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Accueil du site > Actualités > Economie > Le lobbying des restaurateurs : comment sortir de l’impasse (...)

Le lobbying des restaurateurs : comment sortir de l’impasse ?

La demande de baisse de la TVA, par la restauration française, n’aboutit pas depuis dix ans. N’est-il pas temps pour cette profession de remettre en cause son lobbying ?

Etait-il sensé et possible de faire croire que la TVA réduite améliorerait les salaires, la qualité de l’accueil et la baisse des prix ?

La restauration s’est toujours adaptée à des chocs extérieurs, durables ou éphémères, comme le développement du réseau autoroutier, le déplacement des quartiers d’affaires, la création de sites touristiques. Les restaurants en France se remplissent ou se vident au gré des effets des cycles économiques et politiques sur les remboursements de repas par les employeurs, sur le pouvoir d’achat des Anglais ou sur la fréquentation touristique américaine. Les réglementations sanitaires améliorent la sécurité des consommateurs mais renchérissent les prix des repas.

Les restaurateurs s’adaptent au pouvoir d’achat des clients. En résumé, la fiscalité est moins décisive que la croissance économique dans les prix et les salaires pratiqués dans le secteur. Depuis 2004, il est possible d’augmenter les prix des repas, mais comme en 1993, année de crise, les crédits bancaires pour rénover et agrandir sont quasiment inaccessibles, faute de banquiers.

Le lobbying des restaurateurs ne vaut pas celui des médecins, des buralistes, de La Poste, de la SNCF, des agriculteurs, et de bien d’autres qui ont obtenu satisfaction depuis 2002. Les restaurateurs sont étiquetés rouspéteurs de droite. La gauche ne leur fait pas de cadeaux, et la droite leur fait des promesses. La communication autour de la TVA de la restauration a dévalorisé la profession. Les restaurateurs paraissent jouer "perso" en voulant aggraver le déficit budgétaire.

Où sont les enjeux de lobbying de la restauration, s’ils ne sont pas dans quelques points de TVA reversés à l’Etat, mais que les pourboires, non déclarés, des clientèles étrangères compensent ?

1. Ce qui est primordial pour la restauration, c’est la croissance économique. Les restaurateurs devraient suggérer des politiques favorables à la croissance économique. Tout le monde en bénéficiera, la restauration aussi. Toute amélioration du contexte fiscal patrimonial du cédant de fonds de commerce est favorable à l’initiative privée, donc à la croissance.

2. La restauration saura créer des emplois à grande échelle seulement si le taux d’emploi (nombre d’actifs par rapport au nombre d’habitants) augmente en France. C’est le marché des emplois privés dans le secteur des services qu’il faut débloquer. La profession devrait proposer des idées neuves à des partis qui en manquent.

3. Surtout, la restauration est concurrencée par le nouveau monde numérique. A trop regarder les centimes d’euros, on ne voit pas l’essentiel. Les leaders du numérique ont un lobbying au service d’un objectif : augmenter notre temps passé devant des écrans. Cela marche. Les clients sautent ou abrègent les repas pour communiquer via Internet. Les restaurants ne sont plus les seuls lieux de la rencontre et de l’ouverture au monde. La profession doit défendre des politiques publiques qui favorisent le contact personnel et la convivialité. C’est un enjeu de société. C’est un enjeu économique, car la restauration emploiera toujours plus en France que les centres d’appels. Un tiers des effectifs des usines d’électronique a été licencié depuis 1999 en France.

4. Pour faire face à la concurrence touristique internationale et rivaliser avec le numérique, les restaurateurs doivent accéder à des crédits et pouvoir lever des fonds propres. Il leur faut investir pour rénover les salles et innover. Pour se différencier des traiteurs, les restaurateurs doivent mieux se former au marketing. Il faut en finir avec les bureaucraties actuelles de financement et de formation.

5. Aux Etats-Unis, le travail permanent du syndicat de la restauration, qui réunit patrons et employés, est d’empêcher les impôts de monter. C’est plus réaliste que de tenter de les baisser.

Article écrit avec le concours de Pierre-Marie Audebert, restaurateur à La Châtre, auteur du Guide des loisirs en France.


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6 réactions à cet article    


  • (---.---.91.178) 3 mars 2006 14:11

    Le serpent de mer : volà un plat qui nous est régulièrement mis à la carte et au menu.

    La baisse de la TVA à 5,5% n’aura pas lieu. Chirac aurait mieux fait de la fermer sur ce sujet où il sait parfaitement que la France n’est pas décisionnaire. Ce n’est rien d’autre qu’une énarquerie de plus de sa part et de ses confrères issus de la même école.

    Mais, de toute façon, je n’aurais pas parié un kopeck sur la diminution des prix dans la restauration si cette mesure avait été adoptée par l’Europe, pas plus que sur une augmentation importante des embauches dans la profession ! Le gras serit resté dans la poche des restaurateurs.


    • Antoine (---.---.31.20) 4 mars 2006 03:30

      On peut très bien décider de baisser la tva de manière unilatérale, je ne vois pas en quoi cela fait question. La politesse consiste a trouver de l’unanimité européenne ce qui a été obtenu.

      L’europe a de ces contingences imbéciles qui ne sont rien face aux vrais défis.

      Et je vous interdit de pleurer smiley


    • Antoine (---.---.31.20) 4 mars 2006 02:19

      D’abord et première chose, tout en commençant et en finissant, il ne sera pas dit que la France, le pays du bien manger et du gouteux mangé puisse de quelques manière que ce soit succomber au bon goût pour une vulgaire histoire de TVA.

      De mme manière que l’on ne va pas se priver de quelques bons fromages rustiques et bien charpentés au lait cru pour faire plaisir à quelques réglements sanitaires a base de lait pasteurisé.

      S’il faut mourir, mourrons, mme avec une bactérie dans l’estomac (de toute façon, c’est pas à la cantine que je vais manger un bon fromage).

      Alors quoi ? Quel est donc cette oppression ? J’aime mettre les pieds sous la table et d’autant plus que je saurai que cela reste possible avec des artisans dont le savoir faire ne s’encombre pas de règlements mais de tradition éprouvée.

      Zut, j’avais oublié que finalement la TVA ce n’est finalement que pour les cantines. Ouf, j’ai eu peur !


      • www.jean-brice.fr (---.---.133.172) 4 mars 2006 10:08

        TOUT CELA EST LA CONSEQUENCE DE NOTRE PERTE DE SOUVERAINETE VIS A VIS UNE COMMISSION APATRIDE...


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 4 mars 2006 11:28

          Voius avez raison sur l’essentiel : la baisse de la TVA ne changerait pas grand chose. Mais j’ajouterais deux points que vous me semblez avoir oubliés :

          1) Une partie importante du chiffre d’affaire des restaurateurs provient des ticket-restaurants délivrés par les entreprises et donc en partie défiscalisés et donc payés par l’ensemble des contribuables et/ou consommateurs.

          2) Il y a une différence de TVA entre MacDO et autres Quick qui n’est pas en fait, sinon en droit, (et le droit est très souvent détourné) justifiable (concurrence faussée.

          Mais le fond de l’affaire est bien là où vous le dites : la démagogie de la « baisse des impôts » a un coût ; celui de faire croire par chaque profession que de tels cadeaux fiscaux sont de droit, c’est du reste pourquoi l’Allemagne qui se prépare à relever la TVA de 3 points a refusé cette baisse via le conseil des ministres européens : non seulement nos économies n’ont plus aucune indépendance réelle mais nos politiques fiscales non plus, ce qui en est la conséquence logique.

          Mais ceux qui le regrettent oublient que cette interdépendance européenne est une condition indispensable de survie économique et sociale. Du reste il n’ont rien à proposer de viable, sinon un soviétisme étatique dont on sait où il conduit nécessairement : le totalitarisme politique et la faillite générale.

          Démonstration est faite que le non français au TCE aboutit à une impasse...

          Les conséquences du non au référendum

          Le rasoir philosophique


          • marie (---.---.236.64) 5 mars 2006 22:18

            M.Reboul, le lobbie des restaurateurs a volontairement (et depuis plus de 10 ans) mis en avant les restos rapides type Mc Do pour dénoncer une « injustice fiscale » qui en réalité n’a rien à voir avec ces établissements (taper sur les américains, ça marche toujours, mais là c’est injustifié).

            La TVA est à 5.5% sur tout ce qui est alimentation, elle est à 19.6% lorsque le prix inclu un service (à table). Un restaurant qui a également une activité de plats à emporter a deux taux de TVA. Ceci était déjà vrai avant que les MC Do et autres établissements de ce type ne prolifèrent. Ces derniers (comme les sandwitcheries diverses et variées) se sont installés sur un nouveau créneau lié au changement de mode de vie. La concurrence porte sur des réponses différentes à un besoin unique et non pas sur le taux de TVA. Chaque « réponse » possède ses spécificités et ses règles fiscales.

            2ème point : la demande de baisse de TVA a fait suite à la baisse de TVA « obtenue » par le secteur du bâtiment. Quelques précisions sur cette baisse de TVA dans le bâtiment.

            Cette baisse d’impôt s’adresse exclusivement aux particuliers pour des travaux de rénovation réalisés dans leur résidence principale acquise depuis plus de 2 ans. Cet avantage fiscal a remplacé la déduction pour travaux que le contribuable effectuait directement sur sa déclaration d’impôt sur le revenu. Le prix des travaux (HT) n’a pas changé, le taux de TVA ayant baissé, c’est le montant payé pas le client qui a diminué. Cette mesure n’est qu’un transfert et n’a rien coûté à l’état ou aux contribuables.

            Ce que demandent les restaurateurs est d’une autre nature : ils demandent la baisse de la TVA à reverser à l’Etat étant bien entendu qu’ils n’ont pas l’intention de diminuer le prix facturé au client. La demande porte donc sur un financement public (par la baisse des rentrées fiscales) de l’augmentation des marges du secteur.

            Pourquoi la nation devrait elle se priver d’argent pour aider les restaurateurs ? N’y a-t-il pas d’autres catégories sociales plus nécessiteuses ?

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