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Accueil du site > Actualités > Economie > Le petit livre rouge du ministère du Tourisme

Le petit livre rouge du ministère du Tourisme

Le tourisme est une activité essentielle dans « le plus beau pays du monde » qu’est la France. Une nouvelle source de touristes vient se déverser chaque année un peu plus dans nos hôtels : les Chinois. En 2005, ils ont été 600 000. Ils seront rapidement plus d’un million à venir découvrir les charmes de Paris et, qui sait, des châteaux de la Loire, du Mont Saint-Michel et de nos belles provinces. Comme toute activité économique sur notre territoire, le tourisme se doit d’être solidement encadré par le ministère de tutelle, qui n’hésite pas à renier nos principes fondamentaux dans une publication officielle.

Le ministre du Tourisme s’est ainsi chargé de former nos entreprises à l’accueil de cette nouvelle clientèle exotique. C’est normal, le ministre et ses hauts fonctionnaires savent tout. Aussi est-ce toujours une joie de constater qu’ils ont même la gentillesse de partager un peu de leurs connaissances sans limites avec les rustres, en l’occurrence les professionnels du tourisme qui attendent certainement la bonne parole divine avant de faire quoi que ce soit.

Un petit livre de 63 pages, publié par le ministère du Tourisme, expose un peu la culture chinoise (je suppose de manière très très synthétique), les us et coutumes et la façon de les recevoir : aquarium (et petit filet pour les manger encore frétillants en apéro ?) et plantes vertes, pas de nourriture trop grasse mais des petit-déjeuners abondants, éviter le 4e étage (qu’il suffirait de renommer arbitrairement "3e bis" ou "8e étage", mais l’astuce n’est pas proposée)... Bref, tout est bien clarifié pour ne pas mettre de baguettes dans les roues mais plutôt sur la table de nos nouveaux clients. Aucune distinction n’est faite entre les Chinois de Hong Kong, de Pékin, de Shanghaï ou d’autres villes qui ont leur culture propre. Non, l’ouvrage traite "le Chinois" comme un individu standard partageant les mêmes besoins, les mêmes attentes, les mêmes préférences et la même culture que les autres centaines de milliers de visiteurs. Entre le PCC et notre gouvernement, le planisme fait toujours des merveilles.

Là où nous retrouvons un petit défaut typique de notre classe dirigeante, c’est dans l’approche "diplomatique" concernant les sujets à ne pas aborder. Le livre est clair là-dessus : il ne faut pas parler de sujets politiques avec nos amis chinois, surtout de sujets qui fâchent : il ne faut pas évoquer Tienanmen, et encore moins le Tibet. Au petit déjeuner, je comprends ; mais ce moment de précieuse douceur passé, cette restriction est incompréhensible de la part d’une autorité publique. C’est pourtant ce qui nous est explicitement demandé.

Amnesty International s’en est émue et a exprimé sa désapprobation de voir une instance étatique encourager la dissimulation de sujets politiques d’une grande gravité. Je m’associe pleinement à ces propos, et m’avoue profondément choqué de lire qu’un document officiel, payé avec l’argent du contribuable, incite à bâillonner la Liberté et à cacher notre respect des droits fondamentaux de tout être humain à des touristes libres de voyager et de s’ouvrir au monde, surtout qu’au même moment, la France a signé un traité d’extradition avec la Chine. Notre rapprochement n’a de sens que si nous procédons honnêtement, sans nous renier. Hélas, même nos ministres de seconde catégorie sont dans la première série du club des faux derches.


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6 réactions à cet article    


  • Aymeric (---.---.100.34) 10 janvier 2007 14:14

    Article interressant...

    Ceci dit ce n’est pas nouveau, le gouvernement Français a toujours été très fort pour renier ses propres principes...

    Les dirigeants Français en voyage à l’étranger ont toujours été des apôtres de la diversité culturelle et linguistique. En fait je ne parle que de Mittérand et Chirac, je suis trop jeune (presque 30 ans) pour avoir connu les autres. Mais la France est toujours le seul pays de l’Union Européenne qui ne reconnait aucune de ses langue minoritaires pourtant si nombreuses :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_r%C3%A9gionales_de_France


    • dionysos (---.---.232.178) 10 janvier 2007 16:13

      j’ose espérer que les chinois qui viennent en France, veulent découvrir la France telle qu’elle est. S’ils veulent retrouver la Chine, qu’ils restent chez eux. « A Rome, vis comme un Romain ». J’espère un jour visiter la Chine, c’est pas pour manger un steack frites à Pékin.


      • panama (---.---.198.59) 10 janvier 2007 16:34

        Ils veulent découvrir la France, non pas telle qu’elle est, mais comme ils se l’imaginent.

        Le plus grand choc des touristes orientaux, c’est de ne pas voir de DS dans les rues, ni d’hommes en bérets avec une baguette de pain sous le bras.

        Et ils sont malades en mangeant la nourriture occidentale.


      • (---.---.240.35) 11 janvier 2007 05:59

        au bout de 5 jours de bouffe chinoise, je suis bien content de me tapper un steack fritwe salade.

        je pense que c pqreil pour les chinois en france , faut leur laisser le choix !


      • Karma Tashi Dondrup (---.---.160.72) 10 janvier 2007 20:33

        Et pourtant, si vous voulez réellement aider la Chine, alors surtout parlez des problèmes que ce pays doit affronter pour pouvoir les résoudre un jour. Ignorer la réalité, c’est la façon la plus sûr de voir un jour le problème se transformer en catastrophe. Aussi, au contraire il est important de parler, avec diplomatie, certes, des sujets délicats. Ne prenez pas non plus les Chinois pour des idiots, ils ne refusent pas d’abordez leurs problèmes à résoudre, c’est à dire, le déficit de démocratie, la corruption des fonctionnaires, l’augmentation de la pollution, les risques sanitaires, la difficulté du dialogue avec Taiwan, le Dalai Lama, le gouvernement tibétain... La Chine évoluera sur ces questions, et cela depend de nous ...


        • Bourricot Zerth 10 janvier 2007 23:46

          « Ca dépend de nous... »cette affirmation est très discutable. Mais une chose qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’un pays disposant d’une constitution, de lois et signataire de traités internationaux ne peut pas cautionner ou taire des évènements politiques ou géopolitiques condamnés par cette constitution, ces lois et traités internationaux. La diplomatie ne suppose pas le langage du double discours. Le double discours est même plutôt un danger pour la diplomatie car un pays se prêtant à ce jeu court un grand risque sur le domaine de la crédibilité.

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