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Le RSA, un instrument de flexibilité

En bon entrepreneur, Nicolas voit dans le Revenu de solidarité active un bon moyen de "légaliser" le travail flexible. Surfant sur le refus démagogique de l’assistanat, le président a bien vu dans cette mesure "généreuse", le moyen d’assouplir le code du travail, notamment en direction des populations précaires.

Déjà, en 1992, lors de l’application du RMI, le débat sur cette allocation portait sur la flexibilisation qu’il engendrait, notamment dans l’ouvrage de M.A. Barthe, B. Gazier, F. Leprince et H. Nogues, Protection sociale et RMI, Syros 1992 : le RMI est "un instrument de flexibilité et de déréglementation de l’emploi". Il s’agit là de la prise en charge, par l’Etat, de la rémunération des salariés précaires afin de maintenir à flot les résidus du modèle fordiste (augmentation de salaire en vue de maintenir la consommation). Pourtant cette mesure ne comportait aucune incitation ou soumission à l’emploi comme nous avons pu le voir plus tard avec l’instauration du RMA qui fut bel et bien une transition vers ce fameux RSA.

L’Etat, c’est-à-dire "le contribuable", doit-il prendre en charge les assouplissement du code du travail voulu par les syndicats patronaux ? Est-ce son rôle d’aménager les structures contractuelles du secteur privé au détriment des populations ?

Certes le RSA permettra un meilleur pouvoir d’achat aux bénéficiaires ainsi qu’une insertion partielle dans le marché du travail, en cela cet outil semble efficace. Cependant, il semble admettre de manière légale le fait que l’emploi non qualifié est flexible, à la demande de l’entrepreneur. Si cela ne s’accompagne pas d’un grand chantier sur la formation professionnelle, Martin Hirsch va enterriner, soutenir et subventionner la situation précaire de ces populations en les enfermant dans un cadre d’où il sera difficile de sortir.

Quelle régression lorsque l’on voit les grands débats qui animaient les années 90 ! Tout d’abord, le fameux rapport Supiot : Au-delà de l’emploi. Transformations du travail et devenir du travail en Europe (Rapport pour la Commission européenne) (1999) qui fustigeait les politiques d’allègement du coût du travail qui sont de véritables "subvention directe de l’emploi sur le marché du travail" et préconisait des politiques visant à améliorer le potentiel humain ainsi que la reconnaissance d’une "liberté professionnelle".

Depuis Le Nouvel Esprit du capitalisme de Luc Boltanski, en 1999, nous voyons bien que la fragmentation du marché du travail, dont le RSA va accroître encore l’importance, est bel et bien un "diviser pour mieux régner" dont les plus faibles pâtissent le plus. Ne serions-nous pas une société plus riche si nous savions protéger nos faibles ?

par antoineb vendredi 25 juillet 2008 - 41 réactions
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