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Accueil du site > Actualités > Economie > Le mutualisme bancaire : vers un nouveau modèle bancaire ?

Le mutualisme bancaire : vers un nouveau modèle bancaire ?

Depuis la récente crise financière, les attentes des clients et des actionnaires des banques (stakeholders) ont bel et bien changé : en effet, le modèle « rendement conséquence du risque pris » a montré ses limites et les petits épargnants ainsi que les investisseurs institutionnels vont se focaliser davantage sur la sauvegarde de leur épargne que sur sa croissance. Ces raisons poussent à envisager un nouveau modèle bancaire qui reposerait sur la confiance et la capacité des épargnants et des investisseurs à orienter les crédits vers des projets d’investissement industriel rentables qui justifierait un retour au mutualisme bancaire. Dans ce modèle, les banques mutualistes ou coopératives sont des banques possédées par des sociétaires qui sont la plupart du temps ses clients. C’est un régime qui provient de l’esprit coopératif initié notamment par le milieu agricole, que l’on oppose aux banques commerciales dont le capital est détenu par des actionnaires et cotées en bourse. Citons sans les énumérer les principaux axes de développement justifiant le mutualisme bancaire. 

Peur, confiance et mondialisation : Les gens ont malgré tout peur de la mondialisation : ainsi, nous sommes non seulement submergés par des produits étrangers mais aussi par des capitaux étrangers. In extenso, cette liquidité des capitaux fait qu’ils peuvent craindre que leur banquier aille perdre leur argent à l’étranger, ce qui est un risque pour toute banque opérant sur plusieurs pays. Ici, il semblerait que le mutualisme bancaire de par sa tradition locale soit plus adapté aux attentes de régionalisation des citoyens clients…

Car si nos concitoyens (nous) veulent très souvent le beurre et l’argent du beurre ou plutôt la richesse et la bonne conscience, personne ne souhaite bien évidemment apprendre que son épargne investie dans un OPCVM est responsable de la saisie d’une maison en Californie ! Ceci plaide à nouveau pour un modèle bancaire à partir duquel les clients peuvent orienter les investissements dans des choix de proximité et réconcilie la banque avec le développement durable. De plus ceci conforte assez bien l’esprit régionaliste assez souvent cité dans les attentes des clients : une institution financière disposant d’un puissant dispositif de distribution peut l’utiliser pour créer et maintenir une base de données riche en informations sur ses PME locales. D’un autre coté, les épargnants préfèrent voir que leur argent est investi dans des projets régionaux (leur région) qu’ailleurs… 

Conclusion : Si les marchés financiers sont actuellement mal perçus dans une atmosphère de cassage de banquiers, comment convaincre les clients d’épargner ? Il faut proposer un nouveau modèle de proximité : des banques locales et des produits d’investissement fondés sur des tissus locaux d’activité via le développement durable. En effet, « votre épargne aide à maintenir l’emploi autour de vous » ! Il faut également envisager la création d’entreprises innovantes permettant de bénéficier d’aide à l’investissement en PME et dans les technologies nouvelles et la R&D. L’idée principale c’est qu’une banque mutualiste, au lieu d’appartenir à des Rockefeller en haut de forme avec cigare, est détenue par ses membres…Les produits & services financiers (collectivités locales, high tech, prêts étudiants, hypothèques…) doivent garder une dimension locale et fonctionner en mode de déploiement de type franchise pour développer les économies d’échelle, mais garder cette dimension quasi tangible pour le public, la région, ce qui rassure. C’est moins rentable que d’investir dans l’immobilier à Vegas, mais cela permettra de maintenir le caractère éthique de la finance. L’essentiel reposera alors sur la capacité à faire vivre la démocratie mutualiste participative sans qu’elle ne soit confisquée par « les initiés » où les experts, mais aussi en promouvant le service universel bancaire, en renforçant le contrôle de certains produits financiers, produits qui pendant très longtemps ont poussé les gestionnaires à exiger des ROE de 15 à 20%. Infine, le système de retraite par capitalisation en bénéficiera.

Pascal de Lima, économiste en chef au sein d’Altran Financial Services et enseignant à Sciences-po


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11 réactions à cet article    


  • King Al Batar Albatar 9 janvier 2010 11:42

    @ l’auteur,

    Bonjour,


    Votre article est très interessant,

    L’idée que vous mettez en avant est difficlement réalisable, mais elle repondrait d’avantage aux attentes de nos concitoyens en matière d’utilisation de leur fonds.

    Pour aller dans votre sens mais avec une utilisation différente, je vous joint un article que j’ai rédigé qui presente un nouveau mode d’utilisation de son argent. Pour l’instant celui ci n’est pas rémunéré mais il a tendance à se develloper.

    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/joindre-la-finance-a-l-humanitaire-64585

    Cordialement.


    • Manu Manu 9 janvier 2010 12:57

      Comme toujours, entre théorie et pratique, il y a un gouffre : faut-il rappeler que Natixis est le fruit du rapprochement de 2 groupes coopératifs !


      • jmv59 9 janvier 2010 13:48

        Entièrement d’accord avec l’idée de l’auteur et avec la remarque de Manu. Les banques populaires par exemple avaient été inventées par nos grand-pères pour répondre à cette problématique. On sait ce qu’elles sont devenues face aux chants des sirènes financières et qu’elles ont plongé avec allégresse dans Natixis.

        Dans une perspective voisine, la Nef (société d’économie solidaire) est en train de créer avec des proches italiens et espagnols une Banque Ethique Européenne. Souhaitons lui bon vent et qu’elle tienne le cap !


        • beuhrète 2 9 janvier 2010 17:16

          Comme cet exemple ?

          La responsable de l’AFM (Association française contre les myopathies) a fait cette révélation : France Télévision, censément partenaire du Téléthon, facture 1.500.000 € les 30h d’émission. Voilà où passe une partie des dons !

          Et combien touchent les vedettes qui se produisent sur le plateau ?

          Sources : Yves Daoudal et Le Républicain Lorrain via Le Salon Beige

          Ou celui ci et beaucoup d’autres ils n’ont de mutuel que « leur enseigne »


          http://www.relatio-europe.eu/journal/societe/5133-credit-mutuel-cic-parmi-les-qvictimesq-lescroquerie-madoff-90-millions-d


          • plancherDesVaches 9 janvier 2010 20:19

            « le caractère éthique de la finance »... vaut mieux lire ça que d’être aveugle.
            Associé aux mots durable et convaincre, ne manquait plus que systémique pour faire bonne mesure.

            Mais cette géniale va faire apparaître un modèle qui va vous déplaire...
            Les banques associatives. Dans lesquelles chaque déposant élira les responsables et sur lesquelles vous n’aurez aucune emprise financière.
            Comme au Brésil actuellement.
            (et comme les Chinois font couramment en France actuellement)

            Roulés, les capitalistes. Vous êtes allé trop loin.


            • plancherDesVaches 9 janvier 2010 20:20

              « géniale crise... » pardon, à cette heure, je bouffe mes mots.


            • zelectron zelectron 9 janvier 2010 21:37

              « sans qu’elle ne soit confisquée par « les initiés » où les experts » la conclusion est là, c’est vous qui le dites.


              • Christian Delarue Christian Delarue 10 janvier 2010 00:26

                Les mutuelles sont perverties pas la logique de rentabilité et de profit.

                Il est utile d’aller vers un pôle public bancaire et financier en nationalisant quelques banques commerciales privatisées. Ensuite instaurer des instances de contrôle des personnels et des usagers.


                • zelectron zelectron 10 janvier 2010 10:36

                  Tout le monde l’a bien compris : qu’importe le système, c’est le contrôle et la sanction qui sont et de loin les plus importants. Le tout est, à partir de la question posée, de trouver le/les moyen(s) de contrôler et de récompenser/punir : je vous souhaite de ne pas trop avoir mal aux neurones.


                  • olivier 10 janvier 2010 17:44

                    Bonsoir,

                    Nous étions des banquiers privés de l’UBS à Paris et nous avons decidé de rompre avec les usages de la profession en créant une societé de gestion de portefeuille pour les clients privés et institutionnels.
                    En lisant votre article, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas loin de cette bonne evolution en ayant crée un etablissement financier en pleine crise financiere et en restituant tous les frais cachés à nos clients. Enfin, la priorité est mise sur la simplicité et l’innovation pour faire de la « banque » au mieux des intérets de nos clients et en appliquant des standard de transparence particulièrement élevés. L’idée, changer les habitudes avec le banquier qui gere votre epargne. En janvier, nous avons même decidé de verser un bonus à tous nos clients et non pas à nos traders. La Nouvelle Finance ? www.lanouvellefinance.com


                    • zelectron zelectron 10 janvier 2010 18:29

                      A l’instar de certaines banques allemandes ?

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