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Accueil du site > Actualités > Economie > Le petit business de l’orientation scolaire et professionnelle

Le petit business de l’orientation scolaire et professionnelle

A l’heure où s’affrontent les grands illusionnistes des cours particuliers, un nouveau business s’est développé sur le terreau de misère où s’ébroue le système d’orientation scolaire français.

Englué dans ses débats pontifiants et ses querelles de chapelle, l’orientation scolaire est aujourd’hui une discipline quasi moribonde.

Les experts succèdent aux experts, les rapports succèdent aux rapports, les délégués interministériels succèdent aux délégués interministériels, et rien n’y fait, malgré les constats quasi unanimes quant à l’importance de l’orientation dans la réussite professionnelle et l’épanouissement personnel de chacun.

Des parents aux abois, effrayés à l’idée de laisser leur progéniture s’engager dans une voie sans issue, n’hésitent plus à casser la tirelire, jusqu’aux plus modestes.

C’est dire l’importance que revêt le choix d’une bonne école, d’une bonne filière débouchant sur le bon job, celui qui rassure les parents.

Dans un tel contexte amplifié par la crise, les officines de conseil en orientation scolaire et professionnelle s’épanouissent sur ce terreau fertile, tels des champignons aux vertus parfois hallucinogènes.

L’orientation est un thème à la mode qui séduit même les banques et les assureurs. Pour quelques euros de plus, un conseiller répondra à vos questions téléphoniques, une boule de cristal posée au centre de son pupitre chatouillant l’annuaire du CIDJ.

Au côté des vieux routiers comme l’ODIEP, se sont installés au fil du temps de redoutables officines, tels Acadomia ou Keepschool, qui ont pris le train en marche, sans trop savoir d’ailleurs où il va.

Plus sourcilleux encore sur le chiffre d’affaires, on trouve les cabinets privés, plus ou moins huppés, et néanmoins adeptes des beaux quartiers, qui n’hésitent pas à ratisser large en offrant conseil de carrière aux élites - des futurs clients sans doute - bilans de compétences, conseil en évolution de carrière, aux salariés des grandes entreprises. Certains sont audités par des organismes comme le FONGECIF, un réel gage de sérieux, d’autres non, mais qui affichent un label Afnor ou Iso 9001, qui ne sont garant que d’une saine gestion, tout au moins ou tout au plus...

Moins discrets et autrement plus remuants que les premiers, il y a les coachs qui travaillent le plus souvent en solo, chez eux ou au domicile du client, avec des méthodes pour le moins folkloriques, qui puisent au gré de l’inspiration dans l’ésotérisme, la P.N.L ou le Southern Comfort.

Pour l’immense majorité des lycéens imperméables à cette agitation, ou sans le sou, il reste toujours la solution du C.D.I (centre de documentation et d’information) du bahut.

Ah ! le C.D.I avec ses armoires pleines de brochures et qu’on ne sait par lequel bout prendre. Le conseiller, quand il est là et pas trop débordé, peut aussi bien débloquer votre situation que vous assener ses péremptoires fatwas, de celles qui vous font rentrer le menton dans la gorge et ravaler vos espérances de douces études et d’un futur radieux.

Du coup, internet apparaît tel le radeau de la méduse. On y trouve de tout, des fiches métier, des vidéos métiers (plus de 700 répertoriées), des prestations de service, un univers luxuriant où le gratuit côtoie aussi le payant.

Pour ces derniers, les prestations vont de 40 euros à 475 euros pour les services les plus onéreux. Question contenu, cela va du simple quiz aux tests de personnalité, en passant par l’entretien téléphonique jusqu’aux quatre séances, menées par un C.O.P (un conseiller d’orientation scolaire) adepte des ménages ou le plus souvent, par un étudiant désargenté vite mis au diapason et lesté de quelques rudiments d’orientation.

A l’instar du business des cours particuliers, force est de constater que l’action commerciale a, là aussi, rapidement pris le pas sur les démarches techniciennes.

Pire, certaines officines tentent de justifier leurs mini prix en réduisant l’orientation à une batterie de tests ou d’un quiz en ligne, suivi d’un entretien téléphonique mené au pas de charge par des commerciaux purs et durs, prêts à vous pousser dans les bras de l’une de ces écoles privées qui se font volontiers annonceurs sur le web.

A ce prix, résolument modique, il s’agit moins de s’embarquer dans une prestation lourde et complexe, forcément coûteuse, mais bien d’attirer dans les filets de l’agence une clientèle argentée et déboussolée, pas très regardante et bien en peine de juger de la pertinence du service rendu.

Une clientèle qui parfois se laissera séduire par le bagout d’un sémillant commercial, lors d’un ultime round sur le salon de l’Etudiant.

Car, c’est un fait, avec ce couperet qui attend chaque lycéen au milieu de la classe de terminale - année de tous les dangers - avoir un projet argumenté, documenté et valide est aussi rare que l’eau dans le désert.

Et dans ce désert là, il convient avant tout de veiller à bien sélectionner son porteur d’eau....


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9 réactions à cet article    


  • Alexandre 23 janvier 2009 11:35

     COP est l’acronyme de Conseiller d’Orientation Psychologue, et non scolaire....
    Connaissez-vous l’existence des CIO : Centre d’Information et d’Orientation, où travaillent egalement les COP.

    L’orientation à l’esbrouffe est effectivement un marché juteux, car contrairement aux COP ils fontionnent par fatwas.


    • Yohan Yohan 23 janvier 2009 12:10

      Oui bien sûr, je connais. Volontairement, je n’ai pas développé le sigle COP et préféré parler d’orientation scolaire plutôt que professionnelle ? car c’est de cela qu’il s’agit véritablement. De plus, il y a les COPsy (Conseiller d’orientation psychologue), eux mêmes à la peine


    • Alexandre 23 janvier 2009 14:49

       @ l’auteur
       Conseiller d’orientation scolaire et professionnelle -COSP- était le premier nom de la profession, le sigle, à l’usage, est devenu CO.
       Lorsque la licence de psychologie ( suivie de deux années de formation en psychologie de l’adolescent, connaissance du système éducatif et économie et connaissance des secteurs professionnels) est devenue obligatoire pour exercer la profession, l’acronyme est devenu COP ou COPsy.
       La connaissance du "monde professionnel" est au moins aussi bonne chez les COP que dans les officines privées.


      • Yohan Yohan 23 janvier 2009 15:31

        On trouve des gens compétents partout, et heureusement chez les COP mais, on trouve des médiocres là aussi, malheureusement. Le problème est qu’en tirant les prix vers le bas, comme avec le Pôle emploi ou les sites de conseil en ligne, on discrédite la profession et on va lentement vers un appauvrissement qualitatif.
        Tous les gens sérieux le savent et le clament haut et fort : l’orientation est un travail de continuité qui nécessite du temps et des heures d’accompagnement
        Est-on prêt à en payer le juste prix ? Pas sûr d’après ce qu’on voit ces derniers temps.

        Et pourtant, une orientation réussie coûte finalement moins cher au contribuable qu’une orientation bâclée.
        Il suffit de voir le nombre de jeunes étudiants du supérieur en échec (50%) ou la masse de jeunes ayant été orientés vers un BEP par défaut qui abandonnent et qui n’exerceront jamais le métier pour lequel on les a formé. Et je ne parle pas des chômeurs qui restent en carafe faute de perspectives professionnelles et qu’on verse dans des stages bidon.
        Calculons les heures de cours données pour rien et on s’apercevra qu’il y a un gisement d’économie à faire en mettant les moyens et les conseillers bien formés au bon endroit. Idéalement, il est souhaitable d’éduquer en orientation dès la classe de 6ème et ce jusqu’à l’heure du choix. Par ailleurs, il n’y a pas incompatibilité à ce que des professionnels viennent informer sur leurs métiers et les perspectives d’embauche dans les écoles, au côté d’un travail d’orientation basé sur les aptitudes, les motivations, les intérêts et les potentialités et la connaissance des métiers, travail qui ne sera jamais une science exacte.
         


      • Alexandre 23 janvier 2009 16:38

         D’accord avec vous, sauf sur le taux d’échec en première année de licence qui n’est pas aussi catastrophique que les chiffres bruts le laissent supposer : Si on prend en compte le redoublement il est nettement inférieur et certaines inscriptions à l’université correspondent à des stratégies d’attente pour repréparer des concours ou des formations niveau bac, et elle reste une orientation par défaut pour ceux qui n’ont pas obtenu de place dans les filières sélectives de leur choix.
         En outre, l’université a tendance à compenser l’absence de sélection à l’entrée par une sélection en première année et si le taux de réussite était supérieur on dirait qu’on donne les diplômes, comme pour le bac.
        .
         Pour le reste, je suis tout à fait d’accord. Pourquoi ne l’avez-vous pas écrit dans l’article ?


      • Yohan Yohan 23 janvier 2009 17:13

        J’avais écrit un article au sujet des universités il y a quelques mois. Concernant le redoublement en 1ère année de licence, effectivement, c’est une manière de se rattraper de la non sélection, mais c’est assez hypocrite comme attitude, puisqu’on sait d’avance qu’il y aura un taux d’échec plus ou moins important selon les disciplines. 
        Certains étudiants tombent de haut dès la 1ère année (comme en sciences) parce qu’ils n’ont pas le niveau pour suivre les cours. Pour ceux-là c’est une année de perdue, plus la déception ou la rage de se trouver en échec, avec un nouveau projet à bâtir.


      • Mauvaisens 23 janvier 2009 22:21

        de l’aide de l’aide SVP

        Ma fille en terminale, ne sais pas quoi faire après le bac,
        Cela fait un an que je lui dis de réfléchir à ce qu’elle aimerait comme job. Du style dehors , dedans , devant un ordi, à l’étranger etc... Et bien à 17 ans ce n’est pas facile
        Et puis il y a la crise qui arrive...
        Normalement autonome à 17 ans , alors j’estime qu’elle doit s’informer elle même.
        Résultat, elle va faire une prépa si possible, elle a cherché une prépa où on ne travaille pas le samedi matin (pas folle la guêpe). Elle ne sais pas qu’elle prépa elle veut faire, pas d’attirance particulière, pas de dégoût non plus.
        Elle n’est pas mauvaise élève mais pas la première non plus.
        Nous lui deconseillons simplement la Fac.
        Elle ne veut pas faire medecine, ni veto trop long, Une fac de droit , mais elle ne sait pas ce que c’est le Droit,pas d’ecole de commerce, les langues c’est pas sont truc.
        Enfin nous avons échappé au pire elle ne veut pas être JOURNALITSE smiley
         

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