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Accueil du site > Actualités > Economie > Le protectionnisme pour une démocratie durable !

Le protectionnisme pour une démocratie durable !

Le protectionnisme n’est pas un gros mot. Dans son dernier livre,« Et après la démocratie » Emmanuel TODD, pense que c’est même une des conditions de survie de la démocratie en europe, en fait un plaidoyer pour une démocratie durable.

La crise n’en finit pas de nourrir les débats sur la planète. Protéger les banques, l’économie de marché, relancer l’économie par l’injection de milliards virtuels ne reposant sur aucune valeur économique. La crise a pour raison essentielle la déflation salariale. La part qui revient aux actionnaires est prise sur celle des travailleurs qui, pour maintenir leur niveau de vie, compensent par le recours au crédit. La crise est venue du trop plein d’endettement et de ceux qui ne peuvent plus rembourser. Cette déflation salariale dans les pays « riches » est entraînée par les énormes différences du coût du travail entre les différents pays producteurs. Sur ces points tous les économistes sont d’accords.
 
Alors, conscients des causes de la crise et de son origine, les gouvernants du monde auraient pu prendre la mesure de l’enjeu. Il n’est pas de sauver le système existant, mais de protéger les populations de la financiarisation de l’économie. Redonner à l’économie réelle tout son sens, son bon sens.
 
Le réflexe du protectionnisme apparaît chez certains pour protéger la consommation intérieure d’une zone définie. Il réapparaît chez d’autres qui découvrent que la relance par les salaires ne peut trouver d’écho que si la consommation alimente ces mêmes salaires. Inutile de développer la thèse de ceux qui trouvent dans le protectionnisme le seul moyen de se protéger des étrangers qui seraient des ennemis.
 
N’y a-t-il pas un moyen de réguler l’économie en protégeant les populations sur leurs terres ?
 
Seule la volonté des plus grands pays, non seulement le G20 mais de tous les pays producteurs, peut conduire à l’espoir d’un monde régulé. (ce n’est pas gagné !) Dans cette espérance l’Europe ne peut-elle pas mettre en place pour elle-même des règles qui pourraient inspirer la silencieuse Organisation Mondiale du Commerce ?
 
Pour une nouvelle gouvernance mondiale !
Mettre en place un protectionnisme proportionnel au coût de la main d’œuvre et de sa protection sociale.
 
La démonstration par l’exemple vaut mieux qu’un trop long exposé.
Imaginons le prix d’une perceuse chinoise importée en Europe à 25 euros : que le coût de sa production représente 20%, soit 5 euros. (Déduction faite de la matière première et des coûts de transports) : que ce coût de main d’œuvre (1) en chine soit 6 fois inférieur à celui de l’Europe.
 
La protection de la main d’œuvre européenne conduirait à la création d’une taxe sur cette perceuse proportionnelle à cette différence. Ainsi les 5 euros de main d’œuvre chinoise seront transposés au coût européen, soit multipliés par 6, ce qui représenterait dans cet exemple 30 euros. La perceuse serait facturée aux consommateurs européens 55 euros au lieu de 25. Choquant ? Pas du tout ! Une marque de chaussures, de vêtements…peut multiplier par 10 le prix d’un article sans que personne ne trouve à redire. (2) Les surcoûts liés à la taxe n’iraient pas dans les poches de quelques-uns mais serviraient une politique pour tous.
 
En effet, le produit de cette taxe pourrait servir le financement de la protection sociale collective ou tout au moins les finances publiques, et venir en déduction des charges pesant sur les entreprises et donc de celles qui pèsent sur l’emploi.
 
Le principe pourrait s’appliquer non seulement au commerce mondial mais aussi à l’intérieur de la zone euro où le plombier polonais alimenterait ainsi la sécurité sociale française.
 
Le surcoût de cette taxe conduira à la modération de la consommation de produits importés mais aussi et concomitamment au développement des pays où les travailleurs sont peu payés. En chine par exemple l’évolution économique conduit à la plus grande qualification des travailleurs, et donc à une augmentation des salaires, et donc une part plus importante du travail dans la distribution du revenu national. Bien loin d’être un danger, c’est l’occasion de remplacer les ressources liées à l’exportation comme moteur de la croissance par une authentique demande intérieure, aujourd’hui déprimée par la faiblesse des salaires et la précarité des situations professionnelles.
 
Ce protectionnisme ne peut se mettre en place indifféremment sur tout le globe. Des règles d’équilibres devront être trouvées pour encourager le développement des pays fragiles, je pense à l’Afrique en particulier.
 
L’harmonisation des coûts de la main d’œuvre, de la protection des travailleurs et de leur juste place dans le système économique mondial devient la seule voie possible pour l’humanité et pour son économie durable et solidaire.
 
Les récentes décisions des pays industrialisés pour « contourner » la crise sont bien pales pour servir l’humanité.
Vos réactions m’intéressent.
 
D. GARDARIST
 
 
(1) Le coût de la main d’œuvre n’est pas simplement celui du salaire et des charges, mais aussi celui de la productivité. L’écart de salaire entre la chine et la France est de 1 à 20. Mais ramené à la productivité des entreprises cet écart tombe de 1 à 6
(2) Extrait d’une archive du monde sur l’économie : « Au hasard des achats nécessaires, prenons la chaussure pour adolescent, tendance sport. Dans une première boutique, nous tombons sur une paire à 10 € (9,90 évidemment pour être plus précis) fabriquée en Chine. Dans une deuxième boutique, une autre paire fabriquée elle aussi en Chine : 60 €. La différence principale : une marque. La texture ou la qualité ne marque pas une différence fondamentale. Où vont les 50 € de différence ? Certainement pas au producteur chinois. Il va au commerçant puis à un aéropage de spécialistes du marketing, de la publicité, du design (un peu),… et puis aux bénéfices. A l’Etat aussi, via la TVA et l’impôt sur les bénéfices. Ce qui est sûr, c’est que ces 50 € n’ont plus guère de lien avec le produit “chaussure” en lui-même. Ils rétribuent une image, une ruse de vente, en bref une construction intellectuelle et culturelle autour du produit. Est-ce bien, est-ce mal ? D’aucuns, la plupart peut-être, répondront : pourquoi se poser la question ? Si ça se vend, c’est qu’il y a un acheteur, libre de surcroît. Imparable, la liberté…

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18 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 18 avril 2009 10:57

    à l’auteur

    N’y aurait-il que des taxes pour parvenir à ce résultat, à savoir « mondialiser » le coût de la main d’œuvre et celui de la protection sociale ?
    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=51707


    • La mouche du coche La mouche du coche 18 avril 2009 13:56

      Idées stupides d’Emmanuel Todd qui nous recycle ses vieilles pensées marxistes au succès que l’on sait. N’ayant jamais pu faire évoluer sa pensée, il les a reformater, mais elles sont toujours aussi stupides.


    • Garnier Denis Gardarist 18 avril 2009 14:01

      Si c’est le mot taxe qui gène, il peut être remplacé par n’importe quel autre qui permet de réguler le cout de la main d’oeuvre entre les pays. C’est l’objectif qu’il faut atteindre. La mondialisation de la main d’oeuvre est encore plus utopique que mes propositions. Entre la chine, l’Inde, l’Afrique et l’amérique du sud, les monnaies, les taux d’échanges...il est tout de même plus simple que chaque zone adapte des règles qui peuvent par contre être régulée par un organisme international.


    • La Luciole 18 avril 2009 15:21

      On pourrait appeler ça un prélèvement. Quand on ne peut guérir les maux, changeons les mots....


    • La mouche du coche La mouche du coche 18 avril 2009 18:29

      l’auteur « La mondialisation de la main d’oeuvre est encore plus utopique que mes propositions. »

      Le problème est qu’elles ne sont pas utopiques, mais ringardes. Elles trainent dans tous les livres d’économie depuis au moins le XIXème siècle, et n’ont jamais marché.


    • Garnier Denis Gardarist 18 avril 2009 19:17

      « Le problème est qu’elles ne sont pas utopiques, mais ringardes. Elles trainent dans tous les livres d’économie depuis au moins le XIXème siècle, et n’ont jamais marché. »
      Elles n’ont surtout jamais été mise en application dans ces conditions. Je note que votre absence de proposition doit permettre de conforter le système actuel qui ne semble pas trés en forme en ce moment pour ceux qui veulent vivre de leur travail et non de la rente.


    • La mouche du coche La mouche du coche 18 avril 2009 23:52

      Bien sûr. C’est la faute aux gens qui sont trop bêtes pour comprendre vos théories si intelligentes.

      Ah, si tout le monde pouvait être économiste marxiste, les choses seraient plus simples. smiley


    • La Luciole 20 avril 2009 10:36

      «  »Elles n’ont surtout jamais été mise en application dans ces conditions«  »

      C’est exactement le même type de réponse que ceux qui prétendent que si le communisme a échoué jusqu’ici c’est parce qu’il a été dénaturé par Staline et consorts. Il faudrait donc le rétablir mais dans les « conditions » préconisées par Trotski !


    • Narf 18 avril 2009 13:20

      Interressant, une chose m’interroge tout de même depuis longtemps concernant votre logique : Elle est moins idéaliste que l’idée d’une régulation globale ?

      Je crois hélas qu’elle l’est tout autant. Un simple exemple : comment imaginer la mise en place de tels système de protection régionaux en Afrique Subsaharienne. Qu’on le veuille ou non la libéralisation des économies africaines a largement fragiliser les systèmes de contrôles au frontières. Dans ces conditions il sera très long et difficile d’envisager l’établissement de systèmes douaniers capables de faire profiter le continent du renforcement des mesures protectionnistes.

      Dans le cas où on admet ou l’établissement du protectionnisme et aussi difficile à mettre en place qu’une regulation de la mondialisation, je vous avoue que je choisie la seconde utopie !


      • Radix Radix 18 avril 2009 13:36

        Bonjour

        C’est une évidence, d’ailleurs les Etats-Unis pratiquent le protectioniste d’une manière hypocrite depuis longtemps à travers leur règlementation.

        De plus celà permettrait l’augmentation des salaires dans les pays producteurs car les Etats se rendraient vite compte que comme ces taxes leurs échappent, ils ont tout intérêt à développer leur marché intérieur plutôt qu’enrichir les pays destinataires de leurs importations.

        C’est la seule façon intelligente d’arriver à une vraie mondialisation qui répartie les profits.

        Mais bien sûr celà réduirait drastiquement les bénéfices des multinationales et c’est là que çà coince !

        Radix


        • La Luciole 18 avril 2009 15:24

          On pourrait aussi prévoir une gouvernance mondiale pour mettre fin aux séismes, ouragans, tsunamis... Contre tous ces maux on est en droit de réclamer une protection, ce ne serait que légitime.


          • Radix Radix 18 avril 2009 15:30

            Bonjour

            Et moi qui rêvait, depuis mon plancher des vaches, prenant les lucioles pour des lumières !

            Radix


          • rofo 18 avril 2009 16:07

            Tout a fait d’accord avec l’auteur !

            On y viendra de gré ou de force ... patience

            Quand les peuples dits riches en aurons marre de s’appauvrir, il y aura des réactions

            au mieux lors des élections ( voir les partis politiques voulant un certain protectionnisme ; De Villiers, Chevènement)

            au pire dans la rue

            au fait il y a bientôt des elections ....................


            • monpetitavis 18 avril 2009 17:22

              A l’heure actuelle, le seul qui ai explicitement rejoint les thèses de Todd, c’est Nicolas Dupont-Aignan et son parti Debout-La-République.
              Villiers quant à lui est allié à un Ganley qui est plutôt un partisan du libre-échange absolu...

              Pour revenir à l’article, en effet le mot protectionnisme fait peur car on l’a faussement associé à la 2e guerre mondiale alors qu’il n’était qu’une conséquence de la crise de 29. Juste pour l’anecdote, en 39, le principal partenaire économique de la France était... l’Allemagne, et ça ne les a pas empêché de faire la guerre.
              Quant aux exemples de réussite économiques liés aux politiques de protectionnisme, la Chine, le Japon, Taiwan...etc en sont les parfaits exemples. Dans tous ces pays, l’Etat protège les entreprises des assauts de la concurrence extérieure.
              De l’autre coté, l’Amérique du Sud et l’Afrique sont les parfaits exemples de la non-réussite de la libérisation absolue des échanges.


              • Daniel Roux Daniel R 18 avril 2009 17:47

                Le problème est dans la divergence d’intérêts entre les peuples qui s’appauvrissent et les dirigeants européens (leurs sponsors surtout) qui s’enrichissent à travers les délocalisations massives vers les pays pratiquant les dumpings sociaux, fiscaux et écolo.

                D’où le coup de force anti démocratique de ces dirigeants félons concernant l’annulation illégale et illégitime du référendum sur le traité constitutionnel européen.

                http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/un-protectionnisme-europeen-assume-39817


                • iomej 19 avril 2009 17:26

                  D’une manière ou d’une autre on sera obligé d’en arriver au protectionnisme.

                  Citations de Jimmy Goldsmith en 1993 (!) dans le nouvel obs :

                  ... Avec l’’effondrement du communisme et la possibilité de transférer instantanément capitaux et technologies, sont apparus en Asie du Sud-Est, en Chine, en Russie, en Europe de l’Est de nouveaux et terribles compétiteurs qui déstabilisent nos sociétés. « Il ne s’agit pas simplement de main-d’œ’oeuvre à meilleur marché, mais de conditions totalement différentes, comme si l’’on avait affaire à un autre monde ou à une autre planète ! » Et l’auteur de souligner que « le libre-échange ne peut fonctionner valablement qu’entre économies relativement homogènes... ».

                  Les économistes libéraux affirment qu’’au nom des théories de la spécialisation et de l’’avantage comparatif chères à David Ricardo, chacun doit abandonner les secteurs où il n’est pas le plus efficace et, pour le reste, s’aligner sur le pays le plus compétitif. « Absurde ! s’insurge Goldsmith. D’abord, on ne peut pas améliorer notre productivité de 95 %. Ensuite, ce n’est pas en s’’appauvrissant que l’’on va enrichir les autres. Cela revient à s’’autodétruire pour servir un mythe. » Le credo libre-échangiste conduit en effet fatalement nos entrepreneurs à délocaliser leurs usines dans les régions à bas coût du travail, ou bien à se spécialiser dans des secteurs peu consommateurs de main-d’œ’oeuvre. Résultat : les pays industrialisés sont rongés par un chômage chronique, et « le coût de la misère et de la déstabilisation sociale (...) blesse si profondément qu’il n’est plus chiffrable ».

                  Alors il faudrait tuer le GATT et protéger l’’Europe ? Pas de doute : à l’’heure où le dogme du libre-échangisme mondial règne sur la planète de Washington à Pékin, de Bruxelles à Tokyo, Goldsmith prend un malin plaisir à briser le tabou. « Il ne faut pas avoir honte de prononcer le mot protectionnisme, affirme l’’iconoclaste. Dans les conditions actuelles, c’’est de ne pas le faire qui serait honteux. » ...


                  • TSS 20 avril 2009 10:20

                    n’ayons crainte ,le temps que les guignols qui nous gouvernent hesitent(comme l’ane de

                    buridan) entre le liberalisme sauvage et le protectionnismeet la décroissance raisonnés ,nous

                    seront dedans jusqu’au cou avec les conséquences afférentes qui ne seront payées (quel

                    bonheur !!!!) non par nous mais par nos enfants et petits enfants (profitons en !!)

                    Après nous le déluge... !!


                    • Captain Europa 20 avril 2009 17:11

                      Des artguments intéressants dans cet article et ces commentaires qui, chose rare dans le flot actuel de bien pensance, osent briser le tabou du protectionnisme pour y rechercher une vertu au service des peuples. Ou comment ancrer le protectionnisme dans le réel, loin du dogmatisme ultralibéral qui finit par se déliter !


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