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Accueil du site > Actualités > Economie > Le monde s’en va-t-en guerre (ne sait quand reviendra)

Le monde s’en va-t-en guerre (ne sait quand reviendra)

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Ce qui est marquant dans l’excellent livre de Philippe Dessertine ce n’est pas l’analyse brillante, lucide et libre qu’il nous propose mais beaucoup plus les conclusions auxquelles il arrive vers la fin du livre ainsi que le ton du livre beaucoup plus direct et moins "diplomate" que les interventions que l’on peut voir de lui (cf vidéos france Info par exemple). C’est pour cela qu’il faut lire ce livre ainsi que son précédent aussi : "Ceci n’est pas une crise, juste la fin d’un monde"

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Mais qui est Philippe Dessertine ? On apprend sur wikipédia que Philippe Dessertine est dans "l’establishment", directeur de l’Institut des Hautes Finances et membre de la commission sur le grand emprunt Rocard/Juppé.

Au delà de ces quelques infos de wikipédia voici une vidéo de lui qui présente le livre... mais qui ne met pas du tout en avant son coté subversif et révolutionnaire :

Urgences, évolutions de fond :

  1. stopper la spirale de la dette venant des US
  2. imposer plus de transparence à la Chine
  3. se plonger dans le numérique

Voici quelques passages détonants je trouve au delà des banalités traditionnelles et qui amènent beaucoup de questions :

A propos de la mondialisation :

" La mondialisation est l’élévation concrète, pièce par pièce, du niveau de vie des populations occidentales dans leur totalité. Cette vérité peut être assénée de la sorte : la totalité des peuples dominants a profité de l’exploitation des esclaves de ces pays émergents présentés aujourd’hui comme une menace diffuse - soyons positifs : des esclaves affranchis. La mondialisation a débuté dès la fin des colonies, avec la perspective d’une libération progressive. Mais le plus tard possible. Il se trouve que le terme est arrivé."

"L’illusion doit être dissipée. La mondialisation est le redécoupage d’un gâteau, un peu plus grand, mais pas beaucoup. En clair, une telle approche suppose le transfert d’une zone à l’autre. Pour que les pauvres deviennent plus riches, il faut que les riches (nous) deviennent (un peu) plus pauvres."

"Oui les usines sont créées dans des zones de très, très haute pauvreté. Voilà la vérité. Et les gens démunis qui seront embauchés seront payés à des salaires ridicules, mais à l’arrivée, ils seront un tout petit peu plus riches qu’auparavant. Et ce tout petit peu signifie beaucoup les concernant, figurez-vous."

A propos du capitalisme, de la confiance, de la démocratie :

"Au fond, ce que redoute par dessus tout le financeur, c’est la surprise. Même bonne, car elle est symétrique de l’autre situation, la mauvaise nouvelle imprévue, ou du moins non annoncée. Nous avons gagné plus qu’attendu, vous allez être content ! Pourquoi devrais-je être content ? Vous même ne l’aviez pas anticipé ? "
"La vérification est continuelle, le flux d’informations ne doit pas se ralentir, les données sont échangées aussi souvent que nécessaire, en privilégiant d’abord celles qui pourraient influencer les profits futurs, donc la valeur finale de l’investissement. Plus les informations sont précises, continues, fréquentes, plus les hypothèses peuvent être sans cesse comparées, revérifiées, affinées. Ainsi s’instaure la confiance. Il est passionnant de constater combien la logique d’économie de marché est l’alliance d’une expression réductrice des rapports humains : la rentabilité, le gain espéré, froid, basique ; en contrepoint d’un ingrédient majeur, inconstant, évanescent, parfois très irrationnel d’apparence : la confiance."
" Oui le capitalisme a une parenté, parfois incestueuse, avec la démocratie, avec la liberté, en particulier avec la liberté d’informer. Pour autant ne nous laissons pas bercer par une illusion candide, mot d’ailleurs abhorré par tout businessman digne de ce nom. Les acteurs principaux n’ont pas pour mission de défendre le système en général. Il est souvent étrange de juxtaposer des termes ayant si peu de capillarité : "entreprise citoyenne", "capitalisme moral".

"il ne s’agit pas d’introduire de la générosité ou l’altruisme dans un univers qui est incapable d’intégrer pareille dimension dans son raisonnement."
Cette anecdote pour illustrer :

"Les conseillers de Roosevelt, effrayés de la réputation désastreuse de Kennedy, suggérèrent que le choix (d’un patron de la Securities & Exchange Commission - SEC) n’était pas pertinent. Roosevelt leur répondit : pour encadrer ce monde de pourris, j’ai pris le meilleur d’entre eux."

"La synthèse impossible consisterait à unir capitalisme et humanisme. Mais il s’agit là d’une utopie pas même souhaitable. Le mariage de la carpe et du lapin ne rendrait heureux ni l’une ni l’autre. L’illusion d’une morale partagée par tous, dans le monde des affaires, relève d’un idéalisme naïf."

A propos de la finance et de ses errements :

Quand l’argent est trop abondant en regard des projets, y compris dans une période de forte croissance, il finit par produire des opérations intrinsèques. On pratique des LBO en cascade, parce que les institutions n’aspirent qu’à prêter encore plus, afin d’augmenter le rendement de l’épargne qui leur est confiée. Le diagnostic est sans appel. La finance devient l’inverse de ce qu’elle devrait être : elle pompe le profit général provenant d’une création de richesse réelle, elle le maintient à l’intérieur de ses propres mécanismes, elle l’empêche de se rediriger vers l’activité et surtout vers les investissements internationaux. La finance ne peut compenser par sa logique les aberrations du système. Pire, elle aura tendance à les amplifier, à en ramifier les conséquences. Trop d’argent dans les rouages crée trop de bénéfices pour la finance. La réglementation des rémunérations n’a pas grand sens. Le seul point d’entrée est de limiter l’afflux de fonds."

Au sujet de la transparence :

"La recherche de la transparence a pour enjeu la paix. La non-transparence peut nous entraîner à la guerre, comme elle l’a fait dans les années 30."
"Le premier des acteurs devant se soumettre au principe de la transparence est bien le sommet du système : L’état"

Enfin et surtout un sujet tabou : "la décroissance"

"...nous prenons conscience de l’impasse de notre logique, qui deviendrait un terrible frein si toute la population humaine devait adopter notre mode de vie."
"Les américains sont contents, ils dévorent toujours plus, et s’ils s’arrêtent, s’il leur prend la sotte idée d’épargner, toute la planète commence à tousser. Poussons jusqu’à l’absurde : il faudrait que les riches cessent de travailler parce que le travail est une perte de temps en matière de consommation. Quand on travaille on ne dépense pas. Quel dommage ! On ne propose pas assez de débouchés au peuple des esclaves, en bas, dans la soute, qui vit mieux quand nous mangeons davatage. La mondialisation comme on la rêverait, celle que défendent dans un bel ensemble syndicats, patrons et politiques des pays développés : plus nous deviendront riches, plus nous aideront les pays pauvres, plus ils s’enrichiront."
"La toute première impasse provient de notre beau style de vie à l’occidentale. Paradis à toutes les heures et absurdité presque infinie : concentration des populations dans des cités gigantesques, transports incessants des masses laborieuses, engorgement quotidien de toutes les périphéries urbaines...utilisation de techniques intensives, chimiques ou mécaniques, maniées par quelques minoritaires..."

Il s’agit, ni plus ni moins, de toucher au dogme et de se mettre autour de la table et de ne pas s’écarter de cette idée : arrêter la croissance, fonctionner en marche arrière pendant un certain temps, regarder quelles en seraient les conséquences, ne pas les repousser, mais voir comment les gérer, au mieux.

"PROFITONS de l’urgence écologique, entendue par la population, profitons-en pour inventer le nouveau modèle, celui qui permettrait d’anticiper le déclin irrémédiable de la domination de l’Occident. Pensons à la vraie réduction du PIB, à une croissance négative durable, mais gérée, pour qu’en découle un autre modèle, plus extensible, plus universel, que pourraient s’approprier les générations futures de la planète entière."

Il y a beaucoup d’autres passages très forts dans ce livre brûlot .... alors n’attendez pas lisez le, faites vous votre opinion et tirez en les conséquences ...

Marc Tirel. Mon blog : http://connecteur.blogspirit.com/


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3 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 14 juin 2010 12:55

    Quote
    "il ne s’agit pas d’introduire de la générosité ou l’altruisme dans un univers qui est incapable d’intégrer pareille dimension dans son raisonnement.« 
     »La synthèse impossible consisterait à unir capitalisme et humanisme. Mais il s’agit là d’une utopie pas même souhaitable.
    Unquote

    A-t-on le droit d’être en désaccord avec Philippe Dessertine ?

    Il convient de cesser de considérer le Capitalisme comme LE mal absolu et de le faire évoluer vers un Capitalisme Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable grâce à l’instauration d’une Allocation Universelle transitoire suivie de la génération d’un Dividende Universel permanent et évolutif, « fonds de pension national » solidairement et collectivement géré par une structure spécifique, indépendante de l’État et représentative des citoyens-électeurs-contribuables.
    (cf. Mémoires présidentiels : 2012 - 2022)

    Bis repetita placent...
    La liberté d’expression permet aux « anti-capitalistes » et aux « anti fonds de pension », et cætera, de répéter inlassablement leurs mêmes antiennes rétrogrades, affirmations indémontrées et non étayées par des observations tangibles.
    Donc, n’en déplaise à beaucoup, la même liberté d’expression m’autorise également à répéter tout aussi inlassablement mes propres propositions progressistes.

    Un nanti capitaliste.


    • Marc Tirel Marc Tirel 14 juin 2010 14:21

      Bien sur que l’on a le droit d’être en désaccord !
      En fait il me semble que bien des mots ne sont dors et déjà plus du tout adaptés à ce que nous commençons à vivre ... le mot capitalisme en particulier.
      Merci pour les éléments concernant l’allocation/dividende universel qui semble une voie intéressante à explorer et à mettre en oeuvre.
      Pour ma part je me consacre plus à la question des monnaies dites « complémentaires » et « libres » qui sont en train d’émerger de part le monde.


      • raissa 16 juin 2010 10:32

        l’humain a inventé le capitalisme et l’exploitation
        Ce comportement , cette soif de pouvoir et de domination n’est qu’une transcription de nos instincts les plus primaires . (dominant-dominé) et c’est l’argent dans ce cas qui procure la force.
        Nous sommes des animaux. tout est là.

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