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Les interrogations se multiplient face à la montée, depuis le début de l’année, des cours du pétrole.
"L’ouverture des marchés a joué un rôle d’amortisseur des pressions inflationnistes, et la relative synchronisation des cycles économiques dans les différentes zones économiques - excepté l’Europe - a permis de masquer l’impact de la hausse des cours de brut. Mais cet impact est bien réel sur l’économie. En 2004, le pétrole (+ 32 %) a déjà coûté plus d’un point de croissance mondiale. L’an dernier, la croissance a été amputée de 0,7 point (5,2 % contre 5,9 % en termes de parité de pouvoir d’achat) face à une nouvelle envolée des cours de plus de 40 %. D’autant que nous assistons à un nouveau phénomène : la hausse du pétrole s’accompagne d’un emballement du prix des matières premières. Nous sommes donc dans un environnement plus périlleux, qui peut rajouter au ralentissement économique", indique à La Tribune Moncef Kaabi, directeur de recherche et spécialiste des matières premières chez Ixis CIB.
Dans les faits, l’économie américaine est plus sensible aux cours du pétrole que ne le sont les économies occidentales : en effet, l’Insee estime que la hausse des cours du pétrole a entraîné un surcroît annuel de dépenses pour chaque Américain de 330 euros en 2005 contre 120 euros en France ou 176 euros en Allemagne. La récente baisse des cours ne semble pas s’installer dans l’opinion. La hausse des cours constatée depuis quelques mois a été intégrée de longue date par les compagnies aériennes, qui n’hésitent pas à répercuter ce surplus sur les factures. En 2003, la facture de kérosène de l’ensemble des compagnies aériennes s’élevait à 44 milliards de dollars. En 2006, elle a dépassé les 110 milliards de dollars. Pourtant, selon l’Association internationale du transport aérien, les passagers ne supportent qu’entre 15 % et 20 % seulement de la hausse de la facture de kérosène par le biais des surcharges tarifaires. Pour se prémunir face à des rebonds sauvages, certaines compagnies négocient des contrats à long terme, à l’instar d’Air France-KLM. L’entreprise paie actuellement chaque baril de 10 à 20 dollars de moins que le marché. La baisse des cours, consatée depuis quelques jours, pourrait avoir des effets bénéfiques sur le pouvoir d’achat si elle se confirme.
Dans le cadre de la hausse des cours, un système de cycle semble se dessiner : d’une part, la demande de pétrole ne peut que progresser, car les exportations chinoises progressent de manière régulière, avec + 31 % en 2003 et + 35 % en 2004. D’autre part, l’offre est structurellement limitée et le reste de la consommation mondiale s’avère incompressible. De ce fait, le prix du pétrole ne peut que s’élever. Les compagnies pétrolières sont confrontées à deux défis : poursuivre l’exploration et faire face à la montée en puissance des compagnies publiques. L’exploration pétrolière a pour but de trouver les pièges à hydrocarbure, et à calculer si les réserves potentielles sont assez importantes pour entreprendre un forage. Dans les soixante premières années du vingtième siècle, les majors ont d’abord exploité les champs pétroliers directement accessibles, avant de plancher sur la nature des terrains dans le but de leur exploration. Les gisements les plus importants de pétrole se situent dans la région du golfe arabo-persique qui représente les deux tiers des réserves mondiales. Les besoins énergétiques mondiaux sont, encore aujourd’hui, couverts à 44 % par le pétrole, alors que ce combustible fossile ne représente que 16 % environ des réserves énergétiques mondiales. Au début des années quatre-vingt-dix, les réserves de pétrole ont été estimées à 137 milliards de tonnes, ce qui représente environ 45 à 50 ans de production. Pour calculer les réserves d’un pays ou celles détenues par un exploitant pétrolier, on retire des réserves les quantités qui ont été produites pendant l’année, on y ajoute les volumes découverts dans le cadre de l’exploration, et on y ajoute ou retire les révisions de réserves des gisements en production. Certaines zones ne peuvent faire l’objet d’une implantation, en raison de l’instabilité politique ou bien en raison du fait que certains Etats souhaitent garder la mainmise sur leurs ressources et érigent des barrières à l’implantation de capitaux étrangers. Parallèlement à ces difficultés, l’émergence des compagnies publiques, notamment due au fait que des prix élevés sont source d’intérêt de la part de dirigeants poilitiques, constitue un acteur de poids sur la scène pérolière internationale. La Chine et l’Inde se penchent sur les réserves pétrolières syriennes. La China National Petroleum Corp a conclu un accord avec Damas afin de construire, pour un milliard de dollars, une raffinerie capable de traiter 70000 barils par jour, un baril correspond à 42 gallons américains, soit environ 160 litres. Elle a par ailleurs pris une participation dans le gisement Al-Furat, à l’origine de la moitié de la production syrienne. Elle s’élève à 38 %, avec la firme indienne Oil and National Gas Corp. Les sociétés d’ingénierie fournissent aux Etats l’infrastructure nécessaire pour exploiter un gisement de pétrole et peuvent donc se passer de l’expérience des majors. Les cours élevés et les importantes marges de raffinerie ne sont plus forcément l’apanage des compagnies pétrolières.

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