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Accueil du site > Actualités > Economie > Les dieux de la Finance

Les dieux de la Finance

Forte de dépôts de l’ordre de 800 milliards de dollars, la Citibank régnait en maîtresse quasi absolue avant la crise. L’intervention du Secrétaire d’Etat US au Trésor de l’époque, Robert Rubin, qui avait étouffé un projet de loi de sa propre Administration Démocrate ayant pour effet de diviser et de clairement distinguer les établissements financiers à vocation commerciale des banques d’investissement avait autorisé la Citibank à opérer en toute légalité une savante jonction combinant banque commerciale traditionnelle et spéculation massive sur Wall Street et marchés financiers globaux.

En réalité, cette firme n’était pas seulement une "too big to fail" : c’était également une entreprise beaucoup trop mastodontique pour être dirigée de manière saine et rationnelle, une sorte de "too big to govern"... Effectivement et dès 2002, Citigroup fut de tous les scandales financiers, d’Enron à Worldcom en passant par des délits d’initiés et autres conflits d’intérêts impliquant certains de ses responsables ou analystes ... tant et si bien qu’il fut aussi un des établissements financiers les plus atteints par la crise des subprimes puisqu’il ne survécut qu’au prix d’injections de centaines de milliards de dollars prélevés sur le contribuable de son pays et ce sans mentionner les garanties et prêts consentis afin de lui épargner la faillite !

Etrange dérive d’une mégabanque dont la direction et le conseil d’administration étaient régulièrement adulés par la presse et par leurs alter ego car considérés comme une des plus brillantes équipes dirigeantes de la finance universelle. Qui a oublié Chuck Prince, son président arrogant de conseil d’administration ayant néanmoins dû être limogé en 2007 à cause des pertes monumentales de son établissement ou l’incontournable Robert Rubin, ancien Secrétaire d’Etat au Trésor nommé membre du conseil d’administration et directeur exécutif jusqu’à ce qu’il soit poussé vers la sortie en 2009 sous la pression des critiques et de la quasi déconfiture de sa banque ?

Eminents personnages qui, interrogés récemment par le Congrès Américain dans le cadre d’un comité constitué afin d’enquêter sur les raisons de la crise, affirmaient "comme beaucoup d’autres", ne pas avoir "prévu l’effondrement sans précédent du marché" (aux dires de Prince) en dépit de produits structurés et de titrisations systématiques d’actifs toxiques détenus à leur bilan en quantités industrielles... "C’est l’ensemble de la profession qui n’a pas perçu le potentiel négatif de cette crise", dira même à ce comité un Robert Rubin faisant complètement abstraction de ses responsabilités vis-à-vis des dysfonctionnements ébahissants de cette naguère première banque mondiale qu’il co-dirigeait alors même qu’il était supposé maîtriser parfaitement la gestion des risques du fait de sa position dominante de Président de Goldman Sachs ... qu’il occupait avant de devenir Secrétaire d’Etat US au Trésor.

Comment ne pas éprouver dès lors compassion et compréhension envers ces étoiles déchues ayant avoué leur impuissance face aux aléas du marché, responsables selon eux des dérèglements notoires et de la quasi implosion de Citigroup ? Et comment ne pas être par ailleurs admiratifs par la perspicacité des dirigeants d’un autre groupe emblématique, Goldman Sachs, qui distribuaient en 2006 les titres subprimes à leur clientèle alors même qu’ils anticipaient la débâcle du marché immobilier Américain sur lequel ils spéculaient à la baisse pour leurs fonds propres ?

Loin des paris unidirectionnels de Lehman, de Bear Stearns, de Merrill Lynch et tout particulièrement de Citigroup tous englués dans les subprimes, Goldman pouvait ainsi jouer comme sur du velours et gagner sur les deux tableaux : celui des commissionnements par le biais de ses ventes à l’attention de ses clients de ces actifs pourris tout en étant rémunérée par des marchés qui se rendaient progressivement compte des excès des valorisations immobilières. De même, Goldman réussissait-elle le tour de force de bénéficier de la garantie totale des CDS (credit default swaps) détenus dans ses livres grâce au sauvetage d’AIG qui avait émis ces même contrats d’assurance...

Ainsi, et pendant que la quasi totalité des institutions de Wall Street s’obstinait à ignorer les signes avant coureurs de la catastrophe des subprimes, Goldman Sachs - intronisé établissement le plus profitable de l’histoire de la Finance Américaine - créait et distribuait des CDO (collateralized debt obligations) liés à l’immobilier à ses principaux clients ... alors qu’un de ses gérants les plus importants (Paulson & Co.) pariait sur l’effondrement de ces actifs et qu’un de ses responsables exécutifs (Fabrice Tourre) reconnaissait en Février 2007 dans un message électronique destiné à un ami que "le business des CDO est mort" !

Telles sont donc les recettes de bénéfices records enregistrés par l’effondrement des subprimes et du succès de Lloyd Blankfein, PDG de Goldman Sachs qui, ayant remplacé en 2006 Henry Paulson lui-même appelé à être Secrétaire d’Etat au Trésor de Bush, eut droit en 2007 - année de l’implosion du marché immobilier US - au plus important bonus de l’histoire de la Finance Américaine, soit 70 millions de dollars !

Selon l’expression même de Blankfein interrogé par un journal londonien, Goldman accomplissait ainsi le "travail de Dieu" dans le cadre de ses opérations obligataires. Dit autrement et dans les termes de Fabrice Tourre dans un mail de Janvier 2007 : « Le bâtiment tout entier est sur le point de s’effondrer à n’importe quel moment maintenant. Seul survivant potentiel, le fabuleux Fab, debout au milieu de toutes ces transactions complexes, à fort effet de levier, exotiques, qu’il a créées sans forcément comprendre toutes les implications de ces monstruosités ! ! ! »
 

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19 réactions à cet article    


  • elec 42 elec 42 19 avril 2010 10:45

    le problème,c’est que les plus grands escrocs de la finance mondiale,qui ont ruiné des millions de gens,en ont mis des millions d’autres au chômage,des millions d’autres à la rue,ne seront jamais traduits devant la justice.


    • plancherDesVaches 19 avril 2010 12:59

      Les US sont de plus en plus enclins à l’implosion pour avoir poussé leur logique réellement jusqu’au bout.
      Et ce qui est en train d’émerger comme « modèle » suivant n’est pas plus beau à voir.

      Il faudra pourtant avoir le courage de regarder la réalité en face, juste pour les générations futures.


    • JL JL 19 avril 2010 11:13

      Michel Santi, vous écrivez : « Selon l’expression même de Blankfein interrogé par un journal londonien, Goldman accomplissait ainsi le »travail de Dieu« dans le cadre de ses opérations obligataires. »

      Cela m’interpelle d’autant plus que j’ai toujours considéré la finance comme une industrie du diable !


      • plancherDesVaches 19 avril 2010 13:07

        Vade retro, satanas.

        Quoi de plus facile et pervers d’invoquer une pseudo-puissance supérieure pour s’exonérer de son goût du lucre... ???

        Je vous signale tout de même que la religion de l’argent a bien plu depuis quelques millénaires, puisque tout le monde a été obligé de s’y soumettre...

        Comme dit le demi-dieu Buffet : « c’est une guerre de castes et nous sommes en train de la gagner ».

        Amen.


      • rastapopulo rastapopulo 19 avril 2010 20:14

        ben avant c’était de l’or, un bien tangible et déjà l’usure était immoral.

        Maintenant c’est immatériel et donc rien n’empêche une législation d’allouer l’argent ) des projets commun d’investissement en infrastructure ou en technologie (par nature anti-inflation et donc bénéfique à TOUS).


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 19 avril 2010 11:35

        Bonjour, avez vous remarqué comme parfois le château de cartes ( que vous ne pouvez que commencer par le bas ) au moment crucial de raccorder les deux dernières...s’écroule... ! Bien souvent, tous les étages s’écrasent les uns sur les autres...sauf, dans la plupart des cas... la base !


        • BA 19 avril 2010 14:03

          Plus les jours passent, plus la Grèce doit emprunter sur les marchés internationaux à des taux élevés.

          Plus les jours passent, plus la Grèce se surendette.

          Plus les jours passent, plus la Grèce s’approche du défaut de paiement.

          Lisez cet article :

          Les rendements des obligations d’Etat grecques ont atteint lundi vers 11H00 un nouveau plus haut historique depuis l’entrée du pays dans la zone euro, au-dessus de 7,6 %.

          A 11H14, le taux de l’obligation d’Etat grecque à 10 ans était à 7,621 %, contre 7,366 % vendredi vers 16H00 GMT, après une pointe à 7,631 %.

          Le différentiel (« spread ») avec l’emprunt allemand à 10 ans qui sert de référence au marché s’élevait à 455 points de base contre 428 vendredi. Cela signifie que la Grèce doit offrir un surplus de 4,55 points de pourcentage par rapport à l’Allemagne pour emprunter sur les marchés.

          http://www.romandie.com/infos/news/201004191145080AWP.asp


          • O Brion O Brion 19 avril 2010 15:38

            Reste que, avec ses 70 millions USD de bonus en 2007, Blankfein apparaît plutôt comme un gagne-petit en comparaison des cadors du trading comme David Tepper ...


            • _Ulysse_ _Ulysse_ 19 avril 2010 17:59

              Le plan de sauvetage de la Grèce n’était qu’un coup de bluff censé faire baisser les taux d’emprunt pour l’état grec. Les marchés l’ont bien compris et le plan tombe à l’eau. Que fera l’Europe maintenant ? On va attendre que les Grecs menacent de se mettre en faillite ?


              • Torvald 19 avril 2010 20:58

                 
                Les dieux (de la finance) ont soif

                  Anatole France
                 
                 


                • BA 19 avril 2010 21:40

                  Lundi 19 avril 2010 :

                  A 18H00, le taux de l’obligation d’Etat grecque à 10 ans est remonté à 7,618 %, contre 7,366 % vendredi et le « spread » (différentiel avec l’emprunt allemand à 10 ans qui sert de référence au marché) s’élevait à 454 points de base.

                  Ce qui signifie que pour se financer, la Grèce doit offrir un surplus de 4,54 points de pourcentage par rapport à l’Allemagne.

                  http://www.romandie.com/infos/news/201004191905080AWP.asp

                  Lundi 12 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 6,637 %.
                  Mardi 13 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 6,815 %.
                  Mercredi 14 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,034 %.

                  Jeudi 15 avril  : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,123 %.

                  Vendredi 16 avril  : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,366 %.

                  Lundi 19 avril : le taux de l’obligation grecque à 10 ans était de 7,618 %.


                  • simplesanstete 19 avril 2010 22:04

                    @BA
                    RAS les choses suivent leurs COURS et s’entêtent, c’est tellement simple, quand une bête est blessée les prédateurs se délectent.


                  • _Ulysse_ _Ulysse_ 20 avril 2010 10:26

                    Vu la vitesse de la hausse, la cessation de paiement n’est plus très loin !


                  • argentia 20 avril 2010 16:08

                    La Grèce n’est que le sommet de l’iceberg malheureusement...Goldman Sachs mouillé avec la Grèce et dans combien d’autres scandales financiers encore....

                    Un article sur le sujet très intéressant que j’ai trouvé en furetant sur le site de Moneyweek : « Pourquoi Goldman Sachs peut vous ruiner »

                    Rien de très réjouissant pour notre avenir...


                    • rastapopulo rastapopulo 20 avril 2010 23:09

                      http://www.solidariteetprogres.org/sp_article-commentaires.php?id_article=6558

                      Un rapport officiel de 159 pages de la SEC signé par l’Inspecteur Général David Kotz a établi que les anciens de la même SEC, savaient en réalité que le banquier Stanford faisait une escroquerie pyramidale de 8 milliards avec ses fonds d’investissements depuis 1997 !!! "The Securities and Exchange Commission knew that Allen Stanford was involved in a Ponzi scheme as far back as 1997". Ce que dit l’inspecteur est dramatique "the scheme was able to continue for so long due to « institutional influences » within the SEC, and the agency’s desire to chase after slam-dunk cases". Stanford a même été aidé par un haut responsable de la SEC. Si vous ne me croyez pas, eh bien lisez ici le communiqué de presse de la SEC et CNBC.

                      La publication de ce rapport nucléaire et dévastateur, et sa reprise sur toutes les télés de la planète, aurait décribilisé à jamais Washington, Obama et les US, sans parler de la SEC qui avait déjà fermé les yeux sur Madoff. Cela aurait été la 2e mega affaire et aurait prouvé la corruption totale de Wall Street et surtout des policiers de la SEC ainsi que de la classe politique. En catastrophe donc, la SEC a allumé un contre feu géant en convoquant la Goldman Sachs et celui qui a conçu les CDS toxiques basés sur la chute du marché immobilier grand public, John Paulson de Paulson Inc, devant les tribunaux pour une fraude de 1 milliard.


                    • BA 25 avril 2010 11:56

                      Je lis les journaux de la presse papier et je suis très étonné : tous ces journaux critiquent l’Allemagne car l’Allemagne ne veut pas prêter un seul euro à la Grèce. Tous ces journaux nous expliquent que l’Allemagne est une nation égoïste.

                      Nous devons quand même faire une autre hypothèse.

                      Cette autre hypothèse, la voici :

                      l’Allemagne ne veut pas prêter un seul euro à la Grèce car l’Allemagne pense que la Grèce n’est pas sauvable.

                      Autrement dit : l’Allemagne ne veut pas prêter des milliards d’euros à la Grèce car elle pense que la Grèce ne les lui remboursera jamais.

                      Si cette hypothèse est la bonne, cela expliquerait l’attitude d’Angela Merkel.

                      Si cette hypothèse est la bonne, cela rejoindrait l’analyse de Nicolas Barré :

                       

                      « il faut savoir que la Grèce a besoin non pas de 30 milliards (le montant du plan européen) mais au minimum de dix fois plus : 150 milliards d’euros d’ici 2015 au titre du principal de sa dette actuelle, et 90 milliards au titre des intérêts. Ceci sans compter la dette supplémentaire qu’elle va devoir souscrire d’ici là du fait de ses déficits. Le soutien à la Grèce est un enjeu à plusieurs centaines de milliards d’euros. En a-t-on encore les moyens ? »

                       

                      http://www.lesechos.fr/info/inter/020496841181-point-de-vue-nicolas-barre-grece-le-scenario-de-la-faillite.htm


                      • DEEVIN 25 avril 2010 14:04

                        Le vrai grand problème réside dans la porosité des rapports entre le gouvernement américain et les grandes banques au premier rang desquelles Goldman Sachs. Ainsi que vous le relevez dans votre article ce sont souvent les mêmes dirigeants qui naviguent de l’un à l’autre. Et ceci pour la bonne raison que les banques se sont offert une impunité presque parfaite en devenant le bras armé de la politique monétaire des Etats-Unis. Elles ont pour mission en particulier, en partenariat avec la FED, de réguler le cours du dollar pour assoir sa suprématie par rapport aux autres devises et de maintenir au bénéfice de celui-ci le cours de l’or sous le boisseau.
                        Ce sont les grandes banques qui gouvernent les Etats-Unis. Obama est bon pour la galerie.


                        • fifilafiloche fifilafiloche 26 avril 2010 01:40

                          Le marché immobilier américain a perdu 40% depuis son pic. Malgré tout, il faudrait encore 10 ans aux banques américaines pour écouler au rythme actuel tout le parc immobilier sais pendant la crise, ce qui laisse à penser que même aux prix actuels, le parc disponible mettra encore une pression vendeuse durable sur le marché.


                          Alors que l’inflation immobilière y a été plus forte qu’aux USA, l’immobilier en France n’a pratiquement pas perdu de valeur tant l’intervention de l’Etat pour soutenir le marché a été importante (taux d’intérêts historiquement bas, mesures fiscales). Ne serait il pas sain dans ces conditions qu’une banque se prémunisse des risques liés à la bulle, en s’assurant contre le défaut de paiement des ménages dont l’effort d’épargne pour accéder à la propriété est devenu insoutenable ? 

                          En faisant cela, ne défend elle pas les intérêts de ses clients et ses actionnaires, se garantissant contre un retour du marché à la normale ? Lorsque le marché aura retrouvé son point d’équilibre, sera t elle elle aussi accusée d’avoir spéculé contre les spéculateurs ?

                          Décidément, le bon sens n’est plus près de chez nous...





                          • xbrossard 26 avril 2010 11:16

                            le principe de base des financiers, comme l’a si bien dit un trader (je n’ai plus la référence) c’est d’en ramasser un maximum en sachant pertinemment que tout va s’écrouler à plus ou moins long terme. Mais comme ils (et personne d’ailleurs) ne savent pas quand, ils peuvent toujours se dédouaner en disant que comme on ne peut faire le lien direct entre leurs actions et la faillite du système. C’est le même principe utilisé par les entreprises de l’amiante (on ne peut pas faire de lien direct entre les cancéreux et l’amiante) ou mieux encore, les pollueurs (on sait que l’on pollue en rejetant tout dans la mer, mais avant que l’on meurt empoisonné, on a largement le temps...).
                            Le pire est que dès que l’on tente de responsabiliser les gens en leur demandant par exemple de moins polluer, ils lancent des cris d’orfrai en disant non à la dictature.

                            Le système communiste n’a pas marché non parce qu’il était dictatorial, mais parce qu’il supposait un haut niveau de responsabilité que personne n’a jamais eu ; avoir envie de donner sa part de travail à la collectivité, alors que tout le monde a pu jouer au tire au flanc en se disant « les autres bosseront pour moi... » (et résultat TOUT LE MONDE a réagi pareil en ne foutant plus rien...)

                            Au moins le système capitaliste est clair : je pense qu’ à ma pomme, et après moi le déluge

                            Tant que les mentalités ne changeront pas, l’humanité va à sa perte, à toute vitesse et en klaxonnant en plus...

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