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Accueil du site > Actualités > Economie > Les 100 miliards/an de la pollution de l’air : beaucoup TROP et hors (...)

Les 100 miliards/an de la pollution de l’air : beaucoup TROP et hors de la RÉALITÉ

Les coûts, en grande partie sanitaire, présentés dans le rapport N° 610 du SÉNAT, concernant les pollutions de l'AIR, ont été diffusés par les médias : plus de 100 Mds€/an. Chiffre à majorer selon les Écolos politiques ! On s'attendait à de violentes réactions avec des coups de menton de la part des ministres Ségolène et Marisol en charge de l'environnement, des transports et de la santé publique : un tel potentiel d'économie ne peut laisser indifférent. "On prendra des mesures" ultérieurement ! Et si le Rapport, à peine effleuré par les journalistes, disait tout dans le détail ainsi que son contraire ? Et c'est le cas !

Avant de se plonger dans le rapport, la perspective d'un potentiel de 100 Mds €/an d'économies laisse rêveur : après 35 Mds € de prélèvement annuel pour alléger le déficit budgétaire, il reste 65 Mds/an soit 1000 €/an par Français ; quelle aubaine ! Au lieu de redistribuer du pouvoir d'achat profitant surtout aux importations, il faudrait aussi financer des investissements de transports publics (le projet du métro du Grand Paris est estimé à moins de 40 Mds €), d'économies d'énergie, de lutte contre le réchauffement climatique et la montée des eaux. etc...etc....

Autre réflexion : les économies seront faites en réduisant des dépenses de santé, d'où moins de médecins, d'infirmières, d'hôpitaux, de médicaments et de pharmaciens. Quelle catastrophe au niveau de l'emploi ! 100 Mds/an c'est au moins un million d'emplois directs et deux à trois millions d'emplois indirects : ia mariée n'est pas aussi belle et sa dote se rétrécit à vue d'oeil !

 

ALORS IL FAUT SE PLONGER DANS LE FAMEUX RAPPORT DU SÉNAT

 

Le rapport 610, publié en juillet 2015, traite de la pollution de l'air extérieur et intérieur partout dans le monde en en particulier en France. C'est un pavé de 306 pages comprenant :

- 140 pages d'analyses de rapports antérieurs réalisés par une multitude d'organismes internationaux (OMS) ou nationaux (une bonne dizaine) présentant des données chiffrées réelles (Sécurité Sociale branche maladie, hôpitaux, Institut National du Cancer,) et des estimations fondées sur des hypothèses précises et fort variables selon les organismes et instituts.

- 87 pages de propositions essentiellement administratives et réglementaires,

- 59 pages d'auditions de ministres (en juin 2015) et de diverses personnalités présentant leurs remarques sur le rapport,

- le solde en table des matières et références.

Les ministres auditionnés sont :

+ Stéphane le FOLL agriculture, forêt, agro-alimentaire,et porte-parole du gvt ;

+ Christian ECKERT budget ;

+ Ségolène ROYAL environnement et transports ;

+ Marisol TOURAINE santé publique.

 

Les organismes et instituts ayant fournis des données chiffrées, des réglementations, des analyses et des propositions sont :

OMS ; CAFE/UE ; ANSES ; AFSSET ; CGDD ; INCa ; INRA ; INERIS ; RNSA ; OQAI ; HCSP + VGAI ; APHEKOM ; CNAM (Sécu() ; HP de AP (Paris) ; Normes de la CE ; ...

 

Dépenses directes de la Sécurité Sociale, branche maladie :

L'impact ne serait que d'environ 3 Mds € /an, (soit 30% du déficit de la branche maladie) selon les chiffres de la Sécu, auxquels il est possible d'ajouter 1 Md €/an d'indemnisation versée par les entreprises au titre de maladies professionnelles essentiellement d'ordre respiratoire. Les frais médicaux pour les personnes fragiles, après une atteinte de maladies cardio/vasculaires ou broncho/pulmonaires, ne sont pas pris en compte par la Sécu. Les MLD dues aux affections respiratoires coûtent très cher à la Sécu.

Les journées d'arrêt de travail indemnisées ne coûtent que 165 M€ au taux de 48,13 € d'indemnité journalière (IJ) (les entreprises et administrations publiques versent souvent un complément, mais le montant restera inférieur au milliard € !). Les arrêts Sécu correspondent alors à environ 3,3 M de journées, soit 15 000 années de travail plein (soit 15 000 personnes en arrêt sur une année, à relativiser avec les 3,5 M de chômeurs plein temps de catégorie 1 ). Nota : certains médias ont annoncé seulement 650 000 journées d'arrêt de travail (3 000 personnes pendant un an) ce chiffre anormalement bas n'apparaît pas dans le rapport.

Les maladies concernent majoritairement les voies respiratoires, avec des bronchites et des pneumonies. Certaines dérivent en cancers à facteurs multiples (tabac,...). La Sécu et autres agences de santé ne retiennent qu'une prévalence directe de la pollution de l'air dans les cancers des voies respiratoires qu'à hauteur de 10% des cas (80% pour le tabac et 10% autres). Le nombre de décès par cancers des voies respiratoires est de l'ordre de 30 000 /an (hommes et femmes confondus). La pollution de l'air n'entraînerait donc qu'environ 3 000 décès par an par cancer des voies respiratoires !

L'Asthme est aggravé par la pollution de l'air (ozone et particules, NOX) mais l'origine allergique aux pollens et polluants intérieurs (micro-organismes, moisissures, COV des revêtements de sol, aérosols divers ...) est prépondérante.

Nombre de décès et de morbidité :

Le nombre global de décès imputables à la pollution de l'air est de l'ordre de 42 000 à 45 000/an, (3000 par l'ozone et 42 000 par les particules et NOX), principalement par maladies des voies respiratoires, puis par AVC et infarctus. Le nombre d'hospitalisation de longue durée avec ensuite des incapacités ou invalidités partielles est du même ordre : ce nombre est classé en morbidité.

Coûts non sanitaires de la pollution de l'air :

La pollution de l'air a aussi d'autres effets non directement liés à la santé humaine :

+ dépenses des organismes et instituts de mesures, de contrôles, de prévention de la pollution de l'air ;

+ moindre production des récoltes agricoles ;

+ réduction de la biodiversité (impossible à chiffrer des coûts) ;

+ dégradation des bâtiments (rénovation de façades plus chères et plus fréquentes) ;

+ pollution induite des eaux (ruissellement des pluies chargées de polluants, infiltration dans les nappes ) ;

Une estimation, au doigt levé, retient un surcoût de 4,3 Mds €/an.

 

INTRODUCTION de la MORTALITÉ et de la MORBIDITÉ dans les COÛTS SANITAIRES :

Les montants présentés ci-dessus une fois additionnés sont très inférieurs à 10 Mds €/an, alors que les journalistes ont retenu le chiffre de 100 Mds €/an ! la grande différence vient de l'introduction de coûts évaluant l'impact économique et financier de la mortalité et de la morbidité. Comme dans le cas d'accidents mortels et/ou générant des invalidités, les assurances doivent payer des indemnités souvent élevées. Dans le rapport les différents organismes retiennent 3 sources de coûts (plus ou moins fictifs) à savoir :

- la VVS (Valeur de Vie Statistique) en cas de décès dans la force de l'âge ;

- la VAV (Valeur une Année de Vie) en cas de décès à partir de 55/60 ans ; cette VAV sera appliquée pour le nombre d'années entre le décès et les 80 ans (âge limite statistique !) ;

- Un coefficient de mal vie, genre taux d'invalidité, applicable pour les années restant à vivre (jusqu'à 80 ans) à partir de l'attaque de la maladie.

 

Selon les organismes les valeurs de VVS et VAV présentent de fortes disparités :

- VVS de 500 000 € à 3 M€ avec parfois des variations selon les victimes et leur âge !

- VAV de 40 000 à 115 000 € ; à un décès à 60 ans va correspondre 20 ans de VAV soit au maximum 115 000 X 20 = 2,3 M€

C'est ainsi que les coûts socio-économiques sanitaires sont estimés pour l'air extérieur :

+ entre 20 et 30 Mds€ pour CGDD ;

+ à 50 Mds € pour OMS et OCDE ;

+ entre 68 et 97 Mds € pour CAFE (Clean Air For Europe de l'UE).

En ajoutant les 3 Mds € de frais directs selon la branche maladie de la Sécu, à l'estimation la plus haute on arrive aux 100 Mds € jetés en pâture par les médias !

 

COÛTS ESTIMÉS de la POLLUTION de l'AIR INTÉRIEUR

Les évaluations ci-dessus concerne l'air extérieur. A l'intérieur des locaux la pollution de l'air présente aussi des effets néfastes sanitaires.

L'ANSES évalue les coûts sanitaires à 19,5 Mds €/an avec 19 000 décès (93 000 Années de Vie perdues) et 31 000 intoxications graves. Les polluants intérieurs sont nombreux et dangereux pour la santé. Dans le monde, avec les foyers de cuisine et de chauffage au bois et au charbon, c'est la pollution intérieure qui provoque le plus grand nombre de victimes (quelques millions/an).

D'autres organismes ont des estimations plus faibles : 10 Mds €/an et même moins !

Pour certains organismes il y a interaction entre les deux pollutions intérieures et extérieures : il est illusoire de vouloir départager.

 

CAS de l'ÉTUDE APHEKOM

Aphekom a réalisé une étude avec approche "contre-factuelle" portant sur 9 grandes villes françaises (dont Paris et sa banlieue proche) portant sur 12 millions d'habitants : Aphekom a évalué (avec des VVS et VAV dans la moyenne) les gains possibles si la réglementation actuelle de l'UE, déjà contraignante, était respectée. Les réductions de coûts ne seraient que de 4,8 Mds €/an ! Le sérieux de l'étude et du rapport laisse supposer que ces valeurs correspondent à l'extension pour la France entière, mais cela n'est pas précisé !

 

REMARQUES IMPORTANTES sur le RAPPORT

1- Le rapport présentent les valeurs des seuils pour les pics de pollution à l'ozone, aux particules fines et aux oxydes d'azote, mais oublie de donner les valeurs réglementaires actuelles et futures (déjà arrêtées) par l'UE. Elles sont bien inférieures aux seuils des pics déclenchant des mesures exceptionnelles.

2- Le rapport précise la répartition des émissions de polluants pour les transports (surtout routiers), l'industrie, l'agriculture et le résidentiel tertiaire (habitations, bureaux) :

- pour les particules fines c'est le résidentiel tertiaire qui vient en tête (combustion du bois principalement) suivi de l'industrie, puis des transports et enfin l'agriculture ; une exception notable de Paris/Ile-de-France en tête pour les particules très fines (58% en PM2.5) ;

- l'indusrie est en tête (80 %) pour le SO2 (malgré des réductions de l'ordre de 83% entre 1990 et 2003) et les COV (41%) (composés organiques volatils) ;

- l'agriculture est en tête pour l'ammoniac NH3 (97%) généré surtout par les lisiers épandus sur les terres agricoles ;

3- les préconisations les plus importantes portent sur les transports avec plus de taxes sur les carburants, des filtres fermés avec catalyseurs (très chers), et sur la promotion des véhicules électriques ; rien de tangible sur les barbecues et les foyers à bois : c'est écologique, ALORS ?

4- Les VVS et VAV n'ont pas de sens économique dans ce rapport : ce sont des valeurs virtuelles qui ne font l'objet d'aucun financement ni d'inscription en dettes. Par contre, dans des cas extrêmes la perte de richesses créées, suite à un décès, a un sens : par exemple le décès de Jean-Luc Lagardère suite à une intervention chirurgicale a eu des conséquences économiques importantes. La perte de ce grand capitaine d'industrie, visionnaire et bon gestionnaire et financier, pour son groupe d'entreprises et pour sa famille s'est traduite par des pertes financières induites et indirectes d'au moins plusieurs centaines de millions d'euros ! De même, pour le dramatique accident de Christophe de Margerie, PDG de Total, et reconnu comme un manager exceptionnel et hors pair. Par contre, pour un décès à 75 ans d'un retraité malade et en MLD, attribuer 5 ans de VAV (de 200 000 € à 575 000 € selon les références) n'a aucun sens économique : un calcul "froid" considérerait qu'au contraire son décès entraîne des économies pour la branche maladie de la Sécu, pour les caisses de retraites et pour les financements de séjours éventuels en maison de retraite (médicalisée ?). Ainsi l'incidence des décès prématurés sur les caisses de retraite, de chômage et d'assurance maladie, n'est jamais évoquée !

5- des estimations intéressantes sur la rentabilité de travaux et équipements destinés à réduire la pollution de l'air sont en soit intéressante, sauf que dans les économies induites les virtuels VVS et les VAV sont prises en compte ; d'un côté des dépenses réelles de l'autre des économies en grande partie virtuelles ! Dommage !

 

CONCLUSIONS

1- Les coûts réels, effectivement déboursés, dus à la pollution de l'air intérieur et extérieur sont de l'ordre de la dizaine de milliards d'euros et non pas de la centaine de Mds €, (selon la présentation tendancieuse du rapport).

2- Les normes de plus en plus sévères et les efforts méritoires des industriels et des constructeurs de véhicules diesel et essence vont dans le bon sens et améliorent la situation.

3- L'information et la formation des citoyens sont une nécessité principalement pour les pollutions de l'air intérieur.

4- La recherche de sauts technologiques est à privilégier comme pour les transports en site propre sur câbles, les véhicules électriques et pour le télé travail.


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4 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 23 juillet 2015 11:02

    Il y a longtemps j’avais dit que l’air n’était pas gratuit...la preuve.. !


    • zygzornifle zygzornifle 23 juillet 2015 12:47

      pour arriver a ce chiffre ils ont ajoutés leurs salaires, leurs primes leurs avantages et tous leur a cotés , enveloppes et divers pots de vin .......


      • Esprit Critique 24 juillet 2015 00:44

        100 milliards seulement, c’est pas de bol !

        Si c’était 2000 milliards , le montant de la dette officielle, soit seulement 20 fois plus , il suffisait d’ouvrir les fenêtres pour que la France ne doive plus rien !

        C’est ballot ! non ?

        L’Ecolo est merveilleux, il ne manque pas d’air, (mais en même temps avec un peu d’air en plus, nous serions tous milliardaires


        • Croa Croa 24 juillet 2015 23:31

          Bien sûr que tout ça c’est du flanc !  smiley
          (Rire jaune en fait)
          *
          Le but de cette intox est de pousser au renouvellement des automobiles et les effets que ça aura n’amélioreront évidemment pas l’environnement. Un détail parmi d’autres : les « particules », terme obligé pour désigner les suies, posent certainement un problème de salubrité mais en quoi ce serait plus important que les effets globaux dues aux gaz à effet de serre qui risquent carrément d’hypothéquer toute chance de survie à nos petits enfants, voire à nos enfants ?

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Auteur de l'article

hugo BOTOPO


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