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Les fonds souverains : de menace à opportunité

Structures d'investissement détenues par les Etats, les fonds souverains connaissent depuis une quinzaine d'années une croissance rapide. En investissant en Occident, ces fonds, détenus pour l'essentiel par des Etats du Moyen-Orient et d'Asie, ont laissé planer la menace d'une volonté de contrôle dans des buts autres qu'économiques. Pourtant, les fonds souverains se sont distingués jusqu'ici par leur comportement vertueux, notamment en soutenant pendant la crise l'économie mondiale par l'achat d'actions d'institutions financières en difficulté. Dans cette note, Patrick Bolton et Frédéric Samama montrent qu'il est possible de réfléchir autrement sur les fonds souverains : ceux-ci s'avèrent être des investisseurs de long terme, dans un contexte où les besoins en capital de ce type s'accroissent. Facteurs de stabilité, ils peuvent jouer un rôle contra-cyclique face aux crises systémiques.

Les fonds souverains sont des structures d’investissement détenues par les Etats. Ils sont apparus dans les années 1950 et connaissent un essor rapide depuis quinze ans. Il existe aujourd’hui une cinquantaine de fonds souverains, avec des actifs pesant près de 4 000 Md$. Les fonds se trouvent essentiellement au Moye-Orient et en Asie (à l’exception de la Norvège).
 
Au delà de leur définition générique, les fonds représentent une famille très hétérogène. On peut distinguer quatre grandes catégories de fonds :
 
- Les fonds de réserves intergénérationnels : ils se développent dans les pays riches en matières premières, où l’Etat anticipe la raréfaction programmée de sa source de richesse, accumule des réserves au profit des générations futures et investit pour créer son modèle de développement de demain (exemple : Abu Dhabi Investment Authority).
 
- Les fonds de stabilisation économique : ils sont créés par des Etats dont les ressources budgétaires sont fortement dépendantes des exportations de matières premières, pour se prémunir contre les fluctuations de prix (« rainy day funds » comme le Fonds de stabilisation économique et sociale du Chili).
 
- Les fonds de financement des retraites : certains Etats créent des fonds qui viendront compléter le financement des retraites, rendu insuffisant du fait du déséquilibre démographique croissant au sein de la population (exemple : le fonds de pension gouvernemental de Norvège).
 
- Les fonds d’investissement de réserves : certains Etats à forts excédents commerciaux placent une partie de leurs réserves de changes dans de tels fonds (exemple : China Investment Corporation).
 
Les ressources de ces fonds varient, avec deux grandes catégories : les revenus des matières premières (hydrocarbures, rentes minières…) et les excédents commerciaux.
 
En France, la Caisse des Dépôts, le Fonds stratégique d’investissement (FSI), ainsi que le Fonds de réserve des retraites peuvent être rangés dans la catégorie des fonds souverains.
 
Les fonds souverains, détenus pour l’essentiel par des Etats non démocratiques (pétromonarchies du Golfe, Chine…), ont généré beaucoup d’inquiétudes par le passé. Leur puissance est croissante : avec 4 000 Md$, les fonds souverains pèsent quatre fois la capitalisation du CAC 40, près de 10 % de la capitalisation boursière mondiale - plus que les hedge funds (2 400 Md$). Ils progressent très vite et devraient atteindre entre 10 et 20 000 Md$ d’ici 2020. Dès lors, leurs investissements en Occident, notamment en actions (40 % de leurs actifs), ont pu laisser craindre des volontés de contrôle dans des buts autres qu’économiques.
 
Des réponses préventives ont été mises en place dans de nombreux pays occidentaux, dont la France, pour éviter la prise de contrôle d’entreprises stratégiques. Force est de constater qu’elles ont été inutiles. Les fonds souverains ont eu un comportement vertueux jusqu’ici. La Grande Crise en a donné une image nouvelle : ils ont été les seuls, avec les Etats, à procéder à des achats massifs des institutions financières en difficulté, contribuant ainsi à éviter leur faillite systémique. Des règles internationales de gouvernance encadrent désormais leur fonctionnement (principes de Santiago).
 
Il est possible de réfléchir autrement sur les fonds souverains. Ces institutions peuvent constituer des véhicules décisifs pour répondre aux dérèglements du capitalisme mondial contemporain. Ils peuvent en effet apporter une réponse positive sur trois points :
 
1. Face au court-termisme des marchés, les fonds souverains peuvent être des investisseurs de long terme. Les investissements se court-termisent (seuls 10 % des investissements totaux ont aujourd’hui un objectif de long terme ; la durée de détention moyenne sur le New York Stock Exchange est passée de près de dix ans en 1960 à moins d’un an aujourd’hui) alors que les besoins en capital de long terme s’accroissent : près de 100 000 Md$ d’ici 2030-2040, pour les infrastructures et la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats occidentaux, surendettés, ne pourront pas porter ce fardeau. Les fonds souverains sont parmi les très rares investisseurs potentiels de long voire très long terme.
 
2. Face aux crises spéculatives de plus en plus fréquentes, les fonds souverains peuvent être des acteurs contra-cycliques facteurs de stabilité. C’est le cas, par construction, des fonds de stabilisation économique.
 
3. Face aux externalités négatives (environnementales notamment), les fonds souverains ont vocation à devenir des acteurs responsables. Les investisseurs privés externalisent les coûts environnementaux, qui pèsent dès lors sur les Etats. Mais les fonds souverains sont détenus par les Etats : ils sont donc susceptibles (sous condition de règles claires de leurs gouvernements) de les internaliser et de devenir des investisseurs « verts ». Certains fonds ont déjà opéré leur mutation. La création d’un « fonds vert » mutualisé, financé par les fonds souverains, pourrait l’accélérer.
 
Pour cela, il est nécessaire tant d’obtenir un débat raisonné et ouvert que de mettre en place des solutions innovantes permettant à ces acteurs de jouer pleinement leur rôle positif dans l’économie mondiale.
 
Pour lire la note intégrale cliquez ici

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1 réactions à cet article    


  • ottomatic 11 juillet 2011 15:37

    « Pour cela, il est nécessaire tant d’obtenir un débat raisonné et ouvert que de mettre en place des solutions innovantes permettant à ces acteurs de jouer pleinement leur rôle positif dans l’économie mondiale. »


    Celle là c’est le pompon...
    Ne vous étonnez pas que le PS soit le triste miroir boboisant du sarkozysme... à moins que le sarkozysme soit un apercu de la futur présidence du *** DSK...

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