• vendredi 10 février 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Economie > Le protectionnisme d’abord, le nationalisme ensuite
57%
D'accord avec l'article ?
 
43%
(16 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Le protectionnisme d’abord, le nationalisme ensuite

Dans le monde capitaliste, le progrès est synonyme d’innovation technologique, et de concurrence « libre et non faussée ». Les monopoles sont en théorie interdits, car ils remettent en cause le bénéfice du progrès, qui doit selon une définition plus vaste de cette acception servir au bien-être de tous les hommes. A travers la concurrence les prix doivent inévitablement baisser, pour permettre au plus grand nombre de profiter des bienfaits que nous offre l’innovation technologique.

Si la puissance des nations riches d’aujourd’hui s’est construite en grande majorité grâce à ces innovations, elle n’a pourtant été rendue possible que grâce au protectionnisme, censé défendre l’économie, et l’indépendance de ces nations (qui en réalité n’ont fait que protéger que leurs propres intérêts). Mais le protectionnisme a été remis en cause après la deuxième guerre mondiale, puis dévalorisé au cours des décennies suivantes, pour faire place à l’idée de la mondialisation, de la dérèglementation, du libre-échange. C’est ce qu’on appelle le « néo-libéralisme ».

Bien entendu, ce libéralisme proclamé n’est jamais allé jusqu’au bout, et le protectionnisme n’a jamais totalement disparu : même si l’entente de certaines entreprises par rapport à leurs relations parfois incestueuses est théoriquement condamnable, ces liens pour fausser la concurrence existent toujours. Comme existent toujours la dépose de brevets (qui ne sont rien de moins que l’autorisation d’un monopole pendant un certain nombre d’années), ou l’incompatibilité entre les produits des différentes marques, qui nuisent évidemment à la possibilité pour les peuples de bénéficier, au moins dans un premier temps, des bienfaits de ces innovations.

Mais avec la crise, qui n’est en définitive que la conséquence directe de la mondialisation (on va chercher ailleurs la main d’oeuvre moins chère, les lois les moins contraignantes au niveau du droit du travail ou des normes écologiques-en mettant en péril l’économie des nations dont sont issues les entreprises qui, auparavant, faisaient tourner leur propre machine économique), les gouvernements se sont aperçus que non seulement les impôts ne revenaient plus dans le giron national (paradis fiscaux, installation en pays étrangers), mais qu’en plus cet état de fait conduisait à terme à développer l’économie des autres pays dits « émergents », donc au détriment des « vieilles nations ». L’innovation technologique, par l’intermédiaire de contrats passés entre les Etats accueillant les entreprises innovantes (transferts de technologie) ou les « cerveaux », risquait également de leur échapper, et avec elle toute possibilité de conserver l’avance qu’ils avaient conquis de longue date sur le dos des pays les plus faibles.

Face à ce danger, on assiste désormais au retour du protectionnisme, comme l’a prouvé récemment l’affaire de l’appel d’offre de l’armée américaine sur les avions-ravitailleurs. Car pour être à peu près cohérents dans la logique libérale, les brevets ne tiennent qu’un temps, et les monopoles finissent par disparaître, comme on le voit avec la venue sur le marché des médicaments génériques qui, une fois tombés dans le domaine public, réduit considérablement les bénéfices de certaines entreprises toujours innovantes certes, mais pas forcément sur le territoire des dominants de l’économie.

Pour ne pas laisser leur pays dépérir à l’avantage de leurs ennemis économiques, il faut donc pour les pays puissants faire revenir à tout prix les capitaux sur leur territoire, et promettre monts et merveilles aux grands patrons (baisse des droits du travail, des cotisations et autres taxes, des salaires), afin de faire revenir l’innovation et l’emploi à l’intérieur de leurs frontières.

Comme l’argent est le nerf de la guerre, et que les grandes puissances d’hier ne possèdent plus que leur potentiel technologique (avec l’abandon des colonies et la « tertiarisation de l’emploi », les matières premières sont désormais importées) pour conserver leur pouvoir, il faut agir assez vite. La guerre en Irak, comme celle d’Afghanistan, sont bien une conséquence de la peur des pays riches de perdre ce pouvoir, et c’est évidemment pour cette raison qu’ils ont repris la colonisation de force, afin de s’emparer, et de transporter ces matières premières pour leur propre compte. Et de les défendre avec les armes s’il le faut.

Car le combat est féroce : face à des géants comme la Chine, l’Inde où le Brésil, il faut protéger son pré-carré, et ce malgré toutes les bonnes volontés fraternelles affichées : les Etats sont en cela comme les individus : à l’intérieur du système capitaliste, si ce n’est pas l’un qui prend la place, un autre la prendra.

Lorsque dans l’Histoire, de tels retournements de situation se sont produits, on a chaque fois assisté aux sourires de façade entre ennemis, aux embrassades officielles entre partenaires, et en sous-main à de secrets traités d’alliance permettant de s’assurer une force plus importante en cas de problème avec « un concurrent ».

On ne parle plus alors de protectionnisme, mais de nationalisme. Et face à la crise qui ne fait que s’amplifier par les mesures protectionnistes qui ne font qu’amplifier les tensions entre les nations, les mesures prises visent à rejeter ce qui coûte à la nation, et protéger ce qui lui rapporte. Le traité ACTA, en préparation discrète, semble être un bon exemple de cette bataille qui se conduit pour protéger les intérêts des pays puissants se sentant menacés. En prétextant la défense des droits d’auteurs, les brevets, ces nations s’arrogent le monopole quant à certaines innovations technologiques capables d’être stratégiques (économiquement, mais aussi militairement), tout en s’autorisant le contrôle et la surveillance, à ce titre, de toutes les communications possibles, qui pourraient vite être redéfinies en « espionnage », car risque provoquer une défaillance de ce protectionnisme.

L’usage d’internet, qui a profondément modifié les relations entre les peuples, a également modifié les relations entre Etats. Car à partir du moment où un Etat se renferme sur lui-même, et qu’il s’inscrit dans le nationalisme, l’ouverture sur les autres est un danger pour lui. Il n’est pas innocent que les signaux concernant la liberté sur internet virent peu à peu au rouge ; c’est que la course est désormais lancée, et il est fort possible que d’ici à peu certains masques tombent, et qu’on nous ressorte les vieux discours du genre « celui qui n’est pas avec nous est contre nous ».

Le pire dans tout cela, c’est que nous savons très bien, tous, où cela conduit, comme il en a toujours été : le nationalisme d’abord, la guerre ensuite…

 

Caleb Irri

http://www.calebirri.unblog.fr

par caleb irri (son site) jeudi 18 mars 2010 - 24 réactions
57%
D'accord avec l'article ?
 
43%
(16 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Voris (xxx.xxx.xxx.178) 18 mars 2010 11:55

    "nationnalisme" : pourquoi tant de "n" ?

  • Par epapel (xxx.xxx.xxx.144) 18 mars 2010 23:07
    epapel

    L’auteur oublie un peu vite que c’est la suppression une à une de presque toutes les barrières protectionnistes qui nous a conduit dans la situation où nous sommes aujourd’hui. Il n’a fallu que 18 mois pour annihiler ce qui restait de l’industrie textile européenne après le suppression des quotas d’importation chinois.

    Je pense qu’il faut trouver le juste milieu entre protectionnisme intégral et libéralisme tout azimut, et il me semble qu’il y a un bon bout de temps que nous sommes dans l’ultra libéralisme.

    De même il ne faut pas confondre le nationalisme et l’impérialisme. D’ailleurs, la Chine qui est la grande bénéficiaire de la mondialisation économique est un des pays les plus nationalistes du monde à l’heure actuelle et qui pratique une forme de protectionnisme monétaire contre les USA. Les USA qui ont été les chantres de la mondialisation et du libre échange ont en même temps une politique impérialiste sous couvert de lutte contre le terrorisme.

    Le nationalisme est une réaction saine d’un peuple menacé, a défaut il n’a plus qu’à se soumettre. C’est l’impérialisme qui est dangereux pour la paix : celui des USA puissance déclinante et celui de la Chine puissance montante qui finiront tôt ou tard par entrer en conflit.

  • Par L. D. T. (xxx.xxx.xxx.150) 18 mars 2010 15:41
    L. D. T.

    Parkway, encore vous ? Vous êtes un troll amoureux de moi ou juste un morice de plus ?
    On en a assez d’un. Allez sur un autre forum, collant.

    Ou vous pensez que Napoléon était un monstre d’ambition, incapable de se contenir et qui a conquis l’Europe au nom de sa volonté sanguinaire, comme bien d’autres ignares ?
    Admirez-vous Roberspierre ou Danton, tous deux ayant finis sous le couperet, plutôt que celui qui a écrasé l’Europe entière moins deux(collants aussi ces deux-là, surtout l’anglais) au nom de la France républicaine ? Napoléon, si vous connaissez un tout petit peu l’histoire de France, a sauvé la France de sa destruction en abattant tous ceux qui nous déclaraient la guerre les uns après les autres. Cinq coalitions de nations ont été battues par les républicains et l’Empereur avant de tomber à la sixième. Vous croyez qu’elles se sont formées par simple défense, crédule ? Napoléon a vaincu tous nos ennemis qui étaient déjà déclarés pendant la révolution, et a emmené une république échouée vers un Empire génial. Vous croyez qu’il a fait vingt ans de guerre pour son ambition ? Comme vous êtes inculte. Allez lire ce qu’à véritablement été Napoléon pour nous et l’Europe, vous comprendrez beaucoup !

    http://www.napoleonicsociety.com/fr...
    Et ce sont des anglais, tristement plus cultivés que vous qui font ce site...

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Sondage

Pour quel candidat pensez-vous voter à l’élection présidentielle de 2012 ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox