêterai de l’argent ».

             « c’est l’État qui confère sa valeur à la monnaie par le seul fait qu’il exige le paiement des taxes et impôt dans la devise de son choix » ! (Bernard Lietaer),

            « L’argent est basé sur la capacité à produire de la population laquelle capacité appartient à la population. » (Louis Even) Les banquiers, par le crédit, l’endettement et l’usure nous volent les possibilités qu’offre cette capacité. Les banquier sensés être des passeurs d’avenir, sont en fait, des voleurs d’avenir puisqu’ils se l’aménagent pour eux et seulement eux.


            • Tall 12 mars 2012 08:50
              Excellent analyse.
              La devise du lobby bancaire c’est : « donne moi ta planche à billets, je te prêterai de l’argent ».

              Oui, c’est exactement ce qui se passe à l’UE pour l’instant. La BCE prête aux banques à 1% maximum qui, elles, reprêtent aux états à des taux très supérieurs.
              C’est du parasitage pur et simple, avec la complicité du monde politique.


              • isabellelurette 13 mars 2012 12:28

                Lisez donc et vous aurez de quoi compléter votre point de vue
                http://www.michelcollon.info/Peter-Mertens-en-Grece-deux-mondes.html

                Un autre monde est possible. La preuve, il mine le monde visible.

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