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Les barbares sont à la porte

C’était la fête nationale aux Etats-Unis hier, c’était l’independence day, et c’était probablement une fête pleine de désarroi. Car qu’est ce que cela veut dire le jour de l’indépendance aujourd’hui ? Une très grande partie de la population, avec ses biens immobiliers qui ne valent plus rien et ses emplois qui n’existent plus, s’enfonce un peu plus dans le déclassement et la pauvreté. Les Pères fondateurs se sont battus pour se débarrasser du joug de la monarchie britannique. En 2011, il s’agit probablement de se libérer du joug de la dette. Et de fait, il y a eu une personne pour rédiger cette déclaration d’indépendance là.

Le Minnesota, un Etat grand comme la moitié de la France, sait de quoi il en retourne. Le Gouverneur Mark Dayton vient de procéder à la fermeture de certaines administrations. Républicains et Démocrates s’écharpent sur le type d’économie à faire et il manque toujours 5 milliards de dollars. Vingt trois milles fonctionnaires ont été renvoyé chez eux, vendredi matin ; parcs nationaux et centres d’hébergement d’urgence ont été fermés et l’ancienne maison du gouverneur a été incendiée. Pourtant le Minnesota, c’est une broutille par rapport à ce qui va se jouer pendant l’été au niveau fédéral, au niveau de la faillite fédérale. On va batailler pour colmater la brèche et puis après ?

C’est un peu comme en Grèce. Le plan voté par le Parlement la semaine dernière n’est pas l’amorce d’une solution à l’endettement du pays. On sait depuis hier soir qu’il est d’ailleurs incapable de tenir son engagement de réduction des dépenses … sur son premier mois. Non, le vote du plan d’austérité imposé par la Troika au peuple grec n’est pas une solution à l’endettement. Si les marchés ont applaudi en repartant à la hausse, c’est qu’ils ont été rassuré sur un seul point : leur propre pouvoir.

Dans Le Monde ce week end, Amartya Sen, le prix Nobel d’économie en 1998 prévient : « il est très affligeant que l’on soit aussi peu inquiet du danger qui menace aujourd’hui le régime démocratique de l’Europe, lequel se manifeste insidieusement par la priorité donnée aux impératifs financiers. »

Le plan semble en marche. Ce week end à nouveau, une fois le vote avalisé, Jean-Claude Junker, Premier ministre du Luxembourg et président de l’Eurogroup n’a pas maché ses mots : avec les privatisations, « la souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte ».

Nous sommes à un point de basculement : nous enfoncer, politiques d’austérité en bandouillère, vers un capitalisme encore plus débridé conduisant probablement à l’instauration d’une supra-souveraineté, imposée donc, comme en Grèce, par le dictat économique ; OU… ou… quoi ? c’est la question.

Constantin Cavafy, poète grec du 20ème siècle, avait tout vu. De fait, fonctionnaire, journaliste et courtier à la bourse il était bien placé pour connaître les arcanes du pouvoir. Son poème, « En attendant les barbares », a été traduit par Marguerite Yourcenar.

Qu’attendons-nous, rassemblés sur l’agora ?

On dit que les Barbares seront là aujourd’hui.

Pourquoi cette léthargie, au Sénat ? Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer ?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui. À quoi bon faire des lois à présent ? Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

Pourquoi notre empereur s’est-il levé si tôt ? Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville, solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne ?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui et que notre empereur attend d’acceuillir leur chef. Il a même préparé un parchemin à lui remettre, où sont conférés nombreux titres et nombreuses dignités. (…)

Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l’ordinaire prononcer leurs discours et dire leurs mots ?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui et que l’éloquence et les idées les dérangent.

La Grèce est en train de vivre une « apocalypse », au sens premier du mot, qui signifie, en grec justement, « mise à nu », « levée de voile », « révélation ». La lutte des classes s’est déplacée : c’est le peuple contre le pouvoir financier. Les barbares sont à la porte. On peut raconter ce que l’on veut : on ne résoudra pas un problème de civilisation à coup de politiques d’austérité.

par Flore Vasseur (son site) mardi 5 juillet 2011 - 88 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par PhilVite (xxx.xxx.xxx.78) 5 juillet 2011 09:54
    PhilVite

    C’est exactement ça !

    Ils sont en train de détruire notre civilisation. Ce sont nos barbares à nous !

    Il est grand temps de s’en rendre compte, de les prendre pour ce qu’ils sont vraiment et de les traiter comme ils le méritent.

  • Par Capone13000 (xxx.xxx.xxx.97) 5 juillet 2011 10:01
    Capone13000

    Excellent, vous avez le mérite d’oser parler de tout celà. Cela change des experts autoproclamés de l’économie qui ne prédisent que leur non renouvelement.

    Les populations savent très bien que nous nous dirigeons tous vers une catastrophe économique bien pire que celle de 1929. Le jouet est cassé, ce système ne peut plus fonctionner, il ne restera que 2 issues, la dictature ou l’émancipation des peuples à la main mise américaine sur l"economie qui nous mène au fond du trou pendant sa chute imminente.

    Le problème c’est que dans le panel poliitque français, il n’y à pas un parti qui ne soit sous influence de la finance, à moins qu’un illustre inconnu sorte du lot ...

  • Par Gabriel (xxx.xxx.xxx.98) 5 juillet 2011 10:02
    Gabriel
    Bonjour Flore
    Les charognards dépècent la bête encore vivante. Il est tant que les agneaux deviennent des loups afin que la peur et la misère changent de bord et reviennent à ceux qui les ont répandu, sacrifiant leurs frères, pour leur confort personnel.
  • Par gaijin (xxx.xxx.xxx.68) 5 juillet 2011 10:03

    superbe en effet
    oui les barbares sont là
    on les a laisser s’installer progressivement aujourd’hui les nations soit disant démocratiques ne sont plus que des coquilles vides qui attendent les ordres

    a quoi reconnait on les barbares ?
    a travers les ages ils ont une seule devise : " nous avons raison parce que nous sommes les plus forts "

    parce que nous étions dans un monde ou tout nous paraissait connu nous avons laissé proliférer les barbares a l’intérieur de nos propres frontières

    suffira t’ il de leur dire que nous ne sommes pas d’accord ? c’est là la question

    en reprenant de coluche ce propos" violer c’est quand on veut pas moi je voulais ....."
    toujours aussi d’actualité qu’il s’agisse de sexe où d’autre chose

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