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Accueil du site > Actualités > Economie > Le lobby pétrolier carbure pour sauver son influence

Le lobby pétrolier carbure pour sauver son influence

Lors des dernières élections présidentielles américaines, les contributeurs du secteur industriel du pétrole et du gaz ont ainsi donné 2,359 millions de dollars au candidat John McCain et 0,832 million au candidat démocrate Barack Obama. Des sommes qui sont faibles au regard des dons engrangés par les deux candidats, 1,1 milliard au total. D’autres secteurs économiques, en particulier les banques et autres établissements financiers, ont largement plus contribué au financement de la campagne présidentielle que le secteur du pétrole.
 

Une influence ancienne

La véritable influence des lobbies de l’énergie ne se situent pas dans leur capacité à financer cette campagne présidentielle mais plutôt à influencer les prises de décision politique.

Pendant longtemps, les principales firmes pétrolières des états occidentaux étaient la propriété ou sous la tutelle de leurs propres états tant l’approvisionnement en pétrole constituait un intérêt stratégique. On retrouve en Russie, avec Gazprom, ou en Chine, avec China Oil, contrôlé par des proches des gouvernements de ces pays, cette même logique. On se rappelle ainsi l’arrêt des livraisons de gaz russe à l’Ukraine pour des raisons contractuelles mais aussi politiques. Plusieurs projets de gazoduc sont aujourd’hui en projet pour contourner l’Ukraine et s’affranchir de sa centralité géographique pour les livraisons à l’Europe. Depuis sa découverte, le pétrole est au centre des intérêts géopolitiques comme l’indique Eric Laurent, dans son livre « La face cachée du pétrole  ». De son côté, la Chine cherche à étendre sa zone d’influence politique à l’Afrique pour sécuriser une part de ses approvisionnements en pétrole.

Quand les compagnies pétrolières étaient sous le contrôle direct de l’état-actionnaire, les relations entre le pouvoir et ces entreprises étaient particulièrement aisées et directes. Aujourd’hui que ce lien s’est distendu, les compagnies pétrolières se sont engagées dans des campagnes de lobbying visant à maintenir leur influence et à rappeler à quel point leur rôle est précieux dans le développement économique d’un pays. En France, c’est l’Union Française des Industries Pétrolières qui est chargée de porter la bonne parole.

Le symbole Halliburton

Ainsi, on peut subodorer les deux guerres d’Irak motivées par des raisons économiques liées à la fourniture d’énergie. Afin de disposer d’un régime politique stable dans ce pays, les Etats-Unis et leurs alliés auraient engagé leurs troupes dans ce pays sous couvert de lutte contre la tentation hégémonique de l’Irak au Koweit en 1991 et de lutte contre le terrorisme en 2003. De là y voir la seule marque du lobby pétrolier il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas en l’absence de preuves tangibles de leur unique responsabilité. Il reste que des liens forts existent entre la maison blanche, mus par ses faucons, et les intérêts pétroliers.

Carte de Philippe Rekacewicz
Carte de Philippe Rekacewicz

Ainsi, Halliburton un conglomérat d’entreprises liées à l’industrie du pétrole, modifie sa politique de lobbying dès que George Bush Junior, et surtout son vice-président Dick Cheney, ancien président d’Halliburton, entrent à la maison blanche à partir de 2001. A croire que l’argent devient inutile quand on dispose directement des manettes du pouvoir. De nombreux cadres dirigeants d’Halliburton font le voyage vers l’administration républicaine ou inversement, témoignage de liens tenus entre les deux organisations. Sarah Palin, la candidate républicaine à la vice-présidence était également liée aux groupes d’influence pétroliers. Elle préconisait notamment, comme l’administration Bush, l’ouverture aux forages de certaines zones de l’arctique.

A la manœuvre sur le protocole de Kyoto

Il reste que le secteur pétrolier est soumis à des variations erratiques que l’extinction progressive des réserves de pétrole, ou plutôt l’extinction progressive des réserves de pétrole en termes d’exploitation bon marché, ne suffit pas à expliquer. Le marché du pétrole est soumis à la loi de l’offre et de la demande. Par là il dépend de l’état de la croissance mondiale, aujourd’hui atone ce qui explique la chute des prix du baril ces derniers mois et ce malgré la volonté affichée des pays producteurs réunis au sein du cartel pétrolier qu’est l’OPEP de réduire leur production. Le niveau de prix dépend également du niveau des réserves de chaque pays et en premier lieu des Etats-Unis. De plus entre le prix du pétrole sur les marchés mondiaux et le prix à la pompe ou à la cuve, d’autres mécanismes fiscaux mais également liées aux capacités de raffinage entrent en ligne de compte. Et ce sans parler, des produits dérivés du pétrole, dont certains plastiques utilisés quotidiennement par la quasi-totalité des habitants de la planète.

Le pic d'Hubbert
Le pic d’Hubbert

Si les soupçons d’influence pèsent sur le lobby pétrolier à l’occasion des guerres en Irak c’est surtout sur l’évolution des réglementations internationales sur l’émission de gaz à effet de serre qu’elle se fait surtout sentir.

A l’occasion de la négociation de Kyoto 1, l’accord mondial de réduction des gaz à effet de serre, le plus grand pays émetteur du monde, les Etats-Unis, ne ratifient pas le traité. De fait, celui devient pratiquement « caduc ». Le protocole de Kyoto a mis en place le marché des droits à polluer librement cessibles sur le marché pour les entreprises les plus vertueuses et rachetables par celles qui polluent plus que leur quota d’émissions.

Les négociations de Kyoto 2 qui doivent se tenir au Danemark en décembre 2009 seront l’occasion pour le lobby pétrolier de jauger son influence, grandement contre-carrée par les groupes d’intérêts du monde de l’assurance, inquiets des conséquences du changement global sur l’espèce humaine et sur leurs comptes de résultats en fonction des catastrophes naturelles que laissent supposer l’élévation du niveau de température et des eaux sur la planète.

Reste que le lobby pétrolier n’est pas mort. L’API, qui regroupe la majeure partie des intérêts du pétrole et du gaz naturel, ne cesse de rappeler à quel point l’or noir est indispensable à la planète. « Oil and natural gas take us down the street and around the world. They warm and cool our homes and businesses. They provide the ingredients for medicines, fertilizers, fabrics, plastics and other products that make life safer, easier and better", indique les animateurs de l’organisation. Et par là de tenter de ralentir l’entrée en application des mesures réglementaires décidées au niveau mondial. A suivre et notamment sur la question du développement des énergies non-fossiles.

A noter que le lobbying des pétroliers inspire l’industrie du divertissement. Canal Plus vient de diffuser la première partie d’une série longue consacrée à l’Arrow Oil, une firme du pétrole, peu soucieuse des contingences environnementales, dont voici le trailer.


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11 réactions à cet article    


  • Proto Proto 16 juin 2009 11:03

    « De là y voir la seule marque du lobby pétrolier il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas en l’absence de preuves tangibles de leur unique responsabilité. Il reste que des liens forts existent entre la maison blanche, mus par ses faucons, et les intérêts pétroliers. »
    Vous auriez peur pour votre crédibilité ? Tourné de cette façon, cela revient à nier les motifs qui ont conduit les US en Iraq, au terme d’une propagande officielle que l’on connaît bien désormais. Le système veut que les gens qui sont au pouvoir sont aussi ceux qui ont des intérêts dans le pétrole, dès lors il s’agit beaucoup plus que de simples « liens forts », il s’agit d’un grave conflit d’intérêt pour les pays démocratiques qu’ils représentent. Ce n’est donc pas la « seule marque » mais la principale.


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 16 juin 2009 11:07

      Ma voiture marche au coca, j’en ai des réserves dans mes fosses sceptiques, et j’attends le pétrole O % !

      Le pétrole, c’est de la merde qui pue ! Plus de pétrole, plus de coca, plus de conflits, et BAsta !


      • jean 16 juin 2009 16:33

        Exact Lisa , n’est ce pas ce que l’on nomme « la crotte du diable » ?


      • hunter hunter 16 juin 2009 15:09

        Mickaël,

        Merci pour votre papier vraiment intéressant, mais votre graphique avant votre paragraphe « le pic d’Hubbert », est inquiétant : s’il reste des réserves jusqu’en 2200, jamais la planète ne survivra (et donc les espèces vivantes qui la peuplent, y compris l’espèce humaine) à ça !
        D’après ce graphique, le peak-oil n’est donc pas encore atteint n’est-ce pas ?
        auriez-vous une url où ce graphique soit consultable en plus grand, car je n’arrive pas à lire correctement les puissances de 10 sur ce dernier ? (je suis vraiment miro, désolé !)

        D’autre part, ne croyez-vous pas qu’il faudrait aussi prendre en compte la consommation croissante d’énergie fossile par les pays émergents, ce qui impliquerait logiquement que les réserves ne dureraient pas aussi longtemps ?

        Dans l’absolu, je crois que ça serait mieux pour toutes les espèces vivantes de cette pauvre planète, que ces réserves soient « bouffées » le plus vite possible, mais le problème sera alors de savoir, si les dégâts subis seront réversibles ?

        Merci et bonne journée à tous.

        H /


        • Mikaël Cabon Mikaël Cabon 21 juin 2009 22:17

          Bonjour Hunter

          on peut notamment le voir ici : http://www.supportscoursenligne.sciences-po.fr/2007_2008/enjeux_scientifiques/seance11.pdf

          Toute la question se pose sur les anticipations de la fin du pétrole, du pétrole bon marché en tout cas et la manière dont les sociétés vont s’adapter à cette nouvelle donne.

          MC


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 16 juin 2009 16:06
          Le pétrole comme énergie, c’ est la valeur universelle comme la terre pour Ricardo. Le TEP joue le rôle de l’étalon-or. Oui on va passer à autre chose... mais ne bousculez pas les mecs 
          à l’heure de la sieste





          • Mathis Nithart 16 juin 2009 22:36

            En gros, on peut résumer ainsi ce post : il n’y a pas de considérations morales à avoir sur cette terre

            « Nous sommes la civilisation de toutes les inventions  »
            « c’est la race blanche et l’occident »

            Pour information, ce sont les méchants Soviétiques qui sont les premiers allés dans l’espace. Va falloir relire son Gobineau et son HS Chamberlain mon grand.

            Une étrange définition : il n’y a pas eu d’inventions avant le 19ème siècle visiblement, quel terme l’auteur de ce post nous suggère pour définir les apparitions de la roue, de l’agriculture, des chiffres « arabes » (par ces pouilleux d’indiens) ou de l’algèbre (par ces fourbes arabes) ?

            « Si le pétrole est le sang de la vie des économies » Les humains ont vécu sans pétrole pendant des siècles, le charbon était l’énergie reine jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.
            Une manière fausse de justifier le pire.

            Idée sous-entendue : seule la société de consommation vaut la peine de vivre. Sans commentaires.


          • Mathis Nithart 16 juin 2009 22:51

            @ l’auteur

            Bon article. En vérité, je connaissais déjà presque tout ce qui y était dit, mais c’est un plaisir que de voir ces thèmes importants évoqués.

            Vous me ravivez d’une manière agréable mes lectures sur les bons sites consacrés au Peak Oil, ainsi que l’excellent « Pétrole Apocalypse » (ne pas s’arrêter au titre un peu trop « frappant ») d’Yves Cochet.

            Seul petit bémol, l’article aurait pu être un peu plus long et fouillé, mais il est à mon goût très bon dans l’ensemble.


            • Mikaël Cabon Mikaël Cabon 21 juin 2009 22:18

              Merci Mathis. On peut toujours mieux faire. Ce sera pour la prochaine fois :)

              MC


            • Caturix 25 juin 2009 12:18

              Bonjour et merci pour cet article.
              Une question toutefois : dans quelle mesure ces groupes de désinformation sont-ils efficaces (je n’ai jamais vu d’étude sur ce sujet) ? Après tout, il y a de plus en plus de militants, journalistes qui relaient la vérité sur ces groupes.
              Cordialement,


              • Proto Proto 28 juin 2009 23:34

                Très bonne question, à laquelle il est difficle de répondre puisque seul un sondage d’opinions pourrait nous renseigner précisément, bien que ceux-ci soient toujours très orientés.
                Je pense que ces groupes de désinformations sont très efficaces, tout autant que ceux qui « relaient la vérité sur ces groupes » sur la toile.
                Après tout, il ne s’agit plus d’un secret de polichinelle, les médias marchent main dans la main avec eux.

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