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Le miracle de l’agneau néo-zélandais

C’est Pâques. L’agneau néo-zélandais débarque en masse dans toutes les grandes surfaces européennes à des prix défiant toute concurrence locale. Et ce, malgré un transport de quelque 20.000 kilomètres, souvent par avion. Le GIEC doit être ravi. Un texte du Collectif « Avion Rouge ».

Ça y est, les fêtes de Pâques sont à nos portes, avec leurs congés ou leurs vacances. Mais aussi et surtout avec les œufs de Pâques que les cloches de Pâques venues directement de Rome larguent dans nos jardins. Puis, au moment de passer à table, nous dégusterons l’agneau pascal... de Nouvelle-Zélande. Et ce, que nous soyons à Bruxelles, Paris, Rome ou Berlin. En effet, partout en Europe, cet agneau est actuellement proposé à des centaines de millions de consommateurs à un prix ridiculement bas, très largement inférieur à celui de l’agneau local (entendez par « local », toute provenance européenne), atteignant un record de 5,30 € le kg dans les hypermarchés français (1).

Et c’est là qu’intervient le miracle de Pâques, car on peut se demander comment il est possible qu’une telle « viande de qualité » provenant d’un lieu d’origine si lointain (18.700 km à vol d’oiseau), dont les services d’informations aux consommateurs contactés sont incapables de dire ou de vérifier si ce produit est venu par avion ou par bateau (2), se retrouve dans nos rayons européens à si bas prix.

On entend souvent que le prix (très) bon marché des denrées périssables importées d’outre-mer est en grande partie dû aux salaires de misère pratiqués dans les pays d’origine. Cela est certainement vrai, en effet, pour le Pérou, l’Egypte, l’Indonésie, le Kenya, le Sénégal ou l’Ethiopie, d’où nous importons respectivement asperges, fraises, crustacés, roses, tomates ou haricots, le plus souvent par avion, et où la pauvreté est généralisée puisque les pays cités ont au minimum un tiers de leur population vivant avec moins de deux dollars par jour. Pour certains analystes et professionnels, donc, ces importations massives qui se généralisent constituent un réel levier de développement pour ces pays du Sud. Admettons.

Mais qu’en est-il alors de l’agneau néo-zélandais ? En effet, la Nouvelle-Zélande, classée dans le top 20 mondial des pays présentant le meilleur « indice de développement humain » (3), bien installée entre l’Espagne et l’Allemagne, est loin de faire partie des pays en développement. Comment donc arrive-t-elle à exporter ces animaux à un prix si bas, en l’absence de main-d’œuvre bon marché, et en y incluant les coûts de transport sur une distance qui est de l’ordre d’un demi-tour du monde ? La question est ouverte ! Et pour nous, citoyens soucieux de ce qui tombe dans notre assiette, nous nous en remettons au miracle et, surtout, nous nous demandons si tout ceci est durable.

En effet, tout déplacement de marchandise a un coût non négligeable, aussi bien financier qu’environnemental. Bien sûr, un peu plus de cinq litres de pétrole destinés au transport aérien (4) ne pèsent pas très lourd dans la balance lorsque l’on sait que le kérosène coûte bien moins qu’un litre d’eau de Spa (5). Bien sûr, le coût du transport maritime est encore bien moins élevé (de l’ordre de 30 fois moins cher que le transport aérien). Mais il reste énorme par rapport au transport d’un agneau élevé localement.

Au moment où le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) se réunit une semaine à Bruxelles pour évaluer quelles seront les répercussions du réchauffement climatique sur nos sociétés, et que nous savons d’emblée que les pays les plus vulnérables seront les plus démunis, car incapables de s’adapter à ces modifications climatiques profondes, on peut se poser des questions.

Des questions... Nous sommes bien conscients que ces quelques paragraphes en posent, sans vraiment apporter de réponses. Mais n’est-ce pas toujours le cas lorsqu’un miracle se produit ?

Le Collectif « Avion Rouge » est un collectif de citoyens belges soucieux de l’environnement et indépendants de toute formation politique. Il se compose de Fabrice Collignon (économiste, Liège), Pierre de Wit (architecte, Liège), David Leloup (journaliste, Liège), Pierre Ozer (docteur en sciences, Liège), Dominique Perrin (docteur en environnement, Flémalle), Sonia Veckmans (géographe, Yvoir) et Martin Willems (ingénieur, Rixensart).

(1) Du 4 au 10 avril, Carrefour propose le gigot d’agneau à 5,55 € le kg en Belgique.
(2) Selon les informations obtenues auprès de Carrefour et Delhaize, il semblerait que le mode de transport utilisé pour acheminer l’agneau néo-zélandais proposé actuellement soit un mélange de voie aérienne (approximativement 24 heures) et de voie maritime (« trois bonnes semaines en container frigorifique ») qui, en fonction des opportunités, serait « sans incidence sur le prix final pour le consommateur ».
(3) Selon le Programme des Nations unies pour le développement.
(4) Il faut approximativement 5,6 litres de kérosène pour acheminer un kilogramme de marchandises en provenance de Nouvelle-Zélande.
(5) Le prix ridiculement bas du kérosène explique en grande partie pourquoi le transport de marchandises par voie aérienne est passé, de 1960 à 2006, de 2 à 150 milliards de tonnes-kilomètres transportées, soit une multiplication par 75 !


Les réactions les plus appréciées

  • Kim Clijsters (---.---.---.171) 10 avril 2007 18:40

    Ca n’a rien à voir avec le patriotisme, Garbun, mais avec l’écologie. Importer de l’agneau en avion sur 20.000 km produit des quantités astronomiques de CO2. Pour lutter contre le réchauffement climatique, il convient de manger local le plus possible. Et beaucoup moins de viande (y compris nationale !).

  • Kim Clijsters (---.---.---.171) 10 avril 2007 15:59

    Bah, c’est plutôt de l’antipub pour Carrefour qui privilégie les éleveurs néozélandais aux français, non ?

    Cela dit, excellent papier. Qu’attendent nos journalistes pour enquêter sur cette filière ?

  • Mathias (---.---.---.175) 10 avril 2007 15:50

    Merci de poser ce problème de consommation mondialisée sur le dos du climat (transport par avion).

    A quoi cela sert-il d’éteindre les lumières lorsqu’on sort d’une pièce, ou de fermer le robinet lors du lavage des dents pour « protéger la planète », alors que dans le même temps le français « traditionnel » (celui qui mange de la viande tout les jours parce que c’est normal) va servir à table de l’agneau néo-zélandais ?

    Le commerce mondialisé dans son ensemble pose maintenant problème au climat mais aussi à l’activité nationale tout court.

    De même, poser la question d’une baisse de la consommation de la viande en France est inconcevable... alors qu’à l’échelle de la planète c’est simplement une nécessité. Pour le poisson c’est idem. La production de viande pose les mêmes problèmes éthiques et climatiques que la production de bio-carburant... faut il nourrir les autos ou les humains, faut il nourrir seulement les riches (et leur indispensable viande) ou l’humanité entière (en orientant la production végétale vers les humains plutôt que vers les bêtes à viande) ?

    Mais les questions des pays riches (nous on pense à nous) ne sont pas celles des pays pauvres (qui pensent souvent à survivre).

    Nous pouvons donc passer à table avec de l’agneau volant puis reprendre la route avec du maïs Mexicain de le réservoir. Il y a des enjeux pourtant bien concret qui simplement n’existent pas encore à l’état même d’idée pour le plus grand nombre.

    Bon appétit :)

  • Rocla (---.---.---.187) 10 avril 2007 12:24

    Ce qui serait définitivement intéressant , serait de connaitre la réalité des tenants et aboutissants de la grande distribtion , les prix qu’ils imposent aux fournisseurs , les marges arrières , le poids inégal du rapport de force .Il y a de moins en moins de boucheries de détail , c ’est pourtant une profession qui a été entièrement phagocytée par les grandes surfaces . Le seul but de la grande distribution c’ est de faire du fric .Le but d’ un artisan , c ’est de s’ épanouir dans son métier . Il le fait par amour de son art . C ’est la différence entre aimer et compter .

    Rocla


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30 réactions à cet article

  • LE CHAT (---.---.---.49) 10 avril 2007 11:30
    LE CHAT

    j’en ai eu à 4,49 le kilo à leader price ! si l’on peut légitimemment s’interroger sur de tel prix , au moins cela permet aux moins fortunés de pouvoir varier leur alimentation , car pour eux le mouton français , même pas en rêve ! idem quand il s’agit de choisir entre les gariguettes et les fraises espagnoles ....

    • Avatar (---.---.---.130) 10 avril 2007 15:46

      Tiens, encore de l’infopub dans l’Agora ...

      Pas pour Google cette fois mais pour Carrouf (regardez bien les photos) !!!

      Tu prends combien Carlo pour toutes ces pubs indirectes ???

       smiley

    • Kim Clijsters (---.---.---.171) 10 avril 2007 15:59

      Bah, c’est plutôt de l’antipub pour Carrefour qui privilégie les éleveurs néozélandais aux français, non ?

      Cela dit, excellent papier. Qu’attendent nos journalistes pour enquêter sur cette filière ?

    • Garbun (---.---.---.148) 10 avril 2007 18:34

      On se croirait en temps de guerre... Alors comme ça il faut privilégier notre pays ?

      « Le patriotisme est un sentiment artificiel et déraisonnable, source funeste de la plupart des maux qui désolent l’humanité. » Tolstoï

    • Kim Clijsters (---.---.---.171) 10 avril 2007 18:40

      Ca n’a rien à voir avec le patriotisme, Garbun, mais avec l’écologie. Importer de l’agneau en avion sur 20.000 km produit des quantités astronomiques de CO2. Pour lutter contre le réchauffement climatique, il convient de manger local le plus possible. Et beaucoup moins de viande (y compris nationale !).

    • Garbun (---.---.---.148) 10 avril 2007 18:46

      Dans ce cas je suis d’accord.

  • Bernard Dugué (---.---.---.77) 10 avril 2007 11:50
    Bernard Dugué

    Bonjour,

    Le seul agneau que j’apprécie, c’est celui qu’on trouve à Nice ou dans les Alpes du Sud, il a une saveur et une texture spéciale. Il y a un boucher magrébin rue Dante à Nice qui le vend à un prix raisonnable, 10 ou 12 le kilo je crois

    • Marie Pierre (---.---.---.67) 10 avril 2007 12:11

      C’est peut être du broutard et pas de l’agneau de lait ?

    • marmotte (---.---.---.242) 11 avril 2007 10:43

      Bonjour,

      j’avais cru entendre - mais vraiment je peux me tromper, c est peut etre une rumeur - que justement dans les alpes du sud, on trouvait de l’ovin qui paturait sur vos beaux alpages pour etre estampillé comme bétail local alors que son origine n’a rien de locale (importation de bêtes de différents pays). C’est une fable ?

  • Rocla (---.---.---.187) 10 avril 2007 12:24

    Ce qui serait définitivement intéressant , serait de connaitre la réalité des tenants et aboutissants de la grande distribtion , les prix qu’ils imposent aux fournisseurs , les marges arrières , le poids inégal du rapport de force .Il y a de moins en moins de boucheries de détail , c ’est pourtant une profession qui a été entièrement phagocytée par les grandes surfaces . Le seul but de la grande distribution c’ est de faire du fric .Le but d’ un artisan , c ’est de s’ épanouir dans son métier . Il le fait par amour de son art . C ’est la différence entre aimer et compter .

    Rocla

  • Unknown (---.---.---.82) 10 avril 2007 12:40

    La carcasse de porc= +-10E

    Le Kilo de porc= un peu plus de 10cc d’E

    Le tout sortant de chez l’eleveur.

    Le kilo en super-marché= 5-8 E.

    Avec des fournisseur moins gourmand et moins malhonnêtes Il n’y a rien de surprenant à trouver des prix pareils.

    Tout est bon dans l’cochon

    • adrien (---.---.---.14) 10 avril 2007 13:53

      Du fait du déséquilibre entre producteur et distributeur, il faut réorganiser les fillières productrices pour pouvoir peser dans les négociations de prix.

      Jamais les distributeurs ne s’imposeront un code moral par rapport à la maximisation de leur profit. Là où la loi du marché est reine, il faut justement la mettre de son côté sans utopisme.

  • Vincent (---.---.---.252) 10 avril 2007 14:26

    J’avais peut-être une autre explication par rapport au prix de l’agneau Néo-Zélandais. Cela remonterait au milieu des années 80.

    Il me semble que les Français ont été reconnus coupable d’avoir coulé un bateau arc-en-ciel dans les eaux Néo-Zélandaises et qu’à la suite de cette affaire, Français et Néo-Zélandais auraient conclus quelques accords commerciaux en faveur de l’exportation de ces fameux agneaux, accord pour une durée d’une vingtaine d’année si mes souvenirs sont bons.

    Il me semble que cet accord aurait été signé au début des années 90.

    Alors pour ce qui est des prix pratiqués en France cela pourrait s’expliquer de cette façon, et nous sommes en mesure de penser qu’à l’époque la France étant influente au niveau Européen aurait pu faire passer un accord pour l’ensemble des pays adhérents.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_Rainbow_Warrior

    lire l’épilogue dernière phrase.

  • solezen (---.---.---.4) 10 avril 2007 15:11

    Les Néo-Zélandais élèvent les moutons pour la laine, la viande est pour eux ce qu’on appelle un sous-produit : ils ne savent pas comment s’en débarasser.

    Alors qu’en France c’est le contraire, nous élevons les moutons pour la viande, et c’est la laine qui constitue un sous-produit dont on a beaucoup de mal à se débarasser, payée trois francs six sous.

    • septquiprend (---.---.---.143) 10 avril 2007 16:15

      Sous produit je ne sais pas, sous qualité c’est sûr, la viande n’est pas comparable avec celle de l’agneau d’origine française : à proscrire absolument.

  • Darkfox (---.---.---.125) 10 avril 2007 15:40

    mmhh je pense que les subventions peuvent y etre pour quelques choses... non ?

  • Mathias (---.---.---.175) 10 avril 2007 15:50

    Merci de poser ce problème de consommation mondialisée sur le dos du climat (transport par avion).

    A quoi cela sert-il d’éteindre les lumières lorsqu’on sort d’une pièce, ou de fermer le robinet lors du lavage des dents pour « protéger la planète », alors que dans le même temps le français « traditionnel » (celui qui mange de la viande tout les jours parce que c’est normal) va servir à table de l’agneau néo-zélandais ?

    Le commerce mondialisé dans son ensemble pose maintenant problème au climat mais aussi à l’activité nationale tout court.

    De même, poser la question d’une baisse de la consommation de la viande en France est inconcevable... alors qu’à l’échelle de la planète c’est simplement une nécessité. Pour le poisson c’est idem. La production de viande pose les mêmes problèmes éthiques et climatiques que la production de bio-carburant... faut il nourrir les autos ou les humains, faut il nourrir seulement les riches (et leur indispensable viande) ou l’humanité entière (en orientant la production végétale vers les humains plutôt que vers les bêtes à viande) ?

    Mais les questions des pays riches (nous on pense à nous) ne sont pas celles des pays pauvres (qui pensent souvent à survivre).

    Nous pouvons donc passer à table avec de l’agneau volant puis reprendre la route avec du maïs Mexicain de le réservoir. Il y a des enjeux pourtant bien concret qui simplement n’existent pas encore à l’état même d’idée pour le plus grand nombre.

    Bon appétit :)

  • troll (---.---.---.129) 10 avril 2007 16:02

    et bien moi mon mouton je l’achete ici : c’est de la qualite, tracable avec un elevage intelligent : L’agneau des Pyrenees

  • (---.---.---.4) 10 avril 2007 16:47

    le mouton est sur ma liste de ’vache sacrée’ comme le cheval , le lapin et pas mal d’animaux montés en grade . mais j’ai fait la même constatation avec des moules geantes de nlle Zeland a des prix moins cher qu’une cruche de kerosène par kg . comment font ils ?? ca m’intrigue

  • Rdlm (---.---.---.107) 10 avril 2007 19:17

    Bah, c’est plutôt de l’antipub pour Carrefour qui privilégie les éleveurs néozélandais aux français, non ?

    Mettez un agneau kiwi et un français côte à côte chez carouf, le consomateur qui regarde à la dépense choisira le kiwi... Carouf est juste un bouc (agneau ?) émissaire...

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