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Accueil du site > Actualités > Economie > Le vin, l’inné et l’acquis

Le vin, l’inné et l’acquis

J’ai déjà écrit sur Agora que ce site m’incitait à élargir mon horizon. Encore un mot néanmoins sur « mon » monde du vin, tant je me bats depuis des années pour faire partager cette passion. Le débat est ouvert : que faut-il faire pour l’avenir du vin dans notre pays ? Quelques points avant la polémique.

DE LA CRISE DES VINS DE BORDEAUX, OU REVENIR SUR TERRE

En fait, il existe deux “crises” actuellement, très différentes, voire opposées, dans beaucoup de vignobles :

d’abord, celle, désastreuse pour ceux qui la subissent et qui touche les viticulteurs, la plupart étant dépendants des prix trop bas du tonneau, qui ont du mal à se faire rémunérer correctement. Les causes sont complexes (un certain négoce peu solidaire parfois, une politique de plantation trop importante, des barrières étatiques...). Ils méritent d’être soutenus, et nous ferons ce que nous pourrons pour les aider. C’est une crise sociale.

L’autre crise concerne un bon nombre de vins, à Bordeaux notamment : trop chers ou trop sensibles à la mode (“vins de garage”), trop endormis sur leurs lauriers, qui n’ont pas pris au sérieux le besoin de communiquer, trop imbus peut-être d’eux-mêmes, alors que le respect des consommateurs (proposer un vrai rapport qualité-prix cohérent) est impératif. Les acheteurs se sont sentis lésés, et cela va permettre peut-être d’assainir le marché. On parle beaucoup trop d’argent, de prix, de bonnes notes glanées chez un “gourou” quelconque, et c’est ce que le consommateur retient, alors que, bien sûr, ceci ne concerne qu’une petite minorité. C’est une crise de confiance.

On revient à la case départ : la typicité, la qualité, des prix sages, un dynamisme commercial de chaque instant, la promotion de sa production, la vente directe aux consommateurs, les références (guides, médailles)... sont les clés du succès. Il y a des vins exceptionnels à Bordeaux, qui sont chers et qui valent leur prix. Il y en a d’autres qui ne le valent pas, voilà tout. Et il y a les 95% de vignerons qui pâtissent des derniers cités. Pour quelques producteurs, on est loin du temps de l’arrogance, notamment à Bordeaux.

L’époque n’est plus à la frime, et ceux-là doivent accepter de faire comme les autres, c’est-à-dire de “mouiller la chemise” pour vendre leurs produits. Terminés les acquis, la référence au vieux classement de 1855 (savez-vous qu’il n’y a que 2 châteaux qui appartiennent encore à la même famille : Mouton et Léoville-Barton). Quand on voit le dynamisme et le savoir-faire commercial (c’est-à-dire proposer un vin à un prix cohérent, du plus modeste au plus grand) de nombreuses appellations françaises moins connues ou provenant d’un bon nombre de pays étrangers, on comprend que quelques grands crus dont la notoriété est aujourd’hui dépassée puissent se faire du souci.

Je connais plus de 3000 vignerons, dont un bon nombre que je respecte. Les producteurs de vin qui ne pensent qu’à augmenter leur prix, à récolter une bonne note en maquillant leur vin, à adapter un vin selon la mode, n’ont aucun intérêt. À quoi bon faire un vin sans plaisir ? Ne vaut-il pas mieux encenser l’effort et le talent que la “gonflette” et la triche ? Quel est le champion le plus estimable : celui qui se “dope” ou celui qui gagne parce qu’il est le meilleur ? Élever un vin, c’est faire preuve d’humilité. L’humilité, c’est une nature, pas un objectif de marketing. Voir aussi : http://patrick.dussert-gerber.com/le-point-sur-les-vignobles/

DÉFENDRE LA TYPICITÉ EN REJETANT LE DOPAGE

Les vins “putassiers” existent toujours car il y a des acheteurs qui se font “bluffer”, mais il y a un revers à la médaille. Le phénomène “vin de garage” se tasse, car l’on se rend compte que ces vins ne tiennent pas la distance. La déception est grande, mais beaucoup plus infime en comparaison de celle d’un consommateur qui a payé une bouteille aujourd’hui sans intérêt à plus de 200 ou 300 €. Si l’on veut être respecté, il faut respecter les autres, en l’occurrence les consommateurs. On fabrique donc (quel autre mot pourrait-on employer ?) ici ou là des vins maquillés, produits comme un drink ou un cocktail. Certains choisissent de faire un vin qui plaît à tout le monde, qui a un goût uniforme, où on se contente de mettre particulièrement le cépage en avant, et c’est bien la preuve que l’on veut escamoter le terroir, ou tout simplement que l’on n’en a pas ! À ce jeu, on ne peut d’ailleurs pas lutter contre les multinationales du vin. Raison de plus pour ne pas le faire.

Cela veut tout simplement dire qu’il faut vivre avec la nature, accepter ses aléas, profiter justement des nouvelles techniques pour mieux les combattre, mais toujours différencier chaque millésime, lui rendre son style, et les techniques ostentatoires ne servent pas à grand-chose si l’on n’a pas un terroir. La priorité, c’est laisser s’exprimer son terroir, en respectant la vigne, en limitant les rendements, en pratiquant la lutte raisonnée, en laissant faire la nature, qui n’a besoin de personne... Un bon vigneron, qui fait un bon vin, n’a pas besoin de se justifier ou de se déjuger.

LES NOSTRADAMUS DU VIN OU LA MASCARADE DES PRIMEURS

Donner son avis sur un grand cru 2006 de Bordeaux, 3 mois après les vendanges, ce n’est que de l’esbroufe. On se trouve face à des vins non finis dont le but est de rafler des éloges, des “étoiles”, des notes de “95 sur 100″ ou “17 sur 20″ (et plus, hélas), uniquement pour pouvoir se vendre vite et cher. Qui peut oser prétendre savoir ce que donnera un vrai grand cru au moment où il vient juste d’être abruti par le début de son élevage en barrique ?

C’est une mascarade, face à laquelle certains critiques qui s’y prêtent feraient mieux d’apprendre l’humilité au lieu de donner des conseils. On nous explique même très sérieusement qu’il faudra boire le vin en 2009 ou en 2020, de vrais Nostradamus. Certains propriétaires feraient bien également de voir à long terme, revenant à plus de réserve, en freinant ces dégustations trop précoces, qui les desservent plus qu’autre chose. On ne me voit donc pas dans le carnaval des dégustations des primeurs, par exemple. Idem pour les concours qui mélangent des vins jeunes, français et étrangers, totalement différents, favorisant ainsi les vins de vinification plutôt que le terroir, qui a besoin de temps pour s’exprimer. Pour les sélections de mon guide, il n’y a pas de dégustations factices ou arrangées : je ne déguste que des bouteilles capsulées afin d’éviter ces trop jeunes cuvées de concours spécialement arrangées pour bien sortir. Sinon, je déguste sur place, au château, directement dans les fûts, au hasard.

L’ÉVOLUTION DES VINS DEPUIS 20 ANS

Le paradoxe (ou plutôt le fait que le hasard n’existe pas), et c’est une évidence que quelques “dégustateurs” ne peuvent pas assimiler, faute de recul, c’est que les très grands vins, de toute la France, que l’on goûtait il y a 25 ans, n’ont pas tellement changé, ils étaient bons et ils le sont toujours, avec cette empreinte très forte de leur terroir. C’est la différence inimitable entre les très grands vins racés et les autres bons vins que ce soit en Bourgogne, à Bordeaux, dans la Loire, en Champagne ou ailleurs. Est-ce les vins ou nous-mêmes qui changeons ? J’ai commencé dans le Val de Loire et il y avait déjà autant de bons vins de Chinon ou de Saumur-Champigny, et les meilleurs producteurs sont souvent les mêmes. Il n’y a plus de mauvais goût, souvent dû à des mauvaises barriques ou à des raisins peu mûrs, et voilà tout. Le nombre de “marques”, de châteaux, de domaines, a explosé dans ce laps de temps, puisque, auparavant, peu de propriétaires vendaient réellement leur production directement. Il ne faut pas faire d’amalgame.

La première chose à comprendre, c’est que la consommation a évidemment changé mais, contrairement à ce que l’on peut prétendre, on ne boit pas réellement moins de vin, mais on ne boit plus les vins de bas de gamme, on s’intéresse aux appellations contrôlées, notamment, aux vrais bons vins, à ceux qui ont une “âme”. Les vins sont devenus plus intéressants, on s’informe plus, les consommateurs sont devenus plus matures et s’intéressent plus à ce qu’ils ont dans leur verre (ou dans leur assiette).

Les viticulteurs - j’aime mieux le terme de vignerons - ont évolué eux aussi. Ils l’ont fait comme d’autres professionnels dans différents secteurs, commerciaux, tertiaires ou industriels, tout naturellement, en mettant à profit les nouvelles connaissances mises à leur disposition. Les producteurs n’ont pas modifié leur façon de vinifier ou d’élever leurs vins pour faire plaisir aux consommateurs comme le prétendent certains, notamment ceux qui tentent d’imposer un vin standardisé. Il est inexact de dire que l’on produit des vins adaptés au goût des consommateurs. La typicité est au contraire revendiquée.

Mon Guide des vins a été sûrement le premier du genre : en 1980, il y avait des livres, mais pas de livres “de terrain”. J’ai été également le premier à remettre en cause (c’était en 1985) le “fameux” classement des vins du Médoc qui datait de 1855... cela avait créé quelques sautes d’humeur et de nombreux soutiens. Petit à petit, j’ai créé des classements dans toute la France, pour la grande majorité des appellations. Mon expérience me permet en effet d’apprécier réellement le potentiel qualitatif des vins : on ne peut pas juger un vin en le goûtant deux ou trois fois. Il y a des dégustateurs qui arrivent sans expérience et pensent qu’en mettant le nez dans un verre pour la première fois, ils vont tout comprendre. Ils se trompent, car la connaissance passe par le constat de l’évolution d’un vin, par un certain recul : comment était-il y a 5 ans, quel était le maître de chai qui a vinifié le millésime 1988 dans tel château, quelle était la météo à la floraison ou durant les vendanges du millésime 1995 ou du 1982, région par région... C’est cela le vin, c’est ce qui en fait un produit non aseptisé, une histoire complexe qui m’intéresse et me passionne toujours autant depuis 27 ans.

ON NE NOTE PAS DES HOMMES

Même si c’est le tout-venant, je me suis toujours refusé à “noter” un vin. C’est pour moi une négation de ce “sang de la terre et du ciel” que de le ramener à l’affubler d’une note comme on le ferait pour une dégustation de petits pois. C’est oublier la main de l’homme et la dimension humaine et subjective du vin. Faire cela, c’est comme si on notait un acteur de cinéma ou des peintres contemporains de 1 à 20. Mon respect pour le travail des vignerons ne m’incite pas à agir ainsi. Pour avoir du succès, pour durer, en édition comme en vins (plus d’1 million de lecteurs, ce n’est quand même pas rien), l’image ne suffit pas, il faut du concret, du contenu. Le contenu, c’est par exemple, mes classements. Leur but n’est pas de “comparer” tel ou tel cru, mais plutôt de symboliser des “coups de cœur”. Aucun classement n’est à comparer avec un autre, et il ne doit pas y avoir de rapprochement entre une région et une autre.

C’est donc un art de vivre, celui d’aimer la force de la nature, de rêver en lisant quelques vers de poésie, de partager un nectar, en sachant que la qualité passe par la diversité, que l’extase est la même avec un très grand cru ou un vin modeste, puisque seuls comptent le plaisir de l’instant et celui du goût et du partage. Ce goût du vin, c’est avant tout culturel, c’est une question de mémoire collective avec une histoire, une tradition, ce que ne pourra jamais offrir un vin “fabriqué”, français ou étranger.

Je suis autant à l’aise (et sévère, s’il le faut) avec un grand “seigneur” médocain qu’avec un viticulteur alsacien qui apporte son vin à la coopérative. Je prends autant de plaisir en débouchant un cahors qu’un 1er grand cru classé de Saint-Émilion, je partage autant d’affinités avec un vigneron du Beaujolais qu’avec une grande “figure” champenoise. Je revendique à la fois la subjectivité (qui n’en a pas ?) et l’objectivité (qui peut l’être totalement ?). C’est l’essence même de la nature humaine.

NE PAS ÊTRE BLASÉ

J’ai la chance d’apprécier sincèrement chaque style de vin, du plus simple au plus grand, sans faire de parallèle ni de comparaison. Je ne suis pas blasé. Ce n’est pas mon genre de perdre le temps d’un déjeuner avec un propriétaire orgueilleux, mais je suis prêt à m’enthousiamer pour un vigneron qui a la foi, pour soutenir un autre qui en a besoin, pour prendre le temps de rencontrer ceux qui m’inspirent ou pour “boire un canon” en toute convivialité. À mes débuts, Emile Peynaud, avec lequel j’ai appris pas mal de choses essentielles, avait écrit un formidable livre justement intitulé Le Goût du vin. C’est avec de tels écrits, comme cet autre extraordinaire Histoire de la vigne et du vin en France, de Roger Dion, que l’on comprend pourquoi le vin est l’emblême d’une civilisation, celui d’un raffinement et d’une intelligence, celui d’une osmose entre la nature et l’homme. Le vin, c’est une culture, et donc un véritable patrimoine qui vaut la peine d’être défendu. Il faut soutenir le travail des vignerons qui vont dans le même sens, qui partagent cette même éthique, à savoir le respect de la nature, du terroir, de l’homme, et le plaisir du vin. Ils font un vin à leur image et doivent ensuite faire passer leur message auprès des consommateurs en leur démontrant pourquoi leur propre vin est différent de celui du voisin, pourquoi le vin sent la framboise, la griotte, comment s’exprime un terroir de marnes kimmeridgiennes à Chablis, de silex dans la Loire, de molasses calcaires ailleurs, de “crasse de fer” dans le Libournais...

Le vin, c’est comme la vie : un peu de poésie, l’empreinte d’une origine, quelques notes de souvenirs, un zeste de sensualité, de la mesure et du respect...


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18 réactions à cet article    


  • eugène wermelinger eugène wermelinger 16 janvier 2007 13:31

    Salut l’auteur et à notre santé à tous, avec un bon verre de vin ! Le vin ? Voilà un exemple d’aliment vivant. Elaboré par l’homme et la nature. Chacun sait que le lopin de terre d’où il est issu est important en raison de la composition des sols, du micro-climat, du cépage, des radiations telluriques etc. ... Ensuite vient la vinification. Déjà si l’on mélange les raisins de mille lopins différents, adieu la typicité et bonjour la monotonie de la standartisation. Ensuite les améliorants peu ou prou chimiques. Et il y a des centaines de pratiques permises. La porte ouverte à de l’affreuse bibine au final. Mais revenons à un vin honnête. Résultat d’un vigneron honnête lui aussi. Ce vin sera le MIROIR de son état physique et psychique ! Voilà qu’intervient à nouveau cette notion de vitalité dont je parlais hier dans mon commentaire sur le goût. Il faut savoir que l’on a vu maintenant par la biophotonique ( Prof. Fritz Albert POPP Uni Kaiserslautern) que lorsque deux acteurs biologiques (plantes ou du règne animal - dont l’homme) sont mis en présence il se produit un arc ou flasch lumineux (invisible à l’oeil, mais réel) qui est une reconnaissance et aussi un transfert immédiat d’énergies), donc lorsque des acteurs bio se trouvent à proximité l’un de l’autre, ils s’influencent réciproquement. Voilà pourquoi l’homme communique au vin qu’il élève son information de vitalité. Ainsi, moi et aussi des milliers d’autres personnes, soit en connaissance de cause, soit inconsciemment peuvent soit bonifier soit altérer par leur seule présence le goût d’un vin ... ou de tout autre produit biologique. Tout le monde a entendu parler du magnétisme humain. Cela est à présent démontrer et l’on sait que les transferts se font par des photons de lumière cohérente et porteurs de messages. Voilà pourquoi connaître son viticulteur est important. Et je pourrais encore développer .... Merci d’ouvrir mon site.


    • Zozo (---.---.79.1) 16 janvier 2007 18:24

      à Eugène W.

      Votre façon de conclure à la hussarde sur la soi-disant véracité indéniable du magnétisme humain, maintenant soi-disant scientifiquement démontré, me laisse sceptique...Toutes les tentatives de démarches pseudo-scientifiques voulant expliquer le paranormal n’ont pour l’instant convaincu que ceux qui y croient. Et pourquoi pas un gourou dans les caves de nos vignerons, pendant qu’on y est, pour insuffler cette énergie positive où les photons sauront se coordonner en lumière cohérente ?


    • eugène wermelinger eugène wermelinger 16 janvier 2007 20:23

      à Zozo : Je ne pense pas qu’un électroencéphalogramme par exemple est pour vous un moyen paranormal à l’heure actuelle. Il l’eut été il y a un siècle. De même la cristallisation sensible ou thésigraphie est utilisée de nos jours pour voir les forces vitales en oeuvre. Appliqué à l’école d’agricultre biodynamique de Baujeu 69 pour l’analyse du vin. Marie Françoise Tesson du labo LABATS avait aussi montré qu’un pain fait par le même boulanger avait présenté une image appauvrie lors de ses problèmes de santé, toutes choses égales par ailleurs. Le Pr. Fritz Albert Popp de l’Uni de Kaiserslautern en Allemagne a travaillé sur les biophotons avec les résultats dont j’ai brièvement fais mention. La bioélectronique de Vincent arrive aux mêmes résultats. La belge Hélène Bernet m’a étonné en faisant une photo Kirlian des émissions photoniques de ma main d’abord à l’état neutre, ensuite en me mettant en émission. (Celle qui arive à mettre un vin au meilleur de sa forme). Il ne s’agit pas de croyances, mais de réalités scientifiques actuelles. Je vous encourage à vous renseigner davantage afin d’élargir votre champ de connaissance. Cordialement.


    • >Thierry (---.---.116.19) 16 janvier 2007 18:25

      Bonjour les amis

      Quel beau titre !

      Je suis toujours surpris quand on écrit sur le vin rarement on affiche les pratiques agronomiques. Je pense que beaucoup de « maquilleurs » se trouveront débusqués . La viticulture c’est 4% de la surface utile française et 20% de la consommation de produits phytos . Restons modeste sur le sujet que ce soit l’éboulis calcaire ou l’aréne granitique la pratique agronomique influence grandement la nature de la grappe et le type de vin même si « l’on corrige la nature par de la technologie » A vous lire merci Thierry


      • dionysos (---.---.232.178) 16 janvier 2007 19:09

        Il est vrai que beaucoup de vignerons font encore un peu n’importe quoi.

        Mais il y en a heureusement de plus en plus qui reviennent à des pratiques raisonnables, voire à la bio-dynamie, et qui font des vins excellents et typiques.

        J’en connais meme un dans ma région qui a été jusqu’à orienter sa cave, pour bénéficier des influences telluriques. Je ne sais pas si ça marche, mais son vin est en tous points remarquable. @ l’auteur : merçi pour cet article, et merçi pour vos livres !

        Le vin est une composante fondamentale de notre civilisation, alors les jeunes buvez du vin, de qualité et avec modération, plutot que toutes ces m... gazeuses d’origine inconnue. smiley


      • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 16 janvier 2007 19:16

        Merci pour vos encouragements.


      • Sylvain Mauger (---.---.16.30) 16 janvier 2007 20:13

        Je partage l’analyse de Monsieur Dussert-Gerber. Pour moi, Il n’y a pas de bons ou de mauvais vins, mais des bons et des mauvais vignerons. Si chaque millésime est différent, on y retrouvera toujours la marque du vigneron.

        Venant du monde de l’Internet, j’ai lancé il y a quelques jours seulement, un site de vente de vin de terroirs au prix producteur : http://www.ochato.com. Avec mes associés, nous croyons à un tel positionnement sur Internet. Aujourd’hui nos concurrents présentent des vins au kilomètre, avec pour seule distinction, médailles, récompenses ou fiches techniques formatées. Les goûts aussi sont formatés et l’expérience consommateur se résume à un tri de résultats de recherches.

        Pour Christophe Guitard, notre conseiller technique, « un vin ne saurait être de qualité sans le travail de l’homme et de la Nature qui l’accompagnent. C’est pourquoi l’équipe d’Ochato.com s’est efforcée de rechercher non seulement des vins de haute qualité, mais aussi les vignerons et les terroirs qui les portent, qui les dirigent, qui les protègent et les élèvent, et finalement, les respectent au gré des humeurs des millésimes. » Chacun, selon ses goûts et ses coutumes, ses intentions et ses espoirs saura trouver les vins qu’il désire. Les vignerons avec lesquels nous travaillons sur Ochato.com ont gagné notre confiance et notre fidélité car ils ont « remonté leurs manches » ! Et ils n’ont pas fini de défendre leurs goûts !

        La filière et encore plus les vignerons qui osent faire dans le vin de caractère doivent tous les jours poursuivre l’effort éducatif. Le goût ça s’éduque. Si on ne peut pas goûter un vin sur Internet, je suis convaincu du potentiel éducatif et technique de que représente ce média. Ce vin formaté, ce vin issu du marketing que vous pointez du doigt, trouve un marché aujourd’hui du manque d’information et d’éducation des consommateurs. S’il boit moins, pour boire mieux, le consommateur doit savoir. Servons-nous des budgets marketing pour faire expérimenter, tester, goûter. Le vin est devenu davantage un produit culturel et festif qu’un aliment du quotidien. Alors ne le traitons pas de la même manière qu’un produit de très grande consommation.

        Sylvain Mauger Fondateur et Associé www.ochato.com

        « Qui sait déguster ne boit plus jamais de vin mais goûte des secrets » Salvador Dali


        • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 16 janvier 2007 20:35

          Merci de partager mon analyse. Evidemment, étant à l’origine de L’Amour du vin (http:..www.amourduvin.com), je suis bien placé pour vous dire que pouvoir faire goûter les vins est une force de vente indéniable.

          Pourtant, je suis d’accord : le web a sa place à trouver, notamment avec des sites « humains » face aux 3 ou 4 mastodontes sites marchands actuellement en ligne et qui, en fait, ne sont pas plus chaleureux qu’une grande surface face à l’accueil d’un caviste. Il faut donc personnaliser et multiplier les « niches ».

          Eduquer, il faut toujours éduquer. Mais le web ne remplace pas encore le papier : l’impact de mes réalisations (et celles de mes concurrents sérieux) sont là pour le prouver.

          Je connais pas mal de citations sur le vin (voir : http://patrick.dussert-gerber.com/lanthologie-du-vin/) mais pas celle de Dali, qui est de premier ordre.


        • Vin spirit ie (---.---.245.1) 17 janvier 2007 12:22

          Bonjour

          Je suis globalement d’accord avec vos analyses, mais je ne comprends pas deux points. D’abord, il faut arreter d’entretenir cette opposition entre gros et petits producteurs. L’inflation des prix de vins de haut de gamme, ou jugés comme tels, n’est pas responsable des difficultés des producteurs de vin plus modestes. La concurrence est internationale, et toutes les gammes sont présentes, aussi bien en France, qu’en Californie ou en Afrique du Sud... Alors plutot que de désigner des coupables, faisons plutot en sorte que le vin français améliore sa visibilité.

          Ensuite l’opposition entre cépage et terroir n’est pas forcément la plus pertinente. Le champagne, modéle de réussite, est historiquement le premier « vin de marque ». Le terroir fait encore vendre pour les vins de moyenne et haut de gamme. Mais mettre l’accent sur le cépage est le moyen pour les vins de pays de sortir de la crise, à la condition que les producteurs se fédèrent intelligemment, afin d’atteindre des volumes suffisants pour l’exportation.

          http://vin-spirit-ie.info


          • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 17 janvier 2007 17:59

            Votre commentaire est instructif mais mérite des précisions :
            - Je « n’oppose » pas dans mon article ce que vous appelez les gros et les petits producteurs. Il y a une crise de mévente également pour un bon nombre de crus plus réputés (et donc plus chers), que, si j’ai bien compris, vous classifierez dans les « gros ».

            Par contre, si les « gros » sont pour vous les groupes de spiritueux (vu dans votre site votre article sur Ricard), en effet, je les oppose alors avec l’ensemble des autres producteurs, du plus cher au plus abordable, du Petrus de mon ami Jean-François Moueix (http://patrick.dussert-gerber.com/archives/dejeuner-avec-jean-francois-moueix.html#respond) au Cdr-Visan de mes amis Théodosiou (http://patrick.dussert-gerber.com/archives/visan.html#respond)

            - Pas d’opposition non plus entre cépage et terroir, mais, je crois, au contraire, que notre « visibilité » ne peut se faire au détriment de la mise en avant du terroir.

            Tout dépend de ce que l’on veut faire : du vin digne de ce nom ou un produit rouge, blanc, rosé ou mousseux qui plairait à tout le monde. Même démarche pour l’agroalimentaire.

            Votre exemple sur le Champagne n’est pas si opportun non plus, puisque, depuis déjà 5 ans, les marques et vignerons champenois (en tout cas celles qui font de la qualité) orientent leur communication beaucoup plus sur leurs terroirs que sur leurs assemblages. On n’est plus à l’époque où le Champagne se comportait comme un vin de fête mais à celle où le Champagne se présente comme un vin, à déguster selon des plats, selon ses crus, selon la proportion de ses cépages. La marque (désolé pour la pub) la plus prestigieuse de la Champagne, Krug, accentue fortement sa différence avec son Clos du Mesnil, provenant d’un « clos » unique, c’est-à-dire d’un terroir... Et puis, le Champagne est un cas unique, dans le monde entier, et l’union qui se dégage de leurs instances est tout-à-fait exceptionnelle, ce qui en fait un cas d’école depuis des décennies.

            Enfin, la sortie de la crise des vins de pays n’a rien à voir avec le fait que ceux-ci devraient mettre en avant le cépage, et n’a surtout rien à voir avec l’exportation.

            C’est une crise avant tout sociale et franco-française.

            Elle a d’abord sa source dans la rémunération du travail fourni : en Languedoc comme à Bordeaux, on propose des niveaux de prix au tonneau inadmissibles (un peu comme si le smic était à 400 € !). A cela s’ajoutent de nombreuses causes plus anciennes comme l’incitation par nos pouvoirs publics à des plantations trop importantes et le manque de soutien d’un certain négoce qui ne s’attache pas à défendre les vins de sa région (pour l’anedote, voir : http://patrick.dussert-gerber.com/archives/air-france-la-honte-et-les-vins.html#comments ).

            On est donc loin de la baquette magique « cépage » pour aider ces producteurs à s’en sortir, et c’est une erreur de leur faire croire qu’il ne s’agirait que de cela. Je rappelle aussi que ce serait désobligeant pour ces producteurs de vins « modestes » que de leur dire qu’ils n’ont rien d’autre à faire que de mettre Merlot ou Grenache sur leurs étiquettes, car, le terroir (même moins expressif), cela existe aussi au fin fond du Minervois ou des Bordeaux Supérieur.

            Un dernier point : ce croyez pas que seule la France viticole serait en « crise ». Les pays neufs ne sont pas en reste, de l’Australie à la Californie", qui n’arrivent pas, et cela ne date pas de 2006, à écouler leurs surplus. Les boîutes ferment, se revendent, et Mondavi en profite.

            On voit que l’avenir de nos vins passe bien par la multiplication des « niches » plutôt que par une uniformisation par le bas, sous le nom d’une « marque mondiale ». Même les Californiens commencent (un comble) à réfléchir sur un système d’appellations similaires au nôtre, conscients d’avoir à justifier une « typicité » territoraile et non plus simplement un nom de marque ou de cépage pour exister sur le long terme.

            C’est notre complexité qui fait notre visibilité, comme c’est une France multi confessionnelle qui fait notre pays.


          • Rocla (---.---.249.104) 17 janvier 2007 18:25

            Monsieur Patrick Dussert-Gerber ,

            Votre façon d’ exposer vos propos est gouleyante , dans le sens frais (pas léger) .

            Très interessants vos points de vue .

            Une question si vous permettez ?

            A part le prestige et sans doute d’ autres variables , qu’ est-ce qui justifie la différence de prix entre un champagne de bon vigneron à 12 euros et une bouteille de marque à 10 ou 20 fois ce prix ?

            Rocla


            • Patrick Dussert-Gerber Patrick Dussert-Gerber 17 janvier 2007 19:32

              Merci pour votre fidélité à mes articles.

              « Qu’est-ce-qui différencie... » : rien et tout

              1/. Rien : si l’on prend comme hypothèse que le Champagne du vigneron est un très bon Champagne (parlons plutôt d’une fourchette de prix de 15€), notamment s’il provient d’un terroir de Grand Cru ou de Premier Cru.

              A priori, si le Champagne provient bien d’un territoire de premier ordre donc, il n’y a aucune raison qu’il ne procure pas autant de plaisir qu’une autre marque beaucoup plus chère. Ensuite, intervient le goût de chacun. La meilleure preuve de cela, c’est « l’explosion » des vignerons champenois de ces dernières années qui préfèrent dorénavant signer leurs propres cuvées plutôt que de vendre leurs raisins à des marques.

              Certaines marques, non propriétaires de vignes, ont de plus en plus de mal à se procurer des raisins de qualité, et c’est souvent la raison pour laquelle, la qualité baisse. Je passe sur les maisons qui passent leur temps à changer de mains et ne sont plus qu’une marque sur une étiquette, comme une façade de décor au cinéma.

              Les marques historiques et propriétaires de vignobles (Taittinger, Roederer, par exemple) sont donc à l’abri et parviennent d’ailleurs à proposer des cuvées de base à des prix abordables (30 €).

              2 : Tout. Le Champagne de marque (on doit pouvoir parler d’une fouchette de 5 à 6 fois ce prix, ce qui n’est pas rien, je vous l’accorde) gère et vend son antériorité, sa notoriété et, surtout sa régularité qualitative, ce qui est un gage exceptionnel de sécurité. Souvent un vigneron, faute d’années de réserve notamment (les vins de réserve en Champagne sont les vins plus anciens que l’on rajoute pour donner du bouquet et de la structure, par exemple, on peut ajouter 5% de vins de 7 ans et 10% de vin de 12 ans dans une cuvée) ne peut pas jongler avec une palette aussi riche et donc sortir une très grande cuvée.

              Une très grande cuvée de Champagne mérite à mon avis son prix (en général autour de 100€ en effet), surtout si on compare le travail d’assemblage et d’élevage (certains bouteilles nécessitent une patience de plus de 10 ans) par rapport à des crus de Bordeaux. Et puis, c’est souvent alors un Champagne de table, à ouvrir sur un repas, et donc que l’on prend le temps d’apprécier.

              J’espère que ma réponse vous renseigne.

              Pas facile de s’y retrouver.


            • Rocla (---.---.196.250) 18 janvier 2007 18:47

              Alors vous, Patrick , vous avez de l’ étiquette,je suis ravi .Merci beaucoup d’ avoir pris sur votre temps pour répondre. Si j’ ai bien compris , pour un Champagne cher il y donc une élaboration en fait plus coûteuse en raison d ’ ajout de vin plus ancien etc , le fait que l’ on paye la renommée de la maison ,la régularité , on pourrait dire le standing. C’ est un peu idiot ma démarche , mais il m’ est arrivé de déguster du Champagne prestigieux et en effet il m’ a donné grande satisfaction , mais je n’ ai pas pu conclure qu’ il était dix fois meilleur que celui qui coûtait dix fois moins .

              Bon il est vrai que c’ est un peu trivial de parler de prix quand on veut se faire plaisir , mais l’ argent ne tombe pas en forme de pluie . Et heureusement il existe des clients aisés pour acheter ces flacons.

              Encore merci à vous et bonne réussite .

              Rocla


              • Emile Red Emile Red 19 janvier 2007 10:30

                « Souvent un vigneron, faute d’années de réserve notamment... »

                N’y a-t-il pas une certaine contradiction dans vos propos avec le fait que vous dénonciez une trop grande surface exploitable, en effet la réduction des surfaces va limiter mathématiquement les années de réserve et, à vous lire, déprécier les qualitatifs en limitant les quantitatifs ?

                Je suis, par ailleurs, parfaitement d’accord avec votre article, cependant je trouve que vous ne mettez pas assez l’accent sur la politique franco/européenne qui ne va pas dans le meilleur des sens que vous décrivez, l’autorisation du boisage, par exemple est la pire solution apportée à la pseudo-crise du vin (qui je vous le rappelle est cyclique).

                D’autre part la standardisation des vins de par le monde est le fait d’un homme en particulier qui lors de ses visites dans notre région est accueilli à bras ouverts alors qu’il devrait être renvoyé « at home » à coup de pieds dans le cul, je ne comprends absoluement pas comment ce Monsieur Parker puisse avoir une crédibilité ici en France et particulièrement dans notre beau Bordelais, alors que ses compétences ne lui feraient pas distinguer un côte de Blaye d’un côte de Bourg.

                Je trouve personnellement que le milieu vini-viticole aurait tout à gagner à faire une guerre idéologique à ce genre de personnage néfaste, et de s’en servir pour promouvoir la différence, si le cépage est transportable, mutable le terroir est défini et immuable, là est la force des grands vins que Mr Parker tente de dissimuler.

                Merci encore et tout de même à votre article qui réchauffe le palais.

                Fronsaquement votre...

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