Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Economie > Les banques d’investissement américaines étaient-elles efficientes (...)

Les banques d’investissement américaines étaient-elles efficientes avant la crise financière ?

Nous l’avons bien compris, ces dernières années les transformations de la finance ont sensiblement concerné les banques d’investissement (nouvelles technologies, déréglementation, globalisation). Sous l’impulsion des modèles anglo-saxons, la banque d’investissement s’est développée de façon spectaculaire et s’est imposée comme la partie noble de la banque. Son prestige subit cependant les aléas des variations de marché et des contraintes de rentabilité sur fonds propres. Surtout, une crise financière redoutable, mêlant zones d’ombre et responsabilité très clairement établies. Du coup, ces banques d’investissement doivent à l’aune des nouvelles règlementations, être avant tout solvables et efficientes (la rentabilité rapportée aux fonds propres). 
 
La récente crise financière a surtout touché les banques d’investissement. Sous la pression du profit, elles ont contribué à l’émergence d’un système de rémunération fondé sur la prise de risque parfois inconsidérée. La période post-crise est marquée par une volonté politique de considérer que la solvabilité bilancielle des banques d’investissement est essentielle pour la stabilité de l’environnement économique. C’est dans ce contexte que la description d’une banque d’investissement moderne et d’un nouveau processus de production refléteront les changements attendus dans leurs activités. Nous pensons que ce nouveau processus de production passe par la production d’efficience de solvabilité (la rentabilité dégagée n’a de sens que rapportée aux fonds propres).
 
Nous avons mené une étude statistique par enveloppement des données sur 32 banques d’investissement américaines : dans la mesure où les banques d’investissement américaines ont contribué à la détérioration du climat économique récent, que peut-on dire de la solvabilité des banques d’investissement américaines juste avant la crise financière ?
 
Les résultats restent pour le moins surprenants et assez contre-intuitifs (certainement du fait des spécifications fonctionnelles) : on observe une détérioration de l’efficience de solvabilité entre 2004 et 2008. L’écart entre le profit et les fonds propres se réduit. Surtout, on observe que la volatilité de cette efficience ne cesse d’augmenter, elle n’est pas stable. Pourquoi ? En complexifiant un peu notre fonction de production, qui ne contient pas uniquement les Profits en output et les Fonds propres en input, mais aussi les dépôts, le tier one, les provisions en inputs, les crédits et le portefeuille titres en output, on observe très paradoxalement que ce sont les dépôts, le tier One, et les provisions pour créances douteuses qui ont plombées en partie la solvabilité des banques d’investissement. Avec cette mesure très benchmarkée, puisqu’elle analyse l’efficience uniquement relative, on peut douter pour les banques américaines de l’intérêt du développement de la règlementation de Bâle III. 
 
Aussi, l’on observe que dès 2005 le problème se posait, avec un effondrement de l’efficience de solvabilité et une hausse de la volatilité considérable en 2005 à cause du Tier One en inputs ! Côté outputs, ce sont les encours de crédits insuffisants et ensuite seulement, l’insuffisance du portefeuille titres qui expliquent l’insolvabilité relative du système bancaire américain avant la crise financière.
 
Pour compenser cette inefficience de solvabilité, il aurait été souhaitable d’investir davantage en encours de crédit ou en portefeuille titres plus qu’en activités de négociation des opérations de marché. En gros, lorsque l’on réalise une analyse benchmarkée, celle qui relate les mouvements d’ensemble en interdépendance et les points faibles du risque systémique interne aux Banques d’investissement américaines, on constate qu’augmenter à tout prix les fonds propres n’a aucun sens sans une prise en compte des risques à l’actif. Cette augmentation détériore même l’efficience de solvabilité des banques en les éloignant des meilleures. 

Moyenne des avis sur cet article :  2.09/5   (11 votes)




Réagissez à l'article

4 réactions à cet article    


  • Roosevelt_vs_Keynes 21 juillet 2011 11:47

    Pour faire avancer la réflexion, ci-dessous la déclaration écrite à propos des banques d’investissement, par Merrill Cook, un businessman américain, qui siégea sur les bancs des Républicains au Congrès américain de 1997 à 2001.

    Le 17 juillet 2011 :

    Soutien au Prudent Banking Act de 2011, H.R. 1489 présenté par Kaptur/Jones

    Par l’ancien congressiste américain et membre de la Commission bancaire de la Chambre, Merrill Cook (Républicain, UT-2, 1997-2001)

    Les Républicains sont en général très suspicieux à l’égard de toute régulation gouvernementale, et il est de leur devoir de l’être. Je suis moi-même un champion du système de libre-entreprise, et en tant qu’homme d’affaire, lorsque j’étais au Congrès des Etats-Unis, j’ai toujours voté contre des régulations supplémentaires dans le business. Mais les Républicains, comme beaucoup d’autres, doivent garder à l’esprit que les intermédiaires financiers ont une fonction fondamentalement différente de celle de la production, de la distribution ou d’autres services issus de la production lorsqu’il est question de mettre en application des régulations gouvernementales raisonnables. La différence réside dans le fait que la plupart des activités de business gèrent leur propre argent ou les ressources d’actionnaires, alors que les intermédiaires financiers gèrent l’argent ou les ressources des autres. Rappelez-vous l’adage : « les banques ne prêtent jamais leur propre argent, elles prêtent toujours celui des autres ».

    Les banques, les compagnies d’assurance et les sociétés de banques d’investissement sont des intermédiaires financiers qui tous, d’une manière ou d’une autre, sont confrontés à des dangers moraux dont les conséquences sont bien plus importantes que ceux auxquels font face d’autres business. (…) L’Histoire nous a montré que l’un des meilleurs moyens pour réduire le danger moral que représentent les intermédiaires financiers est de séparer, en créant un strict « pare-feu », les banques, des compagnies d’assurance et des banques d’investissement. Ceci est aujourd’hui encore plus important qu’avec le Banking Act de 1933, car ce n’est qu’après l’adoption de cette loi que l’argent des déposants dans les banques a été assuré par le contribuable américain grâce à la FDIC (l’Agence fédérale d’assurance des dépôts bancaires, créée en 1933 par Roosevelt – ndlr). Sans ces stricts « pare-feu », ou une séparation totale, les compagnies d’assurance, ou plus important encore, les sociétés de titre ou plutôt les banques d’investissement peuvent exposer l’argent assuré des contribuables à de plus grands risques que les banques commerciales traditionnelles. Exposer leur argent à des produits dérivés complexes et des credit default swaps ne correspond pas à ce que le peuple américain souhaite qu’il soit fait avec ses dépôts dans les banques commerciales, ni ce à quoi le contribuable s’est engagé lorsqu’il a accepté d’assurer ces dépôts lors de la création de la FDIC.

    La réaction du gouvernement américain au récent effondrement de nos établissements financiers et de notre économie, a été de lancer de plans de renflouement et de relance sans précédents. Ces plans ont créés de nouveaux et grands danger moraux. Il devient évident chaque jour que les plans lancés depuis la mi-2008 pour contrer nos problèmes économiques vont non seulement échouer, mais aussi créer un niveau de danger si grand que les américains pourraient y perdre non seulement leur prospérité, mais, surtout, leur liberté. Instaurer le Prudent Banking Act de 2011, H.R. 1489, constituera un pas en arrière, mais pour un changement dans la bonne direction.

    Le projet de loi HR 1489 porté par la gauche démocrate a déjà le soutien de 28 députés, dont quatre Républicains. Ceci « est révélateur de la nouvelle ligne de fracture politique qui se crée outre-Atlantique : il n’y a plus d’opposition politicienne « partisane » mais une lutte à mort entre le peuple souverain et l’oligarchie financière. »


    • paul 21 juillet 2011 12:54

      Non économiste, je me mêle un peu de ce qui ne me regarde pas, mais quand je lis le dernier paragraphe :
       « augmenter à tout prix les fonds propres n’a aucun sens sans une prise en compte de l’actif .cette augmentation détériore même l’efficience de solvabilité des banques en les éloignant des meilleures »......
      J’ai comme un doute : on nous aurait menti au sujet de l’utilité de Bâle 3 ( ! ), qui devait empêcher que les banques en difficulté fassent appel aux fonds publics comme cela a été massivement le cas ? déja que la ratio de solvabilité de 7 % adopté, au lieu des 15 ou 20 % qui étaient nécessaires, n’avait rien de contraignant ....
      D’autre part le terme « banque d’investissement » signifie trop souvent spéculation sauvage et actifs pourris .Il est urgent que le rôle premier de banque de dépôt pour l’épargnant soit étanche par rapport aux prêts spéculatifs de ces banques .


      • JPhilippe 22 juillet 2011 11:35

        N’oublions pas la rôle de base des banques (de dépôt et d’investissement).
        C’est de faciliter la mise à disposition des ressources financières entre ceux qui ont des fonds, et ceux qui ont des projets ou des entreprises à développer.

        En apportant à ceux qui « prêtent » les fond, une certaines garantie liées à leur solidité et en s’assurant donc de ne pas dépasser certains niveaux de risques dans leurs emplois, afin de rester là aussi compatibles avec leur solidité financière.

        En résumé, les banques sont des PARASITES UTILES et INDISPENSABLES à la société. C’est une sorte de symbiose (pour utiliser une analogie scientifique).

        Quand la symbiose se déséquilibre, le corps humain a besoin d’être soigné ainsi que son parasite.

        Pour continuer la comparaison, quand l’équilibre entre les banques et la société est rompu, il faut donc soigner la société et la banque pour rétablir l’équilibre.

        Donc maintenant, au boulot


        • armand 22 juillet 2011 19:40

          Bon article, tout est dit dans le livre de J.E.Stiglitz « le triomphe de la cupidité ».

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès